Québec

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Cet article concerne la province canadienne. Pour l'article sur la capitale, voir Québec (ville). Pour les autres significations, voir Québec (homonymie)
Québec
Drapeau duQuébec Armoiries duQuébec
(Détails) (Détails)
Devise : Je me souviens
Autres provinces et territoires du Canada
Pays Drapeau de pays: Canada Canada
Capitale Québec
Plus grande ville Montréal
Lieutenant-gouverneur Pierre Duchesne
Premier ministre Jean Charest (Libéral)
Superficie 1 542 056[1] km² (2e)
 - Terre 1 365 128 km²
 - Eau 176 928 km² (11,5%)
Population (2007)
 - Totale 7 719 993[2] hab. (2e)
 - Densité 4,96 hab./km² (5e)
Admission dans la Confédération (Provinces) ou Création (Territoires)
 - Date 1er juillet 1867
 - Rang 1e
Représentation au Parlement
 - Sièges à la chambre des communes 75
 - Sièges au sénat 24
Abréviation postale QC
Préfixe de code postal G - H - J
Gentilé Québécois, Québécoise
Fuseau horaire UTC -51
Domaine internet .qc.ca
1 UTC -4 dans le cas des Îles-de-la-Madeleine et l’extrême est de la Basse-Côte-Nord du Saint-Laurent)

Le Québec (API : /kebɛk/) est une province de l’est du Canada, bordée au nord par le Nunavut, à l’ouest par l’Ontario, au sud par les États-Unis d’Amérique et à l’est par les provinces du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve-et-Labrador. Sa capitale est la ville de Québec et son agglomération principale est Montréal. La Chambre des Communes du Parlement canadien et l’Assemblée nationale du Québec ont, chacune à leur façon, adopté une résolution déclarant que les Québécois forment une nation[3],[4].

Le Québec est la province ayant le plus grand territoire (1 667 441 km2[1]) et la deuxième plus importante population au Canada (7 719 993 habitants[2]).

Au Québec, le droit commun[5], en matière de droit privé, est établi par le Code civil du Québec, d’inspiration française, tandis qu’ailleurs au Canada c’est le système de la common law qui est en vigueur.

Le français est la langue officielle du Québec. Quelque 80 % des Québécois sont de langue maternelle française[6]. L’anglais est la langue maternelle de près de 8 % de la population ; malgré leur déclin démographique, 71 % des Anglo-Québécois se considèrent bilingues, c’est-à-dire qu’ils ont une maîtrise suffisante du français pour soutenir une conversation[7]. Quant aux allophones, ils comptent pour près de 12 % des Québécois[6] ; la langue qu’ils utilisent le plus souvent à la maison est le français pour 51 % d’entre eux, 71 % pour ceux de moins longue date (depuis 1971)[8]. On recense 159 905 Autochtones au Québec, soit 2,2 % de la population, dont 9 600 Inuits vivant au Nunavik (le Grand Nord québécois)[9].

L’aérospatiale, les biotechnologies, l’industrie pharmaceutique, le génie-conseil, la métallurgie, les technologies de l’information et l’industrie culturelle sont parmi les secteurs clés de l’économie post-industrielle diversifiée du Québec moderne. Étant donné leur grande disponibilité, les ressources naturelles demeurent un important facteur de création de richesse.

Sommaire

[modifier] Étymologie du nom « Québec »

À l’origine, le nom « Kebek » était employé par certains Amérindiens, soit les Algonquins, les Cris et les Micmacs[réf. nécessaire]. Pour ceux-ci, sa signification était « là où le fleuve rétrécit ». Aussi, le nom servait à désigner le rétrécissement du Saint-Laurent près de l’actuelle ville de Québec. En 1632, le fondateur de cette ville, Samuel de Champlain, décrivit ainsi l’endroit : « (…) un détroit dans le fleuve, comme le disent les indiens (…) »[10].

Au fil du temps, le terme connut plusieurs orthographes : Qvebecq, Quebeck, Kébec, Kebbek, Gebäck (Allmand) et Kebap (Turc)[10].

[modifier] Géographie du Québec

Icône de détail Article détaillé : Géographie du Québec.
Carte du Québec en 2001 avant les Réorganisations municipales québécoises.
Carte du Québec en 2001 avant les Réorganisations municipales québécoises.

Le Québec occupe une position dominante dans l’est du continent nord-américain. D’une superficie de 1 667 441 km2[1], le Québec pourrait contenir près de trois fois la France métropolitaine[11],[12], quatre fois l’Allemagne, ou cinq fois le Japon[12].

Du sud au nord, le Québec s’étend sur un peu plus de 17 degrés de latitude, et de l’est à l’ouest, sur plus de 22 degrés de longitude.

Il partage une frontière avec quatre États du nord-est des États-Unis – l’État de New York, le Vermont, le New Hampshire et le Maine – ; trois provinces canadiennesTerre-Neuve et Labrador, le Nouveau-Brunswick et l’Ontario ; en plus d’une frontière maritime avec le territoire du Nunavut.

Vu de l’espace, le Québec se démarque par l’abondance de ses cours d’eau. En effet, le Québec dispose d’une des plus importantes réserves d’eau douce du monde[13], qui occupe 12 % de sa superficie totale[14]. Il possède sur son territoire 3 % de l’eau douce renouvelable du globe, alors qu’il ne représente qu’un dixième de 1 % de la population[15]. Pas moins d’un demi-million de lacs[13] – dont 30 d’une superficie supérieure à 250 km2 – et 4 500 rivières[13] déversent leurs torrents dans l’Atlantique, par le golfe du Saint-Laurent, et dans l’océan Arctique, par les baies James, d’Hudson et d’Ungava.

Quatre saisons très contrastées se succèdent au Québec, dont un printemps doux et bref et un automne frais et coloré. Les saisons les plus marquées restent l’été et l’hiver. Les étés sont chauds et souvent très humides. Les hivers sont froids, plutôt longs et neigeux, et très humides eux aussi. Les températures varient énormément, pouvant atteindre les 35 °C en été[16], et descendre jusque sous la barre des -40 °C en hiver[17].

Ce climat et les conditions du sol sont propices à la croissance d’une forêt dense sur une grande partie du territoire. On estime que la forêt québécoise s’étend sur 750 300 km2[18]. Au nord, cette forêt est composée de conifères comme le pin et l’épinette. À ces deux essences, s’ajoutent graduellement le bouleau blanc, puis le bouleau jaune et d’autres feuillus, en se rapprochant du fleuve, vers le sud. Le sud du Saint-Laurent possède une forêt mixte, composée d’essences comme l’érable, le bouleau jaune, le tilleul et le caryer cordiforme.

Si le Québec est vaste, il est néanmoins très faiblement peuplé (densité de 4,9 habitants par kilomètre carré) et la répartition de la population est très inégale. Le nord du Québec est très peu peuplé alors que 80 % de la population québécoise vit près des rives du fleuve Saint-Laurent. Ainsi, en 2006, pas moins de 1 873 971 personnes s’agglutinaient dans les 498 km2 de l’île de Montréal (pour une densité de 3 761,6 hab./km²). En revanche, seulement 40 637 Québécois habitaient la région du Nord-du-Québec, qui compte pourtant pour 43 % du territoire[19].

[modifier] Histoire du Québec

Icône de détail Article détaillé : Histoire du Québec.

[modifier] Les autochtones

Les premiers occupants humains – ceux qui, dans la terminologie officielle datant de la fin du XXe siècle, sont nommés Amérindiens ou Premières nations – se seraient établis dans ce qu’on appelle aujourd’hui le Québec il y a 10 000 ou 11 000 ans, au terme d’un long périple qui a accompagné la fin de la dernière période glaciaire[20].

Ces nomades, partis de l’Asie il y a 20 000 ans, auraient, selon l’hypothèse encore acceptée en ce début de XXIe siècle, traversé le détroit de Béring, pour ensuite traverser l’Amérique du Nord et s’établir dans différentes régions du continent américain[20].

De cette colonisation progressive, des groupes ethnoculturels distincts ont émergé pour donner naissance à 3 groupes autochtones (les Iroquoiens, les Algonquiens et les Inuits), divisés en 11 nations amérindiennes et la nation inuit – reconnues officiellement par le gouvernement du Québec[21]. Les dix nations amérindiennes incluent les Innus, les Micmacs, les Malécites, les Abénaquis, les Atikamekws, les Naskapis, les Algonquins, les Cris, les Hurons-Wendat et les Mohawks.

Il existe plusieurs familles autochtones, mais il faut distinguer les nations dites « nomades » (les Algonquiens, pas exemple les Cris et les Innus) de celles plus « sédentaires » (les Iroquoiens, par exemple, les Mohawks et les Hurons-Wendat). Ces dernières ont une tradition d’organisation sociale plus importante. Les nations dites « nomades », quant à elles, suivent la migration des troupeaux d’animaux qui leur servent de proie, comme le bison, l’orignal ou le phoque[22].

Traditionnellement, les Algonquiens et les Inuits vivent en petits groupes de chasse et de pêche, alors que les Mohawks et les Hurons ont opté pour une organisation matriarcale basée sur la « cabane longue », ou « longue maison » (une traduction littérale de l’expression « longhouse »), qui regroupe plusieurs familles sous l’autorité d’une doyenne[23].

Avant l’arrivée des premiers Européens, les nations autochtones du Québec, comme celles du reste de l’Amérique du Nord, ne forment pas un front monolithique. Même lorsque plusieurs nations iroquoises sont alliées, comme c’est le cas des Cinq-Nations (une alliance Iroquoienne), la fin des hostilités avec un des membres de la confédération n’interrompt pas nécessairement le conflit avec les autres nations qui auraient pu être partie prenante au conflit[24].

[modifier] Premiers contacts avec le Nouveau Monde

L’Anse aux Meadows, à Terre-Neuve, témoigne d’une présence viking.
L’Anse aux Meadows, à Terre-Neuve, témoigne d’une présence viking.
Portrait de Jacques Cartier par Théophile Hamel, vers 1844.
Portrait de Jacques Cartier par Théophile Hamel, vers 1844.

L’historiographie contemporaine rapporte que le premier contact entre les nations autochtones et des explorateurs venus d’Europe remonte au Xe siècle. Il est maintenant admis que les Vikings furent les premiers à entrer en contact avec les Amérindiens et les Inuits, à Terre-Neuve, au Labrador, sur l’Île de Baffin et au Groenland. Cependant, les établissements scandinaves furent finalement abandonnés[25].

Il fallut la chute de Constantinople, le 29 mai 1453, pour pousser les monarchies européennes à considérer des alternatives pouvant faciliter la poursuite du commerce des épices avec l’Orient. La recherche de la route des Indes a autant motivé les Portugais et les Espagnols, au sud, que les Anglais et les Français, au nord. Mandaté par le monarque anglais, Jean Cabot aurait circulé dans le golfe du Saint-Laurent en 1497.

Contrairement aux autres puissances de l’époque, la France tarde à entreprendre un programme d’exploration, d’autant plus que les guerres d’Italie, au début du XVIe siècle, accaparent l’attention du souverain. Financé par des banquiers italiens de Lyon, et avec la permission de François Ier, Giovanni da Verrazano entreprend, en 1524, la quête d’un passage vers l’ouest entre la Floride et Terre-Neuve. Il ne trouvera pas le passage désiré, mais sa reconnaissance de la côte est américaine lui permettra de rapporter des cartes d’une terre alors inconnue.

Considéré comme le premier explorateur européen en terre canadienne, Jacques Cartier est parti de Saint-Malo le 20 avril 1534, avec 61 hommes sur deux navires. La même année, il planta une croix à Gaspé. Puis, en 1535, il navigua sur le fleuve Saint-Laurent lors d’un second périple. Cartier s’aventura jusqu’au village d’Hochelaga (aujourd’hui Montréal), où l’équipage passa l’hiver : 20 personnes moururent du scorbut avant que Cartier n’obtienne des Iroquoiens du Saint-Laurent une recette à base de feuilles de Thuya d’Occident (appelé cèdre au Québec) contre cette maladie.

En 1540, le Royaume de France, décidé à établir une colonie, donna le commandement d’une nouvelle expédition à Jean-François de la Rocque de Roberval. La nouvelle colonie connut un hiver difficile, qui coûta la vie à plus de 50 individus. Ayant d’autres préoccupations, en particulier les guerres européennes, la France cessa, durant le demi-siècle suivant, de s’intéresser au Canada. Cette période est communément appelée les « vaines tentatives »[réf. nécessaire].

[modifier] La Nouvelle-France

Icône de détail Article détaillé : Nouvelle-France.

Les débuts de la Nouvelle-France, et, par le fait même, du Canada, province de cette colonie, remontent à 1600. De fait, cette date correspond à la fondation, par Pierre de Chauvin, Sieur de Tonnetuit, du comptoir de Tadoussac, soit du premier établissement français en Amérique du Nord.

En 1603, les premiers colons français, menés par Samuel de Champlain, s’allièrent aux tribus amérindiennes des Hurons-Wendats et des Algonquins contre les Iroquois. À cette époque, on comptait environ 30 000 Wendats et 15 000 Iroquois, mais une série d’épidémies abaissa la population des Wendats à 12 000, tandis que celle des Iroquois demeura inchangée. En 1608, le père de la Nouvelle-France, Samuel de Champlain, fondait la ville de Québec, alors utilisée comme simple comptoir de traite.

En 1627, la création, par le cardinal de Richelieu, de la Compagnie de la Nouvelle-France (ou Compagnie des Cent-Associés) permit à cent actionnaires de développer le Canada. L’année suivante, cette compagnie lançait sa première expédition. Celle-ci, qui comptait 400 personnes, ne parvint jamais à destination, tombant entre les mains des Britanniques.

De 1629 à 1632, suite à la capitulation de Québec face aux frères Kirke, les Anglais occupèrent le territoire de l’Acadie et de ce qui, aujourd’hui, constitue le Québec. Samuel de Champlain fut fait prisonnier et il s’ensuivit la faillite de la Compagnie des Cent-Associés. À la suite du traité de Saint-Germain-en-Laye, en 1632, le Royaume de France reprit toutefois possession de la colonie. Deux ans plus tard, la ville de Trois-Rivières était fondée.

En 1640, la Nouvelle-France ne comptait que 500 personnes. Les guerres iroquoises et les maladies étaient les principales causes de mortalité dans la colonie. En 1642, Paul de Chomedey de Maisonneuve fonda Ville-Marie (future Montréal). À l’époque, il ne s’agissait que d’un fort servant de protection contre les attaques des Iroquois (la première grande guerre iroquoise dura de 1642 à 1667).

Carte géographique de la Nouvelle-France, dessinée par Samuel de Champlain en 1612.
Carte géographique de la Nouvelle-France, dessinée par Samuel de Champlain en 1612.

De 1627 à 1663, la population passa de 100 habitants à quelques 2 500. En 35 ans, environ 1 250 immigrants français vinrent se joindre à la colonie. Pour ce qui est de la natalité, elle doubla le contingent.

Durant cette période, les immigrants vinrent de l’Île-de-France et des provinces du nord-ouest, du centre-ouest et du sud-ouest de la France (la Normandie, l’Aunis, le comté du Perche, le Poitou, le Maine, la Saintonge, l’Anjou et la Bretagne). Les régions du Midi et des Alpes françaises, quant à elles, ne participèrent que très peu.

En 1663, le ministre français de la marine, Jean-Baptiste Colbert, et le roi Louis XIV, mirent en place un gouvernement royal en Nouvelle-France. Ainsi, le territoire devait être administré comme une province française, c’est-à-dire par un gouverneur.

Deux ans plus tard, le régiment de Carignan-Salières (régiment d’élite) arriva dans la colonie. Ce régiment, envoyé par le roi de France, devait vaincre les Iroquois.

En 1666, l’intendant de la Nouvelle-France, Jean Talon, organisa un premier recensement, dénombrant 3 215 habitants. Grâce aux politiques d’encouragement des naissances de Talon, ainsi qu’à l’envoi, par Louis XIV, de 900 jeunes filles à marier (les fameuses Filles du Roy), la population de la colonie passa, en 1672, à 6 700 habitants.

En 1684, encouragés par les Britanniques, les Iroquois dirigèrent une seconde série d’attaques contre les établissements français. Puis, en 1686, les Français s’emparèrent de trois forts anglais de la baie d’Hudson. Peu de temps après, soit en 1690, ils menèrent, sous la gouvernance de Frontenac, une série de raids contre des postes de la Nouvelle-Angleterre. Du même coup, ils chassèrent les Anglais de l’Acadie et de Terre-Neuve.

En 1697, la France et l’Angleterre signèrent le traité de Ryswick, mettant fin à la première guerre intercoloniale. Puis, à l’aube des années 1700, Français et Iroquois s’entendirent pour faire la paix. Enfin, avec la signature des traités d’Utrecht (1713), la France céda à la Grande-Bretagne l’Acadie (actuelle Nouvelle-Écosse), Terre-Neuve et la baie d’Hudson.

La guerre de Sept Ans (17561763), entre la Grande-Bretagne et la France, prit un tournant décisif en Amérique du Nord. En effet, les colonies britanniques s’unirent pour en finir avec la Nouvelle-France.

Dès 1755, les Britanniques déportèrent plus de 7 000 Acadiens, soit la plupart des Français établis en Nouvelle-Écosse[26]. Craignant leur intervention dans le conflit, le lieutenant-gouverneur de cette province, Charles Lawrence, privilégia en effet cette mesure. De tous les exilés, bon nombre furent transportés plus au sud, vers la côte américaine.

En 1756, Louis-Joseph de Montcalm, général français, arriva en Nouvelle-France avec 3 000 hommes. Trois ans plus tard, James Wolfe, son homologue britannique, jetait l’ancre près de Québec.

Wolfe et son armée assiégèrent Québec pendant dix semaines. Puis, au terme d’une célèbre bataille, près de la ville (bataille des Plaines d’Abraham), les Français durent capituler. Quant à Wolfe et Montcalm, ils furent mortellement blessés durant le combat.

Le printemps suivant, le général Lévis, fort d’une nouvelle armée en provenance de Montréal, poussa les Britanniques à se retrancher, assiégés, dans Québec[27]. Toutefois, cette victoire ne fut pas décisive : les Britanniques bénéficièrent eux aussi de renforts, puis s’emparèrent de Montréal et de Trois-Rivières, prenant pour de bon possession de la Nouvelle-France.

[modifier] Le régime britannique (1763-1867)

Icône de détail Article détaillé : Province de Québec (1763-1791).
Le Bas-Canada après l’Acte constitutionnel de 1791.
Le Bas-Canada après l’Acte constitutionnel de 1791.

La Grande-Bretagne prit possession de la Nouvelle-France proclamée par le traité de Paris en 1763 qui mit fin à la guerre de Sept Ans. Celle-ci avait vu la destruction de parties importantes du Québec (Québec, Côte-du-Sud, Bas-du-Fleuve) et surtout le drame du Grand Dérangement. Un grand nombre d’Acadiens fuirent cette déportation qui sépara les familles à jamais et provoqua une forte mortalité, en se réfugiant au Québec. Il y aurait un million de Québécois aujourd’hui qui auraient en partie des origines acadiennes.

Au Traité de Paris de 1763, la France sauvait les meubles en Europe, mais perdait son premier empire colonial, aux Indes et en Amérique. Suite à ce traité, plusieurs colons français retournèrent en France, dont toute l’élite et la bourgeoisie canadienne française, abandonnant les 60 000 habitants et causant une blessure qui perdure dans le Québec moderne. Les habitants restants se tournèrent alors vers le clergé, au lieu de prêter allégeance à l’Angleterre.

Le roi Louis XV et ses conseillers tâchèrent de se consoler en conservant la Guadeloupe et les îles à sucre et en minimisant la perte du Canada, alors considéré comme une colonie coûteuse, un vaste territoire de glace sans grande importance pour le royaume de France. Seules les îles de Saint-Pierre-et-Miquelon restèrent françaises (pour permettre aux Français de pêcher en Amérique). Mais la France ne tarda pas à vouloir prendre sa revanche en aidant les États-Unis dans la guerre d’Indépendance.

La Grande-Bretagne, alors souveraine, rédigea une constitution (la Proclamation Royale) pour la Nouvelle-France qui devint la « Province of Quebec » (qui se traduit en français par « Colonie de Québec », car le terme Province de Québec désignera plus tard la province dans le Canada). Cette constitution prévoyait l’assimilation à plus ou moins long terme des Canadiens français. Les catholiques étaient aussi dépourvus de droits que ceux d’Irlande : toutes les fonctions publiques étaient réservées à la très petite minorité de protestants. L’Armée britannique se partageait un grand nombre de seigneuries, tandis que le fonctionnement des écoles québécoises était compromis, notamment par la fermeture à l’Église catholique. Ainsi, pendant 200 ans, les Canadiens français furent privés de contact avec la France, et brimés dans leurs droits à la langue et la religion.

Jusqu’en 1766, les Britanniques luttèrent contre des tribus amérindiennes (tels que les Abénakis) alliées à la France qui se révoltèrent sous la direction du chef Pontiac. Pour éviter que les troubles dans les colonies américaines ne se répandent jusqu’au Canada, le gouvernement britannique décida d’être plus ouvert face aux Canadiens (français) et révoqua la Proclamation Royale qui, entre autres, faisait de la religion protestante la seule religion officielle. En 1774, on rédigea l’Acte de Québec qui venait atténuer les velléités d’assimilation exprimées 11 ans plus tôt et établissait les droits du peuple canadien dont la langue française, le droit civil et la religion catholique et qui agrandissait le territoire de la province (elle engloba les Grands Lacs et s’étendit même jusqu’à Saint-Louis). Cette nouvelle constitution, rédigée suite à l’indépendance américaine, visait à réduire le mouvement indépendantiste au Canada, afin de conserver une colonie en Amérique.

Les Américains (avec à leur tête Montgomery et Arnold) décidèrent de rallier les Canadiens par la force à leur lutte pour l’indépendance. Ils commencèrent l’invasion de la province de Québec en 1774 (toute la région de Montréal passa entre leurs mains), mais, l’année suivante, ils échouèrent dans leur tentative de prendre la ville de Québec. Des renforts britanniques arrivèrent en grand nombre et les Américains furent forcés de quitter la province. Les Canadiens français restèrent plutôt neutres dans le conflit, suivant les recommandations de l’Église catholique qui prenait le parti des Britanniques. Suite à l’indépendance américaine, des Loyalistes américains s’installèrent au Québec. Insatisfaits des nombreux droits accordés aux Canadiens (français), les Anglais demandèrent des réformes et on leur répondit par l’Acte constitutionnel de 1791 qui divisait le territoire depuis la rivière des Outaouais, créant le Haut-Canada (l’Ontario d’aujourd’hui) et le Bas-Canada (le Québec d’aujourd’hui). Le parlementarisme britannique fut adopté, mais les limites du système colonial furent très vite critiquées et contestées.

En 1834, des membres du Parti Patriote (tels les Papineau, Elzéar Bédard et Augustin-Norbert Morin) rédigèrent et présentèrent, à titre de programme politique et de revendications, 92 résolutions qui exprimaient une véritable perte de confiance dans les institutions monarchiques britanniques. Pour contrer ce pouvoir monarchique abusif envers les Canadiens français, Papineau et son Parti réclamaient un gouvernement responsable élu qui contrôlerait les revenus et voterait les lois du Bas-Canada. En 1835, Lord Gosford arriva à Québec pour tenter de se lier rapidement avec les patriotes, ayant reçu le mandat de se concilier l’Assemblée. Mais en 1837, ayant épuisé toutes les stratégies pacifiques et devant un refus catégorique de Londres de considérer les 92 résolutions, le Parti Patriote tourna en faveur d’une rébellion armée. Simultanément, certains Britanniques rebelles du Haut-Canada aspiraient aux mêmes revendications, soit obtenir des gouvernements responsables (c’est-à-dire des gens élus qui prendraient les décisions à la place d’un gouverneur imposé par Londres). Le Bas-Canada prit les armes, avec à sa tête Louis-Joseph Papineau (député nationaliste et chef du Parti Patriote). Le Haut-Canada se révolta sous les ordres de William Mackenzie. Ces deux soulèvements furent écrasés par Londres.

La déroute des Patriotes marqua la fin de l’emprise des esprits libéraux sur la société québécoise, le clergé reprenant désormais les commandes et étendant son pouvoir. L’échec du soulèvement bas canadien ne permit pas au peuple d’échapper à l’étau du sous-développement : l’accès aux nouvelles terres demeurait problématique pour les Canadiens (français), puisqu’elles étaient monopolisées par le Family Compact tout comme le commerce avec la Métropole coloniale. C’est alors que commença le formidable mouvement d’émigration canadienne-française aux États-Unis qui marque le XIXe siècle : environ 1 million de Canadiens français émigrèrent vers les États-Unis pour refaire leur vie. On trouve aujourd’hui ainsi des Browns, White et Lavigne comme noms de famille d’origine française aux États-Unis.

Lord Durham fut envoyé par Londres pour faire enquête. Dans son célèbre rapport (le rapport Durham), il recommanda qu’il fallût procéder à l’assimilation intégrale de la collectivité canadienne-française par une unification des deux Canada et l’adoption d’un gouvernement responsable. Son rapport mentionnait entre autres que les Canadiens français étaient un peuple inférieur, sans histoire et sans culture. L’Acte d’Union de 1840 fut voté à Londres. Il donna au Haut-Canada le même nombre de députés qu’au Bas-Canada et fit de l’anglais la seule langue officielle. Le Canada-Uni comptait alors 500 000 anglophones et 600 000 francophones. Le Haut-Canada anglophone et peu peuplé devenait donc l’égal du Bas-Canada francophone fort peuplé, ce qui satisfaisait les intentions assimilationnistes des Britanniques. Lord Durham prévoyait que les anglophones seraient bientôt plus nombreux et qu’ils domineraient ainsi l’Assemblée. Graduellement, les anglophones adoptèrent le nom de « Canadians » (gentilé que les habitants d’origine française se réservaient depuis le XVIIe siècle). En réaction, ceux-ci commencèrent donc à s’appeler les « Canadiens français ».

Les troubles politiques continuèrent, atteignant un nouveau paroxysme en 1849, alors que des émeutiers incendièrent le parlement du Canada-Uni situé à Montréal depuis 1843. Le gouvernement avait voté une loi pour rétablir les droits du français et dédommager les victimes innocentes des troubles de 1837-1838, ce qui enragea des extrémistes britanniques. Le parlement migra alors entre Québec et Toronto jusqu’en 1867.

Ce n’est qu’en 1849 que s’établit le gouvernement responsable par le parti réformiste. Les Canadiens (français) n’étant plus majoritaires, le parti réformiste fut alors dirigé par Robert Baldwin dans le Haut-Canada et Louis-Hippolyte Lafontaine dans le Bas-Canada, ces deux divisions territoriales formant le Canada-Uni. Grâce à l’obtention du gouvernement responsable, un certain calme régna sur la scène politique canadienne. En 1864, les élites politiques entamèrent des discussions concernant une potentielle confédération canadienne. Londres donna alors son appui au projet d’union fédérale et fit même pression sur les gouverneurs en poste dans les colonies pour qu’ils l’acceptent.

[modifier] La fédération canadienne (1867)

Suite à un accord de principe conclu entre le parti conservateur de John Alexander MacDonald et le parti libéral de George Brown, appuyé par George-Étienne Cartier, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique créa la confédération canadienne qui fut proclamée le 1er juillet 1867 et à laquelle se joignirent le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Elle aboutira en une seconde division administrative qui forma les provinces de Québec et de l’Ontario.

Évolution de la population québécoise[28]
Année Habitants
1851 890 261
1861 1 111 566
1871 1 191 516
1881 1 359 027
1891 1 488 535
1901 1 648 898
1911 2 005 776
1921 2 360 510
1931 2 874 662
1941 3 331 882
1951 4 055 681
1956 4 628 378
1961 5 259 211
Année Habitants
1966 5 780 845
1971 6 137 306
1976 6 396 767
1981 6 547 705
1986 6 708 468
1991 7 064 586
1996 7 246 896
2001 7 396 990
2002 7 445 745
2003 7 493 958
2004 7 547 728
2005 7 598 146
2006 7 669 100
Source : Institut de la statistique du Québec

Cet Acte de l’Amérique du Nord britannique (la Loi constitutionnelle de 1867, de son nouveau nom) définit la répartition fondamentale des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux. Les fondateurs du Canada étaient déterminés à créer un gouvernement central fort tout en attribuant d’importants pouvoirs aux assemblées législatives des provinces. Plus précisément, John A. MacDonald avait dû renoncer à ses velléités d’État unitaire entre autres à cause de la détermination de G.-É. Cartier à restaurer un État québécois, provincial certes, mais foyer national où les Canadiens français étaient assurés de conserver la majorité et ainsi une maîtrise de leur destin comme une forme de garantie contre l’assimilation. On attribua au parlement fédéral la responsabilité de la défense et de la politique étrangère, du commerce, des transports, des communications et des terres réservées aux Amérindiens ainsi que des pouvoirs extraordinaires, notamment les pouvoirs résiduaires (la responsabilité de tous les secteurs qui n’ont pas été expressément assignés aux assemblées législatives provinciales), le pouvoir de désaveu (qui lui permettait de désavouer des lois provinciales) ainsi qu’un pouvoir de taxation illimité (ne laissant aux provinces que le pouvoir de percevoir des impôts directs dans les limites du territoire provincial). Les assemblées législatives provinciales reçurent compétence dans les domaines tels que l’éducation, les hôpitaux, la propriété, les droits civils, les ressources naturelles et les « travaux et entreprises d’une nature locale ». Dans deux secteurs, l’immigration et l’agriculture, la compétence fut partagée entre les deux paliers de gouvernement.

La Loi constitutionnelle de 1867 renfermait des dispositions et des clauses spécialement conçues pour préserver et reconnaître le caractère distinct du Québec. Elle consacrait la reconnaissance du Code civil du Québec en ce qui a trait au droit privé comparativement à la Common law britannique en vigueur dans les autres provinces, prévoyait l’utilisation du français et de l’anglais au Parlement ainsi qu’au sein de la Législature et des tribunaux du Québec, et établissait des écoles séparées financées par les fonds publics pour les minorités protestantes et catholiques du Québec et du Canada.

[modifier] De Chauveau à Duplessis

Le 15 juillet 1867, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, du Parti conservateur, devint Premier ministre. Dès 1868, il créa le ministère de l’Instruction publique dont il devint titulaire. Mais ce ministère fut vite dénoncé par le clergé qui rejetait ainsi l’école neutre, gratuite et obligatoire, qu’il crût une menace maçonnique depuis que le Parti patriote en avait instauré le premier développement, anéanti par les conséquences de l’échec des Rébellions. Boucherville abolit le ministère en 1875 et le système de 1867 fut rétabli. En 1876, un candidat libéral de Charlevoix[29], qui fut défait aux élections à cause de la pression de l’Église sur les électeurs, réussit, à l’aide d’une nouvelle loi fédérale, à faire annuler l’élection. L’année suivante, le Pape envoya son représentant pour forcer l’Église québécoise à minimiser ses interventions dans le domaine électoral. En effet, en 1887, les religieux représentaient 48 % des instituteurs des écoles catholiques.

Après l’échec politique des réformes du républicain Mercier, qui allaient dans le sens du nationalisme économique et de l’instruction publique, son beau-fils et autre premier ministre, Lomer Gouin, entreprit une série de réformes plus modestes, mais également destinées à résoudre les défis du sous-développement canadien-français. C’est ainsi qu’il imposa la fondation d’une série d’écoles professionnelles sous l’égide de l’État provincial, dont les HEC (1905) fut l’une des plus notables, instrument inestimable au service du nationalisme économique au XXe siècle.

Henri Bourassa
Henri Bourassa

En 1910, le petit-fils de Louis-Joseph Papineau, Henri Bourassa, fonda le journal « Le Devoir », qu’il consacra à la défense des Canadiens français. Bourassa s’opposa vigoureusement à l’implication du Canada dans la guerre des Boers (1899). Puis, durant la Première Guerre mondiale, il s’éleva contre le recours à la conscription.

Dans l’ensemble, l’appui des Canadiens français à cette guerre fut assez mitigé. Alors que certains s’enrôlaient dans l’armée canadienne, en autres dans le 22e bataillon (canadien-français), l’ancêtre du Royal 22e Régiment, d’autres luttaient contre la conscription ou le règlement 17 adopté par l’Ontario, qui interdisait l’enseignement du français. Des 400 000 militaires canadiens envoyés outre-mer, plus de 60 000 Canadiens moururent au combat.

La génération Bourassa des nationalistes mit fin à son aventure politique après l’élection de 1911 qui, malgré son succès à renverser Laurier et à faire élire un grand nombre de députés, fut considérée un fiasco puisque la seule alternative était un gouvernement conservateur encore plus impérialiste et anti-français, dirigé par Borden, francophobe et orangiste reconnu. Cependant, elle pouvait mettre quelques réussites à l’actif de son militantisme politique, obtenu non pas à Ottawa, mais lorsque les mêmes, Armand Lavergne et Henri Bourassa notamment, se firent élire à Québec. Lavergne réussit à faire passer une loi en faveur des droits du français dans l’espace public, exigeant notamment des services publics bilingues des compagnies au Québec - à cette époque, le train, le téléphone, etc. ne reconnaissaient pas la langue majoritaire du Québec. Les nationalistes obtinrent également du gouvernement Gouin une loi obligeant à transformer sur place le bois et la pâte à papier du Québec : ce qui multiplia les centres industriels du type Shawinigan. L’espoir étant que le Québec exporterait désormais davantage ses produits finis que sa main d’œuvre aux États-Unis !

Le « successeur » de Bourassa en tant que défenseur des droits de la nation canadienne-française fut l’historien et chanoine Lionel Groulx, considéré par plusieurs comme le père spirituel des indépendantistes québécois. Il n’est pourtant nullement le père de cette aspiration puisqu’elle remonte aux Patriotes (Déclaration d’indépendance de 1838), a été ravivée par le Parti national d’Honoré Mercier au pouvoir de 1886 à 1893. Les préférences de Groulx allaient à l’action politique de LaFontaine et à l’ultramontanisme de Tardivel, dont le roman Pour la Patrie (1895) projetait l’indépendance du Québec en 1950. En 1931, il a obtenu une grande crédibilité en participant à la Première Guerre mondiale et aux négociations qui suivirent, le Canada se vit accorder par le Royaume-Uni une pleine autonomie par le Statut de Westminster (formation du Commonwealth).

En 1936, l’Union nationale, fondée en 1935, prit le pouvoir au Québec. Son chef, Maurice Duplessis, fut au pouvoir jusqu’en 1939, puis de nouveau de 1944 à 1959. Il se voulut autonomiste, protégeant son esprit conservateur sous le couvert du nationalisme. Duplessis maintint le Québec en retard sur le reste du Canada en matière d’éducation, d’économie et dans les lois sociales. Le pouvoir religieux occupa une place prépondérante dans les affaires sociales, économiques et politiques du Québec. En effet, l’Église catholique, en étroite collaboration avec le gouvernement, usa de son influence pour convaincre les citoyens de la nécessité de préservation du gouvernement conservateur de Maurice Duplessis, qui prit, en outre, des mesures contre les réformes sociales et le syndicalisme. Après sa mort, le pouvoir de l’Église s’affaiblit rapidement sous le gouvernement libéral de Jean Lesage. Durant les années 1960, le Québec entra dans une grande phase de modernisation accélérée, grâce notamment à une série de réformes d’ordre économique entreprises par le gouvernement Lesage. D’ailleurs, au cours de son premier mandat, il se dota de plusieurs personnes qui formèrent l’équipe du tonnerre, dont René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie et Georges-Émile Lapalme. Cette période est généralement qualifiée par les historiens, sociologues ou politologues de Révolution tranquille.

[modifier] Modernisation et contestation (1960 à aujourd’hui)

La nationalisation de l’électricité fut l’un des grands chantiers de la Révolution tranquille. Sur la photo, le barrage Daniel-Johnson.
La nationalisation de l’électricité fut l’un des grands chantiers de la Révolution tranquille. Sur la photo, le barrage Daniel-Johnson.

La Révolution tranquille fut lancée par l’élection du gouvernement Lesage, dont le slogan en 1960 était « Il est temps que ça change » et en 1962 : « Maîtres chez nous ». En 1960, le gouvernement Lesage entama une très vaste et ambitieuse série de réformes, dans les domaines de la politique sociale, de l’éducation, de la santé, du développement économique. René Lévesque convainquit Lesage de rallier Eric Kierans qui permit le développement financier du Québec au service de la majorité, notamment de la Caisse de dépôt. Il ne faut pas oublier non plus l’enjeu principal de la campagne de 1962, la nationalisation de la production électrique : celle-ci était entre les mains d’un oligopole anglais dont étaient exclus tous les non-WASP, donc les Canadiens français. En nationalisant le secteur dans Hydro-Québec, l’initiative de Lévesque permit un essor formidable de l’économie québécoise, mais aussi d’accession des Québécois à des carrières qui leur étaient jusque-là presque inaccessibles.

La modernisation et l’émancipation du Québec ravivèrent l’idée de l’indépendance et le mouvement souverainiste prit corps. Ces revendications indépendantistes se firent plus nombreuses et une Maison Québécoise ouvrit ses portes à Paris en 1961, faisant office de Délégation officielle. Ce mouvement prit une ampleur sans précédent dans la seconde moitié des années 1960, les revendications indépendantistes se faisant largement entendre et s’organisant sous des formes diverses, comme le Rassemblement pour l’indépendance nationale qui lança le slogan : « le Québec libre ».

Le 23 juillet 1967, le général Charles de Gaulle débarqua à Québec en provenance d’un navire de guerre français pour un voyage de quelques jours au Québec. C’était la première visite officielle d’un chef d’État français dans l’ancienne colonie. Ces retrouvailles symboliques franco-québécoises étaient hautement importantes pour les deux pays, bien qu’avec de grandes réserves de la part du gouvernement anglophone canadien. De Gaulle prononça un discours dans la ville de Québec, dans lequel il insistait sur l’identité commune des Français et des Canadiens francophones. Le lendemain, il emprunta le Chemin du Roy qui relie la ville de Québec de celle de Montréal. À chaque étape, il fut salué comme un libérateur par une foule qui agitait des pancartes sur lesquelles était inscrit : « France libre », « Québec libre », « Vive le Canada français ! ». Arrivé à Montréal, il fut reçu par le maire, Jean Drapeau, et s’adressa du balcon de l’hôtel de ville à une foule débordante d’enthousiasme, terminant son discours par les mots célèbres : « Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec… libre ! Vive le Canada français et vive la France ! ». Selon l’anecdote, rapportée dans les mémoires de ses principaux collaborateurs, mais également de son fils (l’amiral Philippe de Gaulle), il n’était pas prévu par les autorités montréalaises que le Général s’adressât à la foule; au contraire le maire avait prévu une très conventionnelle adresse aux notables dans une simple salle de réception. Quelque peu étonné par le caractère étroit de ce programme, alors que la population réclamait que le Général puisse s’adresser à elle, De Gaulle vit un micro du balcon qui n’avait pas été débranché, et il prit alors l’initiative de s’adresser directement aux Montréalais rassemblés devant l’hôtel de ville, à la stupeur du maire qui aurait voulu « cantonner » le général à une petite réception mondaine … C’était mal connaître le général de Gaulle ! La célèbre phrase « Vive le Québec libre » prononcée à cette occasion par le général à la fin de son discours, n’était pas, contrairement à une lecture étroite qui en fut faite à l’époque, un appel au soulèvement du Québec ou à l’indépendance politique. Il s’agissait, de l’aveu même du général de Gaulle quelques mois plus tard, d’un geste plus destiné à saluer l’effort immense de modernisation économique et sociale entrepris à l’époque, par le gouvernement de l’Union nationale de son ami le Premier ministre Daniel Johnson (et son prédécesseur du gouvernement Libéral Jean Lesage) lors de la Révolution tranquille. D’autre part, le général de Gaulle, expert en politique internationale et fort de sa propre expérience, avait pleinement conscience du fait qu’un appel de ce genre contribuerait à faire connaître le Québec hors du Canada et en particulier le caractère francophone de cette province canadienne, négligé par les autorités fédérales de l’époque : « cela fit gagner 10 ans au Québec » écrivit-il plus tard. Au Québec même, personne ne s’y trompât, puisqu’autant les opposants que les soutiens de cette déclaration furent d’accord pour reconnaître son impact immense, à commencer par le rédacteur en chef fédéraliste du quotidien montréalais Le Devoir, Claude Ryan, qui dans un célèbre éditorial écrivait que le général de Gaulle venait d’inscrire le Québec sur la carte du monde. En revanche, les Canadiens anglophones et notamment le gouvernement fédéral d’Ottawa, furent choqués par cette déclaration prise au premier degré, pensant que le général de Gaulle appelait à l’indépendance du Québec. Le général n’allait pas s’abaisser à de telles polémiques, il décida de quitter directement le Québec après ce voyage triomphal, sans passer par Ottawa qui était normalement l’étape finale de son séjour canadien. Plus symboliquement, le général de Gaulle reconnut que cette déclaration, par son impact indéniable sur la reconnaissance internationale du Québec comme entité linguistique et sociologique distincte, venait effacer la dette de la France à l’égard du Québec qui était représentée par l’abandon de la Nouvelle-France par la mère patrie en 1760.

Un groupe extrémiste, le Front de Libération du Québec (FLQ) avait eu recours depuis le début des années 1960 à des attentats terroristes sur le sol québécois contre plusieurs intérêts canadiens et symboles du Royaume-Uni. Le climat social de la fin des années 1960 dégénéra en fréquentes manifestations ouvrières et parfois en émeutes. En octobre 1970, le FLQ enleva un diplomate britannique, James Cross, puis un ministre du gouvernement québécois, Pierre Laporte, qui fut assassiné dans des circonstances nébuleuses. Cet assassinat survint au lendemain de l’intervention de l’armée canadienne dans les rues mêmes de Montréal, intervention à la demande du premier ministre provincial Robert Bourassa et du maire de Montréal Jean Drapeau prétextant une insurrection appréhendée. Plus de 500 leaders d’opinions québécois furent arrêtés, parmi lesquels des syndicalistes, des artistes et des étudiants. Le premier ministre fédéral Trudeau, qui avait tant critiqué Duplessis, ne se montrait guère plus démocrate que lui, et guère moins chef autoritaire. Des commissions d’enquête subséquentes (entreprises par la Gendarmerie royale du Canada et le juge Keable) conclurent que l’action du gouvernement fédéral, illégale sur le plan moral, visait essentiellement à rallier l’opinion publique et à abattre une opposition légitime plutôt qu’à réprimer une insurrection appréhendée. Ces événements marquèrent la fin de l’extrémisme au sein du mouvement indépendantiste, d’ailleurs vigoureusement rejeté par nul autre que René Lévesque (ami de Laporte qui perdit la vie dans cet épisode malheureux).

René Lévesque le soir de l’élection de 1973
René Lévesque le soir de l’élection de 1973

C’est en 1968 que se forma le Parti québécois, parti souverainiste dirigé par René Lévesque. Ce parti gagna les élections provinciales de 1976 et instaura une série de lois faisant la promotion et la défense de la langue française. C’est avec la mise en place de la Charte de la langue française dite Loi 101 que le français devint la langue officielle du Québec en 1977. Cela instaurait le français comme langue de l’école publique comme l’anglais dans les autres provinces du Dominion et instaurait le droit des travailleurs à travailler en français dans les entreprises de 50 employés et plus. Du côté polémique, l’opinion médiatique canadienne-anglaise retint surtout l’affichage français obligatoire, révolution visuelle qui concentra les antagonismes.

En 1980, le projet de René Lévesque et d'Alexi Mulvihill de souveraineté-association fut appuyé par 40 % de la population lors d’un référendum. Le gouvernement canadien de Pierre Elliott Trudeau rapatria de façon autoritaire la constitution en 1982 avec, sur avis de la Cour suprême, l’accord d’une forte majorité des provinces, mais sans l’appui du Québec, le gouvernement du Québec ne devint donc pas partie à la constitution, suite aux événements controversés de la Nuit des longs couteaux. La Constitution canadienne fut ainsi modifiée selon les désirs de Trudeau, mais sans la moindre consultation de la population, ni du Québec, ni du Canada. Le Québec subit alors une diminution de l’autonomie provinciale et ne reconnaît toujours pas cette constitution, bien que ses gouvernements aient abandonné le geste de protestation du gouvernement Lévesque qui consistait à passer chacune des nouvelles lois québécoises en invoquant la clause dérogatoire (ou « nonobstant »). Lévesque se tourna toutefois vers un espoir de réforme dit du « beau risque » avec l’élection des conservateurs de l’irlando-québécois Mulroney à Ottawa en 1984.

De 1985 à 1994, le Parti libéral du Québec gouverna le Québec sous Robert Bourassa et Daniel Johnson. La problématique constitutionnelle fut une fois de plus discutée et un consensus fut approuvé avec l’accord du lac Meech en (1987). Cependant, celui-ci s’effondra en 1990 : l’opinion canadienne-anglaise, fortement attisée par Trudeau, rejetait la reconnaissance du Québec comme « société distincte ». Cette réaction émotive avait en partie été attisée par l’utilisation de la clause nonobstant par Robert Bourassa. Une troisième entente, l’Accord de Charlottetown, qui devait préciser juridiquement le statut du Québec dans le Canada, fut rejetée par un référendum pancanadien et un référendum québécois en 1992 pour des raisons opposées : pas assez d’autonomie au Québec, trop aux yeux des Canadiens des autres provinces.

Le Parti québécois, mené par Jacques Parizeau, revint au pouvoir en 1994 avec la promesse de tenir un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec. Tenu le 30 octobre 1995, ce référendum vit la proposition souverainiste rejetée à 50,6 %[30]. Jacques Parizeau quitta le poste de premier ministre le 29 janvier 1996[31] et fut remplacé par le chef du Bloc québécois fédéral, Lucien Bouchard. Bouchard et son successeur péquiste, Bernard Landry, laissèrent de côté l’accession à la souveraineté, privilégiant l’assainissement des finances publiques, la dette québécoise n’ayant cessé de croître au cours des dernières années. Il connut un certain succès sur ce front.

[modifier] Politique québécoise

Icône de détail Article détaillé : Politique du Québec.

[modifier] Fonctionnement politique

Le Québec est l’une des dix provinces du Canada. Elle fonctionne avec un régime parlementaire de type britannique basé sur le système de Westminster, tout comme l’ensemble des autres provinces du Canada. Au Québec, le pouvoir législatif est partagé entre l’Assemblée nationale et le Lieutenant-gouverneur (le représentant de la reine au Québec). En raison de la vétusté du système monarchique, de nos jours, l’Assemblée nationale occupe pratiquement tous les pouvoirs législatifs. Le pouvoir exécutif est incarné par le Gouvernement du Québec. À la tête du gouvernement se trouve le premier ministre et son conseil des ministres.

L’Assemblée nationale est formée de 125 députés élus au suffrage universel par un vote par circonscription par le biais d’un scrutin uninominal majoritaire à un tour. L’Assemblée est dissoute par le lieutenant-gouverneur, à la demande du premier ministre, au maximum cinq ans après la dernière élection. La dernière élection a eu lieu en 2007.

[modifier] Dynamique politique

Icône de détail Article détaillé : Partis politiques québécois.

La dynamique politique au Québec est relativement différente des pays du monde. Alors que dans plusieurs pays du monde, le clivage gauche/droite prend une grande importance, au Québec il s’agit de la question nationale qui détermine en grande partie le vote des citoyens lors des élections [réf. nécessaire].

[modifier] Élection 2003

Lors de l’élection générale du 14 avril 2003, le Parti québécois a été battu par le Parti libéral, dirigé par Jean Charest[32]. Devenu premier ministre, Charest a mené une politique de désengagement de l’État, en favorisant notamment les partenariats public-privé, dans le but de contenir la dette publique d