Coureur des bois

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Pierre Le Royer, célèbre coureur des bois canadien-français, au retour d'une expédition, en 1889
« Frs. Mercier, célèbre voyageur canadien » (1871), gravure tirée du périodique canadien-français L'opinion publique.
Coureur de bois - Gravure sur bois de Arthur Heming

Un coureur des bois ou coureur de bois était, comme le voyageur, directement impliqué dans la traite des fourrures avec les Amérindiens. Il opérait durant le XVIIe siècle en Amérique du Nord coloniale, mais, à l'opposé du voyageur, il ne possédait pas de permis de traite émis par le roi de France.

Historique[modifier | modifier le code]

Durant les trois premiers quarts du XVIIe siècle, le commerce de la fourrure était très libéral pour la Nouvelle-France. La compétition était féroce et beaucoup de colons s'aventuraient hors des territoires colonisés autour de Trois-Rivières et Montréal vers l'Ouest et le Nord pour établir des liens commerciaux avec les Amérindiens.

En 1645 la Compagnie de la Nouvelle-France, créée par Richelieu, cède aux colons le monopole des fourrures et l'administration de la colonie, mais c'est trop tard, car les revenus de la traite des fourrures sont pénalisés par le blocus des Iroquois de la rivière des Outaouais, porte de la route vers l'ouest. Seuls des coureurs de bois isolés et acceptés par les indiens vont pouvoir y accéder.

Jusqu'en 1710, un homme sur sept seulement peut espérer trouver une femme, pénurie encore plus marquée avant les arrivées de militaires et de filles du roi avant et après 1680, alors que dans l'intérieur du pays, les jeunes Français s'unissent rapidement à des femmes autochtones, capables de faciliter leur adaptation à la vie dans les bois[1].

Le produit le plus important de la traite est encore la peau de castor, pour l'industrie du chapeau. Les colons sont tenus de vendre les peaux de castors et d'orignaux à la compagnie au prix fixé par le ministère de la Marine, même si toutes les autres fourrures sont vendues sur un marché libre[1].

« Colbert souhaitait passer de la fraternisation et des alliances politiques à une véritable fusion des races et des civilisations, idée qui se heurte à des réticences: les canadiens craignent de perdre leurs privilèges, la toute-puissante église trouve que ses fidèles ont déjà suffisamment adopté de mœurs indiennes et le Roi lui-même ne voit pas d'un bon œil que les "sauvages" deviennent des sujets à part entière. Finalement, le gouverneur général Denonville démontre au ministre Seignelay le 13 novembre 1685 (peu après son arrivée) que l'on ne peut franciser les indiens », selon l'historienne Raymonde Litalien[2].

Dès 1674, la Compagnie des Indes occidentales de Colbert s'efface devant la Ferme d'occident dirigée par Jean Oudiette et son ami l'homme d'affaires Charles Aubert de La Chesnaye, qui était le dirigeant local de cette compagnie. Il obtient le monopole des fourrures de castor, qui constituent la première richesse à l'exportation du Canada et l'interdiction des voyages de coureurs de bois, qui sera ensuite réglementé à partir de 1681 par le système des Congés de traite.

Quelques ordonnances royales et édits furent officialisés afin de réguler la course des bois. Entre 1674 et 1690 environ, il était formellement interdit de commercer dans les bois sous peine d'amende pour une première infraction et de condamnation aux galères pour une seconde.

En 1679, les marchands et négociants de fourrure de Montréal firent édifier un premier poste de traite, Fort Témiscamingue, pour favoriser l'activité des coureurs de bois[3], mais se heurtèrent à des critiques de la part du pouvoir central, qui avait demandé de contrôler strictement leur activité.

En 1681, puis à partir de 1716 et jusqu’à la fin du régime français, un système de congés de traite fut instauré dans le but de réduire le nombre de coureurs des bois engagés dans la traite, mais aussi pour en tenir un registre officiel. En 1681, chaque coureur de bois installé dans le "bas-pays", c'est-à-dire dans la vallée du Saint-Laurent, n'avait plus droit qu'à trente voyages en canots par an[4] à l'intérieur du "Haut-pays", dans la forêt sauvage.

Arrivé en 1685, le gouverneur Jacques-René de Brisay a un ordre de mission très clair, "mettre fin à la paix honteuse avec les iroquois" et fait appliquer très strictement la nouvelle règle, en dénonçant des jeunes canadiens "débauchés, indisciplinés, sans respect pour l’autorité" en préconisant d'en expédier en France dans des régiments permanents.

En 1696, face aux difficultés à résorber les stocks[4] et aux nouvelles critiques de la Cour à Paris, le nombre de voyages fut encore restreint à zéro et réservé aux amérindiens.

Toutefois, ces Congés de traite étaient vendus par le gouvernement colonial et achetés en bloc par les marchands, commerçants et membres de la classe dirigeante ayant des intérêts dans la traite des pelleteries, qui les redistribuaient parmi leurs « collaborateurs » sans les tenir au registre. Cette légitimation créa la seconde génération de coureurs des bois : les voyageurs.

Parmi les coureurs des bois connus, citons : Étienne Brûlé, Louis Joliet, Médard Chouart des Groseilliers, Pierre-Esprit Radisson, Jean Nicolet, Alphonse Dedans et son fils Paul Guillet, Jean‐Baptiste Cuillerier, Jacques de Noyon et La Vérendrye et Paul Provencher.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

  • Un album de bande dessinée Les Tuniques bleues de Cauvin et Lambil, tome 26, L'Or du Québec, donne une vision humoristique du coureur des bois, sous les traits d'un traqueur asthmatique doté d'un sens de l'orientation proche de celui de lah

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Traite des fourrures - lien archivé
  2. Du Québec à la Louisiane, sur les traces des Français d'Amérique, Géo Histoire.
  3. Le Témiscamingue: son histoire et ses habitants, par Marc Riopel, page 43
  4. a et b « http://www.temiscamingue.net/pdf/histoire/traite_fourrure.pdf » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gratien Allaire, « Les Engagements pour la traite des fourrures ; évaluation de la documentation », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 34, no 1,‎ juin 1980, p. 3-26
  • Gratien Allaire, Les Engagés de la fourrure, 1701-1745, Ottawa, Bibliothèque nationale du Canada,‎ 1983, 330 p.
  • Gratien Allaire, « Officiers et marchands : les sociétés de commerce des fourrures, 1715-1760 », RHAF, vol. 40, no 3,‎ 1987, p. 409-428
  • Pierre-François-Xavier de Charlevoix, Journal d’un voyage fait par ordre du Roi dans l’Amérique septentrionale; Adressé à Madame la Duchesse de Lesdiguières, 9 tomes. Paris, Chez la veuve Ganeau, 1744.
  • Antoine D'Eschambault, La Vie aventureuse de Daniel Greysolon, sieur de Dulhut, dans RHAF, vol 5, no 3 (1951), p. 320-339.
  • Louise Dechêne, Habitants et marchands de Montréal au XVIIe siècle, Montréal, Plon, [1974]. 588 pages. (Coll. Civilisations et mentalités).
  • Sylvie Dépatie (dir.), Habitants et marchands, vingt ans après : lecture de l’histoire du XVIIe et XVIIIe siècles canadiens, Montréal, Mc-Gill Queen’s University Press, 1998. 297 pages.
  • Jean-Claude Dupont, Les Forgerons voyageurs (XVIIe et XVIIIe siècles), dans Bouchard, René, dir. La vie quotidienne au Québec : histoire, métiers, techniques et traditions. Sillery, Presses de l’Université Laval,
  • Martin Fournier, Pierre-Esprit Radisson, 1636-1710 : Aventurier et commerçant,‎ 2001, 314 p.
  • Martin Fournier, Pierre-Esprit Radisson : Coureur des bois et homme du monde,‎ 1996, 125 p.
  • Daniel Francis, La Traite des fourrures, dans Horizon Canada, no. 4, 1984, p. 73-79.
  • Guy Frégault, Le XVIIIe siècle canadien, Montréal, HMH, 1968. 387 pages.
  • Donatien Frémont, Pierre Radisson. Roi des coureurs de bois, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1933. 264 pages.
  • François-Xavier Garneau, Histoire du Canada depuis la découverte, Québec, N. Aubin, 1845-1852. 4 volumes. Musée de la Civilisation 23.1.19.V1 ou Bibliothèque nationale du Québec 971 G234 1845/52
  • Lionel Groulx, Histoire du Canada français depuis la découverte, Montréal, Fides,‎ 1976, 4e éd., 252 p.
  • Lionel Groulx, L'Appel de la race, Montréal, Fides,‎ 1956
  • Lionel Groulx, La Naissance d’une race, Bibliothèque de l’Action française, Montréal,‎ 1919, 294 p.
  • Lionel Groulx, Les Lendemains de la Conquête, Montréal,‎ 1977, 199 p.
  • Lionel Groulx, Notre grande aventure : l’empire français en Amérique du Nord, 1535 – 1760, Montréal,‎ 1976, 299 p.
  • Jean Hamelin, Économie et société en Nouvelle-France, Québec, Presses de l’Université Laval, [s.d.]. 137 pages.
  • Gilles Havard, Indiens et Français dans le Pays d'en Haut, 1660-1715, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, Septentrion, 2003. 870 pages.
  • Harold Innis, The Fur Trade in Canada: An Introduction to Canadian Economic History, New Haven, Yale University Press, 1930. 444 pages.
  • Philippe Jacquin, Les Indiens blancs : Français et Indiens en Amérique du Nord, XVIe au XVIIIe siècles, Paris, Payot, 1987. 310 pages (Coll. Bibliothèque historique).
  • Lawrence M. Lande, The Development of the Voyageur Contract, Montréal, [s.n.], 1989.
  • Yves Landry (dir.), Pour le Christ et le Roi. La vie au temps des premiers Montréalais. Montréal, Libre Expression et Art Global, 1992. 320 pages.
  • Robert Le Blant, Le Commerce compliqué des fourrures canadiennes au début du XVIIe siècle, dans RHAF, vol. 26, no. 1 (juin), 1972, p. 53 à 66.
  • Thierry Lefrançois, La Traite de la fourrure : Les Français et la découverte de l’Amérique du Nord, La Rochelle, Musée du Nouveau Monde, c1992. 172 pages.
  • Paul-André Linteau (dir.), Histoire générale du Canada, Montréal, Éditions du Boréal, 1990. 694 pages.
  • Gérard Malchelosse, Les Coureurs des bois au XVIIe siècle, dans Les Cahiers des dix. No 6. Montréal, Les Dix, 1941, p. 104 à 144.
  • W. B. Munro, The Coureur de Bois dans Massachusetts Historical Society Proceedings, 1923-1924. Boston, Massachusetts Historical Society, 1923, p. 192 à 205.
  • (en) Grace Lee Nute, Caesars of the Wilderness, New York, D. Appleton-Century,‎ 1943, 386 p.
  • Grace Lee Nute, The Voyageur, Saint-Paul, Minnesota Historical Society,‎ 1955, 289 p.
  • Fernand Ouellet, Histoire économique et sociale du Québec, 1760-1850, structures et conjonctures, Thèse de doctorat, Université Laval, 1965. 3 v.
  • Jeanne Pomerleau, Les Coureurs de bois : la traite des fourrures avec les Amérindiens, Sainte-Foy, Éditions Dupont, 1994. 143 pages.
  • Émile Salone, La Colonisation de la Nouvelle-France, étude sur les origines de la nation canadienne-française Trois-Rivières, Boréal Express, 1970 (1905). 505 pages.
  • Benjamin Sulte, Les coureurs des bois au Lac Supérieur, 1660, Ottawa, Société royale du Canada, 1911. 15 images (microfiche).
  • Thomas Wien, Carrières d’engagés du commerce des fourrures canadien au XVIIIe siècle, 133-145 p. dans Anne-Lise Head-König, Marchés, migrations et logiques familiales dans les espaces français, canadien et suisse, 18e-20e siècles, Berlin,‎ 2005
  • Thomas Wien, « Compte-rendu de l’œuvre de Martin Fournier, 2001 », RHAF, vol. 57, no 2,‎ 2003

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]