Tartan

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Trois exemples de tartans

Le tartan est une étoffe de laine à carreaux de couleurs, typique des peuples celtes. Il s'agit d'un motif de lignes horizontales et verticales entrecroisées, de multiples couleurs. Les tartans étaient à l'origine réservés aux tissus, mais sont maintenant utilisés sur de nombreux autres matériaux. Les kilts écossais sont ainsi quasiment toujours réalisés dans un tissu à motif de tartan.

Un tartan est constitué de bandes alternées de fils teints dans la masse, aussi bien pour la trame que pour la chaîne. La trame est tissée en sergé simple, la chaîne passant deux fils dessus et deux dessous, en progressant d'un fil à chaque passage. Le motif est constitué de bandes alternées de fils de laine colorés tissés à angle. Ceci forme des hachures diagonales aux sites d'entrecroisement et crée de nouvelles couleurs à partir du mélange des deux teintes d'origine. Les blocs de couleur qui en résultent se répètent verticalement et horizontalement, formant un motif de carrés et de lignes distinctif, le sett.

Les tartans sont associés aux clans, aux familles depuis le XIXe siècle. Le port du costume fut interdit le 1er août 1747[1]. Plus tard, les tartans furent élargis aux institutions écossaises, notamment suite à la publication du livre Vestiarium Scoticum par les frères Allen en 1842. Les kilts sont presque toujours décorés de tartans. Le tartan est aussi appelé plaid en Amérique du Nord, mais, en Écosse, ce mot désigne la couleur et le motif du tissu tartan jeté sur l’épaule, ou une couverture.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

La première photographie en couleur, réalisée par le scientifique écossais James Clerk Maxwell en 1861, représentait un ruban de tartan.

Des figurines de jade portant des coiffes tartan et remontant au moins à 3500 avant Jésus-Christ ont été trouvées en Chine, et sont plausiblement liées aux tokhariens.

Les plus anciennes traces de tartan ont été retrouvées dans des tombes tochariennes de l'Ouest de la Chine, similaires aux sépultures des populations européennes de l'âge de fer (v. 800 av. J.-C.). Les cadavres inhumés, qui n'étaient pas de morphotype oriental, mais caucasien, portaient des « twill » tissés et des motifs de tartans semblables aux motifs celtes du nord-ouest de l'Europe. Les Celtes inhumés portaient des manteaux faits d'un tissu à carreaux ; le motif était constitué de plusieurs couleurs imbriquées, semblable aux tartans écossais, irlandais et gallois.

Les motifs de tartan ont été utilisés dans le tissage britannique et irlandais depuis des siècles ; le tartan de Northumbria est tenu par certains comme étant le plus ancien connu. Un prédécesseur possible de ce tartan date du IIIe siècle ; retrouvé près du mur d'Antonin, ce Falkirk sett est un motif à carreaux de laine blanche et marron, sans teinture, des moutons de la race Soay. Le tissu avait été utilisé pour couvrir un pot en terre cuite recelant un trésor de pièces d'argent.

Les tissus multicolores ont été utilisés par les celtes depuis des temps immémoriaux ; le nombre de couleurs dépendait du rang du porteur. Le tartan des servants affichait une seule couleur; deux couleurs pour celui des paysans et agriculteurs; trois couleurs pour les officiers; cinq couleurs pour les chefs; six pour les druides et les poètes; et enfin sept pour les rois[2].

Les couleurs peuvent toutefois être rattachées aux origines géographiques du clan :

« [...] le vert brille dans les clans qui viennent d'Irlande, comme les Mac-Kenzies ; le rouge dans les Celtes-Bretons, comme les Mac-Grégor, et le jaune dans les clans danois, comme les Mac-Leods. »

— Louis Énault, Angleterre, Écosse, Irlande : voyage pittoresque (1859)

Le tartan avant les révoltes jacobites[modifier | modifier le code]

John Campbell of the Bank (1749). Le tartan actuel du clan Campbell est à dominante verte.

À l'époque de Martin Martin (années 1700), les tartans étaient semble-t-il utilisés pour différencier les habitants de districts différents, et non de familles différentes comme aujourd'hui. Martin mentionne expressément que les habitants de plusieurs îles n'étaient pas vêtus de manière identique, mais que les motifs (setts) et les couleurs des tartan variaient d'île en île. Comme il ne mentionne pas l'utilisation d'un motif spécifique par famille, il apparaîtrait ainsi que cette distinction est d'apparition plus récente, dérivée de l'ancienne coutume d'un tartan spécifique de la région. Chaque famille ou chaque clan étant prédominante dans sa région d'origine, elle aurait adopté le tartan du district comme emblème familial. Les informations de Martin Martin n'étaient par ailleurs pas basées sur des on-dit, l'auteur écossais étant né à l'île de Skye et ayant été élevé au cœur des Highlands et de leurs coutumes.

Il était toutefois fréquent pour un habitant des Highlands de porter plusieurs tartans à la fois. En 1587, une charte accordée à Hector Maclean de Duart demandait de lui un loyer de 60 aunes de tissus de couleurs blanche, noire et verte. En 1689, un témoin de la bataille de Killiecrankie décrit les « hommes de McDonnell et leurs triples rayures[3]. »

À partir de 1725, la force gouvernementale des Highland Independent Companies introduit un tartan standardisé, choisi afin d'éviter l'association avec un clan, et qui fut adopté définitivement lorsqu'ils devinrent le régiment Black Watch en 1739.

L'association d'un nom de clan avec les tartans a pris son essor au XIXe siècle avec la publication du Vestiarium Scoticum, qui s'est révélé être un faux.

Construction et description[modifier | modifier le code]

Mélanges de couleurs[modifier | modifier le code]

Diagramme A, la chaîne
Diagramme B, la trame.
Diagramme C, le tartan. Combinaison de la chaîne et de la trame.

Chaque fil de la chaîne croise chaque fil de la trame à angle droit. Quand les fils de chaîne et de trame sont de la même couleur, ils produisent une aire de couleur unie dans le tartan. Quand les fils sont de couleur différentes, l'aire où ils se croisent est un mélange des deux couleurs en égale proportion. Ainsi, un motif comportant deux couleurs de base donnera un tartan à trois couleurs, deux unies et une mélangée. Le nombre total de couleurs du tartan (en incluant les mélanges) augmente avec le nombre n de couleurs de base comme n(n+1)/2 : ainsi, un motif comprenant six couleurs de base produira quinze mélanges, pour un total de vingt et une couleurs différentes sur le tartan. De ce fait, plus le nombre de couleurs de base est élevé, et plus le motif du tartan devient confus.

Description de la séquence[modifier | modifier le code]

Un motif simple : K54 W48 K8 W48 (McFarlane)

La séquence de couleur des fils (the sett) forme un motif généralement symétrique, qui s'inverse sur les pivots. Dans le diagramme A, la séquence va du premier pivot au second, puis s'inverse du second au troisième, puis se répète du troisième au quatrième, et ainsi de suite. Dans le diagramme B, la trame suit la même séquence. Le résultat du croisement, symétrique, est donné par le diagramme C. Cependant, certains tartans ne sont pas symétriques : la séquence peut se répéter sans inversion, et certains tartans très rares n'ont pas exactement la même séquence en chaîne et en trame.

Un tartan peut être décrit en donnant les couleurs qui forment la séquence, et le nombre de fils de chaque plage de couleur (les premières descriptions de tartan était faites en mesurant la largeur de chaque bande en huitièmes de pouces). Les couleurs sont généralement notées par la première lettre de leur nom (anglais), le Noir étant noté par K (black) pour ne pas être confondu avec le bleu (Blue). Ainsi, la séquence "K54 W48 K8 W48" correspond à 54 fils noirs, puis 48 blancs, 8 noirs, et encore 48 blancs. Dans cette description, les deux couleurs extrêmes sont les pivots, et ne sont pas répétées lors de l'inversion. Le motif complet sera donc "K54 W48 K8 W48 K8 W48 K54 W48 K8 W48 K8 W48 ..."

Le nombre de fils du décompte peut être modifié en fonction de la taille souhaitée pour le motif global. Un motif de tartan peut faire une quinzaine de centimètres, ce qui sera trop grand pour une cravate. Dans ce cas, le nombre de fils est réduit en conservant les mêmes proportions, de manière à réduire la largeur du motif à six ou sept centimètres.

Par convention, le nombre de fils consécutifs d'une même couleur est toujours pair (il correspond à un aller-retour de la Navette dans le métier à tisser).

Nuances de couleurs[modifier | modifier le code]

La marque Burberry est reconnaissable aux couleurs de son tartan.

Les couleurs d'un tartan peuvent être rendues suivant des nuances variées (de même que les couleurs héraldiques), ce qui conduit à des variations possibles dans le rendu d'un même tartan. Les tartans rendus suivant ces variantes sont parfois qualifiées de « ancien » ou « modernes ». Un rendu « moderne » correspond à un tartan utilisant des teintures chimiques, par opposition aux teintures naturelles. Ces teintures chimiques, plus économiques et d'emploi plus facile, ont été employées à partir du milieu du XIXe siècle, au moment où le tartan a fait l'objet d'une production industrielle massive.

Les teintures chimiques tendent à produire des couleurs très franches et plutôt sombres. Dans un tartan « moderne », les motifs bleus, verts et noirs tendent à être obscurcis. Un tartan « ancien » aura des nuances plus claires, du type de celles obtenues par des colorants naturels.

L'idée que les couleurs utilisées pour un tartan ont une signification symbolique est purement moderne (en particulier, il est faux de supposer que les tartans traditionnels à dominante rouge étaient des tartans de guerre, sur lesquels le sang était moins visible). De nombreux tartans officiels de création moderne donnent une signification symbolique aux couleurs utilisées : le vert symbolise parfois des prairies ou des forêts, le bleu peut représenter des lacs ou des rivières, et le jaune rappelle des champs de blé ou de céréales.

Composition et lecture[modifier | modifier le code]

McLeod (K16 Y2 K16 Y24 R2)
Exemple de fausse symétrie dans le motif : Black Watch

Les tartans sont très souvent composés par un fond de deux couleurs dominantes formant de larges bandes, le damier de base (under check), recoupées ou bordées par des filets secondaires qui forment un damier complémentaire (over check)[4]. Le damier de base peut passer pour une illusion d'optique, parce que ses éléments sont dissociés par le damier complémentaire : c'est l'œil qui le reconstitue.

Par exemple, le tartan McLeod (K16 Y2 K16 Y24 R2) est essentiellement formé de bandes jaunes et noires, les bandes jaunes étant recoupées d'un filet central rouge, et les noires de deux filets jaunes. Les tartans les plus simples n'ont que deux couleurs dans le damier de base, et très peu de filets secondaires (voire pas du tout). On peut citer comme exemple particulièrement simple les tartans Shepherd (noir et blanc), Rob Roy (rouge et noir) ou Moncrieff (rouge et vert), qui sont à damier simple bicolore sans autre filet secondaire.

Les filets secondaires peuvent comporter des petites asymétries qui n'apparaissent qu'à un examen attentif. Ainsi, le motif des Black Watch est en première approximation une alternance de bandes vertes et bleues, largement bordées de noir (de type b60 k20 g60). Les bandes vertes sont recoupées d'un filet central bleu, mais les bandes bleues ne sont pas toutes recoupées de la même matière : elles ont alternativement deux filets centraux, puis deux filets latéraux. De ce fait, le motif complet (b24 k4 b4 k4 b4 k20 g24 k6 g24 k20 b22 k4 b4) a en réalité un pas deux fois plus grand qu'il n'apparaît à première vue.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les sept hommes XVIIIe siècle.
  2. The Clans, Septs, And Regiments Of The Scottish Highlands, Frank Adam and Tomas Innes, 1934. « The original use of these chequered garments was not, as now, to show the tribe or clan to which their warer belonged, but was a distinctive emblem of the rank or position which he held. There was but one colour in the clothes of servants ; two in the clothes of rent-paying farmers ; three in the clothes of officiers ; five in the clothes of chieftains ; six in the garments of Druids or poets ; while the King, Ard-righ, or Chief had right to seven colours. »
  3. McDonnell's men in their triple stripes.
  4. reading the tartan

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Tartan Day
  • Prince de Galles (tissu) : ce genre de motif a été créé à l'intention des grands propriétaires fonciers anglais établis en Écosse et qui n'avaient pas droit au tartan, le motif des clans. Comme ils voulaient malgré tout habiller leur personnel avec des dessins identifiables, ils les pourvurent de carreaux de fantaisie appelé « district checks ». En Angleterre – contrairement à l'Amérique et au continent – ce tissu n'est pas prévu pour les affaires, mais pour le sport ou le loisir.

Liens externes[modifier | modifier le code]