Scorbut
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| CIM-10 : | E54 | |
Le scorbut (prononciation /skɔʁbyt/ en France, /skɔʁby/ au Québec[1]) est une maladie due à une déficience en vitamine C qui se traduit chez l'être humain, dans sa forme grave, par le déchaussement et la purulence des gencives, des hémorragies, puis la mort.
Le scorbut, quasi omniprésent, majore considérablement toutes les autres pathologies, même les plus bénignes, pouvant parfois les rendre mortelles.
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[modifier] Causes
La vitamine C est un précurseur du coenzyme de l'enzyme impliquée dans l'hydroxylation du collagène. Cette hydroxylation est indispensable à la formation en triple hélice des fibres de collagène qui permettent de maintenir la structure des tissus. La vitamine C intervient en tant qu'antioxydant : il y a hydroxylation des groupements proline et, surtout, lysine du collagène, par attaque d'une molécule de dioxygène, ce qui permet de maintenir la structure des vaisseaux. Un atome d'oxygène est utilisé pour l'hydroxylation d'un acide aminé, mais l'autre atome est présent sous forme de radical libre O.. Celui-ci étant un puissant oxydant, il fragilise les capillaires des gencives, d'où l'apparition du scorbut. Par conséquent, la libération de deux atomes d'hydrogène par l'acide ascorbique va inhiber l'attaque oxydante du radical, selon la réaction suivante : 2 H + O = H2O.
[modifier] Symptômes
Le scorbut se manifeste initialement par de la fatigue, puis par des œdèmes des bras et des jambes, puis des hémorragies des muqueuses du nez et des gencives, et des ecchymoses nombreuses sous la peau. Les dents se déchaussent jusqu'à tomber. Incapables de se tenir debout, les sujets atteints meurent d’épuisement ou d’une complication infectieuse respiratoire.
[modifier] Historique
- vers 1600 av; J.-C. : Première description dans le Papyrus Ebers.
- 1535 : Entre le 14 décembre 1535 et le 15 avril 1536, lors de la seconde expédition de Jacques Cartier au Canada, 25 des 110 hommes d'équipage succombent à la maladie. Un jour, Cartier rencontre Domagaya, fils du chef iroquois Donnacona, qui semble touché par la mystérieuse maladie. Quelques jours plus tard, il le revoit, mais cette fois en parfaite santé. Il le questionne et celui-ci lui donne la recette qui consiste à prendre les branches d'un arbre nommé anneda (thuya blanc) : « il falloit piler l'écorce et les feuilles dudict bois, et mettre le tout bouillir en eau ». Les marins retrouvent rapidement leurs forces grâce à ce breuvage[2].
- 1600 : Un rapport de la marine britannique[réf. nécessaire] indique qu'environ 10 000 marins ont été victimes du scorbut durant les 20 années précédentes.
- 1747 : À bord du HMS Salisbury, James Lind réalise une expérience montrant que les oranges et les citrons guérissent le scorbut, grâce à la vitamine C.
- 1795 : Suite aux résultats obtenus par James Lind, la Royal Navy fournit une ration journalière de jus de citron vert ou jaune à ses marins[3] , [4].
- 1805 : L'invention par Nicolas Appert de la conserve alimentaire (appertisation) permit une alimentation équilibrée et donc vitaminée aux marins. [5]
- 1913 : E.V. McCollum (É.-U.) commence à mettre en place la nomenclature des vitamines et qualifie de vitamine C (scurvy-preventing « water-soluble C ») la substance qui protège contre le scorbut[réf. nécessaire].
- 1928-1932 :
- Albert Szent-Györgyi (prix Nobel en 1937) isole « l'acide hexuronique » à partir du chou, de l'orange et du poivron, alors qu'il cherchait une substance combinant l'oxygène capable d'empêcher l'apparition de taches brunes sur les fruits qui pourrissent.
- W.A.Waugh et C.G.King isolent la vitamine C du citron et de l'orange et découvrent que « l'acide hexuronique » est la vitamine C[6]. L'acide hexuronique est renommé acide ascorbique (abréviation de antiscorbutique).
- Walter Norman Haworth en établit la formule chimique.
- 1933 : Tadeusz Reichstein réalise la synthèse de la vitamine C.
[modifier] Moyens de lutte contre le scorbut
Maladie très répandue chez les marins du XVe au XVIIe siècle, le scorbut fut combattu grâce à l'introduction dans leur régime d'aliments très riches en vitamine C, tels la choucroute et le citron. C'est ainsi que Marc-Joseph Marion du Fresne (1724-1772) ou Jean-François-Marie de Surville (1717-1770) purent explorer la Nouvelle-Zélande[réf. nécessaire].
Au Canada, les colons ont pu utiliser la bière d'épinette pour combattre le scorbut[7]. Le Canada, pays généralement pauvre en fruits auxquels étaient habitués les arrivants de l'Europe, n'a pu qu'aggraver la situation des premiers colons jusqu'à ce qu'ils trouvent des solutions alternatives. C'est en adoptant des habitudes alimentaires semblables à celles des Amérindiens qu'ils réussirent à adapter leur alimentation et améliorer leurs conditions de santé globale[réf. nécessaire].
[modifier] XXIe siècle
La malnutrition frappe toujours et, selon un rapport de l'Organisation mondiale de la santé en 2000[8], le scorbut reste une maladie fréquente.
[modifier] Animaux
Certains animaux, comme le cochon d'Inde, sont incapables de stocker durablement la vitamine C et doivent en consommer chaque jour sous peine de dégénérescences articulaires et gengivales graves et, à la longue, mortelles[9].
[modifier] Notes et références
- ↑ La prononciation utilisée au Québec est aussi celle que recommandait Émile Littré (Le Littré). Il se peut qu'elle y ait été conservée du fait de la prégnance du scorbut dans l'histoire de la Nouvelle-France.
- ↑ Source: Parc Canada - Jacques Cartier, explorateur et navigateur: L'hivernage de 1535-1536. Consulté le 31 mai 2009
- ↑ Source: Patrick Grellier, Le Traitement anti-scorbutique du docteur Mac Bride de Dublin à bord des vaisseaux de la Navy (1766-1767), Thèse de doctorat en médecine, Nantes, 1978
- ↑ Selon certaines interprétations, c'est depuis ce jour que les marins anglais sont surnommés les limeys (à cette époque lime signifiait indifféremment citron jaune et vert).
- ↑ Source: Nicolas Appert inventeur et humaniste par Jean-Paul Barbier, Paris, 1994
- ↑ Source: (en)Journal of Biological Chemistry - Isolation and Identification of Vitamin C. Consulté le 31 mai 2009
- ↑ Source: Emmanuel Bevillon, Jacques Cartier, le scorbut, et la bière de sapinette, Thèse de doctorat en pharmacie, Nantes, 1992. - 038P/1992.
- ↑ Source: (en)Human Hunger and Malnutrition: Summary of the Global Situation in 2000. Consulté le 31 mai 2009
- ↑ Source: Scorbut du Cochon d'inde. Consulté le 31 mai 2009

