Bourgeoisie
Le mot bourgeoisie est polysémique dans la langue française, car il désigne à la fois :
- une classe définie juridiquement du Moyen Âge à la fin de l'Ancien Régime, celle des habitants ayant les droits de cité et les droits politiques dans une ville (ce qu'en allemand on nomme die Bürger et das Bürgertum)
- et une classe définie sociologiquement, surtout à l'époque contemporaine, et désignant les personnes ayant un certain capital culturel et financier et appartenant aux couches supérieures voire intermédiaires des classes moyennes, haute, moyenne et petite bourgeoisie (ce qu'en allemand on désigne par die Bourgeoisie).
La "bourgeoisie", dans son sens premier, est donc intimement liée à l'existence des villes reconnues comme telles par leurs chartes urbaines, il n'y avait donc pas de bourgeoisie "hors les murs de la cité" au delà desquels les habitants étaient des "manants" soumis aux juridictions et aux corvées seigneuriales (à l'exception de la "bourgeoisie foraine" habitant hors du territoire urbain mais y ayant conservé ses droits).
À défaut de mots différents en français, il s'est créé dans de nombreux écrits une espèce de confusion, alors que les notions sont différentes. Ainsi un modeste savetier peut être bourgeois d'une ville parce qu'un de ses ancêtres y a acquis ce droit héréditaire et être membre de ce fait d'une corporation, de la milice urbaine, du corps municipal, alors que dans cette même ville un riche financier né à la campagne ne peut y être qu'un simple habitant sans aucun droit politique et ne pouvant de ce fait pas se désigner dans les actes juridiques comme "bourgeois" de cette ville ni jouir des privilèges par exemple de juridiction réservés aux "bourgeois".
Et pourtant de nos jours on désignera le financier comme "riche bourgeois" et le savetier comme simple artisan.
Sommaire
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Origine du mot [modifier]
Dérivé de « bourgeois » (l'habitant du bourg), le terme « bourgeoisie » est attesté dès 1538 avec le sens d'« ensemble des habitants du bourg » et même apparu auparavant en 937 sous la forme « bourgesie », correspondant au latin burgensia, au sens juridique de citoyen ayant le droit de cité.
- En Suisse, il désigne le droit de cité ou de citoyenneté dans une commune[1].
- En italien borghesia, de même que borghese, est emprunté au français « bourgeoisie »[2].
Emergence [modifier]
Une classe bourgeoise émerge d'une part en Italie et d'autre part dans la Hanse au XIVe siècle, après la grande peste, quand les habitants des villages devinrent nettement plus riches que ceux de la campagne. Ces personnes qui -en général- n'exercent pas directement un métier manuel disposent de revenus relativement élevés et réguliers qui leur confèrent davantage de puissance et d'influence dans la société, les rapprochent des classes dirigeantes et du clergé et les éloignent de la paysannerie. Ainsi, dans la bourgeoisie médiévale le propriétaire de moulin[réf. nécessaire] devient assez important dans l'économie locale pour s'opposer au seigneur. Au cours des siècles suivants, le terme s'utilise plutôt pour désigner les premiers banquiers et les gens dont les activités se développent dans le commerce et la finance.
En France, jusqu'en 1792, puis pendant la Restauration, le terme de bourgeois (ou les familles bourgeoises) désigne les habitants d'un bourg ou d'une ville jouissant — dans le cadre de la commune — de certains privilèges. (par ex. : communes de Saint-Germain-en-Laye, Rouen ou Mulhouse). Charles Quint se dit bourgeois de la commune de Gand et Charles de Brunswick[Lequel ?] bourgeois de la ville d'Édimbourg[réf. nécessaire]. Ces communes ou villes sont reconnues comme telles par les pouvoirs : les rois de France ou les empereurs du Saint-Empire romain germanique.
La Gouvernante, peinture de Jean Siméon Chardin, XVIIe siècle.
Histoire [modifier]
La bourgeoisie en France et en Europe [modifier]
Les origines : la bourgeoisie urbaine médiévale [modifier]
C'est au XIe siècle qu'apparaît la bourgeoisie. À l'origine, le terme de bourgeois désigne l'habitant du bourg, et c'est donc le développement des villes en Europe qui a permis le développement de la bourgeoisie.
Or, les villes européennes présentent au Moyen Âge nombre de caractéristiques remarquables. Après l'effondrement de l'Empire romain, et en même temps que lui, de la structure urbaine sur laquelle il s'appuyait[3], une renaissance urbaine se dessine à partir du XIe siècle.
Des milliers de villes naissent alors, mais sont bien souvent organisées selon un modèle encore campagnard, n'étant guère qu'un « regroupement rural », incluant dans leurs murs champs et jardins. Seules certaines d'entre elles vont réellement s'urbaniser, en mettant en place une nouvelle structure sociale ; elles jouent un rôle moteur évident, en Italie du nord, entre Loire et Rhin, et sur les côtes méditerranéennes ; elles voient se développer des corps de métiers, des marchands, une industrie, un commerce lointain qui leur permet de drainer des ressources, des banques. Déjà se développe une forme de bourgeoisie, et même, de capitalisme[4].
Autour de ces villes privilégiées, l'État territorial s'affaiblit : si celui-ci renaît en France, en Angleterre, en Espagne, en revanche, en Italie, dans les Flandres et en Allemagne, les villes sont bientôt parfois suffisamment fortes pour se constituer en univers autonomes et s'affranchir de l'espace politique ancien, acquérant ou extorquant des privilèges, se constituant ainsi un véritable rempart juridique[4].
Ces villes, désormais sans entraves, innovent dans tous les domaines : sur le plan financier, avec les emprunts publics (le monte Vecchio de Venise) et la lettre de change, la création des premières sociétés commerciales, sur le plan industriel, sur le plan commercial où les échanges lointains se développent. Les villes deviennent « des petites patries de bourgeois »[5], à Florence, à Venise, ou à Nüremberg. Une mentalité nouvelle se met en place, qui est le tout premier capitalisme d'Occident : à la différence du noble qui augmente les impôts seigneuriaux pour ajuster ses revenus à ses dépenses, le marchand calcule ses dépenses selon ses revenus, et cherche à n'investir qu'à bon escient, en identifiant et en limitant les risques[6].
« Le Bourgeois gentilhomme » de Molière pointe les manières excessives de certains de ces nouveaux venus.
Révolution française [modifier]
On a souvent dit que la bourgeoisie est à l'origine de la Révolution française. En effet, les bourgeois veulent une révolution politique afin que leur classe trouve sa place dans la société d'ordre ; par sa naissance, un bourgeois appartenait au tiers état, mais par son train de vie, voire sa fortune, il se rapprochait de la noblesse (un grand nombre de familles appartenant à la noblesse de robe étaient d'ailleurs issues de la bourgeoisie, car elles avaient les moyens d'acheter une charge anoblissante).
Second Empire et XIXe siècle [modifier]
Pendant le Second Empire, la classe sociale bourgeoise joue un rôle majeur dans la Révolution industrielle ; elle s'y enrichit et prend du pouvoir au détriment de la noblesse, décadente depuis la Restauration (1830), le Portrait de monsieur Bertin par Ingres illustre bien la bourgeoisie montante ; solide, sûre d'elle-même et terre à terre. On en a un exemple dans le roman de Honoré de Balzac intitulé La Peau de chagrin, dont le héros, bien que marquis, est ruiné.
Des bourgeois tels que des banquiers ou des notaires s'enrichissent et éclipsent la noblesse. Titres et honneurs ne comptent plus.
La bourgeoisie au XXe siècle [modifier]
Au XXe siècle, les modifications économiques très importantes renouvellent les opportunités de créations d'entreprise et d'enrichissement. La bourgeoisie, et surtout la grande bourgeoisie, cumule le capital économique, le capital social, le capital culturel et le capital symbolique. Et lorsque cette concentration du pouvoir débouche sur l'exercice du pouvoir politique, le régime démocratique peut être affecté par : « Le Mur de l'argent », « les Deux cents familles », les « Tendances ploutocratiques »...
Tendances récentes [modifier]
- Le «Nouveau riche»
- Le «Bo-Bo» ou «bourgeois-bohème». Autour des années 1960, une nouvelle forme de bourgeoisie voit le jour, issue du secteur tertiaire. Loin de la figure de l'austère bourgeois, celui-ci est « créatif » et « bohème », et s'il cherche toujours une justification morale, celle-ci est désormais colorée d'écologisme ou de citoyennisme, selon un modèle venu de la côte ouest américaine et de la contreculture[7]. Elle se cherche alternative, mais son idéologie est en accord avec les mutations du capitalisme et correspond au modèle du néolibéralisme, dans lequel la propriété n'est plus une valeur fondamentale[8]. En parallèle avec la disparition du lien social, qui ne correspond plus au nouveau modèle bourgeois, la société libérale a alors tendance à se tribaliser. La bourgeoisie essaye de faire croire à sa disparition derrière sa nouvelle allure[9].
- La « gauche caviar ».
- Le « Neuilly-Auteuil-Pereire-Passy » ou nappy.
Particularités de la bourgeoisie en Suisse [modifier]
Les bourgeois du Moyen Âge devaient le plus souvent faire partie d'une confrérie (laïque ou religieuse) ; il fallait être libre de son seigneur depuis plus d'un an et demi au minimum et posséder une maison ou un hôtel, etc. Une fois acquittés des nombreuses prérogatives d'entrée, les bourgeois devaient faire la chevauchée souvent monnayable avec le seigneur en armure et à cheval, ou sinon, avec épée, et défendre les villes et les villages. Ils les administraient et avaient le pouvoir juridique et donc prenaient la décision de recevoir de nouveaux bourgeois qu'ils soient serfs, habitants ou ducs (comme le duc de Savoie devenu bourgeois de Berne en 1330), ou même roi de France (comme Louis XI). En aucun cas les gueux, étrangers, marginaux ainsi que les nomades ne pouvaient accéder à la bourgeoisie.
Ils pouvaient porter des armoiries, participer aux Croisades, participer au financement des guerres, ou créer des entraides entre villes bourgeoises les fameuses Combourgeoisie.
La bourgeoisie dans le reste du monde [modifier]
Aux États-Unis [modifier]
L'histoire de la bourgeoisie aux États-Unis diffère de celle de la bourgeoisie européenne par plusieurs aspects :
- son caractère récent, lié à l'histoire du pays lui-même ;
- l'absence relative de la pesanteur sociologique dans l'histoire des États-Unis, de par sa nature de « société de pionniers » ;
- la démocratie et les règles économiques du pays, qui, dès les premiers temps, favorisent la mobilité sociale[N 1] ;
- l'importance primordiale, dès les premiers temps également, de l'emploi salarié, soulignée par Alexis de Tocqueville.
Au Japon [modifier]
Les commerçants ont jusqu'au début du XVIIe siècle été considérés au Japon comme tout à fait en bas de l'échelle sociale[10] : la société japonaise traditionnelle comporte en effet, tout en haut de l'échelle, l'Empereur et l'aristocratie militaire des daimyō, puis les paysans (les plus nombreux), puis les artisans, et enfin, les marchands et les commerçants, qui ne précèdent guère que les rōnin, les acrobates ou les prostituées.
La naissance d'une bourgeoisie urbaine et marchande au Japon au tout début du XVIIe siècle est due d'abord et avant tout à la période de paix qui s'est alors instaurée ; cette paix durable s'est traduite par la perte d'influence et de richesse de l'aristocratie militaire, et le développement du commerce.
Obsédé par le souci d'éviter à son pays les secousses et les guerres civiles que le Japon connaît depuis quarante ans, guerres d'ailleurs précédées par la désagrégation du pouvoir central au cours des siècles précédents, le shogun Tokugawa Ieyasu, le nouveau maître du Japon, engage, en 1603, le pays dans la longue période d'immobilisme politique qui caractérise l'ère Edo.
Sur le plan intérieur, un problème essentiel est de neutraliser la forte population de samouraïs, devenue inutile suite à la pacification du pays. Tokugawa Ieyasu s'appuie pour cela sur le système de « résidence alternée », le sankin-kōtai, qui oblige les daimyō à passer une année sur deux à Tōkyō, en y laissant à demeure leur famille en otage. Cette double résidence a non seulement l'avantage de donner un moyen de pression sur les daimyo au travers de cette prise d'otages, mais aussi celui de peser lourdement sur les finances personnelles de ceux-ci, obligés de se déplacer avec leur suite entre deux résidences dont ils doivent assurer l'entretien[11].
Simultanément, les marchands, qui occupaient jusque là la position la plus basse dans la hiérarchie sociale, s'assurent un rôle dominant dans la vie économique, dès la fin du XVIIe siècle. Certains de ces marchands acquièrent une fortune considérable, tels que la famille des Mitsui, qui fondera au XXe siècle un empire économique, alors que dans le même temps la caste militaire, daimyō et samouraïs, connaissent de graves difficultés financières[12].
Signe révélateur de cette évolution, certaines estampes éditées à l'époque peuvent en réalité être considérées comme des annonces publicitaires : ainsi, Utamaro en publie plusieurs séries, telle que la série de neuf estampes intitulée Dans le goût des motifs d'Izugura, réalisées pour promouvoir de grande marques de magasins de textile (Matsuzakaya, Daimaru, Matsuya...), dont le logo apparaît de façon ostensible ; certains de ces magasins existent encore de nos jours[13].
L'existence de cette bourgeoisie marchande permettra ensuite le développement d'une bourgeoisie plus large, à partir de l'ère Meiji, avec l'ouverture du Japon au monde occidental, à son commerce, à ses technologies et à sa science.
En Inde [modifier]
L'émergence d'une véritable bourgeoisie en Inde est un phénomène récent, largement rendue impossible pendant des siècles par l'existence d'un système de castes interdisant toute mobilité sociale.
Sans doute l'apparition d'une bourgeoisie significative est-elle liée à l'émergence de la société industrielle et de l'économie de marché, ainsi qu'à une petite et moyenne bourgeoisie liée au développement de l'État (hauts fonctionnaires, en particulier). La mondialisation actuelle, cassant les traditions sociales, et accélérant l'enrichissement de la population au-delà de tout ce que l'Inde avait auparavant connu, est un élément fort de l'évolution actuelle de la bourgeoisie indienne.
Analyse de la Bourgeoisie [modifier]
Classification de la bourgeoisie chez les Français [modifier]
Classification par niveau [réf. nécessaire] [modifier]
Petite bourgeoisie [modifier]
Bourgeoisie d'une ou deux générations s'étant formée par une brève ascension sociale. Elle débute généralement par le commerce ou l'artisanat, puis au fil de la deuxième puis troisième génération, elle peut s’élever socialement à un niveau de moyenne bourgeoisie. Cette classe est légèrement au-dessus de la classe moyenne de la société et se distingue surtout par sa mentalité.
La petite bourgeoisie (artisans, petits commerçants, boutiquiers, petits agriculteurs propriétaires, etc.) qui se distingue du prolétariat surtout par la mentalité. Il ne s'agit pas de salariés, mais en général ils n'ont pas eux-mêmes d'employés.
Moyenne bourgeoisie [modifier]
Elle dispose de patrimoine ou de revenus solides, mais sans l'aura de la grande bourgeoisie. Elle serait selon certains une bourgeoisie de la troisième génération et au-delà, elle possède parfois quelques alliances avec d’autres familles issues du même milieu et parfois même nobles. Elle se distingue surtout par ses métiers : artisans, petits commerçants, boutiquiers, petits agriculteurs propriétaires.
Grande bourgeoisie [modifier]
Bourgeoisie du XIXe siècle, ou au moins de la quatrième ou cinquième génération et qui se caractérise par des mariages nobles et des alliances intéressantes (et intéressées, comme tous les mariages de toutes les classes sociales). Cette tranche de la bourgeoisie possède un patrimoine historique et culturel important créé et amplifié au fil des décennies. Le nom de ces familles est généralement connu dans la ville où elles résident et, bien souvent, des ancêtres ont contribué à l’histoire régionale. Les charges exercées par ces familles sont considérées et respectées. C’est une « petite haute bourgeoisie ».
Haute bourgeoisie [modifier]
Cette bourgeoisie ne s’acquiert que par le temps[réf. nécessaire]. Elle est composée de familles déjà bourgeoises à la Révolution, n’a eu que des professions honorables et a périodiquement connu des alliances illustres dans ses branches. Le patrimoine culturel, historique et financier reste important. Ces familles possèdent une sorte d’état de noblesse qui leur interdit certains mariages ou certaines professions. Ces familles auraient tout à fait pu devenir nobles mais, faute d'opportunité, de temps ou de régime, elles ne sont restées que bourgeoises. Jouissant d'un train de vie fastueux, elle fréquente les plus grands artistes, comme l'a bien décrite, par exemple, Marcel Proust, et que l'on nommait durant la première moitié du XXe siècle « les 200 familles ». Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot étudient le mode de vie de cette grande bourgeoisie, sa manière de protéger l'accès à leur monde des « nouveaux riches »[N 2].
Haute société protestante [modifier]
Le terme de « Haute société protestante » (HSP) désigne une puissante minorité protestante, descendante des Huguenots. Volontiers discrète, elle dispose néanmoins d'un solide pouvoir financier (Banques et Institutions financières) et bénéficie d'une influence politique et sociale non négligeable dans la société française.
Cette classification toute descriptive et statique s'appuie sur l'idée que la bourgeoisie est d'abord et avant tout héréditaire, et que l'on en grimpe les échelons par l'accumulation quasi-mécanique du patrimoine au fil des générations. Elle ne rend donc pas compte de l'émergence soudaine, et fréquente, de réussites individuelles qui placent d'emblée la personne concernée dans la « haute bourgeoisie ». Or la mobilité sociale d'une génération à l'autre est certainement une des caractéristiques fondamentales de la bourgeoisie par rapport à la noblesse, aux États-Unis, bien sûr, mais aussi en France, en Europe, au Japon, ou même dans l'Inde ou la Chine d'aujourd'hui.
Classification par activité [modifier]
Bourgeoisie rentière, Immobilière ou foncière [modifier]
Bourgeoisie exerçant des professions libérales ou des charges [modifier]
Bourgeoisie entrepreneuriale [modifier]
Bourgeoisie commerçante [modifier]
Classification par rôle social [modifier]
Il y aurait ainsi une bourgeoisie active, une autre passive :[réf. nécessaire]
Bourgeoisie passive [modifier]
"La bourgeoisie passive est celle qui met en valeur le capital avec des placements en actions et dans l’immobilier. Elle est constituée de rentiers et de professions libérales.
Bourgeoisie active [modifier]
La bourgeoisie active comprend ceux qui entreprennent. Ce sont des entrepreneurs, capitalistes ou patrons qui mettent en valeur en créant des entreprises industrielles ou bancaires."
Mais une bourgeoisie « passive » ne peut exister s'il n'y a pas eu préalablement création de richesses (peut-être à la génération précédente), par une bourgeoisie « active », qui la précède donc chronologiquement.
La bourgeoisie selon la théorie marxiste [modifier]
Dans la théorie marxiste, la bourgeoisie est définie comme la classe de la société qui possède les moyens de production. Le marxisme voit le prolétariat et la bourgeoisie comme fondamentalement opposés, puisque (par exemple) les ouvriers attendent que leurs salaires soient les plus élevés possibles, alors que les propriétaires espèrent augmenter leurs revenus en employant de la main-d'œuvre au coût le plus bas possible. C'est la lutte des classes.
Comme l'écrivent Karl Marx et Friedrich Engels, dans le Manifeste du Parti communiste :
« Par bourgeoisie, on entend la classe des capitalistes modernes, qui possèdent les moyens de la production sociale et emploient du travail salarié ; par prolétariat, la classe des travailleurs salariés modernes qui, ne possédant pas en propre leurs moyens de production, sont réduits à vendre leur force de travail pour vivre. (Note d'Engels pour l'édition anglaise en 1888). »
Les dynasties bourgeoises selon Emmanuel Beau de Loménie [modifier]
Dans son ouvrage-devenu classique- « Les responsabilités des dynasties bourgeoises » [14], Emmanuel Beau de Loménie décrit depuis la Révolution la trajectoire et le poids des dynasties bourgeoises dans la société française :
- Tome 1 : De Bonaparte à Mac Mahon. Selon Beau de Loménie, le premier noyau des dynasties bourgeoises - les fameuses futures Deux cents familles - est composé de personnages issus des milieux de justice et de basoche, qui doivent leurs cyniques enrichissements à la Révolution de 1789. Pour éviter la restauration monarchique qui les menace, ces ancêtres de nos grands capitalistes vont faire appel à un militaire ambitieux et glorieux mais encore sans attache politique : Bonaparte. Devenu Napoléon 1°, celui-ci sera prisonnier de ces cadres... et bientôt trahi par eux. Par la suite, ces «profiteurs» joueront des idéologies les plus diverses pour se maintenir en place et devenir les maitres de l'industrie et de la finance.
- Tome 2 : De Mac Mahon à Poincaré. Où sont étudiées sous un jour nouveau les crises Boulangistes, de l'Affaire Dreyfus, du Combisme. Sont évoquées également les influences qui -selon l'auteur- constituent les ressorts de certaines affaires : Comment le plan de grands travaux de Freycinet -imposé par les dirigeants des chemins de fer- ouvrit dès les débuts, la voie des déficits budgétaires; Comment le ministère de Gambetta fut torpillé par les Compagnies; Comment les carrières des politiciens en vedette furent le paiement de services rendus aux mêmes compagnies; Comment la haute banque poussa à la fondation de notre empire colonial pour s'y assurer le monopole de concessions abusives; comment enfin les accords conclus au Maroc entre notre finance et la finance allemande préparèrent la guerre de 1914.
- Tome 3 : Sous la Troisième république : La guerre et l'immédiat après-guerre
- Tome 4 : Du Cartel des gauches à Hitler. Soit la période qui va de 1924 à 1933 qui fut -selon Emmanuel Beau de Loménie- une époque de grandes folies financières et diplomatiques. Les crises économiques qui se succèdent alors devaient engendrer des révoltes qui furent à l'origine de la seconde guerre mondiale. Marthe Hanau, Oustric, et autres furent les héros de ces temps où l'inflation était considérée comme le seul remède aux maux économiques.
- Tome 5: De Hitler à Pétain
Notes et références [modifier]
Notes [modifier]
- Note : Même si des études ont montré que le « rêve américain » ne permettait pas plus de mobilité sociale, de nos jours, que le système français, ou les systèmes scandinaves, il a permis une grande mobilité sociale dans les siècles précédents, où la pesanteur sociologique était plus forte en Europe
- On peut d'ailleurs souligner la contradiction interne de cette attitude : les « nouveaux riches » cherchent à supprimer les conditions mêmes qui ont permis la création de leur « nouvelle richesse », tout comme une grande société qui cherche à supprimer les conditions de concurrence qui ont permis son arrivée au sommet
Références [modifier]
- (Robert, Dictionnaire historique de la langue française)
- (Zangarelli, Dictionnaire de la langue italienne, Zanichelli éd.)
- Fernand Braudel, Civilisation matérielle, Économie et Capitalisme - XVe-XVIIe siècle, Les Structures du quotidien, Armand Colin, 1979, page 449
- Fernand Braudel, Civilisation matérielle, Économie et Capitalisme - XVe-XVIIe siècle, Les Structures du quotidien, Armand Colin, 1979, page 450
- Fernand Braudel, Civilisation matérielle, Économie et Capitalisme - XVe-XVIIe siècle, Les Structures du quotidien, Armand Colin, 1979, page 451
- Fernand Braudel, Civilisation matérielle, Économie et Capitalisme - XVe-XVIIe siècle, Les Structures du quotidien, Armand Colin, 1979, page 452
- Joseph Heath et Andrew Potter, Révolte consommée, Naïve, 2005
- Michel Clouscard, Néo-fascisme et idéologie du désir
- Jacques Ellul, Métamorphose du bourgeois, Paris: Calmann-Lévy, 1967. Paris: La Table Ronde, 1998.
- Edwin O. Reischauer, Histoire du Japon et des Japonais, Éditions du Seuil, 1973, tome 1, page 110
- Edwin O. Reischauer, Histoire du Japon et des Japonais, Éditions du Seuil, 1973, tome 1, page 103
- Edwin O. Reischauer, Histoire du Japon et des Japonais, Éditions du Seuil, 1973, Tome 1, pages 119 à 128
- Gisèle Lambert et Jocelyn Bouquillard, Estampes japonaises, Images d'un monde éphémère, BnF, 2008, page 128
- Denoel Edit , Paris
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Régine Pernoud, Histoire de la Bourgeoisie en France - Les temps modernes, Le Seuil, 1962
- Fernand Braudel, Civilisation matérielle, Économie et Capitalisme - XVe-XVIIe siècle, Les Structures du quotidien, Armand Colin, 1979
- Sociologie de la bourgeoisie La Découverte, coll. "Repères" - 2000, 2003 - Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon
Articles connexes [modifier]
- Classe capitaliste, Tiers état, Capitalisme, Communisme, Socialisme, Le Capital, Manifeste du Parti communiste, Bourgeoisie de Marseille
- Deux cents familles
- Antonio Gramsci, Guy de Maupassant, Karl Marx, Voltaire, Rosa Luxemburg.
- Bourgeois de Paris
- Bourgeois de Bruxelles
- Daig
- Bourgeois-bohème
- Bolo

- Edmond Goblot (sociologue de la bourgeoisie du début du XXe siècle)