Jacques Parizeau

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Jacques Parizeau
Jacques Parizeau en 2007
Jacques Parizeau en 2007
Fonctions
26e Premier ministre du Québec
26 septembre 199428 janvier 1996
(1 an, 4 mois et 2 jours)
Prédécesseur Daniel Johnson (fils)
Successeur Lucien Bouchard
Ministre des Finances du Québec
26 novembre 197622 novembre 1984
Gouvernement Gouvernement René Lévesque
Prédécesseur Raymond Garneau
Successeur Yves Duhaime
Biographie
Date de naissance 9 août 1930 (84 ans)
Lieu de naissance Montréal
Parti politique Parti québécois
Conjoint Alice Poznanska,
Lisette Lapointe
Profession Économiste, professeur

Jacques Parizeau (né le 9 août 1930 à Montréal) est un économiste, haut fonctionnaire, professeur et homme politique québécois. Il a été ministre des Finances du Québec de 1976 à 1984. Il a été le 26e premier ministre du Québec du 26 septembre 1994 au 29 janvier 1996.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'un milieu aussi aisé que cultivé, fils de Gérard Parizeau (homme d'affaires, grand assureur, historien), et de Germaine Biron, Jacques Parizeau est aussi l'arrière-petit-fils de Damase Dalpé (dit Parizeau)[1], député à l'Assemblée législative du Québec de 1892 à 1897. Diplômé des Hautes études commerciales de Montréal, de l'Institut d'études politiques de Paris et de la Faculté de droit de Paris, Jacques Parizeau obtient aussi le titre de Ph.D. de la London School of Economics.

Partisan de l'intervention de l'État dans l'économie, il fut un des conseillers les plus influents du gouvernement du Québec durant les années 1960, jouant un rôle-clé en coulisses pendant la Révolution tranquille, notamment dans la nationalisation de l'électricité et dans la création du Régime des rentes du Québec. Il fut conseiller économique auprès des premiers ministres des partis successifs au pouvoir, dont : Jean Lesage (Parti libéral du Québec) et Daniel Johnson (Union nationale) et l'un des principaux acteurs de la création de la Société générale de financement (SGF) en 1962 et de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) en 1965.

À titre de haut commis de l'État, il a été intimement lié à plusieurs des initiatives-phare de la Révolution tranquille : la nationalisation de l'électricité, l'abolition du monopole des syndicats financiers torontois sur l'émission des obligations du gouvernement du Québec, la création de la Caisse de dépôt et placement du Québec et la mise en place de la Régie des rentes du Québec.

Vie politique[modifier | modifier le code]

Jacques Parizeau en 1981

D'abord en faveur du fédéralisme canadien, Jacques Parizeau, à mesure qu'il prend conscience de la situation économique du Québec, de la possibilité que celui-ci s'affranchisse du reste du Canada et acquière une plus grande autonomie sur la scène politique mondiale et au sein des ensembles économiques multinationaux, devient souverainiste et se joint au Parti québécois le 19 septembre 1969.

Sous la bannière de ce parti, Jacques Parizeau est d'abord candidat défait aux élections générales de 1970 et de 1973. Il est élu député de la circonscription de L'Assomption aux élections de novembre 1976 et devient ministre des Finances, poste qu'il occupera jusqu'en 1984. Parizeau joue un rôle important dans le référendum de 1980 au Québec, défendant la proposition du gouvernement péquiste pour la souveraineté-association, c'est-à-dire la souveraineté politique du Québec assortie d'une association économique avec le Canada.

Lors de son passage de huit ans au poste de ministre des Finances du Québec, il a été l'architecte de la politique économique du gouvernement de René Lévesque. Il a présidé à l'émergence d'un capitalisme québécois francophone qu'il a appuyé en instaurant notamment le Régime d'épargne-actions et en permettant la création du Fonds de solidarité de la FTQ. Il a aussi guidé le Québec au cours de la récession du début des années 1980 et imposé des réductions de salaire temporaires aux employés de l'État, un facteur qui a contribué à la défaite du Parti québécois à l'élection générale québécoise de 1985.

Avant son élection, Jacques Parizeau avait été professeur aux Hautes Études Commerciales de 1955 à 1976. Il y retourne après 1984, année où il rompt avec René Lévesque et son idée du « beau risque » : après l'échec de négociations constitutionnelles entre les provinces et le fédéral, Lévesque s'était départi de l'objectif de réaliser à court terme l'indépendance du Québec et s'occupait plutôt de le gouverner et accordait une dernière occasion au fédéralisme canadien en accueillant favorablement le projet de réforme constitutionnelle envisagé par le premier ministre fédéral Brian Mulroney. Jacques Parizeau, comme plusieurs de ses collègues, s'opposèrent à ce changement d'orientation. Lui et six autres ministres quittent alors le conseil des ministres à la fin novembre 1984. René Lévesque se retire lui aussi, peu après, et sera remplacé par Pierre-Marc Johnson.

En 1987, Pierre-Marc Johnson quitte la direction du Parti québécois, après avoir été défait lors de l'élection générale de 1985. Jacques Parizeau est choisi pour le remplacer en tant que chef du parti le 19 mars 1988 et, se faisant élire dans un comté le 28 novembre 1989, devient le Chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale du Québec. Parizeau dénonce d'abord la « mollesse » du gouvernement Bourassa, particulièrement dans le domaine constitutionnel, puis « tend la main à (s)on premier ministre » à la suite de la déclaration du 22 juin 1990. En 1992, le premier ministre Bourassa fait amender la loi 150 qui, constatant l'échec de l'accord du lac Meech, prévoyait la tenue d'un référendum sur la souveraineté du Québec, et en fait changer le libellé pour que la consultation populaire porte sur la ratification de l'accord de Charlottetown, par lequel le Québec révise à la baisse ses exigences. Les populations du Québec et du Canada rejettent l'accord et Jacques Parizeau devient premier ministre moins de deux ans plus tard.

Premier ministre[modifier | modifier le code]

Le 12 septembre 1994, Jacques Parizeau mène le Parti québécois à la victoire électorale, formant un gouvernement majoritaire et devenant premier ministre du Québec. Parizeau promet de tenir un référendum sur la souveraineté du Québec.

En tant que premier ministre, il est l'artisan du référendum du 30 octobre 1995 qui a rejeté par une faible marge le projet souverainiste dont il s'est fait le défenseur indéfectible depuis son adhésion au Parti québécois en 1969. La date du référendum est fixée au 30 octobre 1995. L'appui à la souveraineté se situe d'abord à environ 40 % dans les sondages d'opinion. À mesure que la campagne avance, toutefois, les appuis à l'option du « Oui » augmentent. Malgré cela, l'option souverainiste finit par plafonner, devant quoi Parizeau, sensible aux pressions pour qu'il s'adjoigne les services de Lucien Bouchard, le populaire chef du Bloc québécois (au fédéral), nomme celui-ci « négociateur en chef » du Québec advenant la victoire du "oui". Ce faisant, Jacques Parizeau accepte de jouer un second rôle pour la suite de la campagne.

La nuit du 30 octobre, le Québec s'approcha, à quelques milliers de votes près, de l'indépendance, mais le « non » l'emporta par 50,6 % des voix. Le soir de cette défaite, le court discours de Jacques Parizeau comporte quelques phrases amères au sujet de « l'argent et des votes ethniques » (critiquant surtout ainsi les dépenses illégales engagées par les forces fédéralistes du « non » [citation nécessaire] et les communautés ethnoculturelles pour leur rejet massif du projet souverainiste[citation nécessaire]À titre d'exemple, les circonscriptions de D'Arcy-McGee et de Jacques-Cartier, très majoritairement non-francophones, ont voté « non » dans une proportion respective de 96,38 % et de 91,02 %, dont certaines sections de vote à 100 %), et parle de « Nous », c'est-à-dire les francophones qui avaient voté « oui », déclarant que ce groupe majoritaire, pour la première fois, n'avait plus peur de l'indépendance politique. En effet, 60 % des francophones québécois (qui représentent 80 % de la population québécoise) avaient voté « oui », ce qui s'avéra malgré tout insuffisant pour que le Québec accède à sa souveraineté. Parizeau déclara alors que « la prochaine fois » il ne fallait que voter « oui » à « 62 ou 63 % et ça passera », ce qui remit en cause la nécessité d'attirer des non-francophones au projet souverainiste. Jacques Parizeau fut aussitôt vivement critiqué pour ses commentaires, qu'il reconnut plus tard « malheureux » et méritant la désapprobation avec laquelle ils furent accueillis.

Ayant promis de partir si le « Non » l'emportait, il respecte sa promesse en démissionnant le lendemain comme chef du Parti québécois et premier ministre du Québec.

Quelques semaines plus tard, le quotidien français Le Monde révèle la collaboration nouée entre Jacques Parizeau et l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing, pour aider les souverainistes à proclamer l'indépendance juridique du Québec 10 jours seulement après les résultats du scrutin.

Parizeau quitte la politique[modifier | modifier le code]

M. Parizeau donnant une conférence devant un auditoire d'étudiants à l'Université Laval de Québec, en mars 2007.
Photo de Jacques Parizeau en août 2007
Jacques Parizeau en août 2007

Jacques Parizeau est remplacé par Lucien Bouchard à la direction du Parti québécois et du gouvernement du Québec le 29 janvier 1996.

Parizeau, depuis lors dépourvu de tout poste électif mais néanmoins encore doté d'un statut politique certain, continue de commenter très publiquement la situation politique courante, notamment la lenteur du nouveau gouvernement Bouchard et ses hésitations dans la promotion de l'indépendance du Québec.

De plus, il agit à titre de conférencier régulier et particulièrement apprécié auprès des jeunes dans les institutions d'enseignement du Québec. En 2003, de présumées déclarations de Jacques Parizeau, véhiculées par le quotidien trifluvien Le Nouvelliste (déclarations qui se sont avérées par la suite sans fondement)[réf. nécessaire], ont fait dérailler la campagne de Bernard Landry pendant le débat des chefs.

Il devient commandeur de la Légion d'honneur de France en 2000.

Aux élections de 2007, Jacques Parizeau soutient le Parti québécois, alors dirigé par André Boisclair, qui subit la défaite.

Durant la campagne électorale de 2012, Jacques Parizeau appuie officiellement l'élection de Jean-Martin Aussant, chef d'Option nationale. M. Parizeau a aussi fait un don de 200 $ à sa campagne[2]. L'épouse de M. Parizeau, Lisette Lapointe, a fait un don de 740 $[3] et a aidé à l'élection de monsieur Aussant. Le couple figure parmi les appuis les plus connus de la jeune formation souverainiste.

Le 14 janvier 2013, Option nationale annonce que Jacques Parizeau sera orateur invité lors de son congrès des 2-3 mars 2013[4].

Le 21 septembre 2014, un discours vidéo de 32 minutes est projeté durant l'évènement DestiNation (rassemblement citoyen pour l'indépendance), auquel environ 800 personnes assistent (1000 personnes selon d'autres sources)[5],[6],[7].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Jacques Parizeau était marié à Alice Parizeau (Poznańska de son nom de fille), une femme de lettres, journaliste et criminologue québécoise d'origine polonaise. En 1992, soit deux ans après le décès de celle-ci, Jacques Parizeau s'est remarié avec Lisette Lapointe qui, lors de l'élection générale de 2007, se présenta comme candidate du Parti québécois dans la circonscription de Crémazie. Au lendemain de ce scrutin, Lisette Lapointe devint députée de cette circonscription.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Je ne suis pas entré en politique pour travailler seize heures par jour et pour être ministre des Finances d'une province. Je travaille pour devenir ministre des Finances d'un pays » — Jacques Parizeau, en 1985, lors de sa démission du cabinet Lévesque (Pierre Duchesne[9], Jacques Parizeau, tome 2, Québec Amérique, 2002, p. 505)
  • « Mon Dieu, je botterais le derrière de quiconque au Québec qui ne saurait parler l'anglais. En effet, à notre époque, un petit peuple comme nous se doit de le parler. » — Jacques Parizeau (Time Magazine, 1992)
  • « ...On a été battu par quelques dizaines de milliers de voix. Ben, dans ce temps-là, qu'est-ce qu'on fait ? On se crache dans les mains et pis on r'commence ! » — Jacques Parizeau (discours du 30 octobre 1995)
  • « C'est vrai, c'est vrai qu'on a été battus, au fond, par quoi ? Par l'argent puis des votes ethniques, essentiellement. Alors, ça veut dire que, la prochaine fois, au lieu d'être 60 ou 61 % à voter « Oui », on sera 63 ou 64 % et ça suffira. » — Jacques Parizeau (discours du 30 octobre 1995)
  • « La souveraineté telle que nous la concevons est le contraire du repli sur soi » - Jacques Parizeau, en 1994
  • « La souveraineté du Québec, c'est le prolongement de cette volonté d'ouverture, de participation au concert des nations, aux échanges des idées, des cultures et des produits. » - Jacques Parizeau, en 1994
  • « Notre tâche donc est de convaincre ces Québécois qui ont le goût et la volonté de prendre en main leur destinée qu'il n'y a qu'une façon d'être plus autonome, c'est d'être souverain » - Jacques Parizeau, en 1994
  • « La force politique du Québec au sein du Canada s'efface progressivement. Il faut en sortir » - Jacques Parizeau, en 1995
  • « Car si on se dit non, on sera de nouveau condamnés à la stratégie de la survivance, au repli défensif pour tenter de protéger notre langue et notre culture avec les moyens du bord: ceux d'une province, ceux d'un peuple non reconnu, d'un peuple condamné à être de plus en plus minoritaire, avec tous les risques que comporte le statut minoritaire » - Jacques Parizeau, en 1995
  • « Plusieurs d'entre vous seront surpris d'apprendre qu'à ce jour, la Constitution canadienne et les institutions canadiennes refusent de reconnaître l'existence des sept millions de Québécois en tant que nation, en tant que peuple, ou en tant que société distincte. » - Jacques Parizeau, (devant l'Institut France-Amériques, en 1995)
  • « Bien des années plus tard, en voyant avec quelle facilité la Slovaquie se sépare paisiblement de la République tchèque avec un simple vote de son parlement, j'aurai comme un coup de cœur. » - Jacques Parizeau, en 1997
  • « Je demeure convaincu que le seul critère important quant à l'orientation du vote sur la souveraineté, c'est la langue. Ce n'est pas ni la race, ni la couleur; c'est la langue. Je connais beaucoup de souverainistes d'origine haïtienne alors que je n'en connais aucun chez les Jamaïcains. » - Jacques Parizeau, en 1997

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Duchesne, Jacques Parizeau, t. I : Le Croisé - 1930-1970, Montréal, Éditions Québec Amérique,‎ 2001, 624 p.
  • Pierre Duchesne, Jacques Parizeau, t. II : Le Baron - 1970-1985, Montréal, Éditions Québec Amérique,‎ 2002, 544 p.
  • Pierre Duchesne, Jacques Parizeau, t. III : Le Régent - 1985-1995, Montréal, Éditions Québec Amérique,‎ 2004, 578 p.
  • Laurence Richard, Jacques Parizeau, un bâtisseur, Montréal, Éditions de l'Homme,‎ 1992, 249 p.
  • Jacques Parizeau, La souveraineté du Québec, hier, aujourd'hui et demain, Éditions Michel Brûlé,‎ 18 novembre 2009 (ISBN 978-2-89485-455-6, présentation en ligne)
  • Le fonds d'archives de Jacques Parizeau est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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