Normand

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne la langue normande. Pour les Normands du Moyen Âge, voir Normands. Pour les homonymes, voir Normand (homonymie).
Normand
Nourmaund
Pays France et dans les Îles Anglo-Normandes
Région Normandie, Îles Anglo-Normandes
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Drapeau de Jersey Jersey (jersiais)
Codes de langue
Linguasphère 51-AAA-hc, 51-AAA-hd
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

Touos lé houmes nâquissent deylaches y al unis dauns luus heunes y in dreit. Is ount byin eud l'obiche y eud l'ingamo y deivent équerdae do lé aôtes à pis-pus ch'tait por us.
Le Dictionnaire de la langue normande de Kelham (1779).

Le normand est une langue romane parlée en Normandie continentale et insulaire. C’est une des principales langues d'oïl. Il est classé dans les langues sérieusement en danger par l'Unesco.

Histoire de la langue[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Les colons anglo-scandinaves[1],[2], en s'installant sur une grande partie du territoire connu de nos jours sous le nom de Normandie, avaient adopté une forme de langue d'oïl, langue romane parlée par les habitants de cette partie de l'ancienne Neustrie. Il est notable que les premiers témoignages écrits de la langue d'oïl datent précisément, et de manière fortuite, du même siècle que les premiers raids vikings sur les côtes neustriennes. Les nouveaux venus vont exercer sur la langue vernaculaire une influence limitée de substrat, notamment sur le vocabulaire (200 mots tout au plus, issus du norrois ou du vieil anglais cf. tableau I) et de manière plus anecdotique sur la phonétique.

Cette disparition de la langue norroise peut s'expliquer de différentes façons, parmi lesquelles on note : le petit nombre de femmes nordiques à avoir suivi les colons, qui vont donc faire souche avec des femmes autochtones de langue romane[3] ; ensuite, la création même du duché de Normandie intègre de larges portions de territoires, dans lesquelles les populations sont de langue romane et peut-être aussi dans la diversité des apports ethniques (britannique, anglo-saxon, norvégien, danois et irlandais), qui parlaient des langues différentes, favorise l'emploi d'une langue unique et vernaculaire ; de même que la nécessité des relations économiques avec les voisins continentaux. Malgré tout, l'usage du norrois se serait maintenu sur les côtes normandes jusqu'au XIIe siècle. Le trouvère Benoît de Sainte-Maure, à la fin du XIIe siècle, l'affirme en tout cas dans sa Chronique des ducs de Normandie. Selon lui on parlait encore « danois » sur les côtes[4].

Exemple de texte médiéval[modifier | modifier le code]

Cet extrait rédigé dans une scripta normande comporte quelques termes d'origine scandinave, notés en italique.

texte de Guillaume de Berneville

A plein se astent d’eschiper,
Kar mult coveitent le passer,
Bons fud li vens e la mer quieie:
Ne lur estoet muver lur greie,
Ne n’i out la nuit lof cloé,
Estuinc trait ne tref gardé,
Ne n’i out halé bagordinge,
Ne escote ne scolaringe;
Ne fud mester de boesline;
Tute fud queie la marine:
Ne lur estut pas estricher,
Ne tendre tref ne helenger.
Fort ert l'estait e li hobent
Ki fermé furent vers le vent,
E d'autre part devers le bort
Sunt li nodras e li bras fort;
Bones utange out el tref,
Meillurs n'esnot a nule nef;
Bons fud li tref e la nef fort,
E unt bon vent ki tost les port.
Tute noit current a la lune
Le tref windé trés k'a la hune:
Ne lur estut muver funain
Trestute nuit ne lendemain.

Ils se hâtent d'appareiller,
Car ils désirent ardemment traverser.
Le vent est bon et la mer calme;
Nul besoin de toucher aux agrès:
Cette nuit-là, on a ni cloué le lof,
Ni tiré les bras, ni surveillé la vergue,
Ni halé les cargues,
Ni les écoutes et le scolaringe;
Nul besoin de bouline.
La mer est toujours calme:
Pas besoin de diminuer la voile,
Ni de la tendre, ni de la hisser.
Solides sont l'étai et le hauban
Qui sont ridés face au vent,
Et, d'autre part, vers le bord,
Les bouts de la vergue et les bras sont solides aussi,
La vergue a de bonnes itagues,
Les meilleures de tous les navires;
Bonne est la mâture et solide le bateau,
Et bon est le vent qui les emporte vivement.
Toute la nuit ils courent guidés par la lune,
La vergue hissée jusqu'à la hune:
Ils n'ont pas touché aux cordages,
De toute la nuit, ni le lendemain

L'anglo-normand[modifier | modifier le code]

La langue normande s’est implantée en Angleterre à la suite de la conquête de ce pays par Guillaume le Conquérant. Cet idiome était originellement parlé par les barons, les chevaliers et les soldats d'origine normande (bien que d'autres formes de langue d’oïl aient pu être importées par les barons et chevaliers originaires de France, de Picardie ou de Bretagne). C'est donc la langue d'une classe dominante, la langue du nouveau roi, langue de cour donc, et langue officielle enfin, qui va se développer en Angleterre et en Grande-Bretagne pour devenir aussi langue d'échange et du commerce, tandis que l'ensemble de la population va rester fidèle au vieil anglais. Cependant ce dernier va être teinté au stade du moyen anglais de « normanismes » qui touchent essentiellement le lexique. On donne le nom d'anglo-normand au dialecte d’oïl parlé en Angleterre qui, sous l’influence de l’anglo-saxon était devenu assez distinct du normand continental, alors que la langue écrite reste sensiblement la même. Cette langue évolue de manière autonome à partir du XIIIe siècle jusqu'à sa disparition à la fin du XIVe siècle. Par erreur, on qualifie souvent d'anglo-normand la langue de l'écrivain Wace originaire de Jersey, parce qu'aujourd'hui cette île de la Manche est appelée anglo-normande en français, or à l'époque elle n'est que normande. Wace écrit donc en français, comme il le dit lui-même, c'est-à-dire dans une scripta dialectale comportant certains traits phonétiques et certains mots du lexique normand. En revanche, le concept d'anglo-normand ne s'applique qu'au normand utilisé en Grande-Bretagne.

Le normand et l’anglo-normand possèdent tous deux une littérature d'origine ancienne et abondante.

Termes normands d'origine norroise[modifier | modifier le code]

Appellatifs toponymiques[modifier | modifier le code]

Ces noms propres sont sortis de l'usage en tant que noms communs, généralement dès le Moyen Âge.

Lexique[modifier | modifier le code]

Exemples de mots normands venus du norrois (tableau I)
Normand Français Vieux norrois
bel cour böl
bète appât beita
blèque blet/te bleikr
brumant nouveau marié brumaðr
dalle évier dalr/doli
falle gorge falr
gradile, grade, etc. groseille gaddr
graie préparer(gré) greiða
(é)griller glisser skriðla
hague cenelle heggr
hèrnais charrette harneskja
hougue(t) mont (petit) haugr
mauve mouette mávar (plur. de már)
mielle dune mellr
mucre humide mygla
nez cap nes
tierre chaine tjaðr

La langue française a acquis une partie de son ancien lexique nautique et quelques termes relatifs à la faune et à la flore maritime issus du vieux norrois par l’intermédiaire de la langue normande (tableau II). De plus, quelques termes d'origine norroise sans rapport avec le domaine nautique ou maritime ont été empruntés par le français. Exemples : mare, passé en français (mare) vers le XVIe siècle, du norrois marr.

Exemples de termes techniques ou autres, maritimes ou non, passés en français par l’intermédiaire du normand (tableau II)
Français Vieux norrois
agrès greiði
bite (< norm. [a]biter) bita
bitte biti
bord borð
bouline bóglína
brayer bræða
carlingue karling
cingler (anc. sigler) sigla
dalot dæla
duvet (anc. dum, dunet) dúnn
écoute skaut
équiper skipa
étrave stafn
flaner flana
flotte floti
girouette (< pat. Loire guiroué) veðr-viti
gréer greiða
guindeau vindáss
guinder vinda
hauban höfuðbenda
houle hol
hune húnn
itague útstag
nantir (< norm. nant, namps) nám
quille kilir (plur. de kjölr)
racage, raquer rakki
raz rás
riper rispa
ris rif
rogue (subst.) hrogn
rogue (adj.) hrókr
tangue tangi
tillac, tille þilja
tolet ’þollr
vague vág (acc.)
varangue vrang
varech vágrek

Termes anglais issus spécifiquement du normand[modifier | modifier le code]

La langue normande apportée en Angleterre à la suite de la conquête de l'Angleterre en 1066 a enrichi la langue anglaise (tableau III). Ces termes sont identifiés comme normand grâce à leurs traits phonétiques normanno-picards, ou plus spécifiquement locaux, ou encore grâce à leur signification particulière qui diffère de celle du français standard. Inversement, le normand s’est parfois enrichi du vieil anglais, souvent antérieurement à la conquête, ex : normand de l'ouest rade « allée, route » de rād ; bas normand vipaer « crier », haut normand viper « pleurer » de wēpan.

Exemples de mots anglais venus du normand (tableau III)
Anglais Normand Français
bacon bacon(el) lard
cabbage caboche chou
carpenter carpentier charpentier
castle câté (anc. castel) château
catch cachi(er) chasser
cater acater acheter
catterpillar anc. cattepleure, cattepleuse chenille
cauldron cauodroun, caudron chaudron
causeway cauchie chaussée
chair tchair chaise
cherry cherise cerise
easy aisi facile
fashion faichon façon
hardy hardi bien-portant
garden gardin jardin
can kanne cruche en cuivre
car car anc. char
curfew anc. cuvrefu couvre-feu
pocket pouquette poche
poor pouor, paur pauvre
fork fouorque, fourque fourche
sorrel surelle oseille
travel (voyager) travaler, traveler travailler
wage anc. wage gage
wait anc. waitier guetter
walop anc. waloper galoper
war anc. werre guerre
warranty anc. warantie garantie
wicket viquet guichet

Statut actuel[modifier | modifier le code]

Les langues insulaires sont reconnues officiellement par les gouvernements des îles, sans être langues officielles. L’enseignement facultatif du jèrriais (normand jersiais) se fait dans les écoles de Jersey, et le guernesiais est présent dans quelques écoles de Guernesey. Les langues jersiaise et guernesiaise sont reconnues en tant que langues régionales des Îles Britanniques dans le cadre du Conseil Britannique-Irlandais (avec l’irlandais, le gallois, l’écossais, le scots, le scots d’Ulster, le mannois, et le cornique).

Le normand continental est pour ainsi dire plus fort dans le Cotentin et dans le pays de Caux qu’ailleurs sur le continent.

Variétés[modifier | modifier le code]

On parle plusieurs variétés de la langue normande :

Un bar du Becquet, près de Cherbourg : Le Rô d'la Mé.

Par ailleurs, on distingue entre le normand proprement dit (parlé au nord de la ligne Joret) et le normand méridional (pratiqué au sud de cette isoglosse).

Le normand méridional, parlé au sud de la ligne Joret, notamment dans la Manche (région d'Avranches), l'Orne et une partie de l'Eure est plus proche de dialectes comme le gallo, et le mayennais. Par exemple, le mot sac se traduit en pouque au nord et en pouche au sud. Vaque au nord se dit vache en français et en normand méridional.

Dans la Grand' tèrre (France)-(mais désignant l'Angleterre chez les pêcheurs), le normand proprement dit est classé en tant que langue de France parmi les langues d'oïl. L’enseignement du normand du Cotentin (Cotentinais) est présent dans quelques collèges du département de la Manche.

Influence dans d'autres pays[modifier | modifier le code]

  • Au Canada :
    • Le normand a influencé le québécois, mais aussi l'acadien :
    • Quelques rares mots, expressions et tournures de phrases couramment utilisées par les Québécois, Acadiens et Louisianais, mais difficilement identifiables comme spécifiquement normands, tant elles sont communes à l'ensemble des parlers de l'ouest (calumet « calumet » passé en français, de l'ancien normand calumet « chalumeau, pipe »; champelure « robinet » cf. cauchois campleuse; bleuet « fruit proche de la myrtille, caneberge » anc. normand bleuet « myrtille »; croche « tordu » anc. français croche; gricher « grimacer » ≠ cauchois grigner; asteure « à cette heure, maintenant », à matin, tant pire.
    • D'autres mots normands employés (ou anciennement employés) au Québec :
      • abrier = abriter (y faut s'abrier, y fait frète !),
      • ber = berceau,
      • bers = ridelles d'un chariot ou berceau,
      • boucane = fumée ou maison de chétive apparence,
      • boucaner = fumer ou entrer en colère,
      • frète = froid,
      • gourgannes = fêves de marais,
      • gourgane = bajoue de porc fumée,
      • grafigner = gratter légèrement,
      • graffigner = égratigner,
      • ichite ou icite = ici,
      • itou = aussi,
      • jouquer ou juquer = jucher,
      • marcou = chat mâle (angevin, gallo, également)
      • marganner, déganer,
      • maganer = maltraiter ou malmener,
      • mi-aout = quinze août,
      • mitan = moitié, milieu,
      • pigoche = cheville, cône de sucre d'érable,
      • pognie = poignée,
      • pomonique = pulmonique,
      • racoin = recoin,
      • ramarrer = rattacher, renouer,
      • ramucrir = devenir humide, mucre,
      • v'lin = venin,
      • vlimeux = détestable,
      • y = il, ils, elles (qu'est-ce qu'y fait ?)[6]
  • Le normand a aussi influencé le français standard et le gallo.

Description générale de la langue[modifier | modifier le code]

Phonétique[modifier | modifier le code]

Pour certains dialectologues, il semble que le h « expiré », en fait un phonème proche de hr que l'on entend encore dans le Cotentin et surtout dans la Hague (prononcer: [χɑ:g]) et que l'on entendait jadis ailleurs, encore jusque la seconde guerre mondiale le long des côtes du Calvados (Bessin), nord du Bocage, au sud de l'estuaire de la Seine (Pays d'Auge, Roumois) et entre Vatteville-la-Rue et Berville-sur-Seine, est dû comme en français à l’influence germanique, alors qu'il s'est amuï en français (le h dit « aspiré ») pour n'avoir plus que seule fonction d'empêcher la liaison (hiatus, ex: un être / un hêtre), l'installation des colons scandinaves dans cette partie de la Neustrie septentrionale aurait empêché cette même évolution[7],[8].

Conjugaison[modifier | modifier le code]

Les verbes du normand ne se classent pas facilement en groupes de conjugaison.

aver - avoir
présent passé composé passé simple imparfait futur simple conditionnel
j'i j'i-z-ieu j'eus j'avais j'érai j'érais
t'âs t'âs-ieu t'eus t'avais t'éras t'érais
il/ol a il/ol a-z-ieu il/ol eut il/ol avait il/ol éra il/ol érait
j'avouns/j'ouns j'avouns-ieu j'eûnmes j'aviouns j'érouns j'ériouns
vos avaez vos avaez-ieu vos eûtes vos aviaez vos éraez vos ériaez
il/ol ount il/ol ount-z-ieu il/ol eûtent il/ol avaient il/ol érount il/ol éraient
acataer - acheter
présent passé composé passé simple imparfait futur conditionnel
j'acate j'i acataé j'acatis j'acatais j'acaterai j'acaterais
t'acates t'âs acataé t'acatis t'acatais t'acateras t'acaterais
il/ol acate il/ol a acataé il/ol acatit il/ol acatait il/ol acatera il/ol acaterait
j'acatouns j'avouns acataé j'acatîmes j'acatiouns j'acaterouns j'acatériouns
vos acataez vos avaez acataé vos acatîtes vos acatiaez vos acateraez vos acatériaez
il/ol acatent il/ol ont acataé il/ol acatîtent il/ol acataient il/ol acaterount il/ol acateraient

Lexique et expressions[modifier | modifier le code]

Cette liste n'est pas exhaustive, elle vise à présenter quelques mots ou prononciations propres au normand.

  • à tantôt [a tɑ̃'to] : à cet après-midi ou à tout à l'heure
  • tout à l'eur' : tout de suite (ou bientôt)
  • afaiter : asaisonner
  • eun neir quyin [un nɛr ʧi] ou quien [k(j)ɛ̃] : un chien noir. Remarque : L'antéposition de l'adjectif exprimant la couleur existait en ancien français (influence syntaxique du germanique) et subsiste en poésie, alors qu'elle reste la règle sur la côte ouest du Cotentin et en Normandie insulaire, tout comme en wallon. On en trouve des traces en cauchois par exemple ou « geler blanc » se dit blanc rimer.
  • eun quenâle [œ̃ knɑ:l] : un enfant
  • boujouo [bujwu] / boujou : bonjour ou au revoir
  • goule [gwul] / [gul] : figure, visage
  • croquè ou ahoqui [aʁ'oʧi] : accroché
  • broquer à travers le carreau : passer
  • eune mouque a miè : une abeille
  • travailleu comme pièche ou coume pyiche [piʃ] : travailleur comme personne
  • bavacheux : bavard ; de bavacher, bédasser : « bavasser », commérer
  • étivoquer ou étiboqui [etibɔ'ʧi] : taquiner
  • vésèye, vésouye : force
  • I commenchait à ête chargè à drié : il commençait à être passablement enivré
  • tracher d's poux à eun vieuillard ou [tʁa'ʃi] : chercher le moindre motif de querelle
  • Ch'eyt eun bouon gâs, ma i s'néyerait dauns as roupie ou [i se nérait : il se noierait dans sa morve] : C'est un bon garçon, mais pas très intelligent
  • Ej sieux aussi fidèle que l'quien l'eyt au berquier ou [bɛʁka'lœ] : je suis aussi fidèle que le chien l'est au berger
  • Eun grand fallu : un grand benet
  • Vi-t'en vé : viens voir
  • Machu : têtu
  • s'léquer al grouèye, al groèye : s'embrasser avec effusion
  • béser al pue : avoir peur
  • Ej sieux qu'eun paur mônant, bié malhueux : Je ne suis qu'un pauvre manant bien malheureux
  • Tei itou : toi aussi
  • Vla oco que l'quien I pouche su sa caïne : voilà encore que le chien tire sur sa chaîne
  • È dreit cha! ou [ʃe dʁɛ ʃa] : c'est tout à fait ça, tout à fait juste
  • Y a du fu dans la qu'minèye ou [ʃim'na] : il y a du feu dans la cheminée
  • r'doubler : faire demi-tour
  • futiau : un hêtre
  • eun berouette : une brouette
  • coche : truie
  • Fourkete : fourchette
  • vio : veau
  • mâquese : tête (gueule)

Graphies[modifier | modifier le code]

Il existe aujourd'hui trois orthographes standardisées du normand : le normand continental (dont cotentinais; selon le système Lechanteur), jersiais (selon les dictionnaires Le Maistre (1966) et Société Jersiaise (2005)), guernesiais (selon le dictionnaire De Garis (1982)).

-oun /ɔ̃:/
-aun /aɔ̃/ ou /ɛ̃/ selon la région
e non accentué muet (autrefois représenté par l'apostrophe, et cela toujours dans les îles)
verbe en -aer (et participe en -aé) (s'écrit -aï en guernesiais) /ɘ/ ou /o/ ou /e/ selon la région (// en guernesiais)
qu suivi de é ou i /ʧ/ au nord de la ligne Joret, /k/ au sud de la ligne Joret.

Les îles Anglo-Normandes étant au nord de la ligne Joret ont gardé le tch orthographique. À comparer, le mot normand venu du latin canem (chien) s'écrit quyin (à prononcer [quien] ou [tchi] selon les lieux) sur le continent et tchian selon l'orthographe insulaire.

gu suivi de é, i ou u /ʤ/ au nord de la ligne Joret, /ɡ/ au sud de la ligne Joret
ll suivant b, c, f, g, p (s'écrit li en jersiais) /j/
th /ð/ (en jersiais)
oué /we/
âo //
iâo /jaʊ/
/y/ jusqu'à /œ:/ selon la région

Littérature[modifier | modifier le code]

Avant le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le Coup d'œil purin, de 1773.

Le Jersiais Wace est considéré comme fondateur de la littérature jersiaise au XIIe siècle. Béroul, Adam de Ros, André de Coutances, Beuve de Hanstone, Chandos, Chardry, Clémence de Barking, Denis Piramus, Éverard de Gateley, Geoffroy Gaimar, Guernes de Pont-Sainte-Maxence, Guillaume de Berneville, Guillaume le Clerc de Normandie, Jofroi de Waterford, John Gower, Jourdain Fantosme, Marie de France (poétesse), Nicholas Trivet, Nicole Bozon, Philippe de Thaon, Pierre d'Abernon, Pierre de Langtoft, Raüf de Lenham, Robert Biket, Robert de Gretham, Robert de Ho, Robert Grossetête, Wace, Sarrazin, Simon de Freine, Thomas d'Angleterre, Thomas de Kent, Turold ou Wilham de Waddington sont des auteurs de la littérature anglo-normande.

Article détaillé : Littérature anglo-normande.

On retrouve de la littérature satirique ou polémique publiée à Rouen aux XVIe et XVIIe siècle dans ce qu’on appelle le parler purin : David Ferrand (1590? - 1660) a publié la Muse normande, collection d’écritures dans la langue du pays de Caux. Le coup d’œil purin est publié en 1773 à Rouen. Pierre Genty (1770 - 1821) représente le percheron, langage du Perche.

À partir du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En Normandie insulaire[modifier | modifier le code]

Le XIXe siècle a vu un nouvel élan dans la littérature régionale dans laquelle les auteurs insulaires, tels que George Métivier (Guernesiais, 1790-1881) et Robert Pipon Marett (Jersiais, 1820-1884), jouaient un rôle important.

Pendant son exil à Jersey et à Guernesey, Victor Hugo s’intéressait à la langue des pêcheurs insulaires et accueillait les auteurs normands des îles. À Jean Sullivan (1813-1899), auteur jersiais, Hugo a écrit en 1864 que le jersiais est une « précieuse langue locale » et dans son Archipel de la Manche, Hugo a écrit : « Quant au patois, c'est une vraie langue, point méprisable du tout. Ce patois est un idiome complet, très riche et très singulier. »

Et en prenant le mot normand pieuvre qu’il avait entendu lors de ses entretiens avec les Jersiais et Guernesiais pour s’en servir dans son roman Les Travailleurs de la mer, Hugo avait popularisé ce régionalisme qui se glissera à la suite dans la langue française.

En Normandie continentale[modifier | modifier le code]

Littérature normande.

Les érudits normands, dans le cadre des sociétés savantes, se sont intéressés, comme Hugo, aux diverses formes de patois et dialectes présents en Normandie continentale. Le romancier Barbey d'Aurevilly émaillait ainsi certaines de ses œuvres, en particulier celles qui se passent dans le Cotentin, avec des mots entendus dans la campagne et tirés de la langue normande.

Dans les années 1890-1910, la vogue folklorique envahit le Cotentin, et l'on doit à Alfred Rossel, chansonnier, des chansons transmises jusqu'à nos jours, en particulier Sus la mé, sorte d'hymne national du Cotentin (wikisource). Un Louis Beuve, normand de la région de Coutances, est séduit par cette pratique du chant appliqué au normand et entreprend d'écrire lui aussi des poèmes et des petits contes qu'il publie dans le Bouais-Jan à la fin des années 1890. Sa Graind Lainde de Lessay devient un poème prisé. Il publie ensuite plusieurs autres œuvres et initie à l'occasion des fêtes du Millénaire (du rattachement de Cotentin à la Normandie) en 1933, le « Souper des Vikings » où le normand était la seule langue tolérée. Il fait des émules dans la littérature normande avec des Jean-Baptiste Pasturel (de Périers), Alfred Noël (de Valognes) et finalement, dans une seconde génération, des Gires Ganne (Fernand Lechanteur) et Côtis-Capel (abbé Albert Lohier). Fernand Lechanteur unifie les orthographes jusque-là utilisées en la raisonnant[9]. Côtis-Capel ouvre la voie à une littérature normande débarrassée des traits folkloriques du paysan normand. Par ses poèmes, le poète appuie sur la rudesse des hommes normands, sur leur fierté, mais aussi sur leur cœur et leur âme. Dans son sillage, André Louis publie le premier roman entièrement en normand : Zabeth.

Le pays de Caux a vu une abondante littérature en normand cauchois. Parmi les éditions: Les idées de Magloire (1913) d'Ernest Morel, Les histouères de Thanase Pèqueu de Gabriel Benoist en 1932, et en 1925 Les Terreux de Gaston Demongé.

Enfin, dans de nombreux romans et nouvelles de Guy de Maupassant se déroulant au pays de Caux ou alentours comme Toine, les personnages locaux s'expriment parfois en Cauchois, mais avec de nombreuses erreurs grammaticales (conjugaison) volontaires ou non, et aussi souvent une phonétique impropre (ex : ou lieu de mei). Maupassant mélange le cauchois à des formes populaires de français, (par exemple: « quelque » devient quèque, alors qu'un cauchois dirait queuque ou encore « où est-ce qu'elle se trouve? » devient ousqu'elle est?, alors qu'en cauchois on dit ouyou qu'elle est?, etc.). En réalité, il désirait se faire comprendre de lecteurs s'exprimant en français standard.

Auteurs en langue normande[modifier | modifier le code]

Maurice Fernand Lesieutre.

Parmi les auteurs de la littérature d'expression normande on trouve :

auteur de Arseine Toupétit

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Beaucoup [de Vikings] seraient venus s'établir en Normandie, amenant avec eux des Anglo-Saxons, qu'ils avaient pris à leur service ou qui, dans un contexte historique inconnu, s'étaient associés à leur sort ; peut-être même aussi avaient-ils retrouvé dans cette province d'autres Vikings venus directement de Scandinavie. Quoi qu'il en soit, le terme « anglo-scandinave » semble pouvoir caractériser l'ethnicité des Vikings et la toponymie le confirme aussi puisqu'elle revèle en Normandie la coexistence d'appellatifs anglo-saxons et scandinaves, qu'il est du reste souvent difficile de distinguer entre eux en raison de la parenté des parlers germaniques. » dans François de Beaurepaire, Les noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Editions Picard 1986. p. 44.
  2. Jean Renaud, Les Vikings et la Normandie, Editions Ouest-France université 1989. p. 198.
  3. « La colonisation scandinave avait été strictement masculine, et la langue de la famille, née des couples mixtes, a très vite été la langue de la mère, c'est-à-dire la langue romane langue d'oïl de la région, surtout après la conversion des Normands [c'est-à-dire Vikings] au Christianisme. » dans Henriette Walter, L'Aventure des mots français venus d'ailleurs, éditions Robert Laffont, p. 95.
  4. Charles Bruneau, Monique Parent, Gérard Moignet. Petite histoire de la langue française : des origines la révolution. Page 34. A. Colin, 1969.
  5. L'enseignement du normand dans le Nord-Contentin →Étude des pratiques et des attitudes linguistiques
  6. [Clapin] Dictionnaire canadien-français (1894) de Sylva Clapin (1853-1928) - http://www.dicocf.ca [Decorde] Dictionnaire du patois du pays de Bray (1852) de Jean-Eugène Decorde (1811-1881) - http://gutenberg.ca/ebooks/decorde-dictbray/decorde-dictbray-00-h-dir/decorde-dictbray-00-h.html [Dunn] Glossaire franco-canadien (1880) d'Oscar Dunn (1845-1885) - http://www.dicocf.ca/ [GPFC] Glossaire du parler français au Canada (1930) de la Société du parler français au Canada - http://www.dicocf.ca/
  7. René Lepelley, La normandie dialectale, Presses universitaires de Caen 1999.
  8. Patrice Brasseur, « Limites dialectales en Haute-Normandie », in Études normandes, n°3, 1982, p. 20 - 21.
  9. F. Lechanteur, « Remarques sur l'orthographe... » dans : Louis Beuve, Oeuvres choisies, Saint-Lô : Jacqueline, 1950, p. 19-26.
  10. Les Falaises de la Hague, Lebarbenchon 1991, Caen, ISBN 2-9505884-0-9
  11. WikiManche : André Dupont

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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