Jean-François de La Rocque de Roberval

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Jean-François de La Rocque de Roberval, par Jean Clouet, 1540, Chantilly, Musée Condé.

Jean-François de La Rocque de Roberval, également connu sous le nom de « sieur de Roberval », (Carcassonne, 1500 - Paris, 1560) est un homme de guerre protestant, corsaire, courtisan de François Ier, vice-roi du Canada, explorateur du passage du Nord-Ouest et seigneur de Roberval.

Jean-François de La Rocque est Robervallois par sa mère, Isabeau de Poitiers (tante de la belle Diane de Poitiers) et Languedocien par son père, Bernard, connétable de Carcassonne.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Très tôt épris du métier des armes, La Rocque se lie d’une indéfectible amitié avec le futur François Ier. Ils guerroient ensemble lors des campagnes d’Italie et chassent le cerf aux alentours de Roberval (la Cavée du Roi en tire son nom). Le château de Roberval servait alors de relais de chasse, il en reste le magnifique colombier actuel. À la mort de ses parents, La Rocque devient seigneur de plusieurs domaines : Roberval, Noël-Saint-Martin, Moru, Bacouël et de nombreux autres villages dans les Ardennes et le Languedoc. Il est aussi nommé chevalier et porte-enseigne de 100 hommes d’armes du Roi.

Aventure canadienne[modifier | modifier le code]

Mais ce qui a rendu célèbre ce La Rocque est son entreprise de colonisation du Canada, la première en Amérique du Nord, avant même celle des Anglais.

Le 17 octobre 1540, il est chargé par le roi François Ier de la troisième et dernière expédition française du siècle « en Canada » (Nouvelle-France) avec mission d’y « construire villes et forts, églises et temples ». Roberval est de conviction réformée mais proche du roi, qui lui confie cette mission, en lui attribuant le pouvoir législatif, le droit de haute-justice, et à la nomination aux charges et fonctions. Bien qu'ayant quitté l'Église romaine, le roi lui fait absolument confiance. Il s'agit ainsi de la toute première entreprise dite protestante dans le Nouveau Monde.

Jacques Cartier, navigateur malouin ayant mené les deux expéditions précédentes, se retrouve à lui être subordonné, après avoir d'abord reçu cette même commission transférée à La Rocque. Plus tardivement que Cartier, le sieur de Roberval part de La Rochelle le 16 avril 1542 avec trois gros navires et 100 colons. Il croisera Cartier lorsque ce subalterne décide, malgré les ordres contraires de Roberval, de rentrer en France avec une cargaison de pyrite et de quartz qu'il prend pour de l'or et des diamants. La Rocque, parvenu non sans mal au Canada (région de Québec) avec les indications cartographiques de Cartier, fait dresser la première carte de la région du soi-disant « Royaume de Saguenay », espérant y trouver le mythique passage du Nord-Ouest.

La navigation dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent se fait sans autre incident que la romanesque aventure de « la parente » de Roberval, la demoiselle Marguerite de La Rocque, qui fut abandonnée sur une île avec son « amant ».

Roberval, laissé seul, choisit de poursuivre sa mission et établit sa colonie, France-Roy, à l'emplacement que Cartier avait nommé « Charlesbourg-Royal » et laissé vacant à l'embouchure de la petite rivière aujourd'hui dite du Cap-Rouge.

Cette petite colonie passe l’automne et l’hiver dans des conditions difficiles : le froid, la famine et le scorbut déciment ces Européens nouveaux venus. Au printemps, La Rocque veut encore chercher le passage du Nord-Ouest. Il part explorer la rivière des Outaouais, jamais atteinte auparavant par des gens du « vieux continent ». Le pilote Jean Fontenaud (dit Joan Alfonso ou Jean Alphonse de Saintonge) est le premier Européen à remonter vers le nord, dit-on jusqu’au détroit de Davis, véritable porte d’entrée du passage du Nord-Ouest. Mais les glaces lui font rebrousser chemin.

Cette colonie, décimée, épuisée et victime de l’origine carcérale des colons, doit être évacuée en septembre 1543 et La Rocque rentre ruiné en France. La colonisation le long du « grand fleuve » (Saint-Laurent) est ensuite abandonnée jusqu'à ce que Pierre Du Gua de Monts en soit mandaté avec monopole commercial, agissant à distance par son lieutenant Samuel de Champlain en 1608.

Le retour au pays[modifier | modifier le code]

Rentré en France, La Rocque se voit confier par François Ier en 1544 la reconstruction des fortifications de Senlis puis de Paris. Henri II le nommera ensuite surintendant des mines de France. Mais La Rocque est ruiné et ne parvient pas à reconstituer sa fortune. En 1555, ses biens sont hypothéqués et son château menacé de saisie.

Demeuré fidèle à sa foi protestante, ce Jean-François de La Rocque de Roberval fut une des premières victimes des guerres de Religion. Au sortir d'une réunion calviniste, une nuit de l'année 1560, il fut attaqué avec ses coreligionnaires et tué au coin du cimetière des Innocents, à Paris. Les débris de sa fortune passèrent à ses créanciers, son château de Roberval fut racheté par son neveu Louis de Madaillan, fils de Charlotte de La Rocque et de Guillaume de Madaillan, seigneur de Montataire.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

La personnalité de La Rocque et son aventure canadienne ont laissé des traces dans la littérature française du XVIe siècle. Rabelais parle de lui en le nommant Robert Valbringue, la reine de Navarre a raconté l'histoire romanesque de sa parente Marguerite de La Rocque, André Thevet donne de précieux renseignements sur lui et sur sa colonie, les poètes de cour Clément Marot et Michel d'Amboise lui ont dédié des œuvres. Enfin, un poème en latin, d'inspiration protestante, appelé Robervalensis Epitaphium, fait partie d'un recueil anonyme de poésies conservé à la Bibliothèque nationale, à Paris. Plus récemment, l'écrivain québécois Raymond Bock l'a mis en scène dans «Eldorado», texte narratif bref paru dans son livre Atavismes (Quartanier, 2011).

Sources[modifier | modifier le code]

  • Inventaire photographique et historique du patrimoine sur la commune de Roberval (2003) , avec l'aimable autorisation de Jean-Marc Popineau, président du Trait d'Union Robervallois

Liens externes[modifier | modifier le code]