Poitevin (langue)

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Poitevin
Poitevin
Parlée en France
Région Vienne, Deux-Sèvres, Vendée, sud de la Loire-Atlantique (pays de Retz), sud du Maine-et-Loire (les Mauges), nord-ouest de la Charente (une partie du Ruffécois et bordure d'oïl du Confolentais), extrême nord de la Charente-Maritime (Ré, Nord Aunis, Loulay, Aulnay), sud-ouest de l'Indre.
Typologie SVO
Classification par famille

Le poitevin est une langue d'oïl de la famille des langues romanes. Il est parlé dans l'ancienne province du Poitou. Réparti aujourd'hui sur le Poitou dont la Vendée, les Deux-Sèvres (sauf le Nord Thouarsais), la Vienne (sauf quelques communes occitanes au sud, et sauf le Nord-Loudunais), le sud de la Loire-Atlantique (pays de Retz), le sud du Maine-et-Loire (les Mauges) et dans le nord-ouest de la Charente (une partie du Ruffécois[1], et bordure d'oïl du Confolentais : Le Bouchage et Pleuville en partie[2]), l'extrême nord de la Charente-Maritime (île de Ré[3], nord de l'Aunis[4], régions de Loulay et d'Aulnay[5]), ainsi que dans quelques communes de l'extrême sud-ouest de l'Indre (vers Le Blanc[6], Bélâbre, Argenton-sur-Creuse).

Entre janvier 2007 et janvier 2010, le poitevin apparaissait dans la liste des langues de France, langues d'oïl, sur le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), service du ministère de la Culture, les langues poitevin et saintongeais y remplaçant la mention poitevin-saintongeais[7].

Début 2010, une nouvelle présentation du poitevin est faite, le poitevin-saintongeais réapparaissant dans la liste des langues de France, langues d'oïl, sur le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), service du ministère de la Culture, sous le libellé suivant : « poitevin-saintongeais [dans ses deux variétés : poitevin et saintongeais] »[8].

Ancienneté[modifier | modifier le code]

Vieux dialecte de France, la langue poitevine s'appuie sur bon nombre de textes dont La Gente poitevinerie, un recueil de monologues et de chansons datées de 1572.

Elle compte toujours des auteurs patoisants dont le plus connu aujourd'hui est le Deux-Sévrien Ulysse Dubois.

Grammaire[modifier | modifier le code]

Dans la grammaire poitevine, le « je » est bien souvent remplacé par « Y » (« J'ai vu passer un oiseau » deviendra « Y ai vu passer un oiseau »), ce qui peut prêter à confusion pour les personnes non habituées à la langue poitevine. Celles-ci le confondent avec le « il ».

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

  • A bin couillon : marque l'étonnement
  • A'c'tantôt : à cet après-midi
  • Acacher : appuyer
  • A çhés fàetes : au revoir
  • Ageasse : pie
  • A tae : adieu (bonjour, salut)
  • A neu ou astor (à'c't'heure) : maintenant
  • Acafouir : recroqueviller
  • Aeve : eau
  • Affutiot : gringalet
  • Anaille : année
  • Avalouère : descente (pour une boisson)
  • Barrer la porte : fermer la porte à clé
  • Berdasser : trop parler
  • Béred : beaucoup
  • Beution : chevreau
  • Biger : embrasser
  • Bitard : épervier, oiseau de proie
  • Bordoirer : salir
  • Bouerretter : faire tourner la tête
  • Bouiner : s'occuper, ou traîner, agacer (mouche bouine : mouche agressive)
  • Boulite : petit fenestron ouvert au vent dans un petit bâtiment pour le bétail
  • Bouliter : regarder par une boulite, regarder par le trou de la serrure
  • Bourre : tas de petits détritus que l'on ramasse avec la pelle (ramasse-bourrier) et le balai
  • Brailler : pleurer
  • Buffer : souffler
  • Caberlot : crâne
  • Cabourne : creux
  • Calotte : gifle
  • Chaille : petite pierre (lance-pierre : tire-chaille)
  • Cheub : chèvre
  • Cheu : tombé
  • Chin : chien
  • Couasse (poule) : poule couveuse (œuf coué : œuf couvé)
  • Couté : côté
  • Drôle, drôlière ou drolesse : enfant
  • Égaille : la rosée du matin
  • Érabinaille : demi journée de travail (aire à biner)
  • S'ébernaudir : se dit du temps qui s'annonce mauvais
  • Éloise : éclair
  • Fillatre : petit-fils
  • Garocher ou arrocher : jeter (cible précise)
  • Garouille : maïs
  • Godaille : vin dans la soupe
  • Gour : cours d'eau tranquille (e.g. : La Sèvre niortaise)
  • Grôle : corneille
  • Guérouée : une portée
  • Jaille : poubelle
  • Jouasse : joyeux
  • Lisette ou rapiette : petit lézard
  • Luma : escargot petit gris
  • Marienne : la sieste (de « méridienne »)
  • Mighet ou mijhet: Pain trempé dans du vin sucré ; en saison on peut remplacer le pain par des fraises
  • Mougeasse : gamine insolente
  • Neuh : la nuit
  • Niacouet : enfant malingre
  • Nun : non
  • Ol' est : c'est
  • Ouaille : (prononcer Ouèille) mouton
  • Queunia : œuf factice destiné aux poules pondeuses.
  • Ragu'niasser : ratisser (dans le sens chercher, fouiller)
  • Routin : chemin
  • Serrer : ranger
  • Siau : le seau
  • Since : serpillière (d'où le verbe sincer pour passer la serpillère)
  • Sagouiller : jouer avec l'eau d'une bassine, éclabousser
  • Teurtou : tous
  • Torniolle : gifle
  • Tourterie : gâteau
  • Treue : truie (par extension une Marie treue est une femme de mœurs légères)
  • Véque : viens - Véque par qui... = viens par là
  • Veye : verbe voir - veye-lo quequi (regarde-le celui-là)
  • Vézon (avoir le) : avoir le bourdon, pas le moral
  • Zire : dégoût (d'où un zirou, une personne qui n'aime pas qu'on touche à son assiette, qu'on mette le doigt dans son plat ...)

Histoire[modifier | modifier le code]

La langue poitevine a beaucoup été étudiée, du fait de la présence à Poitiers d'une université de langues, toujours fleuron pour la formation de linguistes.

Controverse[modifier | modifier le code]

En mars 2007, une polémique sur l’individualisation du saintongeais par rapport au poitevin a défrayé la chronique. Une demande en ce sens a été faite auprès de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (ministère de la culture et de la communication) par le Collectif pour la défense de l’identité saintongeaise.
La réponse de Xavier North, délégué général de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, datée du 27 février 2007, fut la suivante : « Il me semble par conséquent légitime de faire droit à votre demande de reconnaissance, […]. Le saintongeais figurera donc dans la liste des langues de France utilisée par la DGLFLF, au même titre que le poitevin et les autres langues d’oïl »[9].

Le président de Défense et promotion des langues d’oïl (association nationale fédérant les langues d’oïl dont le poitevin-saintongeais), fit part de son étonnement à la Délégation générale à la langue française et aux langues de France. Voilà la réponse donnée, le 26 avril 2007, par le même Xavier North : « Ma décision ne vaut bien entendu que pour la liste de langues diffusées par mes services (et qui n’a d’ailleurs pas de valeur juridique) : au sein des langues d’oïl, une virgule y prend la place d’un trait d’union. […] Il va de soi que l’appellation “poitevin-saintongeais” garde toute sa légitimité partout où elle est reçue : nous savons que la vitalité d’une langue ne se décrète pas, et que les noms qu’on lui donne sont de peu d’importance par rapport aux œuvres de l’esprit qui s’expriment en elle »[10].

Pour mieux cerner la position de la DGLFLF, reportons nous à son site internet, et consultons le document intitulé Méthodes d’apprentissage des langues de France. Dans le chapitre intitulé Langue(s) d’oïl, où le « s » entre parenthèses est déjà un premier symbole de la difficulté à nommer ces langues, nous trouvons tour à tour les chapitres suivants : 1/ Champenois, 2/ Gallo, 3/ Morvandiau, 4/ Normand, 5/ Picard, 6/ Poitevin et saintongeais. Nous constaterons déjà que l’ensemble « Poitevin et saintongeais » est mis sur le même plan que le normand, ou le picard. Voici l’analyse qu’on y trouve de la situation du « poitevin et saintongeais » : « ce parler d'oïl [on notera le singulier] couvre une région importante et est subdivisé en plusieurs dialectes intercompréhensibles. Il concerne de nombreux locuteurs. Il est lui aussi scindé entre plusieurs régions administratives, les Pays-de-la-Loire (département de Vendée), Poitou-Charentes et l'Aquitaine (nord de la Gironde). »[11]

Pour certains on se trouve en présence d’une seule langue poitevine, aujourd'hui appelée à tort « poitevin et saintongeais » (ou poitevin-saintongeais), et qu'en son sein, il existe plusieurs petites nuances locales, et particulièrement un dialecte saintongeais. Pour d'autres, le saintongeais et le poitevin sont deux langues d'oïl différentes, ayant chacune donnée une littérature et les différences très marquées empêchant l'intercompréhension. Enfin pour d'autres encore, le saintongeais et le poitevin sont des langues proches, réunies au sein d'un ensemble linguistique d'entre Loire et Gironde, ensemble que certains qualifient de langue poitevine-saintongeaise ou poitevin-saintongeais.

Pour les locuteurs du saintongeais qui ont défendu la reconnaissance du saintongeais comme langue de France (regroupés dans le Collectif pour la défense de l’identité saintongeaise et son journal Xaintonge), le poitevin-saintongeais est une invention d’universitaires poitevins pour les besoins de la création de la région Poitou-Charentes. Pour eux le terme poitevin-saintongeais aurait été créé dans les années 1970 par des Charentais[12] et des Poitevins soucieux de donner une nouvelle impulsion à la langue poitevine (mais maintenant on sait que ce terme est bien antérieur, on le trouve dès 1905[13]). Le nouveau terme « poitevin-saintongeais » devait être le terme de l'union. Une langue dans laquelle les Saintongeais, pas plus que les Poitevins ne se reconnaissent. Toujours d'après eux, aucune œuvre littéraire dans cet idiome à part un dictionnaire et une grammaire.

Entre 2007 et fin 2009, le poitevin-saintongeais cesse d'apparaître dans la liste des langues de France, langues d'oïl, depuis début 2007, sur le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLF), service du ministère de la Culture.

À noter qu'une publication plus récente de la DGLFLF, en 2009, utilise encore l'appellation poitevin-saintongeais[14].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Dyvorne (de Cozes en Charente-Maritime : Folklore saintongeais, 1935, p. 44) : « Dans le Confolentais, c’est le patois limousin que parlent les paysans ; à l’est d’Angoulême, c’est celui du Périgord ; à Ruffec, celui du Poitou. Dans l’Angoumois du sud, vers Cognac et Barbezieux, l’idiome saintongeais est seul en faveur». Brigitte Horiot (Les parlers du Sud-Ouest, dans : Français de France et Français du Canada : Les parlers de l’Ouest de la France, du Québec et de l’Acadie, Centre d’Études Linguistiques Jacques Goudet, Université Lyon III, 1995), qui rattache implicitement le Ruffécois au domaine poitevin lorsqu’elle remarque que la description lexicale du domaine de l’ALO (Atlas Linguistique de l’Ouest : Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois) montre qu’ « il est possible de retrouver une situation déjà observée au cours de l’étude phonétique : le département des Deux-Sèvres (mis à part le nord), le sud-est de la Vendée, le sud-ouest de la Vienne et le nord-ouest de la Charente (Ruffécois) ont tendance à former une aire originale dans l’ensemble de l’ALO». Et sur un sujet connexe : Léo Ganachaud (d'Ambérac en Charente : Lée Bitons chérentais : Ambérac, mon pays !, 1949) : « La région de Ruffec a plutôt les coutumes poitevines que charentaises, et là, pas de bons repas sans qu’au dessert arrive le tourteau fromageou. »
  2. Les écrits de Jean-François Migaud (originaire de Pleuville, commune de la bordure d'oïl du Confolentais), sont présentés, dans le journal Le Subiet dans les années 1980, comme étant en "poitevin méridional". On retrouve cette mention "poitevin méridional" par exemple dans ces deux oeuvres de Jean-François Migaud : Que l’bon Dieu nous eûy’de !!! (dans Le Subiet de novembre-décembre 1985) ; Saint-Piarre et la Chabre (dans Le Subiet de novembre-décembre 1989).
  3. - Albert Dauzat (Les Patois, 1927, p. 142) parle de la limite : « entre les îles de Ré (parlers vendéens) et d’Oléron (parlers saintongeais du sud) » - Raymond Doussinet (Le Parler savoureux de Saintonge, 1958, p. 21) : « L'île de Ré se rattache plutôt au patois poitevin, l'île d’Oléron au patois charentais »
  4. Brigitte Horiot (Les parlers du Sud-Ouest, dans : Français de France et Français du Canada : Les parlers de l’Ouest de la France, du Québec et de l’Acadie, Centre d’Etudes Linguistiques Jacques Goudet, Université Lyon III, 1995, p. 226) parlant du secteur compris entre L’Ile-d’Elle, Courçon-d’Aunis, Péré, Saint-Marie-de-Ré et Les Portes-en-Ré, écrit : « On constate que cette partie nord du département de la Charente-Maritime, surtout l’île de Ré, a tendance à se rattacher à la Vendée et, plus généralement, au poitevin. »
  5. Raymond Doussinet (Le paysan charentais dans ses bots, 1963) dans la carte du « patois saintongeais » qu’il met en première page de son second ouvrage (1963) indique la mention « zone de transition » entre d'une part les localités de Tonnay-Boutonne et de Saint-Jean-d’Angély (à tendance saintongeaise) et d’autre part les localités de Surgères, de Loulay et d’Aulnay (à tendance poitevine).
  6. [1] et [2]
  7. Le poitevin-saintongeais, disparu en janvier 2007, réapparaît début 2010 dans la liste des langues de France, langues d'oïl, sur le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), service du ministère de la Culture, sous le libellé suivant : « poitevin-saintongeais [dans ses deux variétés : poitevin et saintongeais] » : DGLF - Ministère de la Culture
  8. L'extrait concerné de la liste en question étant le suivant : "Langues régionales : alsacien, basque, breton, catalan, corse, flamand occidental, francique mosellan, francoprovençal, langues d’oïl (franc-comtois, wallon, champenois, picard, normand, gallo, poitevin-saintongeais [dans ses deux variétés : poitevin et saintongeais], lorrain, bourguignon-morvandiau), parlers d’oc ou occitan (gascon, languedocien, provençal, auvergnat, limousin, vivaro-alpin)."Voir site de la DGLFLF : DGLF - Ministère de la Culture
  9. www.culture.gouv.fr/culture/dglf/lgfrance/lgfrance-presentation.htm
  10. http://www.arantele.org/bernancio/B91-p123.pdf
  11. http://www.dglf.culture.gouv.fr/lang-reg/methodes-apprentissage/Listes_d_ouvrages_d_apprentissage/Langues_d_oil.htm
  12. Voir le compte-rendu d’un colloque tenu en octobre 1994 à Poitiers, dans l'hôtel de Région, en présence de son président Jean-Pierre Raffarin, et publié en novembre 1995 sous le titre de La langue poitevine-saintongeaise identité et ouverture. Une dizaine d’intervenants (dont aucun n’est Charentais).
  13. Mémoires et documents de la Société de l’École des chartes : « comme en Poitevin-Saintongeais » : http://books.google.fr/books?cd=6&id=L_PVAAAAMAAJ&dq=poitevin-saintongeais+%C3%A9cole+des+chartes&q=poitevin-saintongeais, Phonétique historique du Français, volume 3, Pierre Fouché : « chai en poitevin-saintongeais : http://books.google.fr/books?id=XytcAAAAMAAJ&q=chai+en+poitevin-saintongeais&dq=chai+en+poitevin-saintongeais&cd=2, La Revue du Bas Poitou et des provinces de l’Ouest : « notre parler poitevin-saintongeais » : http://books.google.fr/books?id=a_JLAAAAMAAJ&q=notre+parler+poitevin-saintongeais&dq=notre+parler+poitevin-saintongeais&cd=4
  14. Références 2009. Les langues de France

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]