Gaston Miron

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Gaston Miron

Activités Poète, éditeur
Naissance 8 janvier 1928
Sainte-Agathe-des-Monts, Drapeau : Québec Québec
Décès 14 décembre 1996 (à 68 ans)
Montréal, Drapeau : Québec Québec
Langue d'écriture Français
Mouvement Nationalisme québécois

Œuvres principales

  • Deux sangs (1953)
  • L’homme rapaillé (1970)
  • Courtepointes (1975)
  • Poèmes épars

Gaston Miron (né à Sainte-Agathe-des-Monts le 8 janvier 1928, et mort à Montréal le 14 décembre 1996) est un poète et éditeur québécois[1]. Le Québec lui offre des obsèques nationales, dans sa ville natale, le samedi 21 décembre 1996[2],[3]. Il est considéré comme un éminent « poète national » du Québec[4].

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Né en 1928 à Sainte-Agathe-des-Monts, il passe quelques vacances d'été à Saint-Agricole et au Lac de l'Orignal, dans le canton de l'Archambault. Il écrit :

« Je suis né ton fils en-haut là-bas / dans les vieilles montagnes râpées du nord. »

— L'Octobre

« Pays de jointures et de fractures / vallée de l'Archambault / étroite comme les hanches d'une femme maigre. »

— Fragment de la vallée

Aîné d'une famille de cinq enfants, il a 12 ans quand son père, charpentier, meurt. Tout jeune, il subit ses premiers chocs culturels : il découvre que son grand-père, qu'il admire, est totalement analphabète, et que lui-même vit en pleine dualité linguistique, où l'anglais tend à prédominer. Sainte-Agathe se transforme l'été en centre de villégiature pour anglophones fortunés : la langue de la minorité, qui est aussi celle de l'argent, plonge les siens dans un état de dépendance servile.

Il fait son deuxième cycle d'études à Granby dans un juvénat des Frères du Sacré-Cœur. On l'initie à la poésie d'Octave Crémazie, de Pamphile Le May, de Nérée Beauchemin… Entre-temps, sa mère « avec ses mains d'obscures tendresses » se remarie et la famille déménage à Saint-Jérôme. Il la rejoint à la fin de ses études et travaille un an comme manœuvre auprès de plombiers.

À 19 ans, il quitte le milieu familial et s'installe à Montréal. Le jour, il y exerce un peu tous les métiers : commis de bureau, instituteur, serveur… Le soir, il étudie les sciences sociales à l'Université de Montréal et rencontre Olivier Marchand qui le met en contact avec la poésie moderne : Éluard, Desnos, Aragon… Ce même Marchand l'introduit à l'Ordre de Bon Temps, un mouvement « canadien-français » issu de la JEC (au Québec : Jeunesse étudiante catholique) et voué à la défense du folklore canadien-français[5].

L’éditeur[modifier | modifier le code]

En 1953, il est un des six cofondateurs de la première maison d’édition de poésie québécoise, les Éditions de l’Hexagone, en compagnie de cinq jeunes connus à l’Ordre de Bon Temps : le poète Olivier Marchand, l’épouse de celui-ci, Mathilde Ganzini, le décorateur Jean-Claude Rinfret, et les futurs cinéastes Louis Portugais et Gilles Carle. Auparavant, nos poètes devaient publier à leurs frais : seuls quelques poètes issus de la bourgeoisie pouvaient se permettre d'éditer leur œuvre. En 1956, l’Hexagone devient une société légale et participe à la publication des revues Parti pris et Liberté en 1959 sous la direction de Jean-Guy Pilon, qui remplace Miron à la direction de l’Hexagone quand ce dernier est parti étudier deux ans en France. De 1961 à 1971, l’Hexagone publie deux à quatre titres par année. La maison connaît un essor dans les années 1970 et 1980, devenant une entreprise commerciale, propriété de Gaston Miron, Alain Horic et Louis Portugais. Miron dirige l'Hexagone durant les trente premières années, jusqu'en 1983. À partir des années 1970, l'Hexagone devient davantage une entreprise commerciale et se diversifie, publiant des essais et des romans en plus de la poésie. Elle sort sa collection de poche, Typo, en 1985[6].

Le poète diffuseur[modifier | modifier le code]

Gaston Miron publie ses poèmes dès les années 1950, dans divers quotidiens et périodiques, dont Le Devoir, Liberté et Parti pris. En 1953, il publie avec Olivier Marchand leur recueil de poésie, Deux sangs, qui inaugurera les Éditions de l’Hexagone.

Ayant obtenu une bourse du Conseil des Arts du Canada pour étudier en France, Gaston Miron séjourne à Paris de 1959 à 1960 où il suit un cours sur l’édition à l’École Estienne.

Gaston Miron, qui se qualifie lui-même de « commis voyageur de la poésie », œuvre dans le milieu de l'édition et de la diffusion du livre, en parallèle avec son travail d’écrivain. On le retrouve ainsi chez Beauchemin, Leméac et aux Messageries littéraires. Membre du bureau de direction de l’Association des éditeurs canadiens, il représente l’édition québécoise à la Foire du livre de Francfort de 1963 à 1968.

Important artisan du réveil culturel et politique québécois des années 1950 et 60, il fut incarcéré sans preuve ni accusation ni jugement de cours, durant plus d’une semaine, comme environ 450 autres artistes, poètes, activistes, nationalistes québécois, en octobre 1970, à la suite de l’invocation d’une vieille loi d’exception (la loi fédérale dite des mesures de guerre) par le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau[7],[8].

Étant insatisfait d'avoir publié ses poèmes de manière éparse durant vingt ans, ce n’est qu’à l’aube des années 1970 qu’il se laisse convaincre de les regrouper, avec quelques-uns de ses textes en prose, dans un recueil intitulé L’Homme rapaillé, qui sera son « maître ouvrage » (prix Guillaume-Apollinaire). Le publiant d'abord en 1970 aux Presses de l’Université de Montréal (et non pas aux Éditions de l’Hexagone), Miron retravaille constamment cette œuvre : sept éditions de ces textes auront été ainsi publiées de son vivant, sur quelque 25 ans. Cette œuvre fut aussi éditée en plusieurs traductions, dont : en italien, anglais, portugais, ukrainien, polonais, hongrois, roumain et espagnol.

Gaston Miron est encore aujourd’hui considéré comme un grand poète du Québec contemporain[9], par la force et la profondeur du questionnement universel qu’il se pose, sur lui-même et les conditionnements culturels qui lui étaient imposés à l’époque, dans un Québec anglicisé de toute part.

Son poème La marche à l'amour s'avère ainsi l'un des plus connus et des plus beaux jamais écrits en Amérique française[9].

Katia Stockman écrit en conclusion, sur le site de l'Infocentre littéraire des écrivains québécois[10] :

« Gaston Miron est considéré comme l'un des plus grands poètes québécois et comme une sorte de modèle pour les générations qui le suivent. Son écriture, placée au coeur de la langue de son pays, est riche en rythmes, mélodies et mots évocateurs de la réalité québécoise. Ses poèmes d'amour, amour pour les êtres et pour sa nation, sont à la fois les plus passionnés et les plus révoltés des textes de son époque. »

Poésie et prose[modifier | modifier le code]

Recueils[modifier | modifier le code]

  • Deux sangs (recueil de poèmes de Gaston MIRON et d'Olivier MARCHAND), Montréal, Éditions de l’Hexagone, 1953.
  • L’homme rapaillé, Montréal, Presses de l’Université de Montréal (pour la première édition du recueil), 1970 - repris à Paris chez NRF Gallimard, édition Marie-Andrée Beaudet, préface d'Édouard Glissant, 1999.
  • Courtepointes, Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1975.
  • Poèmes épars, édition de textes de 1947 à 1995, sous la direction de Marie-Andrée BEAUDET et Pierre NEPVEU, Montréal, Éditions de l’Hexagone, 2003.
  • Un long chemin (d’autres proses), édition de textes en prose, œuvre posthume sous la direction de Marie-Andrée BEAUDET et Pierre NEPVEU, Montréal, Éditions de l’Hexagone, 2004.

Préfaces, postfaces[modifier | modifier le code]

  • 1987 : « Le froid, l'effroi ... », dans Michaël La Chance, Forger l’effroi (ill. Louis-Pierre Bougie), Montréal, Griffe d’acier, np., BNQ|RES/CC/160
  • 1983 : « Après-dire », dans Michaël La Chance, Le Prince sans rire (ill. Louis-Pierre Bougie), Montréal et Paris, Éditions Lui-même, np., BNQ|RES/CA/216

Correspondance[modifier | modifier le code]

  • À bout portant (correspondance 1954-1965), correspondance de Gaston MIRON avec Claude HAEFFELY, Montréal, Éditions Leméac, 1989.

Entretiens[modifier | modifier le code]

  • L'avenir dégagé (Entretiens 1959-1993), Montréal, Éditions de l’Hexagone, 2010.

Archives[modifier | modifier le code]

Le fonds d'archives de Gaston Miron est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec[11].

Paroles du poète[modifier | modifier le code]

  • « Le sentiment dévorant de disparaître sur place de ce peuple qui n'en finit plus de ne pas naître. »
  • « C'est un peu de nous tous en celui qui s'en va et c'est en celui qui naît un peu de nous tous qui devient autre. »
  • « Nous reviendrons, nous aurons à dos le passé, et à force d'avoir pris en haine toutes les servitudes, nous serons devenus des bêtes féroces de l'espoir. »
  • « L'avenir dégagé, l'avenir engagé. »
  • « Le temps c'est une ligne droite et mourante de mon œil à l'inespéré. »
  • « Je n'ai jamais voyagé vers autre pays que toi mon pays. »
  • « Hommes, souvenez-vous de vous en d'autres temps. »
  • « Nous ne serons jamais plus des hommes si nos yeux se vident de leur mémoire. »
  • « Voici mes genoux que les hommes nous pardonnent / nous avons laissé humilier l'intelligence des pères... »

Honneurs[modifier | modifier le code]

Posthumes

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Yannick Gasquy-Resch, Gaston Miron, tel un naufragé, biographie, préface de Jean Raymond, Éditions Aden, coll. Le cercle des poètes disparus, 301 p. 20 cm, 2008 (ISBN 978-2-84840-018-1)
  • Claude Filteau (1946-), L’espace poétique de Gaston Miron, préface de Jerusa Pires Ferreira, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, coll. Francophonies, 310 p. 24 cm, 2005 (ISBN 2-84287-346-7 et 978-2-84287-346-2)
  • Yannick Gasquy-Resch, Gaston Miron, le Forcené magnifique, essai biographique, préface d'André Brochu, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, coll. amÉrica, 158 p., 2003 (ISBN 2-89428-631-7 et 978-2-89428-631-9)
  • Claude Filteau (1946-), Dominique Noguez (1942-) et Lise Gauvin (1940-), Gaston Miron, un poète dans la cité, dans Études françaises, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, Vol. 35 no 2-3, 1999, 237 pages. (Disponible gratuitement en ligne[15].)
  • Pierre Nepveu (1946-), Les mots à l’écoute, poésie et silence chez Fernand Ouellette, Gaston Miron et Paul-Marie Lapointe : Québec, Les Presses de l’Université Laval, coll. Vie des lettres québécoises, 1979, 292 p. 22 cm (ISBN 077-4668-571) / Éditions Nota bene, coll. Visées critiques, 2002, 360 p. 18 cm (ISBN 2-89518-105-5)
  • Pierre Nepveu, Gaston Miron, La vie d'un homme, Les Éditions du Boréal, 2011, 900 pages.
  • Jacques Brault (1933-), Miron le magnifique, p. 23-55, dans Chemin faisant, essais, Montréal : La Presse, coll. Échanges, 150 p. 21 cm, 1975 (ISBN 0-77770-170-7) / Boréal, coll. Papiers collés, 202 p. 22 cm, 1995 (ISBN 2-89052-635-6)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eugène Roberto, « Miron, Gaston » dans l’Encyclopédie canadienne.
  2. « Motion sans préavis, pour souligner le décès du poète Gaston Miron », Journal des débats de l'Assemblée nationale du Québec, le lundi 16 décembre 1996.
  3. Marie-Andrée Beaudet, « À propos des funérailles nationales de Gaston Miron », lettre parue dans Le Devoir le 18 mars 2004.
  4. Daniel Lemay, « Gaston Miron: de la légende à l'homme réel » , La Presse, 2 septembre 2011.
  5. Jean-Louis Lessard, « Gaston Miron : notice biographique » sur cyberscol.qc.ca
  6. [vidéo] « L'Hexagone, l'aventure de l'éditeur », Gérald Godin et Gaston Miron, interviewés (13 min 41 s) à l'émission télévisée Femme d’aujourd’hui, le 28 février 1979, Archives de la SRC.
  7. « Gaston Miron, notice biographique », sur le site des Éditions Typo.
  8. [vidéo] « Octobre 1970 (au Québec) : récits de prisonniers », à l'émission Format 60, télévision de la SRC, le 27 octobre 1970 (7 min 28 s).
  9. a et b Louis-Guy Lemieux, « Gaston Miron, poète : L'Homme rapaillé ne veut pas mourir », Le Soleil, le 13 décembre 2009.
  10. « Miron, Gaston : Notice biographique, Œuvres », sur www.litterature.org (L'Île : l'Infocentre littéraire des écrivains, du Québec, qui est « le résultat du partenariat entre l'Uneq, le Crilcq, la BAnQ et l'Aiéq »).
  11. « Fonds Gaston Miron (MSS410) », Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
  12. « Gaston Miron : lauréat du prix France-Canada », extrait (5 min) de l'émission Carnet arts et lettres, à la radio de la SRC, le 24 novembre 1970, allocution d'Alain Bousquet.
  13. « Gaston Miron », Prix Athanase-David 1983.
  14. « Gaston Miron », Ordre national du Québec, Officier, 1996.
  15. [PDF] Claude Filteau, Dominique Noguez et Lise Gauvin, « Gaston Miron : un poète dans la cité », dans Études françaises, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, Vol. 35 no  2-3, 1999.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]