Normands

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne les Normands du Moyen Âge. Pour la variété de langue d'oïl, voir Normand.
Le monde normand au XIIe siècle.

Les Normands sont actuellement les habitants de la Normandie, mais le terme désigne aussi historiquement les habitants du duché de Normandie.

Autrefois, le mot de Normands était employé pour qualifier les Vikings. En effet, son étymologie s'explique par le francique ou le scandinave et signifie littéralement « Hommes du nord »

Origines de l'État normand[modifier | modifier le code]

À l’Ouest de l’Europe, dans la seconde moitié du IXe siècle, des bandes vikings ravagent les côtes des royaumes d'Angleterre, d'Écosse, d'Irlande et de France. Ils y établissent des bases comme à Saint-Florent-le-Vieil sur la Loire, à Noirmoutier, à Taillebourg sur la Charente moyenne et à Bayonne sur les berges de l'Adour. Cependant, leur installation y est limitée et ponctuelle. Plus solides sont leurs établissements à l'embouchure de la Loire et de la Seine, ainsi que dans la péninsule du Cotentin. Le premier n'aboutit pas à la formation d'un état durable, en revanche sous la conduite d’un certain Rollon le Marcheur (Hrólfr), l'établissement de la Basse Seine prend un caractère permament, tout comme le Cotentin isolé et délaissé par les pouvoirs francs et bretons. Le jarl viking d’origine norvégienne (ou danoise) Rollon reçoit du roi carolingien Charles le Simple, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911), le comté de Rouen et tout le territoire entre l’Epte et la mer. Cette colonie de la Basse Seine qui s'étend dans des limites correspondant plus ou moins à la Haute-Normandie actuelle constitue l'embryon du futur duché de Normandie. C'est le fils de Rollon, Guillaume Longue Épée qui se charge de réunir les établissements du Bessin et du Cotentin, ainsi que l'évêché d'Avranchin au comté de Rouen, reconstituant l'unité primitive de l'Archidiocèse de Rouen, calqué sur la Seconde Lyonnaise antique qui deviendra ainsi le duché de Normandie.

Hormis les Vikings, une population scandinave de type rural s’implante dans le futur duché. Elle est majoritairement originaire du Danemark et du Danelaw, mais une partie non négligeable est originaire de Norvège, que ce soit du royaume ou des possessions norvégiennes (d’Irlande notamment) : ces Norvégiens se fixent principalement dans le nord de la péninsule du Cotentin qui se trouve au bout d'une voie maritime partant des Orcades au nord de l'Écosse, passe entre les Hébrides et la côte est de l'Écosse, se prolonge entre l'Irlande et l'Angleterre, les îles Sorlingues.

La colonisation anglo-scandinave de la Normandie, tout comme la formation du duché normand, s’étale en fait sur plus d’un siècle car, dans les années 1020, des bandes vikings viennent encore s’installer dans le duché sous le règne du duc Richard l’Irascible. Le duché de Normandie se constitue surtout sous les successeurs de Rollon, de son fils Guillaume Longue-Épée et c’est seulement au siècle suivant, sous le règne du duc Guillaume le Bâtard, que le pouvoir ducal est totalement affirmé (à partir de 1060 environ), 150 ans après le traité de Saint-Clair-sur-Epte.

La survivance d’éléments scandinaves s’est manifestée sur le plan juridique dans les coutumes ducales. Ainsi le hamfara s’est perpétué dans la répression des assauts armés contre les domiciles. Le ullac a survécu avec la mise hors-la-loi se traduisant par le droit d’exil. D’ailleurs, nombre de Vikings à avoir essaimé hors de leur sol natal le firent parce qu’ils en avaient été exilés. La stricte punition du vol, illustrée par l’histoire du chêne auquel Rollon a suspendu un anneau d’or que personne ne songeait à voler, trouve également sa source dans le folklore danois. Le droit de la guerre et des épaves (veriscum) porte également la marque de la législation scandinave et les historiens pensent que Guillaume le Conquérant y eut recours pour mobiliser la flotte qui lui permit d’envahir et de conquérir l’Angleterre. Mais la persistance la plus marquée de l’usage scandinave dans les mœurs des Normands est sans conteste le mariage more danico, « à la danoise », légalisant la bigamie. Les enfants nés d’une frilla, la seconde épouse, étaient considérés par eux comme légitimes. Ainsi, Guillaume ne fut « Bâtard » qu’aux yeux de l’Église et ceci n’empêcha pas son père de le désigner comme son successeur. Ce n’est qu’au bout de sept générations, précisément avec Guillaume le Conquérant, que les ducs de Normandie paraissent devenir monogames.

La classe régnante qui s'exprime dans la danesche langue, c'est-à-dire le vieux danois, ou en vieux norrois, légèrement différent, va abandonner en trois générations leur usage respectif, tandis que le peuple notamment sur le littoral va mettre plus de temps. Doit-on croire Benoît de Sainte-Maure, lorsqu'il affirme au XIIe siècle, dans sa Chronique des ducs de Normandie, que l'on parlait encore « danois » sur les côtes ? La disparition de l'ancien scandinave est d'autant plus favorisée qu'il n'est pas parlé partout dans le duché et de manière homogène, de grands pays (Mortinais, Hiémois, etc.) restent quasiment vierges de toute population d'origine nordique, en outre, il ne devait pas avoir lui-même de caractère uniforme du fait des origines géographiques diverses des immigrants. Il a cependant apporté à la langue romane parlée dans cette ancienne partie de la Neustrie une coloration particulière (notamment tout le long des côtes) qui contribue à donner au dialecte normand une originalité au sein des dialectes d’oïl. L'influence fondamentale de la tradition scandinave sur la navigation ancienne et ses techniques s'est manifestée dans son lexique nautique, passé dans sa quasi-totalité dans la langue française.

Cette influence sur le lexique général du normand reste somme toute modeste et limitée à environ 150 mots, ce qui le rend à peu près égal en quantité à celui de la langue française hérité du gaulois. Par contre, l'ancien scandinave et le vieil anglais ont laissé des traces conséquentes dans la toponymie normande (preuve que des langues nordiques ont été parlées sur ce territoire) et dans l'onomastique personnelle (noms de personnes). Outre les toponymes en -tot, -bec, -beuf, -vy (-vic), -lon(de), -crique, -ret, -mare, -dalle, -tuit, -fleur, -to(u)rp, Ho(u)gue, Hom(me), etc., on trouve de nombreux anthroponymes devenus noms de famille vers le XIIIe siècle : Toutain, Anquetil, Auber, E(s)tur, Néel, T(e)urquetil, Quetil, Gounouf, Osouf, T(o)urgis, Auzou, Ingouf, Ygout, Ouf, Anfry, Doudement, Dodeman, etc. et l'habitude médiévale au sein des familles nobles du duché, d'accoler Filz (écrit également Fiz ou Fitz) « fils » au nom du père, selon la tradition scandinave du -son qui persiste encore en Islande, ainsi le fils d'Osbern de Crépon est-il appelé Guillaume Fitz Osbern, d'où les nombreux Fitzgerald en Irlande, etc. ou Sturgis, Sturges en Grande-Bretagne, contraction pour Fitz Turgis.

Caractère des Normands[modifier | modifier le code]

Comme beaucoup d’autres communautés migratrices, la culture normande fut particulièrement entreprenante et adaptable. Le moine bénédictin et chroniqueur italo-normand du XIe siècle Geoffroi Malaterra a caractérisé les Normands comme « particulièrement adroits, dédaignant leur propre héritage dans l’espoir d’en acquérir un plus grand, uniquement avides de gains et de domination, tendant à toutes sortes d’imitations, tenant le juste milieu entre la prodigalité et l’avarice, ayant sans doute réussi à unir ces deux valeurs apparemment opposées. Leurs chefs faisaient particulièrement preuve de faste par désir de se faire bien voir. C’était d’ailleurs une race habile à la flatterie, portée sur l’étude de l’éloquence, de sorte que les garçons étaient des orateurs, une race tout à fait déchaînée à moins d’être fermement retenue par le joug de la justice. Ils étaient durs au travail, à la faim et au froid toutes les fois que le hasard les y soumettait, portés sur la chasse et le colportage, fascinés par les chevaux ainsi que tous les équipements et les armes de guerre. »

Cette rapide capacité d’adaptation des Normands mentionnée par Geoffroi les a amenés à occuper les territoires largement dispersés dans l’ensemble de l’Europe. Elle s’est également exprimée dans leur judicieuse détermination à engager les hommes de talent du cru et à épouser les femmes de haut rang de la région. L’inculture des seigneurs normands ne les empêcha pas de mettre avec confiance les clercs érudits de l’Église au service de leurs propres desseins.

Guillaume le conquérant

Conquêtes à l'étranger[modifier | modifier le code]

Angleterre[modifier | modifier le code]

La conquête de l’Angleterre
Article détaillé : Conquête normande de l'Angleterre.

Les Normands étaient depuis longtemps en contact avec l’Angleterre. En se livrant à la conquête de l'Angleterre, les Normands du duché de Normandie ne font que continuer la vague d’incursions norvégiennes en Angleterre. Non seulement leurs semblables païens ravageaient déjà les côtes anglaises, mais ils occupaient la plupart des ports importants face à l’Angleterre à travers la Manche.

Cette proximité a produit des liens plus étroits encore avec le mariage de la fille du duc Richard II, Emma, au roi Æthelred II. C’est pour cette raison qu’Æthelred II trouva refuge en Normandie en 1013, quand il fut chassé de son royaume par Sven Ier de Danemark. Son séjour en Normandie jusqu’en 1016 l’influença ainsi que ses fils. Après la conquête de l’île par Knut II de Danemark, sa femme Emma resta en Normandie.

Lorsque Édouard le Confesseur revint finalement en Angleterre en 1041, à l’invitation de son demi-frère Knut III, il avait été extrêmement « normannisé ». Il amena de surcroît nombre de conseillers et de guerriers normands avec lui. Il engagea même une petite troupe de Normands pour établir et former une force de cavalerie anglaise. Bien que ce dessein ne se soit jamais vraiment réalisé, il est typique de l’attitude envers la Normandie d’Édouard qui nomma Robert de Jumièges archevêque de Cantorbéry et fit Ralph le timide comte de Hereford. En 1051, il invita son beau-frère Eustache II de Boulogne à sa cour, ce qui devait avoir comme conséquence le plus important des premiers conflits entre Saxons et Normands et dont devait résulter l’exil du comte Godwin de Wessex.

Lorsqu’en 1066, le chef normand le plus célèbre, Guillaume le Bâtard, bientôt surnommé le « Conquérant », conquit l’Angleterre, les Normands et leurs descendants remplaceront les Anglo-Saxons en tant que classe régnante de l’Angleterre. Après une phase initiale de ressentiment et de révolte, les deux populations finiront par s’entremarier et fusionner en agrégeant les langues et les traditions respectives. Les Normands finirent, avec le temps, par s’identifier comme Anglo-Normands, d’autant plus que l’anglo-normand différait considérablement du français parisien dont s’est gaussé Chaucer. Même cette distinction a, par la suite, disparu en grande partie au cours de la guerre de Cent Ans, l’aristocratie anglo-normande s’identifiant de plus en plus comme anglaise et les langues anglo-normandes et anglo-saxonnes fusionnant pour former le moyen anglais.

Irlande[modifier | modifier le code]

Le château normand de Trim, Irlande

L’arrivée des Normands eut un impact profond sur la culture, l’histoire et l’ethnicité irlandaises. Ils s’installèrent pour la plupart à l’est de l’Irlande, dans une région d’un rayon d’une trentaine de kilomètres autour de Dublin aujourd’hui connue sous le nom d’« English Pale ». Ils y construisirent également des châteaux, y compris ceux de Trim et de Dublin, ainsi que des villages. Au début du XIIe siècle, les Normands maintinrent une culture et identité distinctes, les deux ethnies s’empruntant mutuellement leur langue, leur culture et leurs perspectives. Le creuset irlandais les allia rapidement et on a souvent coutume de dire qu’ils sont devenus « plus irlandais que les Irlandais eux-mêmes ».

Écosse[modifier | modifier le code]

Edgar Atheling, un des prétendants au trône anglais opposés à Guillaume le Conquérant, avait trouvé refuge en Écosse. Ayant épousé sa sœur Marguerite, le roi Malcolm III d'Écosse devint un opposant à Guillaume qui avait déjà contesté les frontières méridionales de l’Écosse.

En 1072, Guillaume envahit l’Écosse jusqu’au Firth de Tay où il retrouva sa flotte. Malcolm fit sa soumission et rendit hommage à Guillaume, remettant son fils Duncan comme otage et commençant une série d’argumentations visant à déterminer si la couronne écossaise devait ou non allégeance au roi anglais.

Les Normands pénétrèrent en Écosse où ils construisirent des châteaux et fondèrent des familles nobles qui devaient fournir des rois tels que Robert Ier d’Écosse ainsi que des clans écossais dans les Highlands écossais. Le roi David Ier d’Écosse joua un rôle primordial dans l’introduction des Normands et de la culture normande en Écosse, ayant passé du temps à la cour d’Henri Beauclerc qui était marié à Mathilde d'Écosse, la sœur de David Ier. Ce processus se poursuivit sous les successeurs de ce dernier. Le système féodal normand fut appliqué dans les Lowlands, mais l’influence sur la langue écossaise de cette région fut limitée.

Pays de Galles[modifier | modifier le code]

Les Normands connaissaient le Pays de Galles bien avant la conquête normande de l’Angleterre. Édouard le confesseur avait nommé Ralph le Timide, comte d’Hereford en le chargeant de défendre les Marches et de faire la guerre avec les Gallois.

Ces premières opérations dans ce pays ne furent pas suivies d’effet, mais, suite à la conquête, les Marches tombèrent entièrement sous la domination des barons normands de confiance de Guillaume, dont Roger II de Montgommery dans le Shropshire et Hugues d'Avranches dans le Cheshire.

Ces Normands commencèrent une longue période de lente conquête au cours de laquelle presque tout le Pays de Galles fut plus ou moins sujet à des interventions normandes. C’est à cette époque que des mots normands tels que barwn (baron) ont fait leur entrée dans la langue galloise.

Europe du Sud et Asie Mineure[modifier | modifier le code]

Dès le début du XIe siècle déjà, des Normands partiront s’illustrer et chercher fortune par petits groupes en Espagne, combattant les Maures aux côtés des rois chrétiens du Nord comme vers 1034 ou en 1064 à la bataille de Barbastro, mais surtout en Méditerranée, en Italie du Sud et en Sicile, jusqu’à Byzance et en Asie mineure, et enfin, en « Terre Sainte » à l’époque des croisades.

Italie et Sicile[modifier | modifier le code]

Le palais des Normands à Palerme.

Les Normands conquirent progressivement l’Italie du Sud et la Sicile, où ils jetèrent les fondements du royaume de Sicile.

L’immigration normande dans le Mezzogiorno n’eut rien de massif mais on estime qu'entre les années 1010 et les années 1120, il y eut un flux constant de départs du duché de Normandie vers l’Italie du Sud et on a pu en évaluer le nombre à quelques centaines de Normands par an pendant un siècle environ[1],[2].

Contrairement à la conquête de l’Angleterre, cette conquête fut menée sur une longue durée, de plusieurs générations, par de petits seigneurs normands, et ne fut ni dirigée ni même inspirée par le duc de Normandie[3]. « Aucun projet préétabli, aucun plan à court ou à long terme n'ont présidé aux opérations de conquête, si ce n'est dans les derniers temps quand la prise du pouvoir sembla possible[3]». Il s’agissait au départ de groupes de mercenaires indépendants au service de princes indigènes. D'après des études récentes[4], les deux tiers des immigrants de cette époque étaient des Normands et le reste était constitué principalement de Bretons mais aussi d'Angevins, de Manceaux, de Flamands et de Francs[3]. Ces Normands étaient originaires de Basse-Normandie, principalement du territoire de l’actuel département de la Manche, et issus de la classe des seigneurs de rang modeste incapables de donner des terres à leur famille nombreuse[3]. Outre le manque de terre, on peut citer comme raisons de cette émigration, le besoin de s'exiler pour fuir l’autorité du pouvoir ducal, « le désir de tenter la fortune par le service des armes », ou encore des raisons propres au pays conquis comme ses richesses et ressources naturelles ainsi que ses faiblesses politiques et institutionnelles[3].

Le château normand de Melfi

Les Normands sont probablement entrés comme guerriers dans le Mezzogiorno en 1017 au plus tard à la suite des histoires de pèlerins. Selon le moine bénédictin Aimé du Mont-Cassin, des pèlerins de retour de Jérusalem en 999, relâchaient dans le port de Salerne lorsque se produisit une attaque de Sarrasins. Les Normands les combattirent si vaillamment que Guaimar IV de Salerne les pria de rester. Ils déclinèrent la demande du prince, mais offrirent à la place d’envoyer des gens de chez eux et tinrent promesse. Le chroniqueur normand Guillaume d'Apulie relate qu’en 1016, le combattant de la liberté lombard Melo de Bari persuada des pèlerins qu’il avait rencontrés au tombeau de Saint-Michel au Mont Gargan de revenir avec plus de guerriers pour les aider à se débarrasser des Byzantins, ce qu’ils firent.

Parmi les aventuriers normands les plus fameux, on trouve Osmond Quarrel et Rainulf Drengot d’abord, qui arrivent en Italie en 1016 avec trois autres de leurs frères. Rainulf est, en 1029, le fondateur du premier fief normand en Méditerranée lorsqu’il reçut en 1030 le comté d’Aversa du duc Serge IV de Naples. Plus tard arrivent des aventuriers non moins célèbres, les frères Hauteville, qui arrivent progressivement à partir de 1035 environ avec principalement, Guillaume Bras-de-Fer, Drogon de Hauteville, Onfroi de Hauteville, Robert Guiscard et son jeune frère Roger Bosso.

Les Hauteville obtinrent un statut princier lorsqu’ils proclamèrent « duc d’Apulie et Calabre » le prince Guaimar IV de Salerne qui octroya promptement le titre de comte de sa capitale Melfi à Guillaume Bras-de-Fer, leur chef élu. Les Drengot atteignirent le même statut dans la principauté de Capoue lorsque l’empereur Henri III du Saint-Empire anoblit le chef de leur maison, Drogon, comme duc et maître de l’Italie et comte des Normands de toute l’Apulie et de la Calabre en 1047.

La cathédrale de Monreale

De là, Robert Guiscard et Roger Bosso purent par la suite prendre la Sicile et Malte aux Sarrasins. Le fils de Roger, devint en 1130 le premier roi normand de Sicile sous le nom de Roger II de Sicile, exactement un siècle après le couronnement de Rainulf comme comte par le pape Anaclet II. Au pinacle du royaume normand de Sicile, qui comprenait également la moitié de la péninsule italienne jusqu’aux États papaux, la population de Palerme tournait autour de 300 000 alors que celle de Rome ne dépassait pas 30 000. Les recettes fiscales de Palerme dépassaient à elles seules celles de l’Angleterre normande tout entière. Ce royaume devait durer jusqu’en 1194, lorsqu’il revint par alliance aux Hohenstaufens.

Les Normands ont également laissé leur marque dans le paysage avec de nombreux châteaux, comme la forteresse de Guillaume Bras-de-Fer à Squillace ou les cathédrales, comme celle de Roger II à Cefalù, qui parsèment le pays auquel ils donnent une saveur architecturale complètement distincte du fait de son histoire unique. Institutionnellement, les Normands ont associé l’administration des Byzantins, des Arabes et des Lombards à leurs propres concepts de droit et d’ordre féodaux pour élaborer un gouvernement complètement original. Dans cet État qui jouissait d’une grande liberté religieuse, une bureaucratie méritocratique composée de juifs, de musulmans et de chrétiens catholiques et orthodoxes, coexistait avec la noblesse normande.

Parmi les autres Normands à s’être illustrés en Italie méridionale, on compte également Pierre de Trani, Hugues Tubœuf, Tristan de Montepeloso, Mauger de Hauteville, Guillaume de Hauteville, Godefroi de Hauteville, Serlon II de Hauteville, Roussel de Bailleul, Alphonse de Capoue, Robert Scalio ou Gui de Hauteville. Les Normands devaient également devenir très influents dans les affaires italiennes, par exemple, lorsque Robert Guiscard fut le seul appui du pape Grégoire VII dans son conflit contre l’empereur Henri IV. Cet appui devait mener à une bataille entre les Normands et les Romains au cours de laquelle une grande partie de Rome fut brûlée ou mise à sac.

Espagne[modifier | modifier le code]

En 1129, Robert Burdet qui guerroie en Catalogne contre les Sarrasins prend Tarragone aux Musulmans et se déclare « prince de Tarragone » indépendant du comté de Barcelone. Plus tard, en Asie mineure, Roscelin de Baieul conquit en 1073 la Galatie dont il s’autoproclamera « prince » et fera d’Ankara sa capitale.

Orient[modifier | modifier le code]

Peu après leur arrivée en Italie, les Normands entrent dans l’empire byzantin et peu de temps après en Arménie contre les Petchenègues, les Bulgares et, en particulier, les Seldjoukides. Invités de prime abord par les Lombards dans le sud pour intervenir contre les Byzantins, les mercenaires normands combattent bientôt au service des Byzantins en Sicile. Ils jouent un rôle prééminent dans les contingents varègues et lombards de la campagne sicilienne de Georges Maniakès de 1038-40.

Un des premiers mercenaires normands à devenir général byzantin fut Nicéphore Bryenne dans les années 1050. Dès ce moment, il y avait déjà des mercenaires normands servant aussi loin que Trébizonde et la Géorgie. Ils étaient basés à Malatya et à Édesse, sous le duc byzantin d’Antioche, Isaac Comnène. Dans les années 1060, Robert Crispin mène les Normands d’Édesse contre les Turcs. Roussel de Bailleul tentera même de se créer son propre état indépendant en Asie mineure avec l’appui de la population locale avant d’être arrêté par le général byzantin Alexis Comnène. De 1073 à 1074, 8 000 des 20 000 soldats du général arménien Philaretus Brachamius étaient des Normands menés par Raimbaud.

Croisades[modifier | modifier le code]

Antioche dans les États latins d’Orient après 1099

La piété légendaire des Normands a trouvé à s’exercer dans les guerres religieuses longtemps avant que la première croisade n’aboutisse à la création d’une principauté normande d'Antioche. Ils furent d’importants participants étrangers à la Reconquista en Espagne. En 1018, Roger de Tosny tenta même de se créer un État dans l’Espagne maure. En 1064, pendant la croisade de Barbastro, Guillaume de Montreuil prit, à la tête de l’armée papale, un butin énorme.

En 1096, des croisés passant par le siège d’Amalfi furent rejoints par Bohémond de Tarente et son neveu Tancrède de Galilée avec une armée d’Italo-Normands. Bohémond fut le chef de facto de la croisade pendant son passage de l’Asie mineure. Après le succès du siège d'Antioche en 1097, Bohémond commença à se créer une principauté indépendante autour de cette ville. Tancrède joua un rôle fondamental dans la conquête de Jérusalem et il contribua pour l’expansion du royaume de Jérusalem en Transjordanie et la région de la Galilée.

Intégration[modifier | modifier le code]

L’esprit viking, toujours vivace en plein XIe siècle, s’estompe définitivement au cours du XIIe siècle tandis que les Normands, que ce soit ceux, entre autres, d’Angleterre ou d’Italie, cessent peu à peu, à partir de la seconde moitié du XIIe siècle jusqu’au cours du XIIIe siècle, de former un peuple distinct. La capacité d’adaptabilité mentionnée par Geoffroi Malaterra s’est manifestée dans le judicieux dessein des Normands d’engager les hommes de talent locaux et d’épouser les femmes locales de haut rang. De même, les maîtres normands illettrés, mais confiants en eux-mêmes, n’hésitèrent pas à s’assurer la coopération de clercs instruits pour servir leurs desseins. Le succès de leur assimilation fut tel qu’à Palerme, peu de traces d’eux demeurent à l’époque moderne. Néanmoins, le duché de Normandie, annexé au domaine royal capétien par le roi Philippe Auguste en 1204, garda longtemps encore, face au pouvoir royal français, un fort particularisme, pendant longtemps source de conflits entre les royaumes de France et d’Angleterre, conflits issus directement, ou indirectement, de ces anciens Normands, Vikings francisés et autochtones normannisés par près de deux siècles d’autonomie du duché.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Les Normands en Méditerranée », Dossiers d'Archéologie n° 299 du 01/12/2004.
  2. « Les Normands en Méditerranée », Dossiers d'Archéologie n° 299 du 01/12/2004 (Sommaire).
  3. a, b, c, d et e Pierre Bouet, Les Normands en Sicile, article dans le Bulletin de la S.H.A.O., t. CXX, n° 1-2, mars-juin 2001, Alençon (numéro intitulé Les Le Veneur de Carrouges – Les Normands en Sicile), p. 61-91.
  4. L. R. Ménager, « Inventaire des familles normandes et franques émigrées en Italie méridionale et en Sicile (XIe-XIe siècles) », in Roberto il Guiscardo e il suo tempo. Relazioni e communicazioni delle prime giornate normanno-sveve (Bari, 1973), Rome, 1975, p. 189-214.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Pierre Andrieu-Guitrancourt, Histoire de l’Empire normand et de sa civilisation, Paris, Payot, 1952
  • Albert Anthiaume, L’Astrolabe dit « de Béthencourt » et la science nautique des Normands au Moyen Âge, Paris, Imprimerie Nationale, 1909
  • Albert Anthiaume, La Science astronomique et nautique au Moyen Âge chez les Normands, Le Havre, Micaux, 1919
  • Pierre Aubé, Les Empires normands d’Orient : XIe ‑ XIIIe siècles, Paris, Perrin, 1999 (ISBN 226201552X)
  • Petit de Baroncourt, De la Politique des Normands pendant la conquête des Deux-Siciles, Paris, Chamerot, 1846
  • François Baruchello, Les Normands d’Italie, des barbares de génie, Évrecy, France-Italie, 1998
  • Éric Barré, Les Normands en Méditerranée, Rouen, Veilleur de Proue, 2000 (ISBN 2912363152)
  • Gustave Bascle de Lagrèze, Les Normands dans les deux mondes, Paris, Firmin-Didot, 1890
  • Jean Beaudoin, Les Normands au Canada. Journal d’une expédition de d’Iberville, Évreux, Imp. de l’Eure, 1900
  • Jean Béraud-Villars, Les Normands en Méditerranée, Paris, Michel, 1951
  • Pierre Bouet, François Neveux, Les Normands en Méditerranée, dans le sillage des Tancrède, Caen, Presses universitaires de Caen, 2001 (ISBN 9782841331567)
  • Marcelle Bouteiller, Contribution des Normands des XVIe et XVIIe siècles à la connaissance des Indiens, Caen, [s.n.], 1956
  • Marcelle Bouteiller, Premiers Contacts entre les Normands et l’Amérique du Sud, Paris, [s.n.], 1956
  • Régis Boyer, Les Vikings, histoire et civilisation, Paris, Perrin, 2002.
  • Jean-Baptiste Honoré Raymond Capefigue, Essai sur les invasions maritimes des Normands dans les Gaules ; suivi d’un aperçu des effets que les établissements des hommes du nord ont eus sur la langue, la littérature, les mœurs, les institutions nationales, et le système politique de l’Europe, Paris, Impr. royale, 1823
  • Ferdinand Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile, New York, Burt Franklin, 1960
  • M. de Chastenay, Les Chevaliers normands, en Italie et en Sicile, Paris, Maradan, 1816
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  • Georges Bernard Depping, Histoire des expéditions maritimes des Normands et de leur établissement en France au Xe siècle, Paris, Didier, 1845
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