Filles du Roi

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Les Filles du roi (ou «Filles du Roy», selon la graphie de l'époque) sont des jeunes femmes choisies par le roi de France qui devaient immigrer en Nouvelle-France au XVIIe siècle pour s'y marier, y fonder un foyer et établir une famille pour coloniser le territoire. Le Roi de France agissait comme un tuteur (leur père) en payant les frais de leur voyage ainsi qu'une dot lors de leur mariage. Cette dot était ordinairement de 50 livres. Elles étaient souvent orphelines et d'origine modeste[1] ; et à 81,1% d'origine urbaine ou semi-urbaine[2].

Arrivée des filles du Roy à Québec, reçues par Jean Talon et Mgr Laval. Tableau d'Eleanor Fortescue-Brickdale (en)

Introduction[modifier | modifier le code]

Pour aller peupler la colonie française d’Amérique de la Nouvelle-France qui a été, à ses débuts, une colonie d’exploitation du commerce des fourrures, il a fallu fournir aux cultivateurs célibataires, qui ont immigré, des femmes pour fonder une famille et avoir des enfants. Elles recevaient une dot du Roi de France qui comprenait des objets utiles à leur nouvelle vie.

Orphelines, filles de condition modeste, sans fortune, ces jeunes femmes arrivent dès le 22 septembre 1663 pour peupler la Nouvelle-France. Celles établies à Montréal ont été accueillies par Marguerite Bourgeoys. Elles sont entre 700 et 1000 à être envoyées en Nouvelle-France. Dix ans après leur arrivée, la population de la Nouvelle-France avait doublé[3].

Envoyées par le roi de France Louis XIV à la demande de l’intendant Jean Talon ou de Frontenac, ces filles avaient en général entre 15 et 30 ans. Elles venaient pour la plupart des orphelinats des villes côtières telles que Honfleur, Dieppe ou La Rochelle, des Hôpitaux généraux de Paris, des hospices où étaient gardés les pauvres, les enfants abandonnés, etc. Elles débarquaient avec une dot du roi (qui était généralement une draperie et quelques articles ménagers), qui parfois n’était même pas versée et, six mois plus tard, ces filles étaient généralement mariées.

Genèse[modifier | modifier le code]

L’expression Filles du roi sous-entend que ces immigrantes étaient les pupilles de Louis XIV et qu'à titre de protecteur, celui-ci suppléait aux devoirs de leur père naturel en veillant sur elles et en les dotant. En Nouvelle-France, entre 1663 et 1673, la question de la dot a pris une importance particulière, puisque les autorités allaient inciter les hommes seuls à les épouser.

Les dots conventionnelles des filles du pays étaient généralement constituées de meubles, d’articles de ménage, d’argent, de terres ou d’autres biens reçus en héritage. S’ajoutait parfois à ces éléments qui ont été identifiés au contrat de mariage, la perspective d’un héritage à venir. Généralement, quel que fût leur sexe, tous les enfants d’un couple ont droit à une part égale de l’héritage familial. Même la plus pauvre des filles pouvait compter sur des biens qui, s’ils ne lui appartenaient pas au moment de l’engagement, pouvaient venir plus tard, un jour, enrichir le patrimoine de la famille qu'elle s’apprêtait à fonder.

Des femmes, mais aussi des ouvriers et des valets[modifier | modifier le code]

Les filles cherchaient des hommes qui avaient une maison ou une terre, dit-on. Les colons, de leur côté, essayaient de choisir les femmes les mieux portantes pour le travail de la ferme. On les présentait les uns aux autres lors de soirées organisées. Il y avait ensuite l’étape du notaire, puis celle du mariage à l’église.

Le 2 novembre 1672 Frontenac écrit au ministre: « La rareté d'ouvriers et d'engagés m'oblige à vous supplier d'avoir la bonté de vouloir songer à nous en envoyer quelques-uns de toutes les façons, et même des filles pour marier à beaucoup de personnes qui n'en trouvent point ici et qui font mille désordres. S'il y avait eu ici, cette année, cent cinquante filles et autant de valets, dans un mois ils auraient tous trouvé des maris et des maîtres. L'on m'avait dit que le grand hôpital de Paris et celui de Lyon proposaient d'en envoyer à leurs dépens, pourvu qu'on leur accordât ici des concessions.[4] »

Filles du roi ou filles à marier[modifier | modifier le code]

L’expression Filles du roi s’appliquait exclusivement aux femmes et aux filles ayant immigré en Nouvelle-France entre 1663 et 1673. Ces jeunes femmes âgées de 15 à 30 ans prêtes à se marier et à procréer étaient appelées ainsi parce que, pour les dépenses liées à leur transport et à leur établissement, elles avaient une dot de 50 livres de la part du roi. Si elles n’éprouvaient généralement pas de difficulté à se trouver un mari, quelques-unes en rencontraient dans l’adaptation à la vie quotidienne en Nouvelle-France. La raison en était simple puisque, selon Marie de l'Incarnation, il s’agissait de citadines, peu ou pas préparées au travail de la terre.

Dès 1668, des mesures sont prises pour réduire le risque de voir débarquer d’autres (citadines). C'est pourquoi Anne Gasnier, une femme de la ville de Québec, a été désignée pour se rendre en France afin de participer au choix des recrues qui présentaient le meilleur potentiel d’adaptation au contexte particulier de la Nouvelle-France. Elle s’est adressée aux institutions de charité, là où étaient reçues et hébergées orphelines et filles pauvres.

Le fait que près de la moitié des Filles du roi eussent donné Paris comme lieu d’origine ou de départ, n’exclut pas l’hypothèse qu'elles eussent pu naître ailleurs. Les recherches menées par les historiens ont permis de conclure que la plupart des provinces françaises ont vu partir pour la Nouvelle-France une ou plusieurs jeunes filles.

Après l’Île-de-France, les provinces ayant le plus contribué à ce mouvement furent la Normandie, l’Aunis, le Poitou, la Champagne, la Picardie, l’Orléanais et la Beauce. Seules l’Alsace, l'Auvergne, le Bourbonnais, le Dauphiné, la Provence, le Languedoc, le Roussillon, le Béarn, la Gascogne et le comté de Foix semblent ne pas y avoir participé.

La plupart des Filles du roi étaient des célibataires d’origine modeste, mais on dénombre quelques filles de haut rang, parfois de la petite noblesse. Bon nombre étaient issues de familles terriennes, plusieurs étaient orphelines. Parmi elles se sont glissées quelques veuves dont certaines avaient déjà donné naissance à un enfant.

Des filles « bien élevées »[modifier | modifier le code]

Il est difficile, sinon impossible, de savoir en quoi leur éducation a consisté. Semblables en cela aux femmes et aux hommes de leur temps, la plupart d’entre elles ne savaient ni lire ni écrire. Parmi elles, quelques « beaux partis » étaient destinés aux officiers du régiment de Carignan-Salières ou aux célibataires d’origine bourgeoise ou noble. C’était des « demoiselles ». Leur nombre, puisqu'on souhaitait surtout l’apport de femmes robustes et aptes au travail, était mesuré. Au total, moins d’une cinquantaine de Filles du roi appartenaient à cette élite.

Entre leur arrivée à Québec et leur mariage, les Filles du roi étaient placées sous la protection de religieuses, de veuves ou de familles. Elles y étaient logées et nourries.

Individualités[modifier | modifier le code]

Le contingent féminin de 1668 comptait 78 Filles du roi. La plus grande partie du groupe était d’origine française, mais on y trouvait quelques filles issues d’autres peuples. Selon Marie de l’Incarnation, religieuse des Ursulines qui s’occupait de ces Filles du roi, on y trouvait une sauvagesse de la nation du Brésil ou Maure de nation, née au Brésil et baptisée à Lisbonne sous le nom d’Espérance du Rosaire. Mariée à Simon Longueville en 1668, ils n’eurent jamais d’enfant.

On trouve aussi une Hollandaise et une jeune Allemande d’origine noble, âgée de 16 ans et originaire de Hambourg, prénommée Anne-Marie Von Seck, francisé Phansèque ou Fanesèque. Elle fit scandale et fit beaucoup parler d’elle à l’époque. Arrivée en Nouvelle-France dans des circonstances mystérieuses, elle s’installe à Ville-Marie (actuellement Montréal). Veuve une première fois et délaissée par son deuxième époux, un homme ivrogne et très violent, elle mène alors une vie de débauche qui lui occasionne de nombreux démêlés avec la justice, dont plusieurs passages en prison et condamnation à des amendes. Seule de sa nation, elle finit tristement sa vie en 1722, délaissée par ses proches. Elle est l’ancêtre des Leroux dit Rousson et de plusieurs des Cardinal du Québec.

Il y a aussi Catherine de Baillon dont on dit selon des recherches généalogiques récentes qu'elle serait une descendante de Charlemagne. Née vers 1645 dans le hameau de Des Layes, près de Montfort-l'Amaury, elle arrive en Nouvelle-France en 1669 et se marie à Québec la même année à Jacques Miville dit Deschesnes. Ils s'installeront plus tard à la Grande Anse près de Rivière-Ouelle et auront ensemble 7 enfants, mais les deux mourront à quelques heures d'intervalle en 1688, une épidémie étant probablement la cause.

Postérité[modifier | modifier le code]

Logo

Il y a des plaques commémoratives des Filles du roi à Trois-Rivières et dans le Vieux-Québec. Il existe aussi dans le Vieux-Montréal depuis 1964 un restaurant les Filles du Roy, au coin des rues Saint-Paul et Bonsecours, près de la petite chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours fondée par sainte Marguerite Bourgeoys, justement responsable des nouvelles-venues qui cherchaient mari. De plus, une bière artisanale, nommé la Blonde de Chambly d'Unibroue, est brassée en l'honneur des femmes ayant fait la grande traversée.

L'année 2013 marque le 350e anniversaire de l'arrivée des Filles du Roy en Nouvelle-France[5] et l'évènement est souligné dans plusieurs municipalités du Québec[6]. À Montréal, la Maison Saint-Gabriel est le carrefour des fêtes de commémoration[7],[8]. La ville de Rouen a participé à cette célébration par la pose d'une plaque, le 7 juin 2013, au sein du quartier Croix de Pierre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Musée des civilisations : Filles du Roi
  2. Hubert Charbonneau & André Guillemette, « Provinces et habitats d’origine des pionniers de la vallée laurentienne », dans Claude Poirier et al., Langue, espace, société: les variétés du français en Amérique du Nord, Sainte-Foy: Presses de l’Université Laval, 1994, p. 157–183, citation p. 178-179.[1]
  3. Gouvernement du Québec, « Arrivée des Filles du roi en Nouvelle-France », sur Répertoire du patrimoine culturel du Québec (consulté le 5 novembre 2013)
  4. Benjamin Sulte, HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS 1608-1880 ORIGINE, HISTOIRE, RELIGION, GUERRES, DÉCOUVERTES, COLONISATION, COUTUMES, VIE DOMESTIQUE, SOCIALE E T POLITIQUE, DÉVELOPPEMENT, AVENIR, Montréal, Wilson & Compagnie,‎ 1882 (lire en ligne), p. 122
  5. cfqlmc.org
  6. Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, « Programme des activités du 350e anniversaire du départ de France et de l’arrivée en Nouvelle-France des Filles du Roy » (consulté le 4 mai 2013)
  7. Maison Saint-Gabriel, « Maison Saint-Gabriel - Les filles du Roy 1663-2013 – 350e anniversaire » (consulté le 3 mai 2013)
  8. Ville de Montréal, « Commémoration du 350e anniversaire de l'arrivée des Filles du Roy : le Sud-Ouest convie la population à participer en grand nombre aux festivités de la Maison Saint-Gabriel » (consulté le 3 mai 2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Landry, Orphelines en France, pionnières au Canada : les Filles du roi au XVIIe siècle, Montréal, Leméac, 1992, 436 p.
  • David Gilles, « La condition juridique de la femme en Nouvelle-France : essai sur l’application de la Coutume de Paris dans un contexte colonial », Cahiers aixois d’histoire des droits de l’outre-mer français, PUAM, Aix-en-Provence, no 1, 2002, pp. 77-125.
  • David Gilles, « Les filles du roi en Nouvelle-France : administrer une politique de peuplement colonial sous l’Ancien régime », La femme dans l’histoire du droit et des idées politiques, (dir. E. Gasparini et P. Charlot). Éditions universitaires de Dijon, 2008, pp. 29-59.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]