Scorbut

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Scorbut
Classification et ressources externes
Scorbutic gums.jpg
Symptômes du scorbut. Affections scorbutiques des gencives.
CIM-10 E54
CIM-9 267
OMIM 240400
DiseasesDB 13930
MedlinePlus 000355
eMedicine med/2086  derm/521 ped/2073 radio/628
MeSH D012614
Wikipédia ne donne pas de conseils médicaux Mise en garde médicale

Le scorbut (prononciation /skɔʁbyt/ en France, /skɔʁby/ au Québec[1]) est une maladie due à une carence délétère en vitamine C qui se traduit chez l'être humain, dans sa forme grave, par un déchaussement des dents et la purulence des gencives, des hémorragies, puis la mort.

Le scorbut, aujourd'hui quasiment disparu[2], majore considérablement toutes les autres pathologies, même les plus bénignes, pouvant parfois les rendre mortelles.

Symptômes[modifier | modifier le code]

Le scorbut se manifeste initialement par de la fatigue, puis par des œdèmes aux membres, puis des hémorragies des muqueuses du nez et des gencives, et des ecchymoses nombreuses sous la peau. Les dents se déchaussent jusqu'à tomber. Incapables de se tenir debout, les sujets atteints meurent d’épuisement ou d’une complication infectieuse respiratoire.

Causes[modifier | modifier le code]

La vitamine C est un précurseur du coenzyme de l'enzyme impliquée dans l'hydroxylation du collagène. Cette hydroxylation est indispensable à la formation en triple hélice des fibres de collagène qui permettent de maintenir la structure des tissus. La vitamine C intervient en tant qu'antioxydant : il y a hydroxylation des groupements proline et, surtout, lysine du collagène, par attaque d'une molécule de dioxygène, ce qui permet de maintenir la structure des vaisseaux. Un atome d'oxygène est utilisé pour l'hydroxylation d'un acide aminé, mais l'autre atome est présent sous forme de radical libre O.. Celui-ci étant un puissant oxydant, il fragilise les capillaires des gencives, d'où l'apparition du scorbut. Par conséquent, la libération de deux atomes d'hydrogène par l'acide ascorbique va inhiber l'attaque oxydante du radical, selon la réaction suivante : 2 H + O → H2O.

Historique[modifier | modifier le code]

  • Vers 1600 av. J.-C. : première description dans le papyrus Ebers.
  • 1535 : entre le 14 décembre 1535 et le 15 avril 1536, lors de la seconde expédition de Jacques Cartier au Canada, 25 des 110 hommes d'équipage succombent à la maladie. Un jour, Cartier rencontre Domagaya, fils du chef nadouek-iroquoien Donnacona, qui semble touché par la mystérieuse maladie. Quelques jours plus tard, il le revoit, mais cette fois en parfaite santé. Il le questionne et celui-ci lui donne la recette qui consiste à prendre les branches d'un arbre nommé anneda (thuya blanc) : « il falloit piler l'écorce et les feuilles dudict bois, et mettre le tout bouillir en eau ». Les marins retrouvent rapidement leurs forces grâce à ce breuvage[3]. On lit aussi que ce serait plutôt une infusion d'aiguilles et d'écorce de pin[4],[5]. On en fait maintenant un médicament, le pycnogénol[6].
  • 1600 : un rapport de la marine britannique[réf. nécessaire] indique qu'environ 10 000 marins ont été victimes du scorbut durant les 20 années précédentes.
  • 1604: François Martin de Vitré mentionne dans sa Description du premier voyage faict aux Indes Orientales qu’« il n'y a rien meilleur pour se préserver de ceste maladie que de prendre souvent du jus de Citron ou d'Orange, ou manger souvent du fruict, ou bien faudra faire provision des sirops de limon, d'oseille, despine vinete, d'une herbe appelée Coclearia, qui semble porter en soy le vray antidote. & en user souvent[7]. »
  • 1747 : à bord du HMS Salisbury, James Lind réalise une expérience montrant que les oranges et les citrons guérissent le scorbut. Il publie en 1754 son Traité du scorbut[8].
  • 1766 : l'anglais Samuel Wallis est le premier à mettre en pratique en 1766 les idées de Lind à bord du HMS Dolphin en embarquant à son bord des aliments d'origine végétale et des agrumes[9].
  • 1795 : suite aux résultats obtenus par James Lind, la Royal Navy fournit une ration journalière de jus de citron vert ou jaune à ses marins[10],[11].
  • 1805 : l’invention par Nicolas Appert de la conserve alimentaire (appertisation) permit une alimentation équilibrée et donc vitaminée aux marins[12].
  • 1913 : E.V. McCollum (É.-U.) commence à mettre en place la nomenclature des vitamines et qualifie de vitamine C (scurvy-preventing « water-soluble C ») la substance qui protège contre le scorbut[réf. nécessaire].
  • 1928-1932 :
    • Albert Szent-Györgyi (prix Nobel en 1937) isole « l'acide hexuronique » à partir du chou, de l'orange et du poivron, alors qu'il cherchait une substance combinant l'oxygène capable d'empêcher l'apparition de taches brunes sur les fruits qui pourrissent.
    • W.A.Waugh et C.G.King isolent la vitamine C du citron et de l'orange et découvrent que « l'acide hexuronique » est la vitamine C[13]. L'acide hexuronique est renommé « acide ascorbique » (abréviation de « antiscorbutique »).
    • Walter Norman Haworth en établit la formule chimique.
  • 1933 : Tadeusz Reichstein réalise la synthèse de la vitamine C.

Moyens de lutte[modifier | modifier le code]

Maladie très répandue chez les marins du XVe au XVIIe siècle, le scorbut fut combattu grâce à l'introduction dans leur régime d'aliments très riches en vitamine C, tels la choucroute, les oranges ou le citron. C'est ainsi que Marc-Joseph Marion du Fresne (1724-1772) ou Jean-François-Marie de Surville (1717-1770) purent explorer la Nouvelle-Zélande[réf. nécessaire].

Au Canada, les colons ont pu utiliser la bière d'épinette pour combattre le scorbut[14]. Le Canada, pays généralement pauvre en fruits auxquels étaient habitués les arrivants de l'Europe, n'a pu qu'aggraver la situation des premiers colons jusqu'à ce qu'ils trouvent des solutions alternatives, le plus souvent en les apprenant des autochtones. C'est en adoptant des habitudes alimentaires semblables à celles des Amérindiens qu'ils réussirent à adapter leur alimentation et améliorer leurs conditions de santé globale[réf. nécessaire].

Animaux[modifier | modifier le code]

Certains animaux, comme le cochon d'Inde, sont incapables de stocker durablement la vitamine C et doivent en consommer chaque jour sous peine de dégénérescences articulaires et gingivales graves[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. La prononciation utilisée au Québec est aussi celle que recommandait Émile Littré (Le Littré). Il se peut que cette prononciation ait été conservée du fait de la prégnance du scorbut dans l'histoire de la Nouvelle-France.
  2. Pharmacologie de M.Moulin et A.Coquerel sur Google livres
  3. Source: « Parc Canada - Jacques Cartier, explorateur et navigateur: L'hivernage de 1535-1536 » (consulté le 31 mai 2009)
  4. http://www.passeportsante.net/fr/Solutions/PlantesSupplements/Fiche.aspx?doc=oligo_proanthocyanidines_ps Oligo-proanthocyanidines
  5. http://www.passeportsante.net/fr/solutions/herbiermedicinal/plante.aspx?doc=pin_hm Pin
  6. http://www.nutranews.org/article.php3?id_rubrique=24&id_article=257
  7. Martin de Vitré, François, Description du premier voyage faict aux Indes Orientales par les François en l'an 1603 contenant les mœurs, loix, facons de vivre religions et habits des Indiens: une description et remarque des animaux, epiceries, Drogues Aromatiques et fruicts qui se trouvent aux Indes: un traicté du scorbut qui est une maladie estrange qui survient à ceux qui voyagent en ces contrées, dédié au roi, Paris, Laurent Sonnius, 1604.
  8. Bruno Lecoquierre, Parcourir la terre. Le voyage, de l'exploration au tourisme, Éditions L'Harmattan,‎ 2008, p. 60
  9. (en) A. B. McLeod, British Naval Captains of the Seven Years' War. The View from the Quarterdeck, Boydell Press,‎ 2012, p. 118
  10. Source: Patrick Grellier, Le Traitement anti-scorbutique du docteur Mac Bride de Dublin à bord des vaisseaux de la Navy (1766-1767), Thèse de doctorat en médecine, Nantes, 1978
  11. Selon certaines interprétations, c'est depuis ce jour que les marins anglais sont surnommés les limeys (à cette époque lime signifiait indifféremment citron jaune et vert).
  12. Source: Nicolas Appert inventeur et humaniste par Jean-Paul Barbier, Paris, 1994
  13. (en) « Journal of Biological Chemistry - Isolation and Identification of Vitamin C » (consulté le 31 mai 2009)
  14. Source: Emmanuel Bevillon, Jacques Cartier, le scorbut, et la bière de sapinette, Thèse de doctorat en pharmacie, Nantes, 1992. - 038P/1992.
  15. Source: « Scorbut du Cochon d'inde » (consulté le 31 mai 2009)