Picard

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Picard
ch'ti, ch'timi, rouchi
Région Nord de la France, ouest de la Belgique romane
Nombre de locuteurs 700 000 (en 1998)[1]
Typologie SVO
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 roa[2]
ISO 639-3 pcd
ISO 639-5 roa[2]
IETF pcd
Linguasphère 51-AAA-he
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

Tous chés ètes humains is sont nés libes et égals in dignité et pi in drouots. Is sont dotés ed raison et d'conschienche et pi is doétte agir les uns invèrs les eutes din un ésprit ed fratérnité.
Enseigne de café en picard à Cayeux-sur-Mer (Somme)

Le picard est une langue romane traditionnellement parlée en France dans les régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie ainsi que dans l’ouest de la Belgique romane (plus précisément dans la province du Hainaut, à l’ouest d’une ligne Rebecq-Beaumont-Chimay). Le picard est un élément de l'ensemble dialectal traditionnellement désigné comme langue d'oïl.

Pour désigner cette langue, on utilise le plus souvent picard dans la région Picardie et les mots ch’ti et ch’timi dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais (rouchi dans la région de Valenciennes). Cependant, la plupart des locuteurs concernés ont le sentiment d'user d'un patois - terme péjoratif délibérément utilisé par les linguistes à l'époque où l'Instruction publique avait pour mission de répandre l'usage du français sur l'ensemble du territoire et notamment dans les campagnes. Les linguistes, quant à eux, emploient maintenant le terme picard. En effet, qu’on l’appelle picard ou ch’ti, il s’agit de la même langue, les variétés parlées en Picardie, dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Belgique étant largement intercompréhensibles et partageant des caractéristiques morphosyntaxiques fondamentalement communes.

Son utilisation quotidienne ayant fortement décliné, le picard est considéré par l'Unesco comme une langue « sérieusement en danger »[3].

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

La Communauté française de Belgique a reconnu officiellement le picard comme langue régionale endogène à part entière, aux côtés du wallon, du gaumais (lorrain), du champenois et du francique (décret du 24 décembre 1990).

Il n’en va pas de même de la France, qui n’a pas franchi ce pas, conformément à sa politique d’unité linguistique, en vertu de laquelle la Constitution française ne reconnaît qu’une langue officielle, ignorant toutes les autres. Certains rapports officiels ont pourtant reconnu le picard comme une langue à part entière, distincte du français.

On peut citer à ce sujet un extrait du rapport sur les langues de la France rédigé par Bernard Cerquiglini, directeur de l'Institut national de la langue française (branche du CNRS), à l’intention du ministre de l’Éducation nationale, de la recherche et de la technologie et du ministre de la Culture et de la Communication (avril 1999)[4] :

« L’écart n’a cessé de se creuser entre le français et les variétés de la langue d’oïl, que l’on ne saurait considérer aujourd’hui comme des « dialectes du français » ; franc-comtois, wallon, picard, normand, gallo, poitevin-saintongeais, bourguignon-morvandiau, lorrain doivent être retenus parmi les langues régionales de la France ; on les qualifiera dès lors de « langues d’oïl », en les rangeant dans la liste des langues régionales de la France. »

Le picard bénéficie néanmoins, comme toutes les autres langues de France, des actions menées par la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France du Ministère de la Culture[5].

Origine et variation dialectale[modifier | modifier le code]

L'aire d'extension de la langue d'oïl, avec au nord le Picard

Le picard fait partie de l'ensemble linguistique de la langue d’oïl (comme le français) et appartient à la famille des langues gallo-romanes. C’est d’ailleurs à la langue d’oïl que l’on fait référence lorsque l’on parle d’ancien français. Certains linguistes classent le picard dans le sous-groupe septentrional de la langue d'oïl[6].

On ne confondra pas le dialecte picard, tel qu’il est et a été parlé, avec ce que l’on appelle « le picard » dans l’histoire de la littérature française. Dans ce dernier cas, il s’agit d’un ensemble de variétés utilisées à l’écrit (scriptae) dans le Nord de la France dès avant l’an 1000 et bien sûr marquées par des traits dialectaux picards ; ces scriptae voisinaient avec d’autres variétés écrites, comme le champenois et l’anglo-normand (le Sud de la France utilisait alors un ensemble de variétés, hétérogènes elles aussi, souvent désignées comme constituant la langue d’oc, ou occitan).

Le picard est phonétiquement assez bien différencié des variantes centrales de la langue d'oïl (appelées anciennement francien), qui donneront naissance au français ; parmi les traits les plus remarquables, on peut noter une évolution moins marquée en picard des phénomènes de palatalisation, qui frappent dans les langues d’oïl /k/ ou /g/ devant /y/ (son initial de yacht), /i/ et /e/ toniques, ainsi que devant /a/ [y inclus /ɔ/ (/o/ ouvert de porte] ← /aw/ [cf. joiegaudia, mais corpscorpus]) :

  • picard keval ~ ancien français cheval (prononcé tcheval), de * kaβál (latin vulgaire cabállus) : maintien du /k/ originel en picard devant /a/ tonique ;
  • picard gambe ~ ancien français jambe (prononcé djambe), de * gámbə (latin vulgaire gámba) : absence de palatalisation de /g/ en picard devant /a/ et /ɔ/ ← /aw/ toniques ;
  • picard kief (prononcé kyéf) ~ ancien français chief (prononcé tchíef), de * káf (latin cáput) : palatalisation moins importante du /k/ en picard ;
  • ancien picard cherf (prononcé tchèrf) ~ ancien français cerf (prononcé tsèrf), de * kyérf (latin cérvus) : palatalisation simple en picard, palatalisation puis assibilation en ancien français.

On peut résumer ces effets de palatalisation ainsi :

  • /k/ + /y/, /i/ ou /e/ (toniques) : ancien picard /ʧ/ (prononcé tch et noté par ch) ~ ancien français /ts/ (noté par c) ;
  • /k/ et /g/ + /a/ (y compris /ɔ/ ← /aw/) tonique : picard /k/ et /g/ ~ ancien français /ʧ/ (noté ch) et /ʤ/ (prononcé dj comme dans djebel et noté par j).

Ces traits consonantiques caractéristiques sont appelés normanno-picards par la linguistique traditionnelle et sont matérialisés par une isoglosse appelée ligne Joret qui coupe la Normandie en deux du nord au sud, traverse l'Amiénois, la Thiérache, ainsi que le sud-ouest de la Belgique à l'ouest de Rebecq, Beaumont et Chimay.

Ainsi, l’on en arrive à des oppositions frappantes, telles que l'ancien picard cachier (prononcé catchyér) ~ ancien français chacier (prononcé tchatsiér, lequel deviendra plus tard chasser, forme du français moderne).

Le mot rescapé illustre bien ce trait consonantique. Ce terme wallo-picard est passé en français avec la catastrophe de Courrières[7] et il correspond au picard usuel récapé et au français central réchappé (participe passé du verbe réchapper) qui ne s'emploie pas de manière substantivée. Le verbe réchapper est déjà lui-même un emprunt au picard datant du Moyen Âge, puisqu'il est attesté dès le XIIIe siècle sous la forme d'ancien picard rescaper chez Le Reclus de Moliens[8].

En outre, il montre que le français standard n'a pas cessé d'emprunter au picard (ou au normand, car il est parfois difficile de déterminer l'origine géographique de l'emprunt). Ainsi de nombreux termes français révèlent leur caractère normanno-picard : cabaret, emprunt au picard, lui-même du moyen néerlandais caberet, cabret, déja issu du picard cambrette « petite chambre » ; cauchemar (de l'ancien picard cauchier ou cauquier « fouler, presser » et mare « cauchemar », emprunt au moyen néerlandais mare « fantôme qui provoque le cauchemar »); quai, emprunt à l'ancien picard kay « levée de terre faite le long d'une rivière » équivalent étymologique du français chai; etc. En revanche caillou est un emprunt au normand occidental, comme le montre le suffixe -ou, le picard ayant -eu : cailleu, qui a supplanté l'ancien français chail, chaillou.

L'aire de répartition du Picard

Inversement, du fait du voisinage entre l’aire du picard et de Paris, le français, c’est-à-dire principalement la langue de l'Île-de-France, influença beaucoup le picard. De cette proximité entre le picard et le français vient d’ailleurs la difficulté à le reconnaître comme une langue à part plutôt que comme « une déformation du français », comme on le pense souvent. On notera d'ailleurs l'ambivalence de cet article sur ce point (voir paragraphes précédents). Aujourd'hui des facteurs d'ordre politiques, socio-éducatifs et technologiques expliquent l'influence grandissante du français standard.

Le picard se manifeste comme un ensemble de variétés, extrêmement proches cependant. Une énumération précise reste difficile en l’absence d’études spécifiques sur la variation dialectale, mais on peut probablement distinguer provisoirement les principales variétés suivantes : Amiénois, Vimeu-Ponthieu, Vermandois, Thiérache, Beauvaisis, « ch'ti mi » (ex-bassin minier, Lille), variétés circum-lilloises (Roubaix, Tourcoing, Mouscron, Comines), Tournaisien, « rouchi » (Valenciennois) et Borain, Artésien rural et formes spécifiques du littoral (Gravelines, Grand-Fort-Philippe, Calais et Boulogne-sur-Mer). Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques, et parfois par une tradition littéraire particulière.

La langue picarde[modifier | modifier le code]

Différences entre picard du sud et picard du nord[modifier | modifier le code]

On peut en gros voir deux grandes régions où sont parlées les deux variétés de picard les plus connues : le Nord-Pas-de-Calais et le Hainaut (au nord) d’une part, et la région Picardie (Somme, Oise et Aisne au sud) d’autre part. On remarque surtout plusieurs différences régulières et nettes entre les deux types de parlers, ainsi :

variantes Sud Nord français
________ ________ ________ ________
Oé / O : J’étoés, j'étoais ou j'éteus J’étos J’étais
Ieu / Iau : Catieu Catiau Château
Tch / K : Tchien Kien Chien
Oin / On : Boin Bon Bon
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Prononcer le picard[modifier | modifier le code]

La prononciation varie dans le domaine picard, car la langue n'est pas uniforme. Ainsi ne prononce-t-on pas cette langue de la même façon dans le Vimeu que dans le Hainaut, où il s'agit d'une autre variété de picard.

Voici quelques exemples en picard du Vimeu (mot picard et prononciation en API):

picard du Vimeu API français
________ ________ ________ ________
gueugue /ɡɶɡ/ [ɡɶɡ] noix
chatchun /ʃatʃøŋ/ [ʃatʃœ̃] chacun
chatcheune [ʃatʃøŋ] chacune
triangue /trianɡ/ [triãɡ] triangle
éj té connouos [eʒ.te.kɔ̃.nwɔ] je te connais
o ll'a rtrouvé [ol.lar.tru.vɛ] on l'a retrouvé
________ ________ ________ ________

nasalité de la voyelle[modifier | modifier le code]

En picard, les graphies voyelle+nn, voyelle+nm et voyelle+mm marquent la nasalité (il ne faut donc pas lire ces groupes de lettres comme en français).

picard on prononce API français
________ ________________ ________ ________ ________
tranner <<tran-né>> [trãnɛ] trembler
grainne <<grin-n'>> [grɛ̃n] graine [grɛn]
minme <<min-m'>> [mɛ̃m] même
gamme <<gan-m'>>, <<gan-b'>> /ɡanb/ [gãm] jambe
________ ________________ ________ ________ ________

Pour rappeler cette nasalisation, on utilise parfois une graphie picarde avec un point disjonctif :

  • glin.ne ([glɛ̃n]) (fr: poule), pron.ne ([prõn]) (fr: prune)

Conjugaison de quelques verbes[modifier | modifier le code]

La 1re personne du pluriel apparait souvent en picard parlé sous la forme de la 3e personne neutre « in », en revanche, à l'écrit, on utilise souvent « os » (de même qu'en français où l'on utilise « on » ou « nous »).

D'autre part, la graphie des verbes conjugués va dépendre de la prononciation qui change dans le domaine picard; on va donc écrire en picard du sud il étoait ou il étoét et en picard du nord il étot. De même, on aura (i sro / i sra), (in o / in a), ... Ceci est noté comme des variantes dans la suite.

On trouvera la conjugaison des verbes picards dans des grammaires ou des méthodes de langue[9].

  • Être : (je, tu, il, elle, on, nous, vous, ils).
    • Indicatif présent : Ej sus, t'es, i'est, al est, in est, os sonmes, vos ètes, is sont.
    • Indicatif imparfait :
      • picard du nord = j'étos, t'étos, i'étot, al étot, in étot, os étonme, vos étotes, is étotte.
      • picard du sud = j'étoé, t'étoés, il étoét, al étoét, in étoét, os étoinme, vos étoètte, is étoètte.
    • Futur : Ej srai, té sras, i sra, ale sra, in sra, os srons, vos srez, i sront.
    • Conditionnel :
      • nord = Ej séros, té séros, i sérot, al sérot, in sérot, os sérons, vos sérotes, is sérotte.
      • sud = Ej srais, tu srais, i srait, ale srait, in srait, os sroème, vos sroète, i sroai'te.
    • Subjonctif présent :
      • qu'ej seuche, qu'té seuches, qu'i seuche, qu'al seuche, qu'in seuche, qu'in seuche, qu'vos seuchotes, qu'i seuch't.
      • variantes = qu'ej fuche, qu'tu fuches, qu'i fuche, qu'ale fuche, qu'in fuche, qu'os fuchonche, qu'vos fuchèche, qu'i fuch'te.
    • Impératif : Seuche, soïons, soïez (variantes = fus, fuchons, fuchez)
  • Avoir : (je, tu, il, elle, on, nous, vous, ils)
    • Indicatif présent :
      • nord = J'ai, t'as, i'a, al a, in a, os avons, vos avez, is ont.
      • sud = J'ai, t'os, il o, ale o, in o, os avons, vos avez, is ont.
    • Indicatif imparfait :
      • nord = j'avos, t'avos, i'avot, al avot, in avot, os avonme, vos avote, is avotte.
      • sud = j'avoais, t'avoais, il avoait, al avoait, in avoait, os avoinme, vos avoète, is avoètte.
    • Futur :
      • nord = J'arai, t'aras, i'ara, al ara, in ara, os arons, vos arez, is aront.
      • sud = J'érai, t'éras, il éra, al éra, in éra, os érons, vos érez, is éront.
    • Conditionnel :
      • nord = J'aros, t'aros, i'arot, al arot, in arot, in arot, vos aro't, is aro't.
      • sud = J'éroais, t'éroais, il éroait, al éroait, in éroait, os éroème, vos éroète, is éroai'te.
    • Subjonctif présent : qu'j'euche, éq t'aiches, qu'i aiche, qu'al aiche, qu'in aiche, qu'os ayonche, qu'vos ayèche, qu'is aich't ou euch't.
    • Impératif : Aie, ayons, ayez
  • Aller (s'en) : (je, tu, il, elle, on, nous, vous, ils)
    • Indicatif présent : J'm'in vas, té t'in vas, i s'in va, al s'in va, in s'in va, os nos in allons, vos vos in allez, i s'in vont. (nord) (picard du sud = J'm'in vos, tu t'in vos, ...)
    • Indicatif imparfait :
      • nord = j'm'in allos, té t'in allos, i s'in allot, al s'in allot, in s'in allot, os nos in allonme, vos vos in allo't, i s'in allo't.
      • picard du sud = éj m'in alloais, tu t'in alloais, i s'in alloait, ale s'in alloait, in s'in alloait, os nos in alloème, vos vos in alloète, i s'in alloètte.
    • Futur : J'm'in iro, té t'in iras, i s'in ira, al s'in ira, in s'in ira, os nos in irons, vos vos in irez, i s'in iront.
    • Conditionnel :
      • nord = J'm'in iros, té t'in iros, i s'in irot, al s'in irot, in s'in irot, in s'in irot, vos vos in iro't, i s'in iro't.
      • sud = J'm'in iroais, tu t'in iroais, i s'in iroait, ale s'in iroait, in s'in iroait, os nos in iroème, vos vos in iroète, i s'in iroai'te.
    • Subjonctif présent :
      • nord = qu'ej m'in alle, qu'té t'in alle, qu'i s'in alle, qu'al s'in alle, qu'in s'in alle, qu'in s'in alle, qu'vos vos in allo't, qu'i s'in all't.
      • sud = qu'ej m'in voèche, qu'tu t'in voèches, qu'i s'in voèche, qu'ale s'in voèche, qu'in s'in voèche, qu'os nos in alonche, qu'vos vos in allèche, qu'i s'in voèch'te.

Quelques mots et expressions[modifier | modifier le code]

Expressions typiques[modifier | modifier le code]

  • Ferme eut bouque: tin nez i vô queire éd'dins ! : Ferme ta bouche ton nez va tomber dedans ! → Reprends-toi, fais quelque chose !
  • I n’faut pas qu’chés glaines i cantent pus fort que ch’co ! : Il ne faut pas que les poules chantent plus fort que le coq ! → Le mari ne doit pas se faire mener par son épouse.
  • Té peux toudis chiffler poupoule ! : Tu peux toujours siffler après une poule ! → Tu peux toujours courir.
  • I mint comme un arracheux d'dints ! : Il ment comme un arracheur de dents ! → Mentir pour rassurer (comme un dentiste/arracheur de dents).
  • Muche tin cul vlà ch'gart' : Cache ton derrière, voilà le garde qui arrive. → Se dit aux enfants qui se promènent cul nu.
  • Té veux m'l'intiquer pa'ch'gros bout ! : Tu veux l'introduire par l'extrémité la plus large ! → Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !
  • Té veux m'faire gober d'z'œufs durs ! : Tu veux me faire gober des œufs durs ! → Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !
  • Té veux m'faire craquer d'z'allumettes dins l'iau ! : Tu veux me faire craquer des allumettes dans l'eau ! → Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !

Vocabulaire de nombreuses variations de patois encore pratiquées dans le Nord-Pas-de-Calais[modifier | modifier le code]

Quelques prénoms[modifier | modifier le code]

  • Adof : Adolphe.
  • Batisse : Baptiste.
  • Edziré : Désiré.
  • Fine : Joséphine
  • Flaviye : Flavie
  • Flippe : Philippe
  • Foantin : Florentin
  • Françoés : François
  • Germainhne : Germaine
  • Guss : Auguste
  • Madlinhne : Madeleine
  • Madorite : Marguerite
  • Mariye : Marie
  • Pièarre : Pierre
  • Rnès : Ernest
  • Tiophi : Théophile
  • Marchelle : Marcelle
  • Ghilinhne : Ghislaine
  • Sande : Alexandre

L’usage du picard[modifier | modifier le code]

Panneau Eschole Picarte sur la mairie-école de Trefcon, Aisne)

Le picard n’est pas enseigné à l’école (en dehors de quelques initiatives ponctuelles et non officielles) et n’est parlé que dans un cadre privé. Selon les historiens, il est probable que l’école républicaine obligatoire ait fait disparaître au XXe siècle les locuteurs picards monolingues.

La langue fait néanmoins l’objet d’études et de recherches dans les Universités de Lettres de Lille et d’Amiens ainsi que dans des universités étrangères comme à Indiana University aux États-Unis[10]. Avec la mobilité des populations et la pénétration du français par les médias modernes, les différentes variétés du picard tendent à s’uniformiser. Dans sa pratique quotidienne, le picard tend à perdre de sa spécificité en se confondant avec le français régional. D’ailleurs, de nos jours, si la plupart des Nordistes peuvent comprendre le picard, de moins en moins sont capables de le parler et ceux pour qui le picard est la langue maternelle sont de plus en plus rares.

Cependant, le picard, parlé dans les campagnes comme dans les villes, est loin d’être une langue disparue, et constitue un élément encore important et vivant de la vie quotidienne et du folklore de cette région.

La prononciation varie aussi beaucoup suivant les parties de la région où la langue est parlée. De fait, pour un autochtone pratiquant le picard et entendant quelqu'un s'exprimer en patois, il lui est possible d'identifier rapidement l'origine géographique du locuteur.

Le picard à l’écrit[modifier | modifier le code]

Le picard est surtout une langue parlée, mais il est véhiculé par écrit à travers des textes littéraires comme ceux de Jules Mousseron, par exemple Les Fougères noires, un recueil de « poésies patoises » (selon les termes utilisés sur la couverture de l'ouvrage dans son édition de 1931) de Jules Mousseron[11]. Plus récemment, la bande dessinée a connu des éditions en picard, avec par exemple des albums des aventures de Tintin (Les pinderleots de l'Castafiore, El' sécrét d’la Licorne et El’ trésor du rouche Rackham), ou encore d'Astérix (Astérix, i rinte à l'école, Ch’village copé in II et Astérix pi Obélix is ont leus ages - ch'live in dor ) (voir toutes les BD en picard dans pcd:Bindes à dessin).

À l’origine, la période médiévale puis celle correspondant au moyen français sont riches de textes littéraires en picard : par exemple, la Séquence de sainte Eulalie (880 ou 881), premier texte littéraire écrit en langue d’oïl, ou les œuvres d’Adam de la Halle. Le picard, cependant, n’a pas réussi à s’imposer face à la langue littéraire interrégionale qu’était devenu le français, et a été peu à peu réduit au statut de « langue régionale ».

On trouve une littérature picarde moderne lors des deux derniers siècles, lesquels ont vu naître partout en France les affirmations identitaires régionales en réponse au modèle républicain centralisé issu de la Révolution. Aussi le picard écrit moderne est-il une retranscription du picard oral. Pour cette raison, on trouve souvent plusieurs orthographes aux mêmes mots, de la même manière que pour le français avant que celui-ci ne soit normalisé. L’une des orthographes s’inspire directement des mots français. Elle est sans doute la plus simple à comprendre mais elle est aussi certainement à l’origine de l’idée selon laquelle le picard n’est qu’une déformation du français. Diverses réflexions orthographiques ont été menées depuis les années 1960 pour remédier à cet inconvénient, et donner au picard une identité visuelle distincte du français. Il existe actuellement un certain consensus, au moins parmi les universitaires, autour de la graphie dite Feller-Carton. Ce système, qui donne aux prononciations spécifiques au picard des graphies en rapport, mais reste lisible pour qui ne maîtrise pas entièrement la langue, est l’œuvre du professeur Fernand Carton, qui a adapté au picard l’orthographe du wallon mise au point par Jules Feller. Une autre méthode existante est celle de Michel Lefèvre (où [kajεl] « chaise » est noté eun' kayel, contre eune cayelle dans le système Feller-Carton). Soulignons les efforts significatifs du chanoine Haigneré (1824-1893), du professeur Henri Roussel et du docteur Jean-Pierre Dickès pour décrire et conserver cette langue par écrit.

Apprendre le picard[modifier | modifier le code]

On trouve également un certain nombre de dictionnaires[12] et de manuels du picard :

  • Jean-Marie Braillon, Dictionnaire général français-picard - 3 tomes: lettres ABC (2001), DEF (2002) et GHIJKL, édités par la Franche université de Thiérache.
  • François Beauvy, Dictionnaire picard des parlers et traditions du Beauvaisis, Éklitra, LXIII, 1990, 400 p.
  • René Debrie, Le cours de picard pour tous - Eche pikar, bèl é rade (le picard vite et bien). Parlers de l’Amiénois. Paris, Omnivox, 1983 (+ 2 cassettes), 208 p.
  • Alain Dawson, Le picard de poche. Paris : Assimil, 2003, 192 p.
  • Alain Dawson, Le « chtimi » de poche, parler du Nord et du Pas-de-Calais. Paris : Assimil, 2002, 194 p.
  • Armel Depoilly (A.D. d’Dérgny), Contes éd no forni, et pi Ramintuvries (avec lexique picard-français). Abbeville : Ch’Lanchron, 1998, 150 p.
  • Chés Diseux d’Achteure, Diries 1989(préface de Jacques Dulphy). Amiens : Picardies d’Achteure, 1990, 71 p. + cassette
  • Jean Louis Hardelin, Pou cheusse ki veutte lire, éditions Henry, Montreuil-sur-Mer, 2005
  • Philéas Lebesgue, Grammaire picard -brayonne, présentée par René Debrie et François Beauvy, Amiens, Centre d'études picardes, 1984, 63 p.
  • Gaston Vasseur, Dictionnaire des parlers picards du Vimeu (Somme), avec index français-picard (par l’équipe de Ch’Lanchron d’Abbeville). Fontenay-sous-Bois : SIDES, 1998 (rééd. augmentée), 816 p. (11 800 termes)
  • Gaston Vasseur, Grammaire des parlers picards du Vimeu (Somme) - morphologie, syntaxe, anthropologie et toponymie. 1996, 144 p.
  • Guy Dubois, École des parlaches, Haisnes-les-La-Bassée, www.guydubois.free.fr
  • Jean-Pierre Dickès, Le patois de la côte - Boulonnais, Calaisis, Pays de Montreuil, Société Académique du Boulonnais, 530 p.
  • Jean Dauby, Le livre du rouchi, parler picard de Valenciennes, Société de linguistique picarde, vol. XVII, 1979. 405 p. + 14 p.
  • Jean Dauby, Lexique du bâtiment et de la maison en "rouchi", dialecte picard du Valenciennois, Études et recherches sur Saint-Amand-les-Eaux et sa région, no 9, 1987, p. 1-9
  • Michel Lefevre, Le patois des quartiers et des faubourgs de Boulogne-sur-Mer, SIB Saint-Léonard 1986, 130 p.
  • Gabriel Antoine Joseph Hécart, Joseph Ransart, Dictionnaire rouchi-français (3e édition, publiée à Valenciennes en 1834)
  • Freelang, Dictionnaires informatiques gratuits Français-Ch'Ti (2046 traductions) et Ch'Ti-Français (2393 traductions)
  • Alain Briaux, Les meilleures blagues Ch'tis, Les meilleures recettes Ch'tis.

Origine du mot ch'ti[modifier | modifier le code]

Le mot ch'ti, ou chti, ch'timi ou chtimi, a été inventé durant la Première Guerre mondiale par des Poilus qui n’étaient pas de la région pour désigner leurs camarades originaires du Nord Pas-de-Calais et de Picardie. C'est un mot onomatopéique créé à cause de la récurrence du phonème /ʃ/ (ch-) et de la séquence phonétique /ʃti/ (chti) en picard: « chti » signifie celui et s'entend dans des phrases comme « ch'est chti qui a fait cha » ou « ch'est chti qui féjot toudis à s'mote », etc, et qu'on retrouve aussi dans le dialogue de type « Ch’est ti? — Ch’est mi » (C’est toi? — C’est moi).

Contrairement à ce qui est parfois dit, "chti/chtimi" ne signifie ni « petit » ni « chétif » (puisque petit se traduit par p'tit, tiot ou tchiot), donc rien à voir avec l'ancien français ch(e)ti(f) < lat. captivu(m).

Boyaux rouges[modifier | modifier le code]

Le sobriquet « Bo-iaux Rouches » (boyaux rouges) est très ancien, il remonte au XVIe siècle et désigne les habitants du sud de l'Artois dans le Pas de Calais. Ce sobriquet est indépendant de la définition des « ch'ti » voisins. On remarquera que si tous les ch'ti ne sont pas « Bo-iaux Rouches », tous les « Bo-iaux Rouches » sont des ch'ti.

L'origine de ce sobriquet se perd dans le temps. Les trois explications les plus courantes sont en rapport avec les histoires suivantes :

  • Les soldats artésiens portaient une ceinture de toile rouge. Le surnom leur aurait été donné par les Picards à partir du XVIe siècle. D'autres disent que c'étaient les saisonniers des moissons qui portaient cette ceinture rouge ;
  • Les Artésiens auraient eu le tempérament bouillant ;
  • L'Artois n'est revenue à la couronne de France qu'en 1659. Avant cette date, sous domination espagnole, elle a conservé ses privilèges et a ainsi échappé à l'impôt impopulaire de la gabelle, l'impôt sur le sel. Le sel n'étant donc pas cher en Artois, sa consommation y était plus abondante que chez les voisins picards qui, jaloux de ce privilège, disaient : « I minge't tellemint d'sé qu'i'n n'ont leu bo-iaux rouches comme un'n crête ed'dindon » (Ils mangent tellement de sel qu'ils en ont les boyaux rouges comme une crête de dindon).

Écrivains, artistes, presse d'expression picarde[modifier | modifier le code]

Presse[modifier | modifier le code]

  • Ch'Lanchron (éch jornal picard) est un journal trimestriel en picard publié depuis 1980 - siège social : Abbeville.

Littérature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Littérature en picard.
  • Henri Carion (pcd) publiait, sous le nom de Jérôme Pleum'coq, des lettres dans un journal de Cambrai. Un recueil, Épistoles kaimberlottes, parut en 1839.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Plus de soixante-dix théâtres de cabotans se fixent en deux siècles à Amiens. Beaucoup de théâtres disparurent avec la Première Guerre mondiale et l'invention du cinématographe. Lafleur connut une renaissance et un vif succès populaire local, de 1930 à 1960, grâce au Théâtre des Amis de Lafleur en 1930 et au Théâtre de Chés Cabotans d'Amiens en 1933. C'est avec Maurice Domon, fondateur de Chés Cabotans d'Amiens que le répertoire devient une réelle critique sociale.

Spectacle et cinéma[modifier | modifier le code]

  • Ronny Coutteure, acteur-réalisateur et metteur en scène belge (1951-2000)
  • L’humoriste Dany Boon a fait un spectacle en picard ch’ti au titre évocateur « À s’baraque et en ch'ti ». Dans ce spectacle, il dépeint la vie parisienne qu'il mène en la comparant avec ses habitudes du Nord. Il y explique que les Parisiens sont beaucoup plus fermés que les Nordistes, lesquels sont caractérisés par l'accueil toujours chaleureux qu'ils réservent à leurs hôtes.

Il a également réalisé Bienvenue chez les Ch’tis, toujours sur le thème des Nordistes accueillants et chaleureux. Il faut toutefois noter que le site du tournage, la ville de Bergues appartient au domaine du flamand occidental que l'on rattache au néerlandais. Ce dialecte, qui comporte de nombreux emprunts de langue d'oïl, a décliné depuis 1940 et se trouve peu à peu concurrencé par le picard, ce qui peut contribuer à une certaine authenticité du film.

Chanson[modifier | modifier le code]

Rock et autres[modifier | modifier le code]

Le picard a aussi su s'intégrer dans la modernité par le domaine de la chanson-rock ou blues et ce dès le début des années 1980 avec un groupe comme Dejouk (amiénois). Mais c'est le chanteur, poète et revuiste Christian Edziré Déquesnes qui pousse l'expérience le plus loin après sa rencontre avec Ivar Ch'Vavar vers le milieu des années 1990 en créant le groupe Chés Déssaquaches, devenu ensuite Chés Éclichures, (2) Brokes et aujourd'hui Chés Noértes glènnes. Dernièrement le slameur Serial crieur a également créé un clip fort original tout en picard. Kamini utilise quelques phrases picardes dans la chanson Marly-Gomont.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies[modifier | modifier le code]

  • Fernand Carton (en coll. avec Maurice Lebègue): Atlas linguistique et ethnographique picard, Vol. 1(1989), Vol. 2 (1998), Coll. Atlas linguistiques de France par régions, Paris, Ed. CNRS.
  • Jean-Michel Eloy, La constitution du picard : une approche de la notion de langue, Louvain, Peeters (Bibliothèque des Cahiers de l'Institut de Linguistique de Louvain), 1997, (ISBN 90-6831-905-1).
  • Marie-Madeleine Duquef, Amassoér, dictionnaire picard-français, français-picard, Librairie du Labyrinthe, Amiens, 2004.
  • François Beauvy, La Littérature de l'Oise en langue picarde du XIIe siècle à nos jours, Amiens, Office culturel régional de Picardie et Ed. Encrage, 2005, 121 p.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Jacques Landrecies (pcd), "La recherche en picard: Quelques problèmes et perspectives" Bien Dire Bien Aprandre 21, 2003, 229-242.
  • Denis Blot, Jean-Michel Éloy et Thomas Rouault. "La richesse linguistique du nord de la France" INSEE Picardie Relais 125, 2004.
  • Julie Auger. "Picard et français: La grammaire de la différence" Langue française 168(4), 2010, 19-34.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon l'ONU, environ 500 000 locuteurs en France et 200 000 en Belgique.
  2. a et b Code générique
  3. UNESCO Interactive Atlas of the World’s Languages in Danger, consulté le 15 septembre 2012.
  4. Les Langues de la France, Rapport au Ministre de l'Éducation Nationale, de la Recherche et de la Technologie, Paris, 1999.[1]
  5. http://www.dglflf.culture.gouv.fr/lgfrance/lgfrance_presentation.htm
  6. Jacques Allières, La formation de la langue française, Presses Universitaires de France 1988
  7. La catastrophe de Courrières http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19060310
  8. Définitions lexicographiques et étymologiques de « réchapper » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales;
  9. voir par exemple, -Alain Dawson, Le picard de poche, Assimil évasion (2003) et Le "Chtimi" de poche (2004) - Jean-Pierre Calais, Chés diseux
  10. Julie Auger, Department of French and Italian, Indiana University
  11. Les Fougères noires, poésies patoises. Préface de P.M. GAHISTO et dessins de L. JONAS
  12. pcd:Lifamotes picards
  13. http://lanchron.fr/Bib2.htm

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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