Parler lyonnais

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Aire de répartition du parler lyonnais.

Le parler lyonnais actuel est une variante régionale du français qui a fortement été influencée par le francoprovençal (ou arpitan) dont la langue lyonnaise est un dialecte, et qui était autrefois parlée dans la ville de Lyon.

Phonologie[modifier | modifier le code]

L'accent lyonnais traditionnel, mais encore actuel, se remarque sur la prononciation des voyelles /o/~/ɔ/ « o » et /ø/~/œ/ « eu », de façon très fermée : Ainsi jeune (/ʒœn/ en français standard) se prononce comme /ʒøn/ jeûne.

La différence /o/~/ɔ/ doit être clairement marquée, comme dans « gone du Rhône ». Également, la e caduc est très souvent omis.

Dans les noms propres (personnes, lieux), les consonnes finales ne sont pas prononcées :

Morphologie et syntaxe[modifier | modifier le code]

  • y équivaut à un pronom impersonnel inanimé : « j'y sais, j'vais y fair' ! » pour « Je [le] sais, je vais le faire ! ». Distinction entre : « Je vais y voir. ». en parlant d'un objet ou d'un indéfini, (« Je vais voir ça ») et « Je vais le voir. » en parlant d'une personne de sexe masculin (= « Je vais voir cet homme. »).
  • Noter un emploi fréquent du passé surcomposé : « Il me l'a eu dit. », « Je l'ai eu su. »
  • L'impératif négatif dans le langage courant

En français, le pronom se met avant le verbe à l'impératif négatif. Dans le parler lyonnais, le pronom reste après le verbe (comme dans l'impératif positif), exemple : « Ne me donne ça. » ou plus couramment « Me donne pas ça. », devient à Lyon « Donne-moi pas ça » ou en version pur lyonnaise : « M'y donne pas » ou « Donnes-y-moi pas ». Cette particularité grammaticale est très répandue dans la région de Lyon et dans toute la zone linguistique historique du franco-provençal, jusqu'en Auvergne, indépendamment de l'âge ou de la classe sociale du locuteur. Le français québécois possède aussi ce trait caractéristique de laisser le pronom après le verbe à l'impératif négatif.

  • quand

La préposition « quand » est utilisée pour signifier « en même temps que ». Exemple : « En me dépêchant, j'arriverai quand vous. »

Quelques expressions courantes[modifier | modifier le code]

Le francoprovençal est la principale source d'influence du parler lyonnais. En voie de disparition, il est encore parlé dans trois pays.

On retrouve ces expressions à Lyon et dans le Lyonnais, mais aussi en pré-Dauphiné, en Bresse, dans le Bugey, dans la Savoie, à Saint-Étienne, à Saint-Chamond, dans le Haut-Jura et le Jura sud, et dans une partie de la Suisse romande.

Voici une liste de quelques mots et expressions :

Mot ou expression Sens
une allée une entrée d'immeuble
une automaboule une automobile
les auto-tamponnantes les auto-tamponneuses (à la vogue)
les âniers les éboueurs
aboucher (verbe) mettre à l'envers la bouche en bas.

→ Abouchon (adj.) « Cette grande ébravagée mettait son petit gone abouchon dans le bardanier. »

une bambane un traîne savate / un paresseux / un homme lent, indolent[1]
bardanier (n. m.) un lit
un bistanclaque ou bistanclaque-pan un métier à tisser (mot provenant d'une onomatopée) [2]
un bocon mauvaise odeur, maladie, virus. « Il m'a refilé le bocon. »
un bouchon [lyonnais] un petit restaurant de spécialités lyonnaises, ou le nom du repas qu'on y prend (le soir, par opposition au mâchon du matin)
être dans les brouillards du Rhône n'être pas encore né
hypothéqué sur les brouillards du Rhône n'avoir pas de valeur, n'être pas certain (parlant d'une information)
une bugne beignet confectionné pour Mardi gras et découpé dans la pâte avec une roulette ou éperon[3]/ un idiot[4] / un coup de poing / vieux chapeau (si un bugne)
bugner, embugner, poquer heurter[5], cabosser, frapper
à cacaboson / cacasson /à crapotons accroupi[1]
le cagnard le soleil / lieu ensoleillé - « Restez pas en plein cagnard ! »
un caillon ou cayon un cochon[1]
canant(e) agréable (adjectif). Peut désigner une femme charmante.
un canut, une canuse un tisseur de soie lyonnais et sa femme
une carotte rouge une betterave. Les carottes, à Lyon, sont parfois nommées les racines (jaunes).
un caton un grumeau
à cha un, à cha peu un par un / petit à petit - il a mis de côté ses argents à cha peu[1]
colère (être) être en colère (« Je suis vraiment colère maintenant ! »)
La corgnole, le corgnolon Le gosier - Se ramoner le corgnolon[1]
un cuchon un tas[1]
dégraissage nettoyeur (magasin) - « Porter des habits au dégraissage. »
un baraban un pissenlit. Une salade de baraban[6]
dérambouler glisser sur une rampe pour descendre des escaliers. Particulièrement utilisé pour les gones dans les pentes de la Croix-Rousse
débarouler dégringoler[6], faire une chute, par exemple dans un escalier : Elle a fait une galavanchée, et elle a débaroulé les escayers d'la Grand'Côte
les équevilles les ordures ménagères, les restes (d'un repas…) [1]
s'en voir avoir du mal à faire quelque chose. Il s'en est vu
faire sens être logique, avoir du sens
une fenotte une femme[7]
la ficelle funiculaire lyonnais, reliant la ville aux collines environnantes (Fourvière et Croix-Rousse)[7]. Il y eut cinq lignes de funiculaire à Lyon, il n'en reste que deux aujourd'hui. Le métro montant à la Croix-Rousse est parfois encore appelé "ficelle".
frouiller tricher. Un frouilleur à la belote, un frouillon.
une gâche une place - Son travail, c'est une bonne gâche, se dit aussi pour une place de parking / stationnement.
un gadin une pierre, un caillou, une chute
un ganais un idiot
gnaquer / avoir la gnaque mordre violemment (souvent en parlant d'un chien) / en vouloir (« y » arriver)
gnolu bête et méchant (rendu fou par la gnôle)
un gone[1] un enfant
un gognand ou gognant[1] un garçon un peu niais
gognandise[1] bêtise
une guenille un vêtement, souvent sale, mal porté ou déchiré.

Un cache-guenilles désigne un vêtement enfilé par-dessus.
Par extension, l'expression désigne également une personne qui traine les bars et autres endroits marginalisés[8].

grignet (grignette) se dit d'un enfant élancé, voire dégingandé
(se) lantibardaner se balader, flâner : lantibardane ou lantibardane pas, t'arriveras toujours quand toi au cimetière [9]
un mâchon copieux repas traditionnel du matin (entre 10h et midi, ce qui correspondrait au brunch américain), encore servi le week-end dans certains bouchons.
un miron un chat[7]
une panosse, panosser une serpillère, passer la serpillère[8]
la panure la chapelure
plan (adverbe) lentement. Va plan, gone ! ; Aller plan plan ; Qui va plan va loin (proverbe).
péter la miaille embrasser
poutrône poupée - femme de mauvaise réputation : Regarde-moi celle-ci, c'est ben une vraie poutrône ![10]
prendre du souci s'inquiéter de quelque chose ; « on va y aller » = « on va prendre du souci » (pour prendre congé, dire qu'on s'en va).
quand vous, quand eux, quand nous, quand toi La conjonction « quand » est utilisée pour signifier « en même temps que ». En me dépêchant, j'arriverai quand vous[9].
être (tout) trempe être trempé
une traboule passage typiquement lyonnais à travers des cours d'immeuble qui permet de se rendre d'une rue à une autre rue parallèle. Je prends la traboule des Voraces. Le verbe trabouler est également utilisé pour désigner un déplacement. Vient du latin transambulare qui signifie littéralement « se déplacer à travers ».
une/la vogue une fête foraine (notamment la célèbre vogue des marrons chaque automne sur le boulevard de la Croix-Rousse).
(faut) y (faire) (ou avec tous autres verbes) le « y » remplace un pronom « le » impersonnel
un piaf / un piou appellation populaire des moineaux, ou d’autres petits oiseaux mal identifiés. S'utilise aussi pour parler d'enfant. Également utilisé pour parler d'un baiser sur la bouche ( piou)
c'est quelle heure ? quelle heure est-il ?

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le lyonnais de poche, Assimil, octobre 2006, ISBN F015814114
  • Le Littré de la Grand'Côte / Nizier du Puitspelu - Lyon : Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, 2000. - ISBN 2-84147-094-6 : livre de référence, ce dictionnaire du parler lyonnais a été publié pour la première fois en 1895 par impr. Juré de l'Académie.
  • Il y a aussi des dictionnaires plus récents :
    • Le parler lyonnais, Anne Marie Vurpas, 1993, Rivages.
    • Dictionnaire du français régional du Lyonnais, Gilbert Salmon, 1995.
    • Le Littré du Gourguillon, Chaon Grattepierre, 2003, Éditions Lyonnaises d'Art et d'Histoire.
    • Dictionnaire du français régional du Lyonnais, Gilbert Salmon, 2003, Christine Bonneton Éditeur. [1]
  • La plaisante sagesse lyonnaise / maximes et réflexions morales recueillies, Catherin Bugnard.
  • Dico illustré des Gones, Félix Benoît, Édition des Traboules, 1994, ISBN 2-9505037-9-9
  • Anne-Marie Vurpas et Jean-Baptiste Martin, Le parler lyonnais, Paris, Éditions Payot & Rivages,‎ , 288 p. (ISBN 2-86930-701-2)
  • [Gilbert Salmon 1995] Gilbert Salmon, « Trésor Général du français de Lyon aux XIXe et XXe siècles », Cahier des Annales de Normandie, no 26,‎ , p. 337-346 (ISSN 0003-4134, lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Jean-Baptiste Onofrio : Essai d'un glossaire des patois de Lyonnais, Forez et Beaujolais, Lyon 1864
  2. Annie Charvier : Lyon, 1900-1920, Éditions de Borée, 2007, ISBN 2844945805
  3. Gilbert-Lucien Salmon : Dictionnaire du français régional du Lyonnais, 1995
  4. Nizier du Puitspelu : Les vieilleries lyonnaises, 1891
  5. André Thibault, Pierre Knecht : Dictionnaire suisse romandparticularités lexicales du français contemporain 2004
  6. a et b Madeleine Miège : Le français dialectical de Lyon, Laffitte, 1981
  7. a, b et c Nizier du Puitspelu : Littré de la Grand'Côte
  8. a et b Clair Tisseur (Nizier du Puitspelu) : Dictionnaire étymologique du patois lyonnais
  9. a et b Anne-Marie Vurpas et Jean-Baptiste Martin : Le parler lyonnais
  10. Gilbert-Lucien Salmon : Dictionnaire du français régional du Lyonnais

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :