Foie gras
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Le foie gras est une spécialité culinaire obtenue après l’engraissement des foies d’oies et de canards.
La production de foie gras est l'objet de controverses portant sur les conséquences du gavage pour le bien-être des animaux et sur l'importance à accorder à ce bien-être. Le gavage, nécessaire à l'obtention du foie gras, est interdit dans de nombreux pays.
Sommaire |
[modifier] Histoire
Son histoire remonte à l'Égypte ancienne (fresques de tombes vieilles de 4 500 ans à Saqqarah). Les Égyptiens gavaient plusieurs espèces d'oiseaux palmipèdes, dont des oies, à l'aide de granules de grains rôtis et humidifiés. Toutefois, nous ne disposons d'aucune preuve de l'utilisation du foie gras dans l'alimentation en Égypte (ni textes, ni images au musée du Caire et au musée du Louvre) : beaucoup de peuples anciens comme les Chinois depuis 4500 ans[réf. nécessaire] ou dans le sud-ouest de la France jusqu'au XIXe siècle ont pratiqué ou pratiquent le gavage des oies et des canards pour avoir des animaux à chair grasse (graisse utilisée pour conserver des aliments, pour s'éclairer et pour faire la cuisine) et non pas pour obtenir des foies gras. Plus tard la pratique s'étendit dans toute la région méditerranéenne. Le poète grec Cratinos l'évoque au Ve siècle av. J.-C.
La pratique s'est poursuivie sous l'Empire romain. Pline l'Ancien évoque le gavage d'oies à l'aide de figues séchées. Au IVe siècle, le De re coquinaria d’Apicius donne sa première recette. Le foie produit s'appelait Jecur ficatum, que l'on traduit littéralement par « foie aux figues ». Les anciens ne conservèrent que le terme ficatum ou figue pour sa dénomination, ce qui donna la forme figido au VIIIe siècle, puis fedie, feie au XIIe et finalement « foie ». Toutefois, cette racine ne se retrouve qu'en français, italien, portugais, espagnol et roumain.
La tradition du foie gras s'est perpétuée après la chute de l'Empire romain en Europe centrale, dans les communautés juives. Les juifs utilisaient fréquemment la graisse d'oie pour la cuisson, car le beurre avec la viande et le saindoux leur étaient interdits. De plus, les huiles d'olive et de sésame étaient difficiles à obtenir en Europe centrale et de l'ouest. Nous n'avons aucune preuve (textes, images) de la pratique du gavage et de l'utilisation du foie gras dans le Sud-Ouest de la France au Moyen Âge et sous la Renaissance.
Ainsi, si traditionnellement, deux régions françaises, le Sud-ouest et l'Alsace, se disputent la paternité de ce mets de fête, l'origine du foie gras est en réalité très ancienne.
Le maïs étant originaire d'Amérique centrale, le gavage au maïs est arrivé tardivement.
[modifier] Mécanisme biologique
La technique du gavage tirerait partie d'un mécanisme naturel qui, avant la migration pousse les oiseaux à accumuler le plus de graisse possible. Ce comportement, le zugunruhe est accompagné d'une stéatose hépatique, le foie servant aussi de réserve énergétique.
Toutefois, cette affirmation est controversée. Selon des ornithologues spécialistes des oiseaux migrateurs, dont Alain Tamisier (Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, CNRS, Montpellier) , chez les migrateurs tels que le canard col-vert et l’oie sauvage, le stockage d’énergie sous forme de graisses, s’il est présent en faible quantité autour des viscères dont le foie et non pas dans le foie, se fait essentiellement sous la peau , et principalement au niveau de la poitrine, assurant ainsi une protection contre le froid, une distribution équilibrée de la surcharge pondérale, et une utilisation rapide des réserves énergétiques par les muscles lors du vol.
Par ailleurs, le canard d’élevage le plus fréquent en France est le « mulard », issu du croisement entre un canard de Barbarie (non migrateur) et une cane domestique. Il a hérité le caractère génétique dominant non migratoire du mâle. De ce fait, il ne peut même pas exister de stockage naturel de graisses chez le mulard, oiseau non migrateur.
[modifier] Aujourd'hui
[modifier] Production mondiale
- En 2004 :
France : 18 000 t,
Hongrie : 2 600 t,
Bulgarie : 2 000 t,
Israël : 500 t (production interdite depuis 2005),
Espagne : 500 t,- autres : 570 t,
- total monde 2004: 23 670 tonnes.
[modifier] Production française
La France est le premier pays producteur de foie gras
- En 2004
- 74 % de la production mondiale (23 670 tonnes en 2004, 97 % en canard et le reste en oie),
- 98 % de la transformation,
- 90 % des 35 000 personnes employées par cette industrie résident dans les Landes, en Périgord, en Midi-Pyrénées et en Alsace.
- En 2005 [1]: 18 846 tonnes, (dont Landes: 4 794 t, Pyrénées-Atlantiques : 2 947 t, Gers : 2 059 t, Vendée: 1 534 t, Dordogne : 1 043 t, Lot-et-Garonne : 1 017 t, Deux-Sèvres : 660 t, Hautes-Pyrénées : 615 t, Lot : 527 t, Loire-Atlantique : 524 t)
- En 2007, les exportations françaises de foie gras ont atteint 111 millions d'euros en progression de 17 %. Les principaux clients sont l'Espagne (35,7 M€), la Belgique (14,6 M€), le Japon (14,4 M€) et la Suisse (10,2 M€)
[modifier] Méthode de fabrication
Les oiseaux ne mâchent pas leur nourriture et ont un gosier très élastique qui leur permet d'en stocker de grandes quantités dans l'œsophage en attendant d'être digérées dans l'estomac (un poisson entier, par exemple).
Les oies et canards destinés à la production de foie gras sont d'abord nourris d'herbe, qui durcit l'œsophage, puis d'un régime à base d'amidon qui amène le foie à la moitié de sa taille finale. Enfin vient la finition d'engraissement, lors de laquelle on enfonce la nourriture, du maïs essentiellement, à l'aide d'un tube métallique dans la gorge de l'animal (délicatement car une blessure peut ruiner tout le processus), plusieurs fois par jour.
Ce procédé exploite un phénomène naturel et totalement réversible, propre aux oiseaux migrateurs, qui stockent de la graisse dans leur foie qui devient gras dans la nature en préparation des migrations d'hiver. Ce phénomène est appelé stéatose hépatique. Ce phénomène aurait déjà été observé par les anciens Égyptiens : le foie se met alors à s'hypertrophier. Un canard sauvage peut ainsi doubler son poids en stockant de la graisse dans son foie.
Cependant, les canards utilisés pour la production de foie gras en France aujourd'hui (95 % du foie gras) ne sont pas issus d'espèces migratrices : ce sont des canards « mulards », c'est à dire des canards hybrides stériles issus d'un croisement entre deux espèces différentes : la cane commune Pékin, originaire de la Chine du Sud, et le canard de Barbarie, originaire du haut-bassin de l'Amazonie (Pérou-Brésil). Dans leur milieu d'origine, ces deux espèces sont tout à fait sédentaires et n'ont jamais migré (Travaux Inra Nouzilly).
Jusque dans les années 1920-1930 on utilisait un gorgeoir constitué d'un simple entonnoir avec un tuyau assez long et une tige de bois dont la forme permettait de pousser les grains de maïs vers la profondeur de l'estomac. On procédait généralement avec délicatesse, le corps de l'animal étant tenu entre les jambes pour éviter qu'il ne gigote. On ajoutait au maïs, de temps en temps, de l'eau pour en faciliter la digestion.
Après 1930, les gavoirs à manivelle et vis sans fin, plus efficaces, plus rapides, plus pratiques ont éliminé définitivement l'entonnoir simple.
De nos jours, les gaveuses sont munies d'un mécanisme électrique, ce qui rend le gavage beaucoup plus facile ; en effet, les préposés au gavage devaient posséder un tour de main pour apprivoiser l'animal, l'amadouer, obtenir une forme de coopération passive sans laquelle l'agitation et le stress auraient conduit à des blessures de l’œsophage, à un rendement amoindri et à une absence de résultat satisfaisant.
[modifier] Présentation
Le foie gras se présente sous plusieurs formes définies par la législation :
- Foie gras entier : maximum deux morceaux issus de deux foies différents.
- Foie gras : assemblage de morceaux de foies différents.
- Bloc de foie gras : crème de foies gras mixés.
- Bloc de foie gras avec morceaux : crème de foies gras avec morceaux ajoutés après le mixage.
- Mousse de foie gras : émulsion de foie gras et d'un corps gras.
- Pâté de foie gras : contenant au moins 50% de foie gras.
- Parfait de foie gras : contenant au moins 75% de foie gras.
En France, on le consomme traditionnellement froid en entrée, le plus souvent lors de repas de fête (réveillon par exemple). Il est également possible de le consommer chaud, seul (escalope de foie gras poêlée) ou comme ingrédient d'une recette plus élaborée (tournedos Rossini, sauce périgourdine). Lorsqu'il s'agit d'un foie gras entier il se déguste avec un couteau et une fourchette (comme une viande). Il est accompagné le plus souvent d'un vin liquoreux, tels le Sauternes, certains vins d'Alsace ou du Gers s'accommodent parfaitement avec ce mets.
Les anglo-saxons le préfèrent chaud. Dans le monde il peut être servi sous d'autres formes. Mais pour pouvoir le valoriser chaud il faut connaître la date d'abattage, ce que la réglementation ne permet pas à ce stade.
[modifier] Controverses
[modifier] Associations de défense du bien-être animal
Une coalition d'associations de défense animale, réunie depuis fin 2003 autour du « Manifeste pour l'abolition du gavage »[2], affirme l'illégalité du gavage vis-à-vis des lois françaises existantes de protection animale ainsi que des textes européens.
La Directive européenne du 20 juillet 1998[3] dispose en effet qu'« aucun animal n'est alimenté ou abreuvé de telle sorte qu'il en résulte des souffrances ou des dommages inutiles » ; alors que le rapport du Comité scientifique de la Commission Européenne de la santé et du bien-être des animaux (16 décembre 1998 [4], constatant que le taux de mortalité en cours de gavage est multiplié par dix ou vingt, que le « niveau de stéatose [obtenu] doit être considéré pathologique » et que la « quantité importante d'aliments intubés à grande vitesse au cours du procédé de gavage provoque immédiatement une distension de l'œsophage, une augmentation de la production thermique et du halètement, et l'excrétion de matières fécales semi-liquides », conclut que « le gavage, comme il est pratiqué aujourd'hui, est préjudiciable au bien-être des oiseaux ».
Le gavage est de fait interdit dans de nombreux pays, soit en vertu des lois générales de protection animale, soit du fait d'interdictions spécifiques, ce qui ne les empêche pas d'en importer.
Le gavage est interdit en Allemagne, en Argentine, dans certaines provinces en Autriche, au Danemark, en Finlande, en Irlande, en Israël, en Italie (depuis début 2004), au Luxembourg, en Norvège, aux Pays-Bas, en Pologne (cinquième producteur mondial avant l'interdiction en 1999), en République tchèque, au Royaume-Uni — Le prince de Galles a banni le foie gras de ses résidences et la chaîne de luxe Harvey Nichols n'en vend plus —, en Suède et en Suisse.
La situation aux États-Unis est très mitigée et ambiguë, il existe d'ailleurs un foie gras américain. Depuis 1999 une taxe de 100% est imposée sur le foie gras français mais seulement dans le but de représailles contre l'embargo européen sur le bœuf américain, ce qui n'a pas empêché les importations de foie gras de doubler en 2007. Le Parlement de Californie a voté en 2004 une loi d'interdiction de production et de commercialisation du foie gras avec effet en 2012. Une législation du même type est à l'étude dans l'État de New York. Depuis le 22 août 2006, la vente du foie gras est illégale à Chicago, mais cette loi pourrait être abrogée prochainement [5].
Les associations défendent notamment le point de vue selon lequel le foie gras est l'organe malade d'une oie ou d'un canard et entendent dénoncer la stratégie de la filière : entourer le foie gras d'une aura de luxe et de magie, éviter méticuleusement toute référence au gavage et aux souffrances qui y sont liées.
[modifier] Producteurs
En France, les producteurs et industriels du foie gras réunis dans le CIFOG, soutenus par un certain nombre d'études (de l'INRA notamment) affirment que le gavage n'est pas une procédure cruelle. Ils s'appuient sur des études menées notamment par la Ferme de l'Oie qui mesure le stress des animaux via la production d'une molécule, la corticostérone : plus la corticostéronémie est élevée, plus l'animal est stressé. Or le gavage n'a pas entraîné, dans les conditions de l'expérience, de stress significatif.
Selon les travaux menés par l'Inra, et à la différence des mammifères, le foie est un site majeur de synthèse et de stockage des lipides chez les oiseaux. Pour ce motif, la stéatose hépatique qui résulte du gavage n'est pas de nature pathologique et est réversible; ainsi, une oie qu'on cesse de gaver perd les graisses accumulées jusqu'à retrouver son poids initial.
Un autre argument avancé par les producteurs est le fait que les oiseaux sont élevés spécialement pour être gavés, ce qui permet un processus progressif et évite ainsi de choquer les animaux.
Suite aux nombreuses revendications des associations de défense des animaux, les producteurs de foie gras ont décidé d'adopter une législation très stricte visant à optimiser le bien être de leurs animaux, notamment au travers des labellisation : mise à disposition des oiseaux d'un parcours pour se dégourdir les pattes, décision d'interdire les cages individuelles pour que les animaux puissent former une communauté, contrôle de la nourriture qui leur est donné (par exemple pour un foie gras IGP du Sud Ouest, l'animal doit être gavé avec du maïs récolté dans le Sud Ouest) etc.
L'INRA a été critiqué pour avoir permis à ses chercheurs de recevoir des subventions du CIFOG pour conduire des recherches visant ouvertement à contredire les conclusions du Rapport du Comité scientifique de la Commission Européenne[6]. Robert Dantzer, un chercheur retraité de l'INRA, a qualifié ces mêmes recherches de pseudo-science et de recherches d'opportunité[7].
Par ailleurs, le CIFOG fait pression pour que le gavage soit protégé au titre d'une « exception culturelle », ce qui, comme pour la tauromachie dans les départements du sud, permettrait sa continuation.
[modifier] Recettes traditionnelles de la culture gastronomique
La Loi n° 2006-11 du 5 janvier 2006 d'orientation agricole a ajouté l'article L654-27-1 au code rural français aux termes duquel « le foie gras fait partie du patrimoine culturel et gastronomique protégé en France. »
(Recettes textes et audio et conseils de feu Jean-Paul Malaurie, grand chef et chroniqueur gastronomique Radio France Périgord)
[modifier] Notes et références
- ↑ statistiques officielles (sources : AGRESTE-SCEES, ministère de l'Agriculture, France)
- ↑ manifeste
- ↑ texte complet)
- ↑ texte complet en anglais
- ↑ (en)New York Times et (en)CNN
- ↑ Antoine Comiti, L'INRA au secours du foie gras - Enquête sur une expertise publique sous contrôle de l'industrie, éd. Sentience, 2006.
- ↑ « L'INRA accusé de connivence avec la filière du foie gras » (274 p), Le Monde 29 Dec. 2006: « Il s'agit de pseudo-science et de recherches d'opportunité, conduites par des chercheurs élevés dans le moule de la production animale, tranche Robert Dantzer, tout juste retraité de l'INRA, où il était précisément spécialiste de ces hormones de stress. »

