Produit intérieur brut

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Le produit intérieur brut (PIB) est l’un des agrégats majeurs des comptes nationaux.

En tant qu'indicateur économique principal de mesure de la production économique réalisée à l’intérieur d'un pays donné, le PIB vise à quantifier — pour un pays et une année donnés — la valeur totale de la « production de richesse » effectuée par les agents économiques résidant à l’intérieur de ce territoire (ménages, entreprises, administrations publiques).
Le PIB reflète donc l’activité économique interne d’un pays et la variation du PIB d’une période à l'autre est censée mesurer son taux de croissance économique.
Le PIB par habitant mesure le niveau de vie et, de façon approximative, celui du pouvoir d'achat car n’est pas prise en compte de façon dynamique l’incidence de l’évolution du niveau général des prix.

Il diffère du produit national brut (PNB) qui ajoute au PIB (produit intérieur brut) les entrées nettes de revenus de facteurs en provenance de l’étranger (revenus de facteurs provenant du reste du monde diminués des revenus de facteurs payés au reste du monde).

La composition de cet indice est dans certains cas sujette à caution ou à suspicion, en particulier lorsque les gouvernements y voient un outil politique et qu'ils ont la capacité d'influencer la production de cet indicateur[1].

La notion de PIB fait l'objet de contestations :

  • le PIB comme indicateur de richesse ne considère qu'une partie de la valeur créée par l'activité économique[2] et de plus qu'une valeur déterminée de façon comptable.
Sont ainsi comptabilisées des activités dites « négatives » (par exemple des dépenses liées aux accidents domestiques, industriels ou routiers).
Sont également comptabilisées des valeurs dont le statut « productif » mérite question (jusqu'à quel point, par exemple, la publicité ou le marketing sont-ils des activités réellement « productives » ?)
Par contre, ne sont pas comptabilisées les activités positives à la fois non marchandes et non administratives, comme l'art ou les activités altruistes (par exemple le logiciel libre) ou les activités bénévoles ou encore la production domestique assurée au quotidien au sein de la famille.

Le Comité d'experts des Nations unies sur la comptabilité environnementale-économique (UNCEEA) travaille à définir un indicateur qui tienne compte des effets sur l'environnement, le PIB vert et à faire du Système de comptabilité environnementale économique (SEEA) un standard international pour l'année 2010 et à promouvoir sa mise en œuvre dans les pays.

Une commission de 22 experts présidée par Joseph Stiglitz a mené, à la demande en 2008 de la Présidence de la République Française, une réflexion sur la mesure de la croissance.(voir ci-dessous).

Origine[modifier | modifier le code]

À la demande du congrès américain en 1932, Simon Kuznets crée une comptabilité nationale aux États-Unis, et invente le produit intérieur brut, en 1934 afin de mesurer l'effet de la Grande Dépression sur l'économie[4],[5]. On ne dispose en effet à cette époque d'aucun indicateur synthétique.
En France, il apparaît après la Seconde Guerre mondiale, tout comme la comptabilité nationale.

Définition donnée par l'Insee[modifier | modifier le code]

Article connexe : Comptabilité nationale.

L'agrégat PIB représente le résultat final de l'activité de production des unités productrices résidentes d'un pays. Cette notion peut se définir de trois manières :

  1. Le PIB est la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d'activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d'activité) ;
  2. Le PIB est la somme des emplois finaux intérieurs de biens et de services (consommation finale effective, formation brute de capital fixe, variations de stocks), plus les exportations, moins les importations ;
  3. Le PIB est la somme des emplois des comptes d'exploitation des secteurs institutionnels : rémunération des salariés, impôts sur la production et les importations moins les subventions, excédent brut d'exploitation et revenu mixte.

Modes de calcul du PIB[modifier | modifier le code]

L'appellation exacte du PIB est : « le produit intérieur brut aux prix du marché ». Sa valeur comptable est issue d'un compte de résultat (charges et produits) et non du bilan (actif / passif).

  • Il ne mesure que le flux de production, et non un stock de capital ou de dettes (comme « l'Adjusted Net Savings » de la Banque mondiale).
  • Il ne prend pas non plus en compte le flux de déplétion (qui en ferait un indicateur net et non brut), celui-ci nécessitant des imputations faisant intervenir des conventions arbitraires et des données qui ne sont souvent pas disponibles de façon continue sur des durées aussi longues.

Le PIB mesure la valeur de l'ensemble des biens et services produits sur le territoire d'un pays donné au cours d'une période donnée (en général, une année, parfois un trimestre), quelle que soit la nationalité des producteurs présents sur ce territoire.

Le PIB (produit intérieur brut) se distingue :

  • du PIB calculé « au coût des facteurs » qui ne tient pas compte des impôts indirects ou des subventions d'exploitation.
  • du PNB (Produit national brut). Rappel : PNB = PIB + revenus des facteurs en provenance de l'extérieur − revenus des facteurs versés à l'extérieur. Les revenus issus des avoirs détenus à l’extérieur ne sont pas inclus dans le PIB, mais sont en revanche ajoutés au PNB pour former le revenu national brut.

Détermination des composantes du PIB[modifier | modifier le code]

Article connexe : Comptabilité nationale.

Composantes marchandes ou non-marchandes[modifier | modifier le code]

Le PIB recense à la fois la production marchande et la production non marchande, composée exclusivement de services. En France, le PIB non marchand est presque exclusivement le fait des administrations publiques (sécurité, justice, santé, enseignement). Par convention, il est évalué à son coût de production (voir Services non marchands). Le PIB peut se décomposer de trois manières (voir un exemple, pour la France) :

Composantes vues sous l'angle de la production[modifier | modifier le code]

Le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées des agents économiques résidents, calculée aux prix du marché, à laquelle on ajoute la part de la valeur ajoutée récupérée par l'État (Taxe sur la valeur ajoutée et droits de douane) et de laquelle on soustrait les subventions ;

PIB = Somme des valeurs ajoutées + TVA + Droits et taxes sur les importations – Subventions sur les produits

Si potentiellement trois méthodes coexistent pour calculer le PIB d'un pays ou d'une région (via la production, la dépense ou le revenu), la première méthode (approche par la production) est utilisée pour des raisons pratiques. Selon cette technique, on additionne toutes les valeurs ajoutées issues des comptes de résultats fournis par les entreprises, et les administrations publiques.

Composantes vues sous l'angle des dépenses[modifier | modifier le code]

Le PIB est égal à la somme des emplois finaux intérieurs de biens et de services, c’est-à-dire : la consommation finale effective (CF), l'investissement (Formation brute de capital fixe (FBCF) dans le jargon statistique) et les variations de stocks (VS). Cette définition se déduit de l’égalité comptable entre les ressources de l’économie (PIB) et les emplois qui sont faits de ces ressources.

En situation d'autarcie, on a :
Ressources = Emplois
PIB = CF + FBCF + VS


Dans une économie ouverte les importations (notées M) s'ajoutent aux ressources, les exportations (notées X) aux emplois :
Ressources = Emplois
PIB + M = CF + FBCF + VS + X
PIB = CF + FBCF + VS + X - M

PIB = C+I+G+(X-M)

  • Consommation (C)
  • Investissements (I)
  • Dépenses publiques courantes (G)
  • Exportation (X)
  • Importation (M)

À titre d’exemple, en 2004 dans l’UE-25, 59 % du PIB était consacré aux dépenses de consommation finale des ménages, 21 % aux dépenses de consommation finale des administrations publiques, et 19 % à l’investissement[6].

Composantes vues sous l'angle des revenus[modifier | modifier le code]

Le PIB est égal à la somme des revenus bruts des secteurs institutionnels : rémunération des salariés (RS), impôts sur la production et les importations moins les subventions (T), excédent brut d’exploitation et revenus mixtes (EBE).

PIB = (S + B + I + Rn + A ) + (Tn + D ) « facteurs d'ajustements »

  • Rémunération des salariés (S)
  • Bénéfices des sociétés avant Impôts (B)
  • Intérêts et revenus divers de placement (I)
  • Revenus nets des entreprises (Rn)
  • Ajustement de la valeur des stocks (A)
  • Taxes nettes (Tn)
  • Dépréciation (D)

Mesure du PIB en volume et en valeur[modifier | modifier le code]

Le PIB réel ou en volume est la valeur du PIB en ne tenant pas compte des variations des prix, c'est-à-dire de l'inflation. Le PIB réel a l'avantage de montrer les variations à la hausse et à la baisse dans le volume (les quantités) de la production de biens et services. C’est la valeur utilisée lorsque l’on mesure la croissance du PIB.

En effet, on ne peut pas savoir uniquement en observant le PIB nominal (en valeur), si la hausse de l'indicateur provient d'une hausse des prix, d'une hausse de la production ou dans quelles proportions ces deux variations se combinent.

Lorsqu'on calcule le volume du PIB, les trois approches qui permettaient de calculer le PIB nominal (demande, production et revenus) ne sont plus équivalentes. L'approche par la demande est privilégiée. Les volumes des grandeurs qui entrent dans la définition du PIB par l'approche par la production sont toutefois définis de telle sorte que le volume du PIB calculé par cette approche coïncide avec le volume obtenu en utilisant l'approche par la demande : le volume de valeur ajoutée est défini comme la différence entre le volume de la production et le volume des consommations intermédiaires ; le volume des taxes et subventions est défini comme le volume des produits taxés tandis que le prix correspondant est le prix du produit que multiplie le taux de taxe ou de subvention[7]. L'approche par les revenus n'est pas utilisée : elle ne permettrait pas de prendre en compte l'évolution de la productivité des facteurs de production.

Soit P_{i,t} le prix d’un bien \scriptstyle i au cours d’une période \scriptstyle t (par exemple, une année) et Q_{i,t} la quantité de ce bien demandée \scriptstyle i au cours de la période \scriptstyle t (demande finale, investissement et exportations nettes) ; alors :

\text{PIB}_{\text{nominal},t} = \sum_i P_{i,t}Q_{i,t}

Le PIB réel est constitué par la valeur des biens \scriptstyle i demandés au cours de la période \scriptstyle t mesurés à prix constants (année de base notée \scriptstyle t_0), soit :

\text{PIB}_{\text{réel},t} = \sum_i P_{i,t_0}Q_{i,t}

Le manuel des comptes nationaux de 2008 recommande de réactualiser l'année de base chaque année. Le volume du PIB est alors calculé sur la base du taux de croissance annuel appliqué au volume de l'année précédente. On parle d'indice chainé.

Le déflateur du PIB est le rapport entre le PIB nominal et réel.

Utilisation de la notion de PIB[modifier | modifier le code]

Sur le plan national[modifier | modifier le code]

Variations du PIB[modifier | modifier le code]

Une augmentation à court terme du PIB correspond à une expansion, tandis qu'une diminution indique une récession économique. L'augmentation à long terme du PIB par habitant est un indicateur de croissance économique.

PIB par habitant[modifier | modifier le code]

Article connexe : PIB par habitant.

Le PIB/habitant (ou per capita) est la valeur du PIB divisée par le nombre d'habitants d'un pays. Il est plus efficace que le PIB pour mesurer le développement d'un pays ; cependant, il n'est qu'une moyenne donc il ne permet pas de rendre compte des inégalités de revenu et de richesse au sein d'une population. En général, un pays est considéré comme « développé » lorsqu'il dépasse les 20 000 dollars US de PIB par habitant, vers 2006.

Cet indicateur n’est pas égal au revenu par tête.
Il est un bon indicateur de la productivité économique, mais il ne rend compte qu'imparfaitement du niveau de bien-être de la population ou du degré de réussite d'un pays en matière de développement. Il ne montre pas quelle est la répartition du revenu d'un pays entre ses habitants.
Dérivé du PIB, il ne reflète pas les atteintes causées à l'environnement et aux ressources naturelles par les processus de production, et ne tient pas compte du travail non rémunéré qui peut être effectué au sein des ménages ou des communautés, ni de la production à mettre au compte de l'économie souterraine.
Le PIB par habitant n’est pas construit comme un indicateur de la qualité de la vie (cette dernière, bien plus subjective, est difficilement mesurable, même si certains indicateurs comme l'indice de développement humain (IDH) ambitionnent de l'évaluer).


Sur le plan international[modifier | modifier le code]

PIB mondial[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des pays par PIB (nominal).

Après une hausse de 3,7 % en 2007, à la suite de la crise de 2008, puis de 2 % en 2008, le PIB mondial a chuté de 1,1 % en 2009 (un peu plus que ce qu'attendait le FMI[8]), avec d’importantes disparités, les pays riches devant affronter en 2009 un recul de 3 à 3,5 % de leur PIB (toujours selon les estimations annoncées du FMI). C'est la baisse la plus forte depuis l'après-guerre, malgré l'importance des efforts publics, notait le FMI.

Le PIB mondial aurait été selon le FMI[9] de 57 937 milliards de dollars en 2009 contre 60 689 milliards en 2008.

Comparaisons internationales[modifier | modifier le code]

On peut comparer les PIB de plusieurs pays, initialement exprimés en monnaie nationale, selon deux méthodes :

  • au taux de change courant : on utilise le taux de change moyen sur la période d'étude ;
  • à parité de pouvoir d'achat (PPA) : on utilise un panier de biens standard, et le taux de conversion est le rapport des prix de ce panier entre les devises.

Les comparaisons en PPA sont plus significatives qu'en taux de change courant, du fait de la faiblesse mécanique des devises des pays pauvres : si le prix des produits échangeables est généralement comparable d'un pays à l'autre, les prix des produits non échangeables, notamment les services, sont généralement moins chers dans les pays pauvres (effet Balassa-Samuelson). Les comparaisons en PPA permettent aussi de s'affranchir des variations parfois brutales des taux de change.

Cette comparaison permet d'analyser l'évolution des parts des différents pays dans le PIB mondial, ou de groupes de pays, répartis par exemple en fonction de la langue dominante[10], de la zone géographique ou du niveau de développement.

Limites du PIB et défauts dans sa détermination[modifier | modifier le code]

PIB passé en revue par la « Commission Stiglitz »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Commission Stiglitz.

« La Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social », dite « Commission Stiglitz » [11] s'est réunie entre avril 2008 et septembre 2009. Elle avait pour objectif de développer une « réflexion sur les moyens d'échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives » et d'élaborer de nouveaux indicateurs de richesse. Une première version de ses douze recommandations a été mise en ligne en juin 2009[12].

Le Forum pour d'autres indicateurs de richesse (FAIR) a publié une première note soulignant les apports du premier chapitre de ce rapport et critiquant en même temps la méthode de travail « très opaque » de la Commission ainsi que les limites de ses propositions[13].

PIB et développement durable[modifier | modifier le code]

Article connexe : Développement durable.

Par définition, le PIB est un indicateur de flux et ne tient pas compte de la valeur estimée des actifs et passifs (le patrimoine) publics et privés. Il ne mesure donc pas les externalités positives ou négatives qui font évoluer cette valeur et qui contribuent donc à un gain ou à une perte de moyens.

Pour Dominique Méda[14], il présente trois grandes limites : il ne tient pas compte de temps et d'activités essentielles pour le développement de la société comme le temps avec les proches, temps pour les activités politiques, temps domestique ; il n'est pas affecté par les inégalités dans la participation à la production ou à la consommation ; il ne tient pas compte des dégradations apportées au patrimoine naturel.

Le PIB tient compte des ressources naturelles (énergie, matières premières) consommées dans les processus de production en comptabilité nationale par les consommations intermédiaires. Cependant, la comptabilité nationale ne distingue pas, dans les consommations intermédiaires, les ressources renouvelables des ressources non renouvelables (c'est-à-dire celles qui relèvent d'une utilisation de revenu et celles qui relèvent d'une destruction de capital[15]), ou les produits recyclés des autres produits achetés. Jean-Marc Jancovici critique ainsi le fait que le PIB ne permet pas d'évaluer la consommation du capital naturel ni d'anticiper longtemps à l'avance les risques environnementaux[16].

Concernant le secteur des services (le secteur tertiaire en comptabilité nationale), qui représente environ 70 % du PIB dans les pays développés, Jean Gadrey estime que pour construire une économie écologique des services, il faut d’abord s’intéresser aux bilans écologiques complets de ces activités. Il apparaît alors que l’immatérialité parfois supposée des services est un mythe. Il serait nécessaire d'internaliser les externalités environnementales de ces activités[17].

Dans le cas d'une production polluante, suivie d'un processus de dépollution, le PIB comptabilise deux productions, qui s'annulent partiellement. Ce que Leopold Kohr nomme « le standard de l'aspirine : en augmentant le PIB nous attrapons des migraines, alors nous produisons de l'aspirine pour soulager les migraines et nous félicitons que cette augmentation supplémentaire du PIB a augmenté notre niveau de vie »[18]. Le PIB est neutre vis-à-vis d'un progrès technique qui va dans le sens de la conception de processus industriels propres, l'emploi de matériaux recyclés, et d'une façon générale l'anticipation des risques environnementaux. Le PIB n'envoie aucun signal d'alerte sur la dégradation de l'environnement.

Ainsi, le PIB ne permet pas de mesurer l'impact de la production sur le capital naturel. La croissance économique mesurée par le PIB ne rend donc pas bien compte du respect ou non des principes de développement durable ni de ses effets sur l'environnement. Le PIB a néanmoins été sélectionné par l'Insee parmi les onze indicateurs de développement durable retenus dans le cadre de la stratégie nationale de développement durable française[19] .

Certains auteurs[20] soulignent les limites de la croissance économique comme mesure de la bonne santé d'un pays ou d'une économie, ou contestent le bien-fondé[21] ou même la possibilité physique[22] de perpétuer la croissance économique telle qu'elle est définie par la variation du PIB. Dominique Méda a proposé dès 1999 dans Qu'est-ce que la richesse? de recourir à d'autres indicateurs que le PIB. Patrick Viveret considère également qu'il faut reconsidérer les instruments de mesure de la richesse[23].

Élisabeth Laville estime qu'il est important de remettre en cause l'acception institutionnelle du PIB comme principal indicateur de la performance économique, qui s'avère un frein important pour les entreprises et les autres acteurs économiques dans la transition de l'approche financière classique à une approche triple bilan du développement durable. Elle pense que la France pourrait faire des propositions dans ce sens[24].

Les productions omises par le PIB[modifier | modifier le code]

Le PIB ne comptabilise pas ou comptabilise de manière approchée un certain nombre d'éléments pourtant réels. Parmi les éléments les plus importants on peut citer :

  1. l'autoproduction (ou autoconsommation) de richesses. Certaines productions sont créées et consommées au sein-même des ménages, sans passer par aucun échange de type marchand : ainsi, par exemple, la production domestique (fruits ou légumes récoltés dans le jardin familial) ou les activités domestiques assurées par les mères et pères de famille ou les femmes et hommes au foyer (cuisine, ménage, courses, entretien familial, etc.). Selon le périmètre de définition retenu pour ces tâches dites domestiques, la valeur de la production de ces activités non prises en compte dans la comptabilisation économique nationale peut être considérable : ainsi la valeur des services produits par les ménages pour leur propre usage pourrait ajouter 35 % à la richesse nationale en France vers 2009 selon les travaux de la commission Stiglitz [25]. En conséquence la croissance du PIB pourrait — de façon masquée et artificielle — être affectée par les effets des seules variations des habitudes de vie, en particulier le passage de l'auto-consommation à la consommation marchande[26]. Une étude INSEE[27] confirme cette analyse en indiquant que l'ordre de grandeur de la production domestique non prise en compte (calculée pour l'année 2010) équivaut à la valeur ajoutée de la production manufacturière française pour la même année de référence.
  2. Le travail au noir est mal mesuré : sa valeur ajoutée est incluse dans le PIB sur la base d'estimations.
  3. Le bénévolat, qui est un service non marchand, est également très mal mesuré : sa valeur ajoutée est comptabilisée essentiellement à partir des coûts de personnel, lesquels par nature ne sont pas représentatifs de la contribution effective pour la société globale des activités bénévoles.
  4. La contribution réelle des services non marchands et de l'administration publique à la production économique pose également problème : en l'absence de facturations, il est délicat de chiffrer ce type de services. Pour contourner cette difficulté, la pratique est de les comptabiliser dans le PIB selon la convention que leur valeur est égale à leur coût. Cette façon de faire fait l'impasse sur la valeur ajoutée (si le service rendu a plus de valeur que son coût de production) ou le gaspillage (dans le cas contraire, c'est-à-dire si le service est produit pour plus cher que ce qui serait possible pour un même service) ; ainsi, pour ces services, une amélioration du processus permettant de le produire à moindre cout introduit paradoxalement une baisse du PIB, tandis qu'une dégradation du processus augmente facialement le PIB. Le fait d'utiliser des méthodes différente de valorisation d'un même service selon qu'il est rendu par un opérateur marchand ou un opérateur non marchand introduit une distorsion dans le calcul du PIB selon le fonctionnement de l'opérateur.

PIB et bien-être[modifier | modifier le code]

Le PIB n'est pas construit comme un indicateur du bien-être, de bonheur, ou de qualité de vie. Ainsi, certaines consommations font gonfler le PIB alors que, de toute évidence, elles ne reflètent pas une amélioration du bonheur des habitants[28]. Cependant, en dessous d'un certain seuil (environ 15 000 dollars par an et par personne), l'augmentation du PIB par habitant est fortement corrélée à l'augmentation du bien-être de la population, selon une étude publiée en 2001 par l'université de Princeton[29].

Autres limites[modifier | modifier le code]

Dans le cas d'une catastrophe naturelle (ouragan, tremblement de terre), le PIB ne comptabilise les destructions d'actifs (maisons, routes…) qu'indirectement, à la hauteur de l'impact sur la production (donc moins que la perte nette des actifs). En revanche, le PIB prend en compte les reconstructions qui font suite à la catastrophe (souvent financées par des aides nationales ou internationales). Considérer cette prise en compte comme un défaut est discutable : la capacité à faire face à une catastrophe naturelle constitue bien une richesse économique, qu'il semble donc normal de comptabiliser (au même titre que la santé par exemple).

La création d'activités, même socialement inutiles, peut cependant être bénéfique en provoquant l'utilisation de facteurs non employés et une augmentation de la demande globale. Ainsi, John Maynard Keynes appelait sous forme de boutade à employer des chômeurs à creuser des trous et d'autres chômeurs à les reboucher[30].

Frédéric Bastiat décrivait une autre limite de la mesure de la richesse avec son sophisme de la vitre cassée publié en 1850. Prenant l'exemple d'une vitre, il montrait que la société s'appauvrissait de la valeur de cette vitre quand celle-ci était brisée. Il concluait « la société perd la valeur des objets inutilement détruits », ou « destruction n'est pas profit. » Reprenant à leur compte ces réflexions Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice écrivent de manière imagée que « si un pays rétribuait 10 % des gens pour détruire des biens, faire des trous dans les routes, endommager les véhicules, etc., et 10 % pour réparer, boucher les trous, etc., il aurait le même PIB qu'un pays où ces 20 % d'emplois (dont les effets sur le bien-être s'annulent) seraient consacrés à améliorer l'espérance de vie en bonne santé, les niveaux d'éducation et la participation aux activités culturelles et de loisir[31]. »

Pour toutes ces raisons, l'accent est davantage mis sur les comparaisons entre PIB (entre pays, ou entre périodes), plutôt que sa valeur absolue. La comparaison entre pays voisins ou périodes voisines permet en effet d'atténuer les erreurs puisque ce qui est oublié une année (le travail au noir notamment) l'est aussi l'année suivante.[pas clair] Cependant, pour des pays différents ou de longues périodes, cette comparaison est très délicate.

Autres indicateurs[modifier | modifier le code]

Happy planet Index[modifier | modifier le code]

Le « Happy planet index », ou indice de la planète heureuse, est un indicateur économique alternatif au PIB. Il classe 178 pays d'après 3 indicateurs : l’empreinte écologique, l’espérance de vie et le degré de bonheur des populations. Ainsi, ce classement donne une image très différente de la richesse et de la pauvreté des nations.

PIB vert[modifier | modifier le code]

Des économistes ont pensé à mesurer un « PIB vert », pour lequel serait soustrait du PIB conventionnel la valeur de la baisse du stock de ressources naturelles. Une telle méthode de comptabilisation permettrait de mieux savoir si une activité économique accroit ou fait baisser la richesse nationale lorsqu'elle utilise des ressources naturelles[32]. Cependant, les économistes estiment qu'il serait très difficile de mesurer correctement un tel indicateur.

PIB régional ou PIB urbain[modifier | modifier le code]

Une mesure de PIB régional, ou de « produit urbain brut », est parfois présentée. Son utilisation est critiquée car les échanges commerciaux (imports et exports) avec les autres régions d'un même pays ne sont pas mesurés. Le calcul se fait alors avec l'approche productive (somme des valeurs ajoutée).

Cet indicateur ne reflétera alors que la production de la zone, et non la richesse, puisqu’un quartier résidentiel où la production est faible aura un PIB local très faible, même si le revenu des habitants est élevé.

L'attribution des fonds structurels européens, basée sur les PIB régionaux, voit donc certaines régions résidentielles à faible PIB/habitant mais peu sinistrées (chômage faible, résidents travaillant dans une région limitrophe) emporter les fonds sur des régions industrielles à plus fort PIB mais à la richesse effective plus faible (chômage important, emplois précaires…)[réf. nécessaire].

Développement humain[modifier | modifier le code]

Comme d’autres indicateurs économiques, le PIB n’a pas vocation à mesurer le niveau de développement humain des pays, il mesure seulement le développement économique. L’Indice de développement humain (IDH), inspiré des travaux d'Amartya Sen, a été créé pour tenter d'appréhender le bien-être social.

Liste de pays par leur PIB[modifier | modifier le code]

Les données peuvent varier (légèrement) suivant les modes de calcul du FMI, de la Banque mondiale, de l'OCDE, de la CIA…

Liste des dix plus grandes puissances économiques mondiales en 2014, d'après le FMI, classées en valeur nominale puis en parité de pouvoir d'achat[33] :

Rang Pays PIB (nominal)
(millions de $)
Rang Pays PIB (PPA)
(millions de $)
1 Drapeau des États-Unis États-Unis 17 416 253 1 Drapeau de la République populaire de Chine Chine 17 632 014
2 Drapeau de la République populaire de Chine Chine 10 355 350 2 Drapeau des États-Unis États-Unis 17 416 253
3 Drapeau du Japon Japon 4 769 804 3 Drapeau de l'Inde Inde 7 277 279
4 Drapeau de l'Allemagne Allemagne 3 820 464 4 Drapeau du Japon Japon 4 788 033
5 Drapeau de la France France 2 902 330 5 Drapeau de l'Allemagne Allemagne 3 621 357
6 Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni 2 847 604 6 Drapeau de la Russie Russie 3 558 640
7 Drapeau du Brésil Brésil 2 244 131 7 Drapeau du Brésil Brésil 3 072 607
8 Drapeau de l'Italie Italie 2 129 276 8 Drapeau de la France France 2 586 524
9 Drapeau de la Russie Russie 2 057 301 9 Drapeau de l'Indonésie Indonésie 2 554 311
10 Drapeau de l'Inde Inde 2 047 811 10 Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni 2 434 932

Note : le PIB de l'Union européenne, si celle-ci était comptée comme un seul État (un seul marché, une législation commerciale unique et quasiment une seule monnaie, donc presque un pays au sens économique), serait le premier au monde.

PIB nominal et en PPA dans le monde (chiffres du FMI pour 2005).


Carte des pays selon leur PIB (nominal) par habitant en 2012[34]
  •      > $102 400
  •      $51 200 – $102 400
  •      $25 600 – $51 200
  •      $12 800 – $25 600
  •      $6 400 – $12 800
  •      $3 200 – $6 400
  •      $1 600 – $3 200
  •      $800 – $1 600
  •      $400 - $800
  •      < $400
  •      indisponible
Carte des pays, par PIB par habitant, en PPA (2006)
Source : FMI (avril 2007)

PIB par habitant de quelques pays en 2012 :

Pays PIB/hab
(US$)
Rang mondial
Drapeau du Luxembourg Luxembourg 106 406 1
Drapeau du Qatar Qatar 104 756 2
Drapeau de la Norvège Norvège 99 170 3
Drapeau de la Suisse Suisse 78 881 4
Drapeau de l'Australie Australie 67 304 5
Drapeau du Danemark Danemark 56 426 6
Drapeau de la Suède Suède 54 815 7
Drapeau du Canada Canada 52 300 8
Drapeau de Singapour Singapour 52 052 9
Drapeau des États-Unis États-Unis 51 704 10
Drapeau du Japon Japon 46 707 12
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 41 866 21
Drapeau de la France France 41 223 22
Drapeau de la Russie Russie 14 302 47
Drapeau du Brésil Brésil 11 359 60
Drapeau de la République populaire de Chine Chine 6 071 87
Drapeau de l'Inde Inde 1 499 139
Drapeau du Burundi Burundi 282 180

PIB en France[modifier | modifier le code]

Selon l'Insee, la croissance du PIB en France s’est stabilisée depuis 1975 autour de 2,3 % en rythme annuel[35] (voir aussi toutes les données sur le site de l’Insee).

Selon Jean Gadrey, membre de la commission Stiglitz (cf. infra), le rythme annuel présente plutôt une baisse tendancielle de 0,082 % par an, passant de 6 à 1,5 % entre 1950 et 2008[36].

PIB par habitant en Europe[modifier | modifier le code]

Comparaison des PIB/habitant en SPA des principaux pays de l'UE (+ États-Unis et Japon) de 2000 à 2011.

Le tableau et le graphique suivants indiquent, à partir des données d'Eurostat, le PIB par habitant en standard de pouvoir d'achat (SPA), de 2001 à 2012, dans les principaux pays de l'Union européenne, ainsi qu'aux États-Unis, au Japon et en Turquie. L'unité (100) correspond pour chaque année à l'Union européenne des 28 : ce graphique permet donc de voir comment ces pays ont évolué les uns par rapport aux autres mais pas de déterminer la hausse ou la baisse du PIB par habitant d'une année à l'autre dans un pays donné.

Comparaison des PIB/habitant en SPA des principaux pays de l'UE (+ États-Unis, Japon et Turquie)[37]
Pays 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Drapeau des États-Unis États-Unis 162 160 162 163 165 160 156 151 150 151 149 152
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 116 115 116 116 116 116 116 116 115 120 123 123
Drapeau de la France France 116 116 112 110 110 108 108 107 109 109 109 109
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni 121 122 123 125 124 122 118 114 112 108 105 106
Drapeau du Japon Japon 115 114 114 115 113 109 109 105 102 106 103 105
Drapeau de l'Italie Italie 119 113 111 107 105 105 104 104 104 103 102 101
Drapeau de l’Union européenne Union européenne (28 pays) 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
Drapeau de l'Espagne Espagne 98 101 101 101 102 105 105 104 103 99 96 96
Drapeau de la Pologne Pologne 48 48 49 51 51 52 55 56 61 63 65 67
Drapeau de la Turquie Turquie 37 36 36 40 42 44 45 47 47 50 53 54

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. www.latribune.fr/actualites/economie/international/20130815trib000780442/pib-les-chiffres-de-leconomie-chinoise-sont-ils-tronques.html
  2. Voir par exemple Dominique Méda : Qu'est-ce que la richesse Aubier, 1999.
  3. Voir par exemple E. F. Schumacher : le chapitre 1, « Le Problème de la Production », de Small is Beautiful (1973) porte essentiellement sur cette problématique
  4. Casser le thermomètre de la croissance ? - Le Figaro, 11 juin 2009 (archive du Figaro payante, voir lien archive)
  5. Simon Kuznets, le père des comptes nationaux [PDF]
  6. L’Europe en chiffres - Eurostat, p. 148 [PDF]
  7. OCDE, « Understanding national accounts »,‎ octobre 2014 (consulté le 22 octobre 2014), p. 65 et 113 (document PDF)
  8. Le FMI annonce une baisse du PIB mondial en 2009L'Expansion, 19 mars 2009
  9. (en) PIB 2009 par pays, publié dans le World Economic Outlook Database en avril 2010 par le Fonds monétaire international
  10. Davis M (2003), "GDP by Language" ; consulté 2014-12-20
  11. Le professeur Joseph Stiglitz (Université de Columbia) en était le président, le Professeur Amartya Sen (Harvard University) en était le conseiller, et le Professeur Jean-Paul Fitoussi (IEP) le coordinateur de la Commission
  12. Rapport [PDF]
  13. Voir article publié sur le site de la revue Alternatives économiques.
  14. Dominique Méda, Au-delà du PIB. Pour une autre mesure de la richesse, Flammarion, Champs-Actuel, 2008
  15. E.F. SchumacherSmall is beautiful (1973)
  16. Jean-Marc Jancovici Sommes-nous déjà en décroissance ?
  17. La crise écologique exige une révolution de l’économie des services
  18. cité par Mark R Tool Institutional Theory and Policy (1988)
  19. Développement durable - Site de l'Insee
  20. Jean Gadrey, Au-delà du PIB, quelles mesures alternatives ?
  21. Meadows & al, Limits to Growth: The 30-Year Update, 2004, Chelsea Green Publishing (ISBN 1-931498-51-2)
  22. Jean-Marc Jancovici, L'équation de Kaya
  23. Reconsidérer la richesse — Rapport de mission de Patrick Viveret pour le Mouvement pour un développement solidaire (MDS)
  24. Élisabeth Laville, L'entreprise verte, Village Mondial, page 292
  25. Casser le thermomètre de la croissance ?, Le Figaro, 15 juin 2009, page 24,
  26. (en) Draft summary - Commission Stiglitz [PDF]
  27. Publiée en 2012.
  28. Leopold Kohr — Toward a new measurement of living standards. The American Journal of Economics and Sociology (1956) et The overdeveloped nations (1977)
  29. Bruno S. Frey et Alois Stutzer, Happiness and Economics, Princeton University Press, décembre 2001
  30. John Maynard Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, chap. 10
  31. Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice, Les nouveaux indicateurs de richesse, La Découverte, 2005, p. 21
  32. Joseph E. Stiglitz et Carl E. Walsh, Principes d'économie moderne, 2e édition, Ed. de boeck, Bruxelles, 2004
  33. (en)IMF - World Economic Outlook Database, October 2014
  34. Basé sur les chiffres du FMI. Si aucun numéro était disponible pour un pays par le FMI, j'ai utilisé les chiffres de la CIA.
  35. Cf. graphique, site de l'Insee.
  36. Cf. graphique.
  37. Source : Eurostat, PIB par habitant en SPA. Indice (EU-28 = 100). Données du 15 novembre 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Méda, Qu'est-ce que la richesse ?, Aubier , 1999 puis Champs-Flammarion, 2001.
  • Dominique Méda, Au-delà du PIB. Pour une autre mesure de la richesse, Flammarion, Champs-Actuel, 2008.
  • Jean-Paul Piriou, La comptabilité nationale, éditions La Découverte, Repères, 2006.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Indicateurs

Réflexions

Liste des pays

Autres

Liens externes[modifier | modifier le code]

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