Centrale de Beauharnois

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Centrale de Beauharnois
Image illustrative de l'article Centrale de Beauharnois
La centrale de Beauharnois en 1941.
Géographie
Pays Drapeau du Canada Canada
Province Drapeau : Québec Québec
Région administrative Montérégie
Coordonnées 45° 18′ 51″ N 73° 54′ 37″ O / 45.31417, -73.9102845° 18′ 51″ Nord 73° 54′ 37″ Ouest / 45.31417, -73.91028  
Cours d'eau Fleuve Saint-Laurent
Objectifs et impacts
Vocation production électrique
Propriétaire Hydro-Québec
Date du début des travaux 1930
Date de mise en service 1932-1961
Barrage
Type Au fil de l'eau
Hauteur du barrage (lit de rivière) 24 m
Réservoir
Surface du réservoir 23 300 ha
Centrale hydroélectrique
Nombre de turbines 38
Type de turbines Francis
Puissance installée 1 903 MW

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Centrale de Beauharnois

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Centrale de Beauharnois

La centrale de Beauharnois est une centrale hydroélectrique au fil de l'eau construite sur le fleuve Saint-Laurent à la sortie du canal, près de Melocheville, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Montréal. Ses 38 groupes turbines-alternateurs sont alimentés en eau par le canal de Beauharnois aménagé à cet effet entre 1929 et 1932. La puissance installée de la centrale s'élevait à 1 903 mégawatts, ce qui la fait figurer au cinquième rang des centrales de la société d'État québécoise.

La centrale a été acquise par Hydro-Québec lors de la première nationalisation de l'électricité au Québec en 1944. La centrale de Beauharnois a été construite en trois phases entre 1929 et 1961. Elle partage ses eaux avec la voie maritime du Saint-Laurent, qui a été inaugurée en 1959. Elle fut désignée lieu historique national du Canada en 1990[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Le site de la centrale de Beauharnois a d'abord été concédé en 1729 par le roi Louis XV au marquis Charles de La Boische, marquis de Beauharnois, quinzième gouverneur de la Nouvelle-France (PRÉCISION: La seigneurie est concédée à Charles et à son frère Claude de Beauharnois de Beaumont. Voir acte de concession, 12 avril 1729, Bibliothèque et archives Canada, Lower Canada Papers, RG 1, L3, vol. 39 ). La concession comportait le droit de capter l'énergie d'une petite chute de la rivière Saint-Louis et l'autorisation de dévier le cours du fleuve Saint-Laurent pour maintenir le débit des chutes, mais le gouverneur ne mit jamais ces projets à exécution (ERREUR: Il n'est nullement question du droit de capter l'énergie d'une petite chute de la rivière St-Louis et d'une autorisation de dévier son cours. À vrai dire, le nom de la rivière St-Louis et de ses chutes n'apparaissent nulle part dans l'acte de concession. Voir acte de concession, 12 avril 1729, Bibliothèque et archives Canada, Lower Canada Papers, RG 1, L3, vol. 39 ) [2].

Avant la construction de Beauharnois, trois centrales ont utilisé la puissance hydraulique des rapides du cours normal du fleuve dans ce secteur, les rapides de Coteau, à la sortie du lac Saint-François, les rapides des Cèdres et les rapides des Cascades, qui se jettent dans le lac Saint-Louis. Ce potentiel a été exploité dès 1901 aux rapides des Cèdres, avec la mise en service d'une centrale comportant quatre groupes d'une puissance totale de 10 MW par la Provincial Light, Heat & Power. Cette centrale a été démolie en 1930, après avoir subi un incendie[2].

La seconde centrale, connue sous le nom de centrale de Saint-Timothée, est installée en face de la première. D'une puissance de 15 MW, elle a été construite par la Canadian Light and Power Company entre 1906 et 1911. Elle a été rachetée par Hydro-Québec en 1949 pour être fermée parce qu'elle ne permettait pas une exploitation satisfaisante. L'équipement de la centrale a été utilisé afin de construire une centrale temporaire destinée au chantier des deux centrales de la Bersimis[2].

La troisième centrale, la centrale des Cèdres, construite en 1914, a été acquise par Hydro-Québec lors de la nationalisation de la Montreal Light, Heat and Power en 1944. Elle est toujours en service de nos jours[2].

Construction[modifier | modifier le code]

Construction de la première phase de la centrale de Beauharnois, en 1930.

La centrale est construite dans un tronçon du fleuve Saint-Laurent, qui s'étend entre le lac Saint-François et le lac Saint-Louis, qui comporte une dénivellation de 24 m. La centrale comporte un barrage à la sortie du lac Saint-François ainsi qu'un canal sur la rive sud qui amène l'eau jusqu'à la centrale, construite aux rapides des Cascades, qui se jettent dans le lac Saint-Louis[3].


Les travaux de construction de la centrale sont lancés le 12 octobre 1929 avec deux cérémonies. La première est présidée à Valleyfield par le nonce apostolique, monseigneur Andrea Cassulo. La seconde, tenue une heure plus tard à l'autre bout du canal, est présidée par le gouverneur général du Canada, Lord Willingdon[4].

La construction du canal constitue la principale tâche à accomplir, compte tenu du fait que le fleuve en aval des rapides de Soulanges n'est pas propice à la construction d'un aménagement hydroélectrique. Le canal long de 24 kilomètres et large d'un kilomètre est creusé au sud de l'ancien canal de Beauharnois par une drague spécialement conçue pour cette tâche, le R.O. Sweezey.

Les travaux de construction de la première phase sont complétés en 1932 avec la mise en service de six turbines, dont deux auxiliaires, les dix turbines suivantes ayant été mis graduellement en service en fonction des besoins entre 1935 et 1941.

Scandale de la Beauharnois[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Scandale de la Beauharnois.

La construction de la première phase de la centrale a été marquée par le scandale de la Beauharnois, qui a eu un grand retentissement sur les scènes politiques québécoise et surtout canadienne, « les trustards — ceux de l'énergie électrique surtout — eurent leur procès dans les journaux et sur les tréteaux; les politiciens se firent coller leurs pots-de-vin sur le nez, au vu et au su de tout le monde »[5].

Au niveau fédéral, des enquêtes publiques de la Chambre des communes et du Sénat mirent au jour des pots-de-vin de plus de 700 000 dollars versés par les promoteurs aux caisses électorales des Parti libéral du Canada et du Québec afin d'obtenir les autorisations nécessaires pour dériver les eaux du fleuve Saint-Laurent, pré-requis essentiel pour débuter les travaux.

Le scandale entraînera un aveu du premier ministre William Lyon Mackenzie King et contribua à la défaite de son gouvernement libéral et son remplacement par le conservateur de Richard Bedford Bennett à l'élection fédérale de 1931. Au Québec, la campagne politique de 1931 fut « violente » mais connut son dénouement par « une éclatante victoire... du ministère Taschereau, réélu pour un troisième terme.»[5].

Agrandissements[modifier | modifier le code]

La centrale est acquise par Hydro-Québec lors de la nationalisation de la Montreal Light, Heat and Power avec les centrales des Cèdres, Rivière-des-Prairies et de Chambly. Très rapidement, la société d'État québécoise décide de mettre en chantier la deuxième phase, qui comportera 12 turbines, en raison de la forte croissance de la demande dans l'après-guerre. Les travaux débuteront en 1949 et les premières turbines supplémentaires entreront en fonction en 1951. La mise en service du dernier groupe aura lieu deux ans plus tard, en 1953.

Quelques années plus tard, Hydro-Québec profitera de la construction de la voie maritime du Saint-Laurent pour installer 10 groupes supplémentaires, qui porteront la puissance installée de la centrale à 1 574 260 kilowatt lors de la fin des travaux, en 1961[6].

Modernisation[modifier | modifier le code]

En 1994, Hydro-Québec a lancé un programme de réhabilitation et de modernisation de la centrale de Beauharnois et des barrages sur le Saint-Laurent. La réhabilitation de l'ouvrage, qui devrait être complété en 2016, permettra d'améliorer la productivité de l'ouvrage et de réaliser des gains de puissance[7]. Dans son rapport annuel 2002, l'entreprise estimait l'ensemble des travaux à 1,5 milliard de dollars[8]. Ainsi, la puissance installée de Beauharnois, qui était de 1 673 MW en 1995, est passée à 1 755 MW en 2007[7] et à 1 903 MW en 2008[9],

La centrale de Beauharnois est encore en 2009 l'une des plus puissantes centrales du type fil de l'eau (sans véritable réservoir). Dans le réseau de production Hydro-Québec, elle est cinquième par la puissance.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Lieu historique national du Canada de la Centrale-Hydro-Électrique-de-Beauharnois », Répertoire des désignations d'importance historique nationale au Canada, sur Parcs Canada (consulté le 5 août 2011)
  2. a, b, c et d Ian McNaughton, Beauharnois, Montréal, Hydro-Québec,‎ 1970
  3. McNaughton 1970, p. 15
  4. McNaughton 1962, p. 51
  5. a et b Saint-Germain 1960, p. 134
  6. McNaughton 1970, p. 35
  7. a et b Hydro-Québec, Rapport annuel 2007 : Une énergie verte, Montréal,‎ avril 2008, 124 p. (ISBN 978-2-550-52013-9, lire en ligne [PDF]), p. 33.
  8. Hydro-Québec, Rapport annuel 2002. Les grands métiers de l'électricité, Montréal,‎ 2003 (ISBN 978-2-550-40535-1, lire en ligne [PDF]), p. 31
  9. Hydro-Québec, Rapport annuel 2008 : L'énergie de notre avenir, Montréal,‎ avril 2009 (ISBN 978-2-550-55044-0, lire en ligne [PDF]), p. 124.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) John H. Dales, Hydroelectricity and Industrial Development Quebec 1898-1940, Cambridge, MA, Harvard University Press,‎ 1957, 265 p..
  • Albert Faucher, « La question de l'électricité au Québec durant les années trente », L'actualité économique, vol. 68, no 3,‎ septembre 1992, p. 415-432 (lire en ligne [PDF])
  • Ian McNaughton, Beauharnois, Montréal, Hydro-Québec,‎ 1970, 32 p..
  • (en) Theodore David Regehr, The Beauharnois scandal : a story of Canadian entrepreneurship and politics, Toronto, University of Toronto Press,‎ 1990, 234 p. (ISBN 978-0-8020-2629-3)
  • W.J.W. McNaughton, « Beauharnois : La réalisation d'un rêve », Canadian Geographical Journal, vol. LXIV, no 2,‎ février 1962, p. 40-65
  • Clément Saint-Germain, « RUMILLY, Robert, La Dépression. Tome XXXII. Histoire de la Province de Québec (Fides,Montréal, 1960) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 14, no 1,‎ 1960, p. 133-135 (lire en ligne [PDF])

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]