Abbaye du Mont-Saint-Michel

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Abbaye du Mont-Saint-Michel
Vue de l'abbaye depuis le pied du Mont
Vue de l'abbaye depuis le pied du Mont

Ordre Chanoines (709-966)
Bénédictins (966-1791)
Bénédictins (1966-2001)
Fraternités monastiques de Jérusalem (depuis 2001)
Fondation 709
Fermeture 1791-1966
Diocèse Coutances et Avranches
Fondateur Aubert d'Avranches (709, sanctuaire)
Richard Ier de Normandie (966, abbaye)
Dédicace Saint Michel
Style(s) dominant(s) Architecture romane (cryptes)
Architecture gothique (abbatiale et Merveille)
Protection Logo monument historique Classé MH (1862)[1]
 Patrimoine mondial (1979)
Site web http://www.abbaye-montsaintmichel.com/
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région française Basse-Normandie
Département Manche
Commune Le Mont-Saint-Michel
Coordonnées 48° 38′ 09″ N 1° 30′ 41″ O / 48.635834, -1.51138948° 38′ 09″ Nord 1° 30′ 41″ Ouest / 48.635834, -1.511389  

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Abbaye du Mont-Saint-Michel

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Abbaye du Mont-Saint-Michel
Abbaye du Mont-Saint-Michel *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Chœur de l'église abbatiale
Chœur de l'église abbatiale
Pays Drapeau de la France France
Subdivision Manche
Type Culturel
Critères (i)(iii)(vi)
Superficie 6560
Zone tampon 57510
Numéro
d’identification
80
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 1979 (3e session)
Année d’extension 2007 (31e session)
Autre protection Logo monument historique Classé MH (1862)[1]
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

L’abbaye du Mont-Saint-Michel se trouve sur la commune française du Mont-Saint-Michel[Note 1], dans le département de la Manche en région Basse-Normandie.

L'abbaye fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862[1].

Le site figure depuis 1979 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au sein du mont Saint-Michel et de sa baie et est géré par le Centre des monuments nationaux[2].

Avec plus de 1,335 million de visiteurs par an en 2010, l'abbaye fait partie des premiers sites culturels visités en France[3].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Attestations anciennes: in monte qui dicitur Tumba vers 850, revelatio. Monte Sancti Michaelis 966, AG NLM.

Le mot tumba, tombe, rare en toponymie, est à interpréter dans le sens de sépulture, voir cimetière. Le nom de l'ilot voisin Tombelaine ne procède pas du dieu gaulois Belenos, mais d'un primitif *tumb-ell-ana dérivé du précédent, avec double suffixation, formation homonyme de Tombelaine, hameau du Calvados ou de Tomblaine, commune de Meurthe-et-Moselle [4].

Histoire primitive du Mont[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Le Mont même était peut-être un lieu de cultes druidiques pour les Abrincates qui habitaient la région autour du mont Saint-Michel et l'Avranchin. Selon l’historien Gilles Deric (1726-1800), le rocher était dédié au dieu gaulois du soleil sous le nom de Mons vel Tumba Beleni : mont ou tombe de Belenos, hypothèse aujourd'hui abandonnée, puisqu'aucun niveau d'occupation antique n'a été mis au jour et que Tumba Beneni est certainement une cacographie pour Tumbellana, Tombelaine.

La voie construite à l'époque romaine qui passait à l’ouest du « Mont Tombe » dut, avec l’envahissement de la mer, être déplacée vers l’est pour finir par disparaître en se fondant avec la voie passant par Avranches.

Début de l’ère chrétienne[modifier | modifier le code]

Le récit en partie légendaire et miraculeux de la fondation chrétienne de l'abbaye est issu d'un texte en latin de la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis in monte Tumba[5] rédigé par un chanoine du Mont-Saint-Michel ou de la cathédrale d’Avranches au IXe siècle. Ce texte de circonstance s'inscrit dans le contexte de lutte de pouvoir entre la Bretagne et le Comté de Normandie avec le royaume franc ainsi que des réformes canoniques entreprises par les empereurs carolingiens[6].

À l’avènement du christianisme dans la région, aux alentours du IVe siècle, le Mont Tombe fait partie du diocèse d’Avranches, dont les limites correspondent avec l'ancien territoire des Abrincates. Au milieu du VIe siècle, le christianisme s’implante véritablement dans la baie. À cette époque, le Mont Tombe offre un abri à de pieux solitaires, ermites (probablement des moines celtes) approvisionnés par le curé d’Astériac (commune de Beauvoir), qui veillent sur le site et mènent une vie contemplative autour d'oratoires. Les ermites Saint Pair et saint Seubilion en fondent un dédié au premier martyr chrétien, saint Étienne, élevé à mi-hauteur du rocher et un second en l’honneur du premier martyr d'Autun, saint Symphorien, élevé au pied du rocher[7].

Le songe de Saint Aubert

Le Mont-Saint-Michel quitte, en 710, son appellation de « Mont-Tombe » pour prendre celui de « Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer » à la suite de l’édification, par l’évêque saint Aubert d’Avranches, d’un oratoire dédié à l’archange saint Michel en 708. Aubert aurait reçu, au cours de son sommeil, trois fois l’ordre de Saint-Michel de faire ériger sur le Mont-Tombe un oratoire. L’archange aurait laissé la trace de son doigt sur le crâne d’Aubert. Ce crâne repose dans la basilique Saint-Gervais d'Avranches et porte les traces d’un tel stigmate.

Le sanctuaire doit être, selon les prescriptions de l’ange, une réplique du sanctuaire de Saint Michel au Mont-Gargan en Italie (Ve siècle). Aubert fait arracher une pierre cultuelle païenne présente sur le Mont Tombe et construit à la place un sanctuaire circulaire formé de morceaux de roc grossièrement empilés. En 708 environ, Aubert envoie deux moines chercher au sanctuaire italien du Mont-Gargan des reliques du lieu ; une pierre où il aurait laissé l’empreinte de son pied et un morceau de son voile sur l'autel qu'il avait consacré. C'est au cours de cette mission que le raz de marée de mars 709 aurait englouti la forêt de Scissy et entouré le mont pour en faire une île. Puis selon la Tradition montoise remontant au XIe siècle, l’évêque fait la dédicace de l’église le 16 octobre 709 et y installe un chapitre de douze chanoines. Le Mont-Saint-Michel était né.

Les restes de l’oratoire ont été retrouvés dans la chapelle Notre-Dame-Sous-Terre[Note 2]. Ce sanctuaire est une chapelle reliquaire qui abritait le tombeau du fondateur, Aubert et certainement les reliques insignes ramenées du Mont-Gargan. La chapelle Notre-Dame-Sous-Terre est aujourd’hui sous la nef de l’abbatiale.

Les premières constructions se révèlent insuffisantes et à l’époque carolingienne, d’importants bâtiments sont élevés, autour desquels se répartissent les cellules individuelles des religieux. Charlemagne ayant choisi saint Michel comme protecteur de son empire au IXe siècle, il tente de fixer le nom de « Mont-Saint-Michel » mais pendant tout le Moyen Âge il est plus souvent appelé « Saint-Michel-au-Peril-de-la-Mer » (Mons Sancti Michaelis in periculo maris, en référence à Tombelaine)[8].

Histoire de l’abbaye[modifier | modifier le code]

La collégiale Saint-Michel aux IXe et Xe siècles[modifier | modifier le code]

Les chanoines du Mont-Saint-Michel se montrèrent, durant le premier siècle de leur institution, fidèles à la mission qui les avait attachés au culte de l’archange saint Michel : leur montagne devint à la fois un lieu de prière et d’étude, mais l’ère de stabilité connue par la Neustrie durant le règne de Charlemagne laissa place, à la mort de cet empereur, à une période de grands désordres. Tandis que le reste de la Gaule subissait les invasions barbares, la religion et la science trouvaient refuge et asile dans le diocèse d'Avranches, et surtout au Mont-Saint-Michel. Profitant de la désunion des petits-fils de Charlemagne, les raids et incursions des Vikings, précédemment contenus, reprirent une nouvelle vigueur.

Les évènements de cette époque ne suspendirent d’abord pas les pèlerinages dont ce roc vénéré était devenu le centre. Les Vikings atteignirent le Mont en 847. Le redoublement de calamités, que les invasions infligèrent à la Neustrie tout entière, força les religieux à quitter le Mont qui ne resta cependant pas désert. Sa position, au milieu des palus maritimes, l’offrait comme un asile aux populations cherchant refuge contre les hommes du nord.

À la signature du traité de Saint-Clair-sur-Epte, le premier soin de Rollon fut de réparer les destructions qu’il avait fait subir aux lieux de culte. Le Mont-Saint-Michel fut un des établissements religieux qu’il dota de ses largesses, durant les six jours qu’il passa sous les blancs habits du catéchumène. Ce monastère lui dut la terre d’Ardevon, l’une de ses plus riches propriétés. Là ne s’arrêta pas sa bienveillance pour le Mont : il rappela sous la règle cénobitique les chanoines que la guerre avait éloignés, et leur confirma leurs dotations anciennes. Ce refuge tumultueux redevint un lieu de prières, même cette restauration ne produisit pas l’effet que ce prince avait pu s’en promettre.

Le relâchement des mœurs, où le désordre des temps avait plongé les chanoines dans l’existence dissipée des villes, avait trop profondément modifié leur existence pour qu’ils pussent se plier de nouveau à l’abstinence de la vie solitaire. Guillaume Longue-Épée, qui succéda en 927 au premier duc de Normandie, Rollon, poursuivit la politique de restauration des monastères inaugurée par son père, jusqu’à son assassinat en 942, mais les nombreuses possessions dont il les enrichit, ne firent que développer leurs penchants mondains ; les villages de Madray ou Moidrey, Carcey, Mariney, Curey, les Forges, Solinnay, Macey, Dommaney, Scaley, la moitié de Crommerey, Pelton, Vergonçay, Mannay, Saint-Jean-sur-le-Rivage, avec l’église, le moulin, les prés et les vignes ; enfin le village de Mesnil-Rouge, furent ajoutés par la munificence de ce prince aux biens qui, avant les libéralités de Rollon, avaient pu suffire à leurs besoins. Les libéralités des ducs de Bretagne Conan le Tort, mort en 992, et Geoffroy Ier, mort en 1008, leur permirent de se faire ensevelir, au titre de bienfaiteurs, au Mont-Saint-Michel.

Fondation de l’abbaye bénédictine (966)[modifier | modifier le code]

Le rapide développement des richesses de l’abbatiale Saint-Michel finit par constituer un sérieux obstacle au bon fonctionnement, et même à la vocation religieuse de l’abbatiale. Dotés des moyens de satisfaire leurs passions, les chanoines dépensèrent en plaisirs les richesses provenant de la piété des princes tandis que l’église restait déserte ou n’était fréquentée par des clercs légèrement rétribués. Les nobles du pays cherchèrent à obtenir les bénéfices de la riche abbaye pour mieux les dépenser dans les plaisirs de la table, du monde et de la chasse, où se passa désormais exclusivement leur existence.

Lorsque Richard Ier « Sans Peur », le fils de Guillaume Longue-Épée, lui succéda comme duc de Normandie, il tenta de résoudre le problème en faisant comparaître les chanoines devant lui pour leur reprocher leurs débordements et leur rappeler le caractère saint de l’abbaye. Après s’être efforcé, en vain, de les ramener à la régularité de la vie religieuse, par les remontrances, les prières et les menaces, Richard prit la résolution, après approbation du pape Jean XIII et du roi Lothaire, de les remplacer par un monastère de bénédictins, comme le mentionne l’Introductio monachorum (« l’installation des moines »), traité composé vers les années 1080-1095 par un moine du Mont-Saint-Michel qui cherche à défendre la thèse de l’indépendance du monastère à l’égard du pouvoir temporel[9].

S’étant rendu à Avranches, suivi d’un nombreux cortège de prélats et de seigneurs et de trente religieux sortis des abbayes normandes environnantes ; monastère de Saint-Wandrille, Saint-Taurin-d’Évreux et Jumièges, Richard expédia un des officiers de sa cour avec plusieurs soldats au Mont-Saint-Michel, pour notifier ses ordres aux chanoines : se soumettre aux austérités de la vie claustrale en prenant l’habit de saint Benoit, ou quitter le Mont. Seul un accepta, tandis que tous les autres abandonnèrent les lieux, laissant l’abbé Maynard Ier, qui venait de l’abbaye de Saint-Wandrille, y établir la règle bénédictine. Le remplacement des chanoines par des moines bénédictins a lieu en 966, année qui est retenue comme celle de la fondation de l'abbaye du Mont-Saint-Michel.

Ce sont ces moines qui dotent l'abbaye de l'église pré-romane à double nef de « Notre-Dame-sous-Terre » puis font construire à partir de 1060 la nef de l'église abbatiale dont la croisée du transept est établie sur le sommet du rocher[10].

Un centre de traduction au XIIe siècle[modifier | modifier le code]

Un des âtres du Scriptorium, 1225
Vue 3D de la salle des Chevaliers

Au XIIe siècle, les bénédictins du Mont-Saint-Michel auraient eu, selon quelques auteurs, une grande influence sur le développement intellectuel de l’Europe en traduisant Aristote directement du grec en latin, à l’époque où d’autres traductions se font à Tolède depuis l’arabe, ou en Italie[11].

« (...) la bibliothèque du Mont-Saint-Michel au XIIe siècle comportait des textes de Caton l'Ancien, le Timée de Platon (en traduction latine), divers ouvrages d'Aristote et de Cicéron, des extraits de Virgile et d'Horace... »

— Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, éd. Seuil, coll. Points Histoire, 1979, p. 18.

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Le Mont-Saint-Michel connaît alors son apogée avec l'abbé de Torigni, conseiller privé du duc de Normandie, Henri II d'Angleterre[10].

XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

En 1204, après la commise pour forfaiture, le roi de France Philippe-Auguste entreprit de s’emparer des fiefs continentaux du duc de Normandie Jean-sans-Terre. Ayant franchi, avec une armée, la frontière de Normandie pour exécuter cet arrêt, son allié, Guy de Thouars, duc de Bretagne, se jeta sur l’Avranchin à la tête d’une troupe de Bretons. Le Mont-Saint-Michel fut le premier point vers lequel se dirigèrent les efforts de Guy de Thouars. Impuissantes à protéger la ville, les palissades, furent emportées d’un choc, la ville fut saccagée et les Montois massacrés, sans considération d’âge ou de sexe, mais l’assaut breton vint se briser contre les fortifications du monastère : après de longs et inutiles efforts, Guy de Thouars, désespérant de se rendre maître d’une enceinte défendue avec désespoir, effectua sa retraite en livrant la ville au feu. Le sinistre se développa avec une telle violence que les flammes, s’élançant vers le sommet du mont, débordèrent sur l’abbaye, dont elles réduisirent presque tous les bâtiments en cendres. Seuls, les murs et les voûtes résistèrent et échappèrent à cet embrasement. Philippe-Auguste ressentit la plus vive douleur de ce désastre, et, voulant effacer les traces de ce malheur, il envoya à l’abbé Jordan une forte somme d’argent destinée à réparer ces ravages. Reconstruit dans le style architectural normand, avec tailloirs des chapiteaux circulaires, écoinçons en pierre de Caen, motifs végétaux, etc., le cloître de la Merveille est achevé en 1228.

Guerre de Cent Ans[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Cent Ans.

Au début du conflit, l’abbaye perd tous les revenus de ses prieurés anglais.

En 1356, les Anglais prennent Tombelaine et commencent le siège de l’abbaye. Peu de temps après, Bertrand Du Guesclin est nommé capitaine de la garnison du Mont et remporte plusieurs victoires qui permettent d’écarter la menace anglaise pour plusieurs années.

Le châtelet. Tourelles en encorbellement sur contrefort, construites durant l'abbatiat de Pierre Le Roy, fin du XIVe siècle

En 1386, Pierre Le Roy est élu abbé et ordonne la construction de la tour Perrine, de la tour des Corbins et du Châtelet afin de défendre l’entrée du monastère. Après la bataille d'Azincourt, le nouvel abbé, Robert Jollivet, fait construire un rempart pour protéger la ville, ainsi qu’une citerne pour alimenter le Mont en eau douce. En 1419, Rouen tombe aux mains des Anglais. Le Mont est alors la seule ville de Normandie qui résiste à l’occupant. Craignant la puissance anglaise, Robert Jollivet offre ses services au roi d’Angleterre.

Charles VII nomme Jean VIII d'Harcourt capitaine du Mont. Le Mont est le seul site de Normandie résistant encore aux Anglais qui lancent une offensive en 1423 et font un blocus par la terre et la mer.

Le duc de Bretagne était averti, malgré son alliance avec l’Angleterre, des dangers que la possession de ce roc par ce pays représentait pour ses provinces. Sur ses ordres, le sieur Briand III de Châteaubriant-Beaufort, son amiral ; Guillaume de Montfort, cardinal, et évêque de Saint-Malo, équipèrent secrètement dans ce port plusieurs vaisseaux que montèrent les seigneurs de Combourg, de Montauban, de Chateaubriand, etc., avec un grand nombre de chevaliers et d’écuyers bretons, tous résolus à attaquer les vaisseaux anglais. Cette expédition, armée en secret avec rapidité, fut prête à mettre à la voile sans qu’aucun bruit de ses préparatifs n’eût transpiré. Elle cingla aussitôt vers l’ennemi. Bien que surpris, les Anglais reçurent leur choc avec fermeté, et le combat s’engagea des deux côtés. L’habileté de leurs évolutions navales eût pu même donner quelque avantage aux vaisseaux anglais, si les Bretons, prévenant l’effet de ces manœuvres, ne les avaient abordés et immobilisés avec leurs grappins. À l’issue du corps à corps qui s’engagea alors sur chaque navire, la flotte anglaise fut jetée dans un tel désordre, que tout ce qui put échapper au fer chercha son salut dans une prompte déroute, ou périt dans les flots (bataille du 16 juin 1425).

Lorsque l’escadre victorieuse vint aborder au Mont-Saint-Michel, les troupes assiégeantes, redoutant une attaque combinée des Montois et des chevaliers bretons, abandonnèrent à la hâte leurs bastilles, laissant toute liberté de ravitailler la place assiégée. À peine les Anglais eurent-ils vu s’éloigner l’escadre auxiliaire qu’ils s’empressèrent de venir relever ses fortifications.

Le Mont-Saint-Michel fut même serré avec plus de rigueur ; toutes ses communications avec la plage furent interceptées et, à chaque marée, la garnison montoise ne pouvait tenter se ravitailler sans que la plage devînt le théâtre d’escarmouches sanglantes.

Jean organise une attaque surprise montée avec son allié, Jean de La Haye, et des assiégés contre des patrouilles anglaises qui se trouve écrasées (« plus de 200 cadavres restèrent sur place ») après quoi les Anglais se terrent dans leurs forts.

Jean d'Arcourt est tué à la bataille de Verneuil en août 1424 et est remplacé par Jean de Dunois, sitôt contesté. Les religieux du Mont renforcent leurs défenses sur leurs propres fonds. Les Anglais renforcent Tombelaine. Louis d'Estouteville remplace Jean le 2 septembre 1424, et ce dernier retire de la ville, le 17 novembre 1424, les femmes, les enfants et les prisonniers. Tombelaine est encore renforcée. À chaque marée basse, les Anglais en descendent jusqu'aux murailles du Mont. La communication n'est possible qu'au prix d'escarmouches et de combats.

C'est en juin ou juillet 1425 que les Anglais recrutent des combattants, dont Robert Jollivet, y compris à Granville, dont Damour Le Bouffy (qui touche 122 livres pour 30 jours), et lance une terrible attaque, qui échoue, contre les Michelistes et les chevaliers bretons[12].

En novembre 1425, d'Estouteville organise une « sanglante leçon de prudence » : une sortie surprise en force qui culbute les Anglais, « le massacre fut horrible ». Les religieux gagent tous leurs accessoires précieux et renforcent leurs fortifications, construisent la porte, la herse et le pont-levis. Charles VII les encourage à la défense et, puisque isolés, les autorises à battre monnaie en 1426. Les Anglais se calment jusqu'en 1433.

Abbaye du Mont-Saint-Michel. Bombarde abandonnée par l'armée de Thomas de Scales, le 17 juin 1434

En 1433, un incendie ayant détruit une partie de la ville, les Anglais en profitent pour attaquer l’abbaye. C'est une grande offensive que lance Thomas de Scales, le 17 juin 1434, par grande marée basse, avec artillerie et machines de guerre. L'historiographie romantique des 119 chevaliers normands défenseurs du Mont-Saint-Michel ayant résisté pendant trente ans et qui firent un tel massacre lors de cette attaque que les 20 000 Anglais sont repoussés et poursuivis sur les grèves, est une image d'Épinal inventée dans les années 1880. Pendant ce siège de 30 ans, l'abbaye forteresse n'est défendue en permanence que par une vingtaine de personnes alors que les 119 chevaliers pouvaient avoir des membres de leur famille dans l'armée anglaise, l'assaut de 1434 ne comprenait pas plus de 2 000 Anglais[10]. Dernière attaque des Anglais, au cours de laquelle l'armée de Thomas Scalles abandonna des bombardes, visibles à l'entrée du Mont-Saint-Michel, après quoi ils se contentèrent de les surveiller depuis Tombelaine et leurs bastilles. Dès lors, le Mont ne subira plus de siège jusqu’à la libération de la Normandie en 1450.

Les prisons de l’abbaye[modifier | modifier le code]

Symbole national de résistance contre les Anglais, le prestige de l'abbaye décline néanmoins depuis le XIIe siècle, perdant de son intérêt militaire et religieux (le régime de la commende institué en 1523 par le roi de France finit de ruiner l'abbaye), même si des rois continuent de venir en pèlerinage au Mont et qu'il reste un enjeu lors des guerres de Religion (les Huguenots de Gabriel II de Montgommery et son frère Jacques tentent de s'emparer de ce bastion de la Ligue catholique en 1577, 1589, 1591[13]) : elle devient, sous l’Ancien Régime, un lieu de détention pour plusieurs personnes incarcérées en vertu de différentes juridictions : des légendes prétendent que des abbés ont aménagé des cachots dès le XIe siècle. Une prison d'État est attestée sous Louis XI qui édifie des cages de fer. Le relâchement des mœurs (certains moines vivent avec femmes et enfants) malgré la réforme en 1622 par les Mauristes et le manque d'entretien incitent les rois de France à l'utiliser alors essentiellement comme prison (à la fin du XVIIIe siècle, elle n'abrite plus qu'une dizaine de religieux), elle gagne son surnom de « bastille des mers » où sont emprisonnés notamment Victor Dubourg de La Cassagne ou Desforges[14].

Lorsque les derniers bénédictins quittent le Mont en 1791 (l'abbaye est alors désignée sous le nom « Mont Michel ») sous la Révolution, celle-ci devient alors uniquement une prison où sont incarcérés, dès 1793 (elle porte alors le nom de « Mont libre »), plus de 300 prêtres réfractaires[15]. Plusieurs émeutes dénoncent les mauvais traitements : sous Louis-Philippe d'Orléans, des prisonniers ultraroyalistes comme républicains, bien qu'ils ne se mêlent pas lors de leurs promenades deux fois par jour sur la plate-forme devant l'église, se liguent contre le directeur de prison Martin des Landes qui est remplacé. Néanmoins grâce à la « pistole »[16], les plus riches peuvent payer geôliers contre des sorties dans la ville basse, les autres peuvent emprunter des ouvrages rares recopiés par les moines au scriptorium. Jusqu'à 700 prisonniers travailleront dans des salles de l'abbaye transformées en ateliers. Confectionnant des chapeaux de paille dans l'église abbatiale, cette dernière subit en 1834 un incendie attisé par la paille[17]. Après la détention de socialistes au Mont de Martin Bernard, Armand Barbès et Auguste Blanqui, divers intellectuels, dont Victor Hugo, dénoncent l’abbaye-prison qui sera fermée par décret impérial en 1863. Les 650 prisonniers d'État et détenus de droit commun sont alors transférés sur le continent[10].

En 1794, un dispositif de télégraphe optique, le système de Chappe, est installé au sommet du clocher faisant ainsi du Mont-Saint-Michel un maillon de la ligne télégraphique Paris-Brest. En 1817, les nombreuses modifications effectuées par l’administration pénitentiaire entraînent l’écroulement de l’hôtellerie édifiée par Robert de Torigni.

Le monument historique[modifier | modifier le code]

Chœur gothique flamboyant de l'église abbatiale

L'abbaye est louée à l'évêque de Coutances à partir de 1863.

Viollet-le-Duc visita le mont en 1835, mais ce furent ses élèves, Paul Gout et Édouard Corroyer (la fameuse Mère Poulard fut sa femme de chambre), qui furent destinés à restaurer ce chef-d’œuvre de l’art gothique français. Des travaux urgents de consolidation et de restauration de l’abbaye, classée Monument historique en 1874, sont effectués par Édouard Corroyer. En 1896, une fine flèche néogothique s’élevant à plus de 170 mètres au-dessus de la mer est érigée.

L’archange Saint Michel qui couronne la flèche (définitivement achevée en 1898) a été réalisé en 1895 par le sculpteur Emmanuel Frémiet dans les ateliers Monduit qui avaient déjà travaillé pour Viollet-le-Duc.

En 1898, Paul Gout redécouvre, lors de fouilles sous le plancher de l’église, Notre-Dame-Sous-Terre qui sera complètement dégagée en 1959 une fois que l’architecte Yves-Marie Froidevaux aura installé une poutre en béton précontraint.

Renaissance religieuse[modifier | modifier le code]

En 1922, le culte est restauré dans l'abbatiale. En 1966, à l’occasion de la célébration sous l’égide d’André Malraux du millénaire de l’abbaye, plusieurs monastères bénédictins envoyèrent quelques moines passer l’année 1966 au Mont, afin de célébrer à leur manière le caractère religieux millénaire du lieu, sans lequel le rocher serait sans doute resté à l’état quasi naturel. Une fois l’année passée, avec son flot de visiteurs et de colloques, une poignée de moines resta, en accord avec l’État, propriétaire des lieux. Leur premier prieur était le père Bruno de Senneville, venu de l’abbaye du Bec-Hellouin.

Cette petite communauté effectua pendant près de trente-cinq ans, par sa présence et la célébration du culte, une sorte de pèlerinage permanent sur les lieux, recevant elle-même les pèlerins de tous horizons. Ces pionniers permirent alors la restauration d’une communauté plus importante.

Les Fraternités monastiques de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Depuis 2001, des frères et des sœurs des Fraternités monastiques de Jérusalem, venues de l’église Saint-Gervais de Paris, assurent une présence religieuse toute l'année. Ils remplacent les moines bénédictins, qui peu à peu désertèrent le Mont après 1979.

Ainsi, chaque jour, la communauté se retrouve pour les offices dans l’abbatiale (ou dans la crypte Notre-Dame des Trente Cierges en hiver), rendant ainsi à l’édifice à sa destination originelle, pour prier et chanter la gloire de Dieu. Cela permet d'attirer des visiteurs et pèlerins qui, nombreux, viennent assister aux diverses célébrations.

À l'occasion du treizième centenaire du Mont, la fraternité s'est beaucoup investie, et s'ouvre désormais encore davantage sur le monde.

Des retraites d'une durée d'une semaine sont possibles, été comme hiver, pour prier, vivre en silence avec la communauté, découvrir leurs activités…

Récemment, la restauration d'une maison du Mont, le « Logis Saint-Abraham », a été entreprise par la communauté. Elle permettra dans quelques années à de nombreux pèlerins de venir passer quelques jours pour prier.

Le Festival 13 siècles entre ciel et mer[modifier | modifier le code]

Lors de l'élaboration des festivités du 13e centenaire de la fondation du mont, le diocèse de Coutances et d'Avranches et l'association Robert de Torigni décidèrent, entre autres, de créer un festival d'Art Chrétien pour "sensibiliser le visiteur au côté spirituel du Mont-Saint-Michel". Celui-ci aurait lieu en juillet 2008 et concorderait avec les Journées mondiales de la jeunesse 2008 de Sydney.

C'est ainsi, que durant ce mois de juillet, avec l'aide des Fraternités Monastiques de Jérusalem du Mont-Saint-Michel, deux semaines de festival battirent leur plein, composé d'une semaine de concerts et d'animations variées (Classique, Gospel…) et une autre d'exposition (Calligraphistes, Relieurs, Dessinateurs…) De plus, des célébrations, veillées et autres festivités eurent lieu, en relation avec les JMJ de Sydney.

Après ce festival, l'heure du bilan sonna et avec le succès de cette édition, il fut décidé de perpétuer le festival, chaque été, pendant une semaine.

Depuis, aujourd'hui encore, beaucoup d'artistes, de chanteurs et de visiteurs sont passés par ce festival. Il faut surtout ajouter que c'est grâce au nombreux bénévoles, venus de toute la France, présent pour la manutention, l'accueil des visiteurs… que le festival peut se vivre pleinement dans la foi et la joie.

La directrice du Festival est désormais Florence de Beaulaincourt.

Le titre de père abbé du Mont[modifier | modifier le code]

Depuis le début du XXe siècle, le père abbé de l’abbaye Saint-Michel de Farnborough porte de droit le titre de « père abbé de l’abbaye du Mont-Saint-Michel ». En effet, à cette époque, l’évêque de Coutances et Avranches le lui octroya pour récompenser l’abbaye de Farnborough pour le service rendu par certains de ses moines (des bénédictins français de l’Abbaye Saint-Pierre de Solesmes en exil) qui sont venus assurer une présence spirituelle au Mont auprès des pèlerins, de plus en plus nombreux à y revenir, rien n’étant fixé pour les accueillir. La charte d’octroi stipule que le père abbé portera ce titre jusqu’à ce qu’une nouvelle communauté bénédictine se réinstalle au Mont et réélise un nouveau père abbé, ce qui, n’étant pas réalisé à ce jour, est encore valable.

Héraldique[modifier | modifier le code]

Blason abbaye fr Mont Saint Michel (50).svg

Les armes de l'abbaye du Mont-Saint-Michel se blasonnent ainsi :

  • De sable à 10 coquilles d’argent, 4, 3, 2 et 1 ; au chef de France.

Le nombre des coquilles a varié selon les époques. Le blason d'origine était probablement inversé quant aux couleurs (champ d'argent et coquilles de sable) en raison des coquilles naturelles du lieu, fort sombres.
Le chef de France, plutôt attribué aux "bonnes villes" fut donné par Louis XI, "très-dévot à saint Michel" après son pèlerinage à l'abbaye en 1462.Sources: Édouard Corroyer, Description de l’Abbaye, cité ci-dessous.
Ce blason est souvent attribué abusivement à la commune du Mont-Saint-Michel.

Les concerts à l'abbaye[modifier | modifier le code]

Le Centre des monuments nationaux propose depuis 2010 chaque année une saison de concerts de prestige au sein de l'abbaye du Mont-Saint-Michel. La direction artistique est assurée par l'administrateur du monument. Ainsi ont déjà été programmés Jordi Savall / Hespèrion XXI, le chœur accentus / Laurence Equilbey, le Concert spirituel / Hervé Niquet, Anne Queffélec, Jean-Guihen Queyras, l'Orchestre régional de Basse-Normandie, l'Orchestre de la Garde républicaine, les organistes Vincent Warnier et Thierry Escaich, etc[réf. nécessaire]. À cette occasion, la restauration de l'orgue est achevée en 2012.

Architecture[modifier | modifier le code]

Édifiée dès le Xe siècle siècle, l’abbaye bénédictine abonde en merveilles architecturales édifiées dans les styles carolingien, roman et gothique flamboyant. Le Mont-Saint-Michel pourrait, en ce sens, être considéré comme une mégastructure dans la mesure où le tout superpose les différents bâtiments dévolus aux activités d’un monastère bénédictin sur un espace exigu.

L’abbaye se compose de plusieurs parties :

Abbatiale et chapelles[modifier | modifier le code]

Plan au niveau de la salle de l'Aquilon
Plan au niveau de la salle des Chevaliers

Notre-Dame Sous-Terre[modifier | modifier le code]

Les agrandissements successifs de l’abbaye ont fini par absorber la totalité de l’église abbatiale originale fondée en 966 jusqu’à la faire oublier pendant plusieurs siècles, avant sa redécouverte lors des fouilles effectuées au tournant des XIXe et XXe siècles. Restaurée, elle offre un magnifique exemple d’architecture préromane.

Les autres bâtiments abbatiaux ont ensuite été élevés à l’est de l’église originale, sur le sommet du rocher et surplombant celle-ci.

L’église abbatiale[modifier | modifier le code]

Plan au niveau de l'église abbatiale

Les pèlerinages s’intensifiant, il fut alors décidé d’agrandir l’abbaye en édifiant une nouvelle église abbatiale à la place des bâtiments abbatiaux qui furent transférés au nord de Notre-Dame-Sous-Terre.

La nouvelle église abbatiale comportait également trois cryptes, soit la chapelle des Trente-Cierges (sous le bras du transept au nord), la crypte du chœur (à l’est) et la chapelle Saint-Martin (sous le bras du transept au sud) (1031-1047). L’abbé Ranulphe commence ensuite l’édification de la nef en 1060. En 1080, trois étages de bâtiments conventuels sont édifiés au nord de Notre-Dame-Sous-Terre, comprenant la salle de l’Aquilon, servant d’aumônerie accueillant les pèlerins, le promenoir des moines et le dortoir. Le cellier et l’aumônerie de la future Merveille sont également entamés.

Les nouvelles constructions recouvrent alors entièrement Notre-Dame-Sous-Terre qui demeure néanmoins utilisée pour le culte.

Reconstructions

Mal consolidées, trois travées occidentales de la nef s’écroulèrent sur les bâtiments conventuels, en 1103. L’abbé Roger II les fait reconstruire (1115-1125). En 1421, c’est au tour du chœur roman de s’écrouler. Il sera reconstruit en style gothique flamboyant entre 1446 et 1523 (avec une interruption entre 1450 et 1499).

La façade classique de l’abbatiale

Suite à un incendie en 1776, il fut décidé de démolir les trois travées occidentales de la nef et, en 1780, la façade classique actuelle fut édifiée. Malheureusement, les soutènements nécessaires à cette dernière ont nécessité la coupure en deux de Notre-Dame-Sous-Terre.

Les chapelles particulières[modifier | modifier le code]

La Merveille et les bâtiments monastiques[modifier | modifier le code]

L’abbaye du Mont-Saint-Michel est divisée en deux parties : l’abbatiale et la Merveille. La Merveille était l’endroit où vivaient les moines. Vue de l’extérieur, elle correspond à la partie gothique, c’est-à-dire à la face nord, et a été construite en 25 ans sur trois étages.

La Merveille est elle-même organisée en deux parties : la partie est et la partie ouest. La partie du côté de l'est fut la première à être construite (de 1211 à 1218) et comprend trois salles : l’Aumônerie, la Salle des Hôtes et le Réfectoire (de bas en haut). La partie ouest, quant à elle, a été érigée sept ans après et comporte également trois salles : le cellier, la salle des Chevaliers et le cloître.

Les bâtiments de Robert de Torigni[modifier | modifier le code]

L’abbé Robert de Torigni fit édifier, à l’ouest et au sud-ouest, un ensemble de bâtiments comportant de nouveaux logis abbatiaux, une officialité, une nouvelle hôtellerie, une infirmerie et la chapelle Saint-Étienne (1154-1164). Il fit également remanier les chemins de communication desservant Notre-Dame-Sous-Terre, afin d’éviter un trop grand contact entre les pèlerins et les moines de l’abbaye.

On y trouve également une cage à écureuil servant de treuil, installée lors de la conversion du site en prison, pour pouvoir ravitailler les condamnés. Des repris de justice, debout à l'intérieur de la roue, en assurait la rotation en marchant sur place.

Dans les ruines de l’infirmerie, effondrée en 1811, il subsiste au-dessus de la porte les trois morts du Dit des trois morts et des trois vifs, représentation murale montrant initialement trois jeunes gentilshommes interpellés dans un cimetière par trois morts, qui leur rappellent la brièveté de la vie et l’importance du salut de leur âme.

La Merveille[modifier | modifier le code]

Coupe de l’abbaye ; la Merveille se trouve à gauche
Le cloître

Le bâtiment de la Merveille, situé juste au nord de l’église abbatiale, intègre cloître, réfectoire, salle de travail et aumônerie dans un parfait exemple d’intégration fonctionnelle. L’ensemble, appuyé sur la pente du rocher, est constitué de deux corps de bâtiments de trois étages.

Au rez-de-chaussée, le cellier sert de contrebutement. Puis chaque étage comporte une salle particulière de plus en plus légère au fur et à mesure que l’on accède au sommet, de puissants contreforts situés à l’extérieur, permettant de soutenir le tout. Les contraintes topographiques ont donc joué un grand rôle dans la construction de la Merveille.

Raoul des iles édifie, au-dessus de l’aumônerie construite sous Roger II, la salle des Hôtes (1215-1217), le réfectoire (1217-1220) et, au-dessus du cellier, la salle des Chevaliers (1220-1225) et enfin le cloître (1225-1228).

Le cloître[modifier | modifier le code]

Le cloître

Il n'est pas situé, comme le veut l'usage, au centre du monastère et ne communique donc pas avec toutes ses composantes comme c'est le cas ailleurs, la plupart du temps. Sa fonction est donc purement spirituelle : celle d'amener le moine à la méditation.

Trois arches du cloître sont étonnamment ouvertes sur la mer et le vide. Ces trois ouvertures devaient constituer à l'origine l’entrée de la salle capitulaire qui ne fut jamais construite. Les colonnettes disposées en quinconce était initialement réalisée en calcaire lumachelle importé d’Angleterre, mais ont été restaurées en poudingue de Lucerne.

Le cloître abrite un jardin médiéval recréé en 1966 par frère Bruno de Senneville, moine bénédictin féru de botanique. Il est centré par un motif de buis rectangulaire bordé de treize rosiers de Damas. Les carrés de plantes médicinales, d’herbes aromatiques et de fleurs symbolisent les besoins quotidiens des moines au Moyen Âge. Les angles sont marqués par des cinéraires maritimes. Au centre des motifs en buis, se trouvaient des monstres, des diables qui signifiaient qu’au milieu de toute merveille le mal est tout de même présent[18].

La salle dite de Belle Chaise et les bâtiments du sud-est[modifier | modifier le code]

De même, les bâtiments de la Belle Chaise et des logis abbatiaux intègrent les fonctions administratives de l’abbaye aux fonctions cultuelles. L’abbé Richard Turstin édifie, à l’est, la Salle des Gardes (qui sera depuis l’entrée de l’abbaye) ainsi qu’une nouvelle Officialité, où est rendue la justice relevant de l’abbaye (1257).

Vers 1393, sont édifiées les deux tours du Châtelet, puis la tour Perrine et une Bailliverie. Le tout sera complété, à l’initiative de l’abbé Pierre Le Roy, par un logis personnel complétant les fortifications de l’abbaye même.

La ville[modifier | modifier le code]

Une muraille fortifiée ceint la ville nichée au sud et à l’est du mont. On peut voir, à proximité d’une des portes, deux bombardes de 380 mm? et 420 mm? abandonnées par les Anglais lors de la guerre de Cent Ans.

La description des remparts et des monuments de la ville figure à l’article sur la commune du Mont-Saint-Michel.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les développements consacrés à la géographie du lieu (le mont Saint-Michel, écrit avec une minuscule et sans trait d’union) figurent dans l’article Le Mont-Saint-Michel relatif à la commune du Mont-Saint-Michel (avec une majuscule et un trait d’union, celui de sa baie dans l’article Baie du mont Saint-Michel selon la nomenclature officielle de l’Insee).
  2. L’actuelle chapelle Saint-Aubert, située au nord-ouest de l’abbaye, ne fut édifiée qu’au XVe siècle.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Abbaye et dépendances », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. (administrateur : Jean-Marc Bouré) Abbaye du Mont-Saint-Michel - Centre des monuments nationaux
  3. Les sites touristiques en France Source : Ministère de la Culture et de la Communication / Direction Générale des Patrimoines / Département des études, de la prospective et des statistiques : mémento du tourisme 2011
  4. François de Beaurepaire, Les noms des communes…de la Manche, éd. Picard 1986.
  5. Ce texte sur la Révélation concernant l'église de Saint-Michel sur le mont Tombe, plus souvent abrégé en Revelatio, est conservé dans une trentaine de manuscrits copiés.
  6. Nicolas Simonnet, « La fondation du Mont-Saint-Michel d’après la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, vol. 4,‎ 1999, p. 7-23.
  7. Robert de Laroche, Baie du Mont-Saint-Michel : Cancale, Avranches, Granville, Renaissance Du Livre,‎ 2000, p. 38.
  8. Robert de Laroche, op. cité, p. 39.
  9. Introductio monachorum.
  10. a, b, c et d Patrice de Plunkett, Les romans du Mont-Saint-Michel, Éditions du Rocher,‎ 2011, 318 p. (ISBN 2268071472).
  11. Voir ici, et par ailleurs Aristote au Mont-Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne, par Sylvain Gouguenheim, Seuil « L’univers historique », 2008, ouvrage cependant contesté pour sa thèse relativisant l’influence des traductions depuis l’arabe. Voir aussi un article du Point du 31/07/2008
  12. Robert Sinsoilliez, Tombelaine: L'îlot de la baie du Mont-Saint-Michel.
  13. 85 Huguenots sont toujours inhumés au bas de la falaise nord du Mont suite à cet assaut.
  14. Étienne Dupont, La Bastille des Mers - Les Prisons du Mont-Saint-Michel - Les Exilés de l'ordre Du Roi au Mont-Saint-Michel - 1685-1789, Perrin,‎ 1913
  15. Ils seront libérés en 1799
  16. Littré, Dictionnaire de la langue française (1872-77) : Dans les prisons, chambre à part et autres commodités qu'un prisonnier obtient moyennant la pistole, c'est-à-dire en payant la pension.
  17. Histoire du Mont-Saint-Michel
  18. jardins médiévaux, Mic Chamblas-Ploton, La maison rustique, Flammarion, (ISBN 978-2-7066-1749-2)

Sources[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lucien Bély, Le Mont-Saint-Michel. Monastère et citadelle, Préface de Jean Favier, Rennes, Éditions Ouest-France, 2004 (seconde édition). (ISBN 978-2-7373-1419-3)
  • Germain Bazin, Mont-Saint-Michel, Préface de Marcel Aubert, Paris, Picard, 1933. (ISBN 978-0-87817-190-3)
  • Louis Blondel, Notice historique du Mont-Saint-Michel et de Tombelaine, Avranches, Le Court, 1816. Seconde édition en 1823.
  • Édouard Corroyer, Description de l’abbaye du Mont-Saint-Michel et de ses abords. Précédée d’une notice historique, Paris, Dumoulin, 1877. (ASIN B0000DN8C4)
  • Véronique Gazeau, Normannia monastica, princes normands et abbés bénédictins. Prosopographie des abbés bénédictins, 2 vol., Publications du CRAHM, 2007, (ISBN 978-2-902685-38-7).
  • Paul Gout, Le Mont-Saint-Michel. Histoire de l’abbaye et de la ville. Étude archéologique et architecturale des monuments, Paris, Armand Colin, 1910. (ASIN B0000DRCFP)
  • Édouard Le Héricher, Histoire et description du Mont-Saint-Michel, Avranches Anfray, (vers 1850). L’ouvrage est divisé en trois parties : Légendes et histoire, descriptions des fortifications, de la ville et de l’abbaye, le rocher de Tombelaine. (ASIN B0000DL6D8)
  • Maximilien Raoul (pseudonyme de Charles-Marie Letellier), Histoire pittoresque du Mont-Saint-Michel et de Tombelaine, Suivi d’un fragment inédit sur Tombelène, extrait du Roman de Brut de Wace transcrit et annoté par Antoine Le Roux de Lincy, Paris, Librairie A. Ledoux, 1834.
  • Jean-Luc Legros, Le Mont-Saint-Michel : Architecture et civilisation, Caen, CRDP Basse-Normandie et Éditions Charles Corlet, coll. « Patrimoine ressources »,‎ 2005, 231 p. (ISBN 2-86618-504-8 et 2-84706-188-6)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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