Linguistique

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La linguistique est la discipline s’intéressant à l’étude du langage. Elle se distingue de la grammaire, dans la mesure où elle n'est pas prescriptive mais descriptive.

On trouve des témoignages de réflexions sur le langage dès l'Antiquité avec des philosophes comme Platon. Cependant il faut attendre le XXe siècle pour voir se dégager une approche scientifique autour des faits de langues. Ferdinand de Saussure est réputé avoir grandement contribué à cet effort de rationalisation, notamment avec son influent Cours de linguistique générale (1916) qui est devenu un classique dans ce domaine [1],[2] et "a imposé la conception structurale du langage qui domine largement la linguistique contemporaine en dépit des conflits d'écoles."[3]

Le travail descriptif de la linguistique peut se faire selon trois axes principaux :

  • études en synchronie et diachronie : l'étude synchronique d'une langue s'intéresse seulement à cette langue à un moment donné de son histoire, à un seul de ses états, tandis que l’étude en diachronie s'intéresse à son histoire, la situe dans une famille de langues, et décrit les changements structurels qu'elle a subis dans le temps ;
  • études théoriques et appliquées : la linguistique théorique étudie la création de structures permettant la description individuelle de langues ainsi que les théories cherchant à dégager des invariances ou des symétries ;
  • études contextuelles et indépendantes : où contextuelle indique qu’on s’intéresse aux interactions entre le langage et le monde, tandis que indépendante indique qu’on considère le langage pour lui-même, indépendamment de ses conditions extérieures.

Domaines de la linguistique théorique[modifier | modifier le code]

La linguistique théorique est souvent divisée en domaines séparés et plus ou moins indépendants :

Linguistique synchronique et linguistique diachronique[modifier | modifier le code]

Alors que la linguistique synchronique s'attache à décrire les langues à un moment donné de leur histoire (le plus souvent le présent), la linguistique diachronique examine comment les langues évoluent au cours du temps — que ces changements concernent la prononciation (on parle alors de phonétique historique), le sens et l'histoire des mots (c'est là l'étymologie qui est concernée), voire plusieurs aspects (et l'on touche là à la linguistique) — parfois à travers plusieurs siècles. Le premier à avoir distingué ces deux types d'études est Ferdinand de Saussure[4]. La linguistique historique jouit d'une longue et riche histoire. C'est d'ailleurs de cette branche de la linguistique que sont nées les autres approches. Elle repose sur des postulats théoriques jugés solides (comme les lois phonétiques).

Une discipline comme la linguistique comparée repose principalement sur une optique historique.

Linguistique des langues[modifier | modifier le code]

La linguistique peut évidemment s'attacher à une langue en particulier (par exemple au français, et on parle alors de linguistique française) ou à un groupe de langues (exemples : linguistique romane, linguistique germanique, linguistique finno-ougrienne, linguistique indo-européenne) ou à des langues géographiquement groupées (exemples : linguistique balkanique, linguistique africaine).

Au contraire de la linguistique théorique, qui cherche à décrire, de manière générale, une langue donnée ou le langage humain, la linguistique appliquée se sert de ces recherches pour les appliquer à d'autres domaines comme la didactique des langues, la pathologie du langage, la dictionnairique, la synthèse ou la reconnaissance vocale (ces deux dernières approches étant ensuite utilisées en informatique pour fournir des interfaces vocales, par exemple), l'intelligence artificielle.

Linguistique contextuelle[modifier | modifier le code]

La linguistique contextuelle est un domaine dans lequel la linguistique interagit avec d'autres disciplines. Elle étudie par exemple comment le langage interagit avec le reste du monde.

La sociolinguistique, la linguistique anthropologique et l'anthropologie linguistique sont des domaines ressortissant à la linguistique contextuelle dans lesquels on étudie les liens entre le langage et la société.

De même, l'analyse critique du discours est un point de rencontre entre la rhétorique, la philosophie et la linguistique. Il est ainsi possible de parler d'une philosophie du langage.

D'autre part, l'étude médicale du langage conduit à des approches psycholinguistique et neurolinguistique.

Enfin, appartiennent aussi à la linguistique contextuelle des domaines de recherches comme l'acquisition du langage, la linguistique évolutionniste, la linguistique stratificationnelle ainsi que les sciences cognitives.

Locuteur individuel, communautés linguistiques et caractéristiques universelles du langage[modifier | modifier le code]

Plusieurs approches linguistiques sont possibles selon l'étendue de l'objet d'étude : certains analysent la langue d'un locuteur donné, d'autres des développements généraux sur la langue. On peut aussi étudier la langue d'une communauté bien précise, comme l'argot des banlieues ou bien rechercher les caractéristiques universelles du langage partagées par tous les hommes. C'est cette dernière approche, la linguistique générale, dont le pionnier a été Ferdinand de Saussure, qui a été retenue par Noam Chomsky et qui trouve des échos en psycholinguistique et dans les sciences cognitives. On peut penser que ces caractéristiques universelles sont susceptibles de révéler des éléments importants concernant la pensée humaine en général. Voir par exemple les fonctions du langage.

Démarche descriptive, démarche prescriptive[modifier | modifier le code]

La majorité des recherches accomplies en linguistique sont purement descriptives : les linguistes cherchent à expliciter la nature du langage sans porter de jugements de valeur. Cependant, il existe un grand nombre de professionnels et d'amateurs qui ne se détachent pas d'un point de vue normatif, plus proche de celui de la grammaire. Alors que ceux-ci vont juger un énoncé selon qu'il respecte ou non le bon usage ou des règles, ceux qui suivent une démarche descriptive vont surtout chercher les origines de ces usages, des règles ou des erreurs qu'ils pourront simplement décrire comme des usages particuliers, voire comprendre que derrière une faute se cache un besoin de rationalisation de la langue.

Le site anglophone Language Log est une bonne illustration de cette opposition : il s'agit d'un blog tenu par des linguistes suivant une démarche descriptive, et expliquant clairement leurs prises de position.

Parole et écriture[modifier | modifier le code]

La plupart des travaux en linguistique, à l'heure actuelle, partent du principe que la langue parlée est première, et que la langue écrite n'en est qu'un reflet secondaire. Plusieurs raisons sont évoquées :

  • alors que la parole est universelle, l'écriture ne l'est pas ;
  • l'apprentissage de la langue parlée est bien plus aisé et rapide que celui de la langue écrite ;
  • nombre de scientifiques des sciences cognitives pensent qu'il existe dans le cerveau un module du langage qu'il n'est possible de connaître qu'à travers la langue parlée.

Bien sûr, les linguistes reconnaissent que l'étude de la langue écrite est loin d'être inutile. L'étude de corpus écrits, à cet égard, est primordiale en linguistique computationnelle, les corpus oraux étant difficiles à créer et à trouver. D'autre part, l'étude des systèmes d'écriture, ou grammatologie, ressortit pleinement à la linguistique. Enfin, les langues dotées d'une tradition écrite ancienne ne sont pas imperméables à des effets rétroactifs de l'écrit sur l'oral : le mot français legs, par exemple, dans lequel le g n'est pas étymologique, est le plus souvent prononcé /lεg/, par influence de la graphie, alors qu'à l'origine on disait /le/.

Domaines de recherches de la linguistique[modifier | modifier le code]

Phonétique, phonologie, diglossie, syntaxe, sémantique, pragmatique, étymologie, lexicologie, lexicographie, linguistique théorique, linguistique comparée, sociolinguistique, dialectologie, linguistique descriptive, psycholinguistique, typologie des langues, linguistique computationnelle, sémiotique, écriture, Cohérence du langage naturel, etc., sont parmi les domaines les plus courants.

Recherches interdisciplinaires[modifier | modifier le code]

Linguistique appliquée, linguistique cognitive, linguistique historique, orthographe, grammatologie, cryptanalyse, déchiffrement, anthropologie linguistique, linguistique anthropologique, analyse critique du discours, psycholinguistique, acquisition du langage, traitement automatique des langues, reconnaissance vocale, reconnaissance du locuteur, synthèse vocale et, plus généralement, traitement de la parole, sont de telles disciplines. Il est visible que la linguistique comprend de divers chantiers de recherche. La créolistique qui s’est donné la tâche d’étudier les langues issues du colonialisme (exemples  : papiamentu de Curazao, la langue de Cabo Verde) devient de plus en plus importante.

Linguistes importants et écoles de pensée[modifier | modifier le code]

Parmi les premiers linguistes d'importance, il convient de compter Jacob Grimm, qui, en 1822, a compris et décrit la nature des modifications phonétiques touchant les consonnes dans les langues germaniques (modifications décrites dans la loi de Grimm). À sa suite, Karl Verner, inventeur de la loi portant son nom, August Schleicher, créateur de la Stammbaumtheorie et Johannes Schmidt, qui a développé la Wellentheorie (modèle par vagues) en 1872.

Ferdinand de Saussure peut être considéré comme le fondateur de la linguistique structuraliste (ce terme lui étant postérieur) et, pendant longtemps, comme le père de la linguistique moderne. Il s'est opposé au behaviorisme.

Dans les années 1920, Roman Jakobson fut l'un des chefs de file du formalisme russe et du Cercle linguistique de Prague (invention de la phonologie).

Gustave Guillaume, s'opposant à Saussure, étudie la langue d'un point de vue plus phénoménologique (Temps et verbe, 1929). De nombreux adeptes perpétuent ou redécouvrent aujourd'hui sa théorie.

Le modèle formel du langage développé par Noam Chomsky, ou grammaire générative et transformationnelle, s'est développé sous l'influence de son maître distributionnaliste, Zellig Harris, lequel suivait déjà fortement les préceptes distributionalistes de Leonard Bloomfield. Ce modèle s'est imposé depuis les années 1960 dans le domaine de la linguistique cognitive (compétence et performance).

En France, les travaux du linguiste André Martinet, chef de file du fonctionnalisme, sont notables, ainsi que ceux de Gustave Guillaume, d'Antoine Culioli et de Lucien Tesnière.

La linguistique n'exclut pas forcément le grand public, pas plus que la sémiotique : témoins les ouvrages de vulgarisation d'Henriette Walter ou d'Umberto Eco.

Sur les applications en communication, il faut noter les travaux de Roman Jakobson, qui a établi un modèle linguistique de communication, composé de six fonctions associées à des agents de communication.

Pour plus de détails, consulter la liste de linguistes.

Représentation écrite de la parole[modifier | modifier le code]

Il existe de nombreuses méthodes utilisées pour transcrire par écrit la parole, comme l'Alphabet phonétique international de l'Association phonétique internationale, ou API, méthode la plus commune actuellement. Celles-ci peuvent tendre à une extrême précision (on parle de transcription fine) et tenter de représenter les particularités phonétiques d'un locuteur précis, ou bien ne décrire que très généralement les oppositions fondamentales entre phonèmes d'une langue ; il s'agit là de transcription phonologique (ou phonétique large).

En France, d'autres systèmes existent, comme la notation de Bourciez, propre à la phonétique historique du français et, plus généralement, des langues romanes. Chaque pays doté d'une tradition linguistique a pu développer ses systèmes de transcription. C'est pourtant l'API qui, aujourd'hui, prédomine dans la recherche.

Lorsqu'il n'est pas possible d'utiliser l'API pour des raisons techniques, il existe plusieurs méthodes permettant de transcrire l'API dans un système n'utilisant que des caractères présents dans tous les jeux de caractères, comme le SAMPA.

Consulter aussi cette liste de méthodes de transcription.

Vers une conception plus étroite de la linguistique[modifier | modifier le code]

Les termes de linguistique et linguiste ne sont pas toujours appliqués de manière aussi large que vu plus haut. Dans certains contextes, principalement universitaires, de meilleures définitions pourraient être, respectivement, « discipline que l'on étudie dans les départements relevant de la section 07 du Conseil national des universités[5] » et « enseignant-chercheur d'un tel département ». La linguistique ainsi considérée ne renvoie pas à l'apprentissage des langues étrangères (à moins que cet apprentissage ne permette de créer des modèles formels de description des langues). Elle n'inclut pas non plus l'étude littéraire.

En règle générale, il convient de prendre conscience qu'un linguiste n'est pas forcément un polyglotte. En effet, la maîtrise complète d'une langue n'est pas une condition nécessaire (ni même suffisante) pour étudier et décrire certains aspects de son fonctionnement (c'est, par exemple, le cas en phonétique, où l'étude de la production des sons d'une langue n'implique pas la connaissance de sa syntaxe). Lorsqu'un linguiste s'intéresse à une langue dont il n'est pas particulièrement familier, il consulte généralement des locuteurs natifs, que l'on appelle des informateurs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'actualité du saussurrisme. Algirdas Julien Greimas à l'occasion du 40e anniversaire de la publication du Cours de linguistique générale (texte paru dans Le français moderne, 1956, n°24, p. 191-203).
  2. Encyclopædia Universalis. Cours de linguistique générale, Ferdinand de Saussure. Par Gabriel Bergounioux.
  3. 'Encyclopædia Universalis.Philosophies du Langage. 1. Épistémologie de la linguistique. Linguistique structurale et linguistique transformationnelle Écrit par : Paul Ricœur, Jan Sebestik.
  4. Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, p. 138-140.
  5. Le conseil national des universités - CNU

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Listes[modifier | modifier le code]