Acadiens

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Acadien

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Drapeau de l'Acadie

Populations significatives par région
Canada 96 145 (autodéfinis dans le recensement canadien de 2001)[1]
ou jusqu'à 1 500 000[2]
Les provinces maritimes: jusqu'à 500 000[2]
Québec jusqu'à 1 000 000[2]
Ontario 8 745
États-Unis 2 000 000[2]
Population totale Plus de 3 800 000[2]
Autres
Langues

Français acadien (un dialecte du français) et/ou anglais; certaines régions parlent chiac; ceux qui se sont réinstallés au Québec parlent typiquement le français québécois.

Religions

Prédominance de l'Église catholique romaine

Ethnies liées

Français
Acadiens
Cadiens
Métis
Québécois

Les Acadiens forment une ethnie vivant en Amérique du Nord, généralement dans les provinces canadiennes du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du Québec et dans l'État américain du Maine.

Les Acadiens sont en majorité francophones et catholiques. Ils sont descendants des premiers colons français et européens établis en Acadie à l'époque de la Nouvelle-France. Durant la déportation des Acadiens de 1755, un nettoyage ethnique ante litteram, les Acadiens furent déracinés par les anglais ; après un retour en France, le groupe se scinda en deux: une partie s'installa a Archigny et les autres repartirent de Nantes puis s'établirent en Louisiane, où ils sont connus sous le nom de Cadiens.

Identité[modifier | modifier le code]

Ethnonyme[modifier | modifier le code]

Article connexe : Histoire du terme Acadie.
Paysage de l'Arcadie grecque.

Le mot « Acadien », dans le sens d'un habitant de l'Acadie, apparait pour la première fois en 1699, sous la plume de Dière de Dièreville[3].

Le nom « Acadie » aurait été utilisé pour la première fois sous la forme « Arcadie » en 1524 par l'explorateur italien Giovanni da Verrazano, au service de François Ier de France[4]. Selon les auteurs, ce toponyme désignait tout d'abord la péninsule de Delmarva, près de Washington, aux États-Unis[5] ou bien la Virginie ou encore la Caroline du Nord[6]. Verrazano affirme que c'est la beauté de ses arbres qui lui inspirent le nom[6], peut-être par allusion à la région grecque de l'Arcadie, représentant un lieu idyllique pour les poètes[7]. Il aurait pu aussi être inspiré par le poème L'Arcadie, de l'auteur italien Jacopo Sannazaro, publié en 1504 et décrivant en fait la région de Naples[8].

Certains historiens doutent que le choix de Verazanno ait un lien avec l'usage actuel et le toponyme pourrait venir du micmac « cadie », qui veut dire « terre fertile »[4], d'« algatig », un mot de la même langue signifiant « lieu de campement » ou encore de « quoddy », un mot malécite-passamaquoddy voulant dire « endroit fertile »[9]. Plusieurs lieux du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse ont d'ailleurs une consonance semblable[9]. Bona Arsenault note toutefois que Verazzano ne débarque que trois jours sur le continent, ce qui permet de douter de l'origine micmacque ou malécite[9].

Ethnologie[modifier | modifier le code]

Certaines encyclopédies incluent les Acadiens dans une catégorie plus vaste, parfois les Canadiens mais en général les Canadiens français, un terme générique décrivant les descendants des colons français au Canada[10],[11],[12],[13]. Ce groupe comprend d'une part les Québécois et d'autre part les « francophones hors-Québec »[10], ou « francophones » [11]. Les Acadiens peuvent aussi être appelés les « Canadiens français du Nord-Est »[12].

Malgré leur situation au Canada, le Dictionnaire des peuples classe les Acadiens dans les peuples non-occidentaux, de par leur proche disparition durant le Grand Dérangement, leur long isolement et le fait qu'ils comptent une importante diaspora[14]. Les Acadiens ne sont pas considérés comme des autochtones mais certaines personnalités et groupes militent pour leur reconnaissance en tant que métis[réf. souhaitée].

Acadianité[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Acadianité, Brayons et Cadiens.
Tintamarre de Caraquet

L'acadianité est la définition de ce qu'est un Acadien, qui se résume bien souvent au sentiment d'appartenance à l'Acadie. Ce sentiment serait apparu dès le XVIIe siècle et aurait été engendré par l'isolement de l'Acadie face aux autres colonies de la Nouvelle-France[15].

La définition officielle de l'acadianité fut choisie lors de la première Convention nationale acadienne à Memramcook, en 1881: un francophone catholique, descendant soit d'un colon établi dans l'ancienne Acadie, soit d'un déporté. Cette définition est moins bien acceptée de nos jours. En effet, certaines communautés sont anglicisées ou en voie d'anglicisation, le catholicisme n'est plus la seule religion et la pratique religieuse est en baisse tandis que l'Acadie n'est plus isolée comme autrefois et le nombre de mariages interethniques s'accroit, sans oublier que la population est de plus en plus consciente des origines diverses de plusieurs familles[16].

Les Acadiens sont enclins à s'identifier avant tout à leur ville, leur région, leur province ou leur pays avant de s'identifier à l'Acadie[17].Parmi toutes les régions, le Madawaska est celle ayant le plus fort sentiment identitaire distinctif[17]. Une partie des habitants se considèrent comme des Brayons au lieu d'Acadiens[17]. Le Madawaska possède plusieurs symboles dont un drapeau, des armoiries, un plat national ainsi qu'une Foire brayonne, alors que le nom de République du Madawaska est toujours utilisé de façon symbolique[17]. Les Acadiens du Maine, en particulier ceux du Madawaska, sont depuis les années 1970 de plus en plus conscients de leur acadianité et maintiennent d'importants liens avec la partie canadienne du Madawaska, bien qu'ils se considèrent avant tout Américains[18]. Les Acadiens du Québec sont rarement au courant de leur origine, qu'ils découvrent souvent en faisant leur arbre généalogique[19]. Les Cadiens sont intimement liés aux Acadiens, car ils descendent d'expatriés acadiens et d'autres immigrants établis en Louisiane vers la fin du XVIIIe siècle. Les Cadiens sont fréquemment appelés « Cajuns », un anglicisme péjoratif[14].

Il y a une tendance à forcer la création d'une identité canadienne unique basée sur l'activité culturelle et le sport[13]. Il reste que les francophones s'identifient d'une manière générale à leur ancêtres français tandis que les Canadiens anglais sont divisés entre l'attachement au Royaume-Uni ou aux États-Unis[13]. De plus, la politique multiculturelle canadienne favorise préservation du patrimoine des différentes communautés ethniques du pays[13].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Acadie.
Détail de la fresque située sur la butte Sainte-Anne, à Nantes et représentant le séjour des Acadiens de 1775 à 1785 à Chantenay

Origines[modifier | modifier le code]

Les ancêtres des Acadiens proviennent principalement de l’ouest de la France, du Poitou (Bas-Poitou la future Vendée et Haut-Poitou) et du pays des Santons fait de l'Aunis (cap. La Rochelle), la Saintonge (cap. Saintes) et l'Angoumois (cap. Angoulême). Ils sont répertoriés aussi venant de Bourgogne, de Haute-Bretagne, (cap. Nantes), et des provinces limitrophes, comme la Touraine. On y compte aussi des Parisiens et des colons venus du pays basque. Cette population déjà installée se mélangea aux Écossais amenés par sir William Alexander en 1628 dans le but de coloniser le sud de l’Acadie (actuelle Nouvelle-Écosse) et qui étaient restés sur le territoire après le traité de Saint-Germain-en-Laye, conclu en 1632, qui rendait à la France le territoire que réclamait l'Angleterre.

Nouvelle-France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Acadie (Nouvelle-France).

En 1603, Henri IV, le roi de France, accorda à Pierre Dugua de Mons le droit de coloniser les terres d'Amérique du Nord. Arrivant en 1604, les colons français (sans femme ni enfant) bâtirent leur fort à l'embouchure de la rivière Sainte-Croix, qui sépare le Nouveau-Brunswick et le Maine actuels, sur une petite île nommée île Sainte-Croix (aujourd'hui Dochet Island). Le printemps suivant, les colons déménagèrent au sud-est de la Baie française (aujourd'hui Fundy Bay) au lieu en retrait qu'ils nommèrent Port-Royal (de nos jours Annapolis Royal, en Nouvelle-Écosse).

Au XVIIe siècle, après 1632, environ cent familles françaises s'établirent en Acadie. Elles développèrent des relations amicales avec les aborigènes Mi'kmaq, apprenant leurs techniques de chasse et de pêche. Les Acadiens vécurent principalement en régions côtières, sur des terres reprises à la mer par des endiguements nommés aboiteaux.

Établis à la frontière entre les territoires français et britanniques, les Acadiens se trouvèrent sur la ligne de front de chaque conflit entre les deux puissances. L'Acadie passa à plusieurs reprises d'un camp à l'autre, et les Acadiens apprirent à y survivre en adoptant une attitude de neutralité réfléchie, refusant de prendre les armes pour l'un ou l'autre des camps, quel qu'il fut, et en vinrent ainsi à être désignés sous le nom de French Neutrals (les « Neutres français »).

Nouvelle-Écosse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nouvelle-Écosse.

Dans le traité d'Utrecht de 1713, la France céda aux Anglais cette portion de l'Acadie qui est maintenant la Nouvelle-Écosse (moins l'île du Cap-Breton). En 1754, le gouvernement britannique, n'acceptant plus la neutralité précédemment tolérée des Acadiens, demanda qu'ils prêtent un serment d'allégeance absolu à la couronne britannique, ce qui revenait à exiger des Acadiens qu'ils acceptent de prendre les armes contre les habitants du Québec français. Les Acadiens refusèrent cette perspective de combattre les membres de leurs familles en territoire français, et pensèrent, le monarque britannique étant chef d'une église anglicane regardée comme aussi hérétique que le calvinisme, que ce serment compromettrait à long terme leur culte catholique, face aux rites protestants. Le colonel Charles Lawrence ordonna la déportation massive des Acadiens, sans autorisation formelle de Londres et en dépit d'avertissements des autorités britanniques contre une réaction draconienne. L'historien John Mack Faragher utilisa le terme contemporain de nettoyage ethnique pour décrire cette mesure.

Déportation des Acadiens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Déportation des Acadiens.
Déportation des Acadiens

Dans ce qui est connu comme le Grand Dérangement, plus de 12 000 Acadiens (les trois quarts de la population acadienne en Nouvelle-Écosse) furent expulsés, leurs maisons brûlées et leurs terres confisquées. Les familles furent déchirées, et les Acadiens furent dispersés partout dans les terres britanniques d'Amérique du Nord ; certains furent rendus à la France.

Renaissance acadienne[modifier | modifier le code]

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

En 2003, sur demande des Acadiens, une proclamation fut émise au nom de la reine Élizabeth II, reconnaissant officiellement la déportation des Acadiens et établissant le 28 juillet comme un jour de commémoration.

Milieu[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Diaspora acadienne et Démographie de l'Acadie.
Les Acadiens

Aujourd'hui, les Acadiens habitent pour l'essentiel les rives nord, nord-est et sud-est du Nouveau-Brunswick. D'autres groupes d'Acadiens peuvent être trouvés aux îles de la Madeleine et de part et d'autre du Québec, à l'Île-du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse, comme à Chéticamp, l'Isle Madame et Clare. D'autres peuvent encore être trouvés dans les régions du sud et de l'ouest du Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Angleterre. Plusieurs de ces dernières communautés ont dû faire face à des degrés d'assimilation variés. Pour beaucoup de familles dans des communautés à prédominance anglophone, l'attrition de la langue française s'est produite, particulièrement pour les jeunes générations. Les Acadiens qui se sont installés en Louisiane après 1764, connus comme les Cadiens, ont eu une influence culturelle dominante dans beaucoup de paroisses (voir Paroisse au sens administratif), particulièrement dans le secteur du sud-ouest de la Louisiane, connue comme Acadiane.

Les Acadiens vivent en général au bord de la mer mais quelques communautés en sont éloignées. Leurs communautés consistent en un village-rue, c'est-à-dire où les maisons sont alignées de chaque côté d'un chemin. Les terrains parallèles s'étendent jusque dans la forêt ou le bord de la mer. Autrefois, le bétail était en liberté mais les enclos sont désormais clôtures. Une église catholique est généralement bien en vue au centre du village, avec à proximité les institutions locales comme la caisse populaire ou le bureau de poste. Il n'y a pourtant pas de concentration de bâtiments au centre de la localité, sauf si la population dépasse environ 1000 habitants. Les pêcheurs font ainsi souvent plusieurs kilomètres pour atteindre le port. En fait, l'activité traditionnelle des localités côtières incluant la pêche, l'agriculture et l'exploitation forestière. Dans le cas d'une communauté acadienne minoritaire, les signes distinctifs sont la présence d'une église catholique, d'une école francophone et d'une caisse populaire dans un même secteur.

Société[modifier | modifier le code]

Politique[modifier | modifier le code]

Société nationale de l'Acadie[modifier | modifier le code]

La Société nationale de l'Acadie est le gouvernement des Acadiens créé en 1881 lors de la première convention acadienne de Memramcook. Elle a pour objectif principal la promotion de l'Acadie.

Économie[modifier | modifier le code]

Médias[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Médias en Acadie.

Famille et communauté[modifier | modifier le code]

Traditionnellement, l'homme quitte la maison pour des travaux saisonniers tandis que la femme reste à la maison, où elle a la majeure partie des responsabilités de la ferme[20]. De nos jours, la plupart des femmes ont un emploi[20]. La possession terrienne est la norme, même en ville[20]. Il arrive toutefois que des gens louent des terres de la Couronne, notamment pour l'exploitation forestière[20]. Auparavant, les parents âgés restaient chez l'un des enfants mais il est de plus en plus habituel de les envoyer dans une résidence de l'âge d'or[20]. De plus, l'habitude qu'ont les couples mariés de rester chez les parents de l'époux jusqu'à ce qu'ils ont assez d'argent pour se construire une maison tend à disparaître[20]. Il était courant de diviser son héritage entre ses fils mais de nos jours, les biens immobiliers sont accordés au fils le plus âgé et les autres biens sont divisés entre les enfants[20].

L'attachement à la famille et même la parenté, parfois éloignée, est fort[20]. Il semble que cela soit dû à la nécessité de conserver des liens en milieu minoritaire[20]. La famille est généralement nucléaire[20]. Le taux de natalité baisse beaucoup après les années 1960, après avoir été l'un des plus élevés au Canada[20]. L'âge moyen du mariage est aussi passé du début de la vingtaine, et souvent beaucoup plus jeune pour les femmes, à la mi-vingtaine[20]. Le divorce, fortement réprouvé par l'Église, est tout de même devenu courant[20]. Les mariages interethniques étaient autrefois tabous et même si la pression sociale a diminué, ils restent peu courants[20]. Le lignage est maintenu par l'aîné de la famille mais de nos jours, des centres d'archives en conservent la trace[20]. Il y a un faible nombre de familles acadiennes et certains villages consistent en fait en une énorme famille. Ainsi, il est courant d'appeler une personne par le prénom de son père au lieu de son nom de famille pour la différencier d'un autre. Par exemple, Patrick à Théodore au lieu de Patrick Dugas[20].

Certaines communautés rurales possèdent encore un code de conduite non écrit menant autrefois à des punitions corporelles dans de rares cas ou plutôt au rejet permanent ou temporaire en cas de non-respect[20]. De toute manière, le recours à la police et à la justice est devenu courant à la suite de la modernisation de l'Acadie[20].

Culture[modifier | modifier le code]

Article connexe : Culture de l'Acadie.

Aujourd'hui, les Acadiens sont une minorité, en particulier au Nouveau-Brunswick et en Louisiane (Cadiens). Depuis 1994, le Congrès mondial acadien a uni les Acadiens des Maritimes, de la Nouvelle-Angleterre et de la Louisiane.

Parmi les plus célèbres Acadiens dans les Maritimes, il y a les chanteuses Angèle Arsenault et Édith Butler, l'écrivaine Antonine Maillet, le boxeur Yvon Durelle, le jockey Ron Turcotte, le lanceur Rhéal Cormier, le cinéaste Phil Comeau, le luteur et acteur Robert Maillet, l'ancien Gouverneur général Roméo LeBlanc, l'ancien premier ministre de l'Île-du-Prince-Édouard Aubin-Edmond Arsenault, le premier Acadien à la tête d'une province et le premier Acadien à la Cour suprême provinciale, son père, Joseph-Octave Arsenault, le premier Acadien désigné comme sénateur au Sénat canadien, et l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick Louis Robichaud, qui fut responsable de la modernisation de l'éducation et du gouvernement de la province au milieu du XXe siècle.

Architecture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Architecture acadienne.
Maisons traditionnelles aux îles de la Madeleine.

L'architecture acadienne est à l'origine d'inspiration française, mais adaptée aux conditions climatiques et aux matériaux locaux. Plus tard, des techniques de construction amérindiennes sont utilisées, surtout pour améliorer l'isolation des maisons. La plupart des constructions acadiennes sont démolies durant le Grand Dérangement, entre 1755 et 1763. Durant plusieurs années, les maisons sont de piètre qualité et construites à la hâte. Malgré l'amélioration des conditions de vie, l'architecture reste simple jusqu'au milieu du XIXe siècle. Les traces d’inspiration française s'effacent alors progressivement devant les influences américaine et anglaise. C'est alors que les premiers architectes acadiens commencent leur carrière. Il est difficile de définir un style typique acadien puisque aucune étude exhaustive n'a été effectuée à ce sujet. Par contre, l'architecture est de plus en plus mise en valeur et protégée. Plusieurs villages historiques ont ainsi été construits depuis les années 1970 et de nombreux nouveaux édifices s'harmonisent avec l'architecture traditionnelle.

Sculpture et peinture[modifier | modifier le code]

Les élèves de Paul Carmel Laporte, originaire du Québec, ont eu un impact majeur dans la culture acadienne.

Jusqu'au début du XXe siècle, la sculpture et la peinture étaient surtout réalisées par les décorateurs d'églises[21]. Parmi les principales réalisations toujours existantes, notons celles de Philomène Belliveau, Caroline Léger, Anna Bourque-Bourgeois, Jeanne Léger, Alma Buote et Yolande Boudreau, qui ont toutes étudié l'art à l'étranger. À partir des années 1930, le docteur Paul Carmel Laporte enseigna la sculpture et le dessin à Edmundston et forma plusieurs artistes de renom, dont Claude Picard, Claude Roussel et Marie Hélène Allain[21]. Plusieurs artistes de la même époque ont dû suivre des cours à l'extérieur avant de poursuivre leur carrière en Acadie, dont Gertrude Godbout, Eulalie Boudreau, René Hébert, Georges Goguen, Roméo Savoie, Hilda Lavoie-Franchon et Claude Gauvin. Certains ont produit des peintures religieuses et murales pour les églises, dont Édouard Gautreau, Claude Picard et Ernest Cormier. L'église Sainte-Anne-de-Kent, qui comptait entre autres des tableaux de Gautreau, était surnommée la « chapelle Sixtine de l'Acadie » jusqu'à sa destruction dans un incendie en 2007[21]. Nelson Surette s'est fait connaître grâce à ses tableaux représentant la vie quotidienne. Adrien Arsenault est aussi reconnu. Nérée De Grâce puise son inspiration dans le folklore acadien et ses tableaux se retrouvent dans plusieurs collections à travers le monde, ainsi que sur un timbre canadien[21]. Les musées canadiens possèdent des œuvres d'autres artistes, dont les plus connus sont les sculpteurs Arthur Gallant, Alfred Morneault et Octave Verret ainsi que les peintres Léo B. LeBlanc, Médard Cormier et Camille Cormier[21].

Claude Roussel a mis sur pied le département d'arts visuels de l'Université de Moncton, qui a permis de former de nombreux artistes sur place[21]. Les plus prolifiques sont l'artiste multidisciplinaire Herménégilde Chiasson et le peintre Yvon Gallant mais on compte aussi Paul Édouard Bourque, Jacques Arseneault, Francis Coutellier, Marc Cyr, Pierre Noël LeBlanc, Anne-Marie Sirois, Lucille Robichaud, Lionel Cormier, Luc A. Charette, Daniel Dugas, Guy Duguay, Roger Vautour, Ghislaine McLaughlin, Gilles LeBlanc, Georges Blanchette, Gilles Arsenault, Hélène LaRoche et André Lapointe. Robert Saucier, Jocelyn Jean et Paul-Émile Saulnier travaillent au Québec mais leurs œuvres se vendent à l'étranger.

Musique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Musique acadienne.

Littérature[modifier | modifier le code]

Marc Lescarbot a donné naissance à la littérature acadienne à Port-Royal en 1606[22]. Plusieurs visiteurs ainsi que des prêtres ont ensuite écrit sur la géographie ainsi que sur les conditions religieuses et économiques[22]. La situation politique trouble et la lente croissance de la population expliquent le faible nombre de textes produits par les Acadiens durant cette période[22]. Après la Déportation, la littérature prend du temps à réapparaître mais la tradition orale reste florissante[22]. L'interdiction de posséder une presse et le manque d'école favorisent de plus la tradition orale[23].

Avec la fondation d'écoles et de collèges au XIXe siècle puis les Conventions nationales acadiennes, les Acadiens et leur clergé commencent à redécouvrir leur identité et leurs aspirations dans un monde d'anglophones[22]. Jusqu'aux années 1960, la littérature est dominée par le débat nationaliste[22]. La redécouverte de l'histoire de l'Acadie a donné lieu à un nombre important de textes, en particulier ceux de Pascal Poirier[22]. Au XXe siècle, le nationalisme devient moins important et plusieurs auteurs dont Antonine Maillet se penchent sur d'autres sujets[22]. Plusieurs auteurs de la diaspora publient durant les années 1960, dont Donat Coste et Rénald Després. Dès 1966, les plus jeunes auteurs remettent en question les valeurs traditionnelles ; ce mouvement est amplifié par la Révolution tranquille au Québec, par les réformes de Louis Robichaud au Nouveau-Brunswick, par les grèves étudiantes et par le succès phénoménal de La Sagouine d'Antonine Maillet[22]. La poésie est la première forme littéraire à suivre cette tendance[22]. Le roman est dominé par l'œuvre d'Antonine Maillet mais de nombreux autres auteurs sont à remarquer[22]. Depuis le milieu des années 1980, la littérature acadienne se porte très bien, ce qu'illustre le nombre grandissant des maisons d'éditions et la reconnaissance dont elle jouit tant en Amérique qu'en France[22]. Les œuvres sont de genres variés et la littérature pour enfants se développe[22].

Théâtre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Théâtre acadien.

Marc Lescarbot a aussi donné naissance au théâtre acadien en produisant Le Théâtre de Neptune en 1606[24]. Il faut cependant attendre 1956 pour voir la création de la première véritable troupe de théâtre : la Troupe Notre-Dame de Grâce de Moncton[24]. Deux troupes professionnelles, le Théâtre populaire d'Acadie de Caraquet et le Théâtre l'Escaouette de Moncton, dominent aujourd'hui la scène théâtrale[24]. Le TPA a présenté plusieurs pièces de Jules Boudreau, qui traite aussi bien de sujets historiques comme dans Louis Mailloux ou de sujets contemporains[24] ; Herménégilde Chiasson a ainsi présenté sa première pièce à ce théâtre[24]. Le théâtre L'Escaouette a ensuite fait une grande place à Chiasson, dont la vaste œuvre traite de trois sujets principaux : l'histoire révisionniste, l'humour et le fantastique[24].

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cinéma acadien.

Un cinéma acadien s'est développé à partir des années 1950 par le travail de pionnier de Léonard Forest et de l'Office national du film. Le cinéma acadien a réussi 5 longs métrages dont Le secret de Jérôme de Phil Comeau en 1994, et Full Blast de Rodrigue Jean en 1999. De plus, une centaine de courts et moyens métrages documentaires ont été produits. Il existe aujourd'hui des maisons de production de films au Nouveau-Brunswick.

Artisanat[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Artisanat acadien.

Cuisine[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Cuisine cadienne et Cuisine acadienne.

La cuisine acadienne est d'origine française mais on trouve plusieurs autres influences, particulièrement canadiennes françaises, amérindiennes et allemandes. Il y a en fait plusieurs cuisines régionales. La plupart des ingrédients sont disponibles sur place alors que certains proviennent d'un commerce ancien avec les Antilles et le Brésil, comme les raisins secs, le riz, la cassonade et la mélasse. La pomme de terre est l'aliment de base et le poisson et les fruits de mer sont très populaires. La cuisine acadienne a partiellement inspiré la cuisine cadienne.

Folklore[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, l'isolement de l'Acadie a permis de préserver un folklore varié, transmis de générations en générations[25]. Les contes les plus populaires sont ceux de Ti-Jean[23], dont plusieurs ont été adaptés par Melvin Gallant. Les chansons du début du XXe siècle témoignent de l'éveil à la culture[25]. Le folklore est en quelque sorte méprisé par l'élite jusqu'à ce que le journal L'Évangéline publie à partir de 1939 une chronique sur les chansons acadiennes par Thomas LeBlanc et qu'Anselme Chiasson et Daniel Boudreau publient le recueil Chansons d'Acadie entre 1942 et 1956[25]. Des chercheurs étrangers se sont dès lors intéressés au folklore acadien, tôt imités par les Acadiens eux-mêmes[25]. L'Université de Moncton enseigne le folklore depuis 1966 et son Centre d'études acadiennes, comme l'Université Laval, possède d'importantes collections dédiées à ce sujet[25]. Les chansons traditionnelles sont maintenant présentes dans les médias et les spectacles ; ces mêmes chansons ont contribué à lancer les carrières d'Édith Butler et d'Angèle Arsenault[25]. Le folklore a également inspiré de nombreux auteurs, dont Antonine Maillet[25].

Les histoires de Paul Bunyan, un bûcheron fictif des contes populaires américains, sont parfois dites être inspirées par les contes acadiens des bûcherons.

Langue[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Français acadien et Chiac.

Les Acadiens parlent un dialecte de français appelé le français acadien. Beaucoup de ceux de la région de Moncton parlent le chiac et l'anglais. Les descendants cadiens de la Louisiane parlent surtout l'anglais mais plusieurs parlent toujours le français cadien.

Étiquette[modifier | modifier le code]

Les bonnes manières sont considérées importantes, comme ouvrir la porte aux femmes et leur laisser sa place, se faire la bise entre homme et femmes, et des câlins entre femmes proches[12]. Il est de mise de garder ses mains sur la table, appuyée sur le poignet pour la femme et le bras pour l'homme ; les coudes peuvent être appuyés sur la table seulement après le repas[12]. Manger sur la rue est considéré mal élevé[12]. Faire le signe du pouce en bas(👎) est considéré offensant[12].

Religion[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Religion en Acadie.

Les Acadiens sont majoritairement catholiques[12]. L'interprétation du christianisme en Acadie mêle des croyances au surnaturel, en particulier les esprits et la sorcellerie, mais ces pratiques sont en baisse[12].

Sport[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sport en Acadie.
Planche à neige au mont Farlagne

Plusieurs Acadiens se sont démarqués dans le sport professionnel, comme Yvon Durelle à la boxe, Rhéal Cormier au baseball, Ron Turcotte dans le sport hippique ainsi que Luc Bourdon et Roland Melanson au hockey sur glace. Quelques équipes professionnelles sont installées dans les régions acadiennes, dont plusieurs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Le sport est pratiqué en Acadie depuis sa fondation mais est à l'origine peu présent dans la culture à cause des conditions de vie difficiles[26]. Les collèges fondés vers la fin du XIXe jouent un rôle dans l'implantation du sport dans la vie quotidienne[27]. À partir des années 1960, de nouvelles écoles sont construites avec des gymnases et d'autres installations sportives[27]. La fondation d'une école normale francophone à Moncton, puis l'ouverture du Département d'éducation physique de l'Université de Moncton permet la formation des enseignants en français[27]. Depuis 1979, les Jeux de l'Acadie sont l'occasion, pour les athlètes en herbe de toute l'Acadie, de se mesurer les uns aux autres[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Origine ethnique (247), réponses uniques et multiples pour origine ethnique (3) et sexe (3) pour la population, pour le Canada, les provinces, les territoires, les régions métropolitaines de recensement et les agglomérations de recensement, Recensement de 2006 - Données-échantillon (20 %) »
  2. a, b, c, d et e Stéphan Bujold, « L'Acadie? Quoi ça? Les Acadiens? Qui ça? Esquisse d'un territoire indéfini et d'un peuple éparpillé », dans Cahiers, Société historique acadienne, juillet 2009, p.45.
  3. Landry et Lang 2001, p. 112-113
  4. a et b Nicolas Landry et Nicole Lang, Histoire de l'Acadie, Sillery, Les éditions du Septentrion,‎ 2001 (ISBN 2-89448-177-2), p. 9.
  5. Marc Johnson, « Acadie », sur L'encyclopédie canadienne.
  6. a et b Arsenault 2011, p. 11-12
  7. Jean Daigle (dir.), Les Acadiens des Maritimes : études thématiques, Moncton, Centre d'études acadiennes, Université de Moncton,‎ 1980, partie 1, « L'Acadie, 1604-1763. Synthèse historique », p. 18.
  8. Joël Leblanc, « Acadie : l'odyssée se poursuit », Québec Science, vol. 42, no 7,‎ avril 2004, p. 22
  9. a, b et c Bona Arsenault et Pascal Alain Alain (mise à jour), Histoire des Acadiens, Saint-Laurent, Fides,‎ 2004 (1re éd. 1965), 502 p., p. 17-19
  10. a et b O'Leary et Levinson 1991, p. 130-133
  11. a et b (en) Melvin Ember et Carol R. Ember, Macmillan Compendium : Cultures of the World, New York, Macmillan Library Reference,‎ 1999, 1249 p. (ISBN 002865367X), p. 718-722.
  12. a, b, c, d, e, f, g et h Gale (1998), op. cit., p. 179-183.
  13. a, b, c et d (en) Amiram Gonen, The Encyclopedia of the peoples of the world, New York, H. Holt, coll. « Henry Holt reference book »,‎ 1993, 703 p. (ISBN 0805022562), p. 134-135 et 494-495
  14. a et b Jean-Christophe Tamisier, Dictionnaire des peuples, Larousse,‎ 1998 (ISBN 2-03-720240-7), p. 5-6
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

  • Samuel Arsenault, « L'Acadie: un toponyme à usages multiples », dans James de Finney, Hélène Destrempes et Jean Morency, L'Acadie des origines, Sudbury, Éditions Prise de parole,‎ 2011, p. 11-28
  • Jean Daigle (dir.), L'Acadie des Maritimes : études thématiques des débuts à nos jours, Moncton, Centre d'études acadiennes, Université de Moncton,‎ 1993 (ISBN 2921166062)
  • Pierre-Maurice Hébert (préf. Pierre Trépanier), Les Acadiens du Québec, Montréal, Éditions de L'Écho,‎ 1994 (ISBN 978-2-920312-32-6)
  • Nicolas Landry et Nicole Lang, Histoire de l'Acadie, Sillery, Septentrion,‎ 2001
  • Dupont, Jean-Claude (1977). Héritage d'Acadie. Montréal: Éditions Leméac.
  • Fonteneau, Jean-Marie (2001). Les Acadiens citoyens de l’Atlantique. Rennes: Éditions Ouest France.
  • Mouhot, Jean-Francois (2009). Les Réfugiés Acadiens en France (1758-1785). Quebec: Sepentrion.
  • Vidal, Cécile, and Gilles Havard (2003). Histoire de l'Amérique Française. Paris: Flammarion.
  • Braud, Gérard Marc (1999). Les Acadiens en France, Nantes et Paimboeuf, 1775-1785. Approche Généalogique Nantes: Ouest Édition.
  • Arsenault Bona (2009) histoire des Acadiens ed FIDES nouvelle édition mise à jour de Pascal Alain

En anglais[modifier | modifier le code]

  • James Laxer, The Acadians: In Search of a Homeland, Doubleday Canada, October 2006 ISBN 978-0-385-66108-9.
  • Faragher, John Mack (2005). A Great and Noble Scheme: The Tragic Story of the Expulsion of the French Acadians from their American Homeland. New York: W. W. Norton & Company.
  • Frink, Tim (1999). New Brunswick, A Short History. Summerville, N.B.: Stonington Books.
  • Griffiths, N.E.S. From migrant to Acadian : a North-American border people, 1604-1755, Montreal (Québec), McGill-Queen's University Press, 2005, XIX-633 p. (ISBN 0-7735-2699-4).
  • (en) Timothy J. O'Leary et David Levinson (dir.), Encyclopedia of World Cultures, vol. 1, Boston, G. K. Hall,‎ 1991, 425 p. (ISBN 0-81611813-2), p. 6-9

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]