Gallo
| Gallo Galo |
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| Parlée en | France |
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| Région | Haute-Bretagne (Côtes-d'Armor, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique, Morbihan) et parties de Normandie (Sud Manche, Sud Orne), Pays-de-la-Loire (Mayenne, Maine-et-Loire). |
| Nombre de locuteurs | de 28 300[1] à 200 000[2],[3] |
| Typologie | SVO |
| Classification par famille | |
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| Codes de langue | |
| Linguasphere | 51-AAA-hb |
| IETF | fra-gal |
| Échantillon | |
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Article premier |
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Le gallo est la langue d'oïl de la Haute-Bretagne, d'une partie de la Basse-Normandie et des Pays-de-la-Loire. Elle est traditionnellement parlée en Ille-et-Vilaine, en Loire-Atlantique et dans l'est du Morbihan et des Côtes-d'Armor, derrière une frontière linguistique allant de Plouha à la presqu'île de Rhuys à l'Ouest et dépassant largement à l'Est dans le sud de la Manche et de l'Orne, en Mayenne et dans le Maine-et-Loire. Elle forme un diasystème avec le français et elle n'a pour ainsi dire aucune similitude avec le breton. La relation entre breton et gallo est d'ailleurs comparable à celle des deux langues d'Écosse : le scots, proche de l'anglais, et le gaélique écossais, langue celtique.
Les locuteurs sont les gallésants. « Gallo » est un mot venu de la langue bretonne et son utilisation par les gallésants est récente. Beaucoup d'entre-eux utilisent simplement le terme patois, bien qu'il soit souvent considéré comme péjoratif[3].
Comme il n'y a pas de critères universellement acceptés pour distinguer les langues des dialectes, il n'y a pas de réel consensus sur le statut linguistique du gallo. En effet, bien qu'il soit essentiellement oral, il est l'objet d'études universitaires, de standardisations et des ouvrages en gallo sont régulièrement publiés. Il existe par ailleurs un vrai continuum entre le gallo et les autres langues d'oïl.
Contrairement au breton, le gallo n'a pas de longue tradition de défense et de protection[4]. Les deux ont toutefois été reconnues conjointement « langues de Bretagne » par le conseil régional en 2004.
Malgré quelques initiatives pour l'enseigner à l'école et dans les universités, le gallo est en voie d'extinction. Les locuteurs sont généralement âgés et la transmission intergénérationnelle est très faible. Le nombre de locuteurs au début du XXIe siècle est estimé entre 28 300 et 200 000 personnes[5],[3]. Le gallo est considéré comme sérieusement en danger par l'Unesco[2].
Définition [modifier]
Noms [modifier]
Le terme « gallo » est parfois orthographié « galo », « gallot » ou « galloù ». Le gallo est aussi appelé « langue gallèse » ou « britto-roman » en Bretagne. Dans le sud de la Basse-Normandie et l'ouest des Pays-de-la-Loire, il est souvent désigné sous le terme patois.
« Gallo » vient du breton gall, signifiant « français », issu d'un radical celtique[6]. Il a pour correspondants le gallois gall qui signifie « étranger » et le gaélique gail qui signifie « anglais »[7]. Le féminin de gallo, « gallèse », vient du breton gallez, forme féminine de gall.
Le terme gallo est donc d'origine bretonne et cela explique pourquoi il est en fait très peu utilisé par les locuteurs eux-mêmes. Henriette Walter avait conduit une enquête en 1986 qui montrait qu'à peine plus de 4 % l'avaient employé depuis toujours (dans les Côtes-d'Armor), et le tiers d'entre eux le trouvait « chargé d'une signification plutôt péjorative », et que le terme « patois » était largement majoritaire. Le terme gallo est donc en grande partie, même s'il est connu de longue date (première mention écrite en 1358[8]), une nouvelle dénomination[9].
Enfin, le terme « britto-roman » a été créé par le linguiste Alan-Joseph Raude en 1978 pour montrer que le gallo est « un idiome roman parlé par les Bretons ». Selon lui, l'appellation « patois » est impropre car elle désigne « une variante vernaculaire inférieure d'une langue de culture. C'est une notion sociologique, non une notion linguistique[10]. » Un autre linguiste, Jean-Paul Chauveau, considère par ailleurs que le terme « patois » est générique puisqu'on peut appeler ainsi n'importe quel parler de France différent du français. Ainsi, « il dénie toute identité au langage auquel on l'applique[11]. »
Il ne faut pas confondre le gallo avec les Gallo-romains ni avec le « gallo-roman », un terme qui désigne l'ensemble des langues d'oïl.
Classification [modifier]
Le gallo est une langue d'oïl, tout comme le picard, le normand ou le poitevin. Il descend directement du latin populaire et a connu un développement parallèle à celui du français. Le gallo n'est donc pas une déformation du français, ce sont deux parlers distincts, avec une origine commune et une histoire différente. Les langues d'oïl appartiennent au groupe des langues gallo-romanes, qui regroupe aussi le francoprovencal ou arpitan, parlé autour de la Savoie. Les langues gallo-romanes font elles-même partie des langues romanes, un groupe qui comprend aussi l'italien, l'espagnol, l'occitan ou le roumain. Enfin, les langues romanes font partie du grand groupe des langues indo-européennes.
Le gallo est une langue d'oïl, mais ce n'est pas pour autant de l'ancien français. En effet, tout comme le français, le gallo a évolué depuis l'époque médiévale. Il existe donc un ancien gallo. Par ailleurs, l'ancien français étant une langue peu standardisée, les écrivains du Moyen Âge utilisaient des termes et des formulations de leur région. On peut donc retrouver des traces d'ancien gallo dans les écrits médiévaux de Haute-Bretagne[12].
Limites [modifier]
La limite occidentale du gallo est claire puisqu'il ne ressemble absolument pas au breton. La frontière linguistique entre les deux langues a ainsi été comparée à la « muraille chinoise » par l'historien Pierre-Michel-François Chevalier en 1845[13]. En 1952, Francis Gourvil traçait cette frontière entre Plouha, sur la côte ouest de la baie de Saint-Brieuc, et la rivière de Pénerf, près de la presqu'île de Rhuys. Entre ces deux points, il faisait passer la limite par Senven-Léhart, Quintin, Mûr-de-Bretagne, Saint-Gérand, Réguiny et Sulniac[14]. Cette frontière a été fluctuante tout au long de l'Histoire. Le gallo a fait reculé le breton depuis le haut Moyen Âge.
À l'est, le gallo est voisin du normand, du mayennais et de l'angevin, ces 2 derniers faisant partie du même ensemble linguistique que le gallo, et du poitevin, des parlers qui font tous partie des langues d'oïl et qui partagent une même origine latine. Il n'est pas réellement possible de tracer des limites autres qu'historiques entre-eux. Ils forment un continuum linguistique, c'est-à-dire qu'ils se mélangent et se chevauchent sur plusieurs régions avant d'atteindre des frontières linguistiques, le long desquelles ils se heurtent à des langues totalement différentes. Le continuum des langues d'oïl s'étend par exemple de la frontière avec le breton jusqu'en Belgique, où il se heurte au néerlandais et à ses dialectes flamands. Dans l'intervalle, on passe du gallo au mayennais, au normand, au champenois, au picard, etc.
L'exemple d'« aujourd'hui » illustre bien le chevauchement des parlers. En effet, la plupart des gallésants utilisent le mot « anae », mais dans l'extrémité orientale de la Haute-Bretagne, le long de la Mayenne et du Maine-et-Loire, les locuteurs utilisent « anui », un terme qui se retrouve dans le mayennais et l'angevin. Réciproquement, à Ernée, en Mayenne, on entend le terme gallo « anae »[15].
Les parlers situés dans le continuum des langues d'oïl se superposent donc, et les locuteurs angevins et gallésants peuvent se comprendre dans une certaine mesure et utiliser les mêmes mots. En revanche, les langues placées aux extrémités du continuum ne sont pas intelligibles entre-elles. Le gallo peut ainsi être opposé au wallon, qui est aussi une langue d'oïl, mais est incompréhensible pour un gallésant[16]. Les parlers linguistiquement les plus proches du gallo sont ceux du sud de la Manche, du Maine et de l'Anjou[17].
Le cadre géographique du gallo est par convention celui des limites de la Haute-Bretagne. À l'ouest, la limite est tracée par la frontière linguistique entre breton et gallo telle qu'elle était au début du XXe siècle, avant que le breton soit de moins en moins pratiqué au profit du français. À l'est et au sud, ce sont les limites départementales de l'Ille-et-Vilaine et de la Loire-Atlantique qui forment la frontière entre la Haute-Bretagne et le reste de la France, mais comme il existe un continuum, cette frontière n'est donc pas vraiment celle du gallo. Il y a d'ailleurs rarement coïncidence entre les espaces administratifs et linguistiques[18].
| Gallo | Normand | Poitevin | Sarthois | Breton | Français |
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Le monde vienent tertout librs su la terre e i s'entr-valent en dret e dignitë. I lous apartient d'avair de la rézon e du jinjin e il ont de se chevi entr yeus come des freres |
Touos l's houmes nâquissent libes et parels dauns lus taête et en dreit. Il ount byin de l'obiche et de l'ingamo et deivent faire d'aveu leus prochan coume si ch'tait pou yeus. |
Le munde trtouts avant naeçhu libres trtouts parélls den la dégnetai é den lés dréts. L'avant de l'aeme é de la cunsience é le devant coméyà e trtouts fratrnaument. |
Lès gas et lès fumelles naissant leibres tertout, ens'ment i-z-ayant drait et deignité daurà lè z'oureines. L'houme a coume donnaison un entendoir et eune cervalle ademintier ctilla douat terjoux éde au-z-auts quasiment coume pou un frare. |
Dieub ha par en o dellezegezh hag o gwirioù eo ganet an holl dud. Poell ha skiant zo dezho ha dleout a reont bevañ an eil gant egile en ur spered a genvreudeuriezh. |
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. |
Histoire [modifier]
Racines celtiques, latines et germaniques [modifier]
Les Celtes, venus d'Europe centrale, s'installent en Armorique vers le -VIIIe siècle. Plusieurs peuples s'y forment, comme les Redones et les Namnètes[19]. Ils parlent des variétés de la langue gauloise et entretiennent des liens économiques importants avec les Îles Britanniques. La conquête de l'Amorique par Jules César en 56 av. J.-C. entraîne une certaine romanisation de la population, mais seules les couches sociales élevées adoptent réellement la culture latine[20]. Le gaulois reste parlé dans la région jusqu'au VIe siècle, surtout dans les zones rurales peu peuplées. Ainsi, lorsque les Bretons, arrivés de Grande-Bretagne, émigrent en Armorique à la même période, ils y trouvent un peuple qui a conservé sa langue et sa culture celtique. L'intégration des Bretons se fait donc facilement[21]. Les premiers petits royaumes bretons, comme la Cornouaille et la Domnonée, naissent au Ve siècle[22].
À l'opposé des campagnes de l'ouest de l'Armorique, les villes de Nantes et Rennes sont de vrais centres culturels romains. À la suite des Invasions barbares, ces deux villes ainsi que les régions situées à l'est de la Vilaine tombent sous domination franque. Des Francs s'installent aussi dans le domaine celtique, où il existe également des îlots de peuplement gallo-romains, par exemple autour de Vannes et de Saint-Brieuc. Le peuplement de l'Armorique à l'époque mérovingienne est donc varié, avec des Bretons venus de Grande-Bretagne assimilés aux tribus gauloises, des villes latinisées et des tribus germaniques. Enfin, la frontière entre les royaumes bretons et le royaume franc est mouvante et difficile à définir, notamment parce que les guerres entre Francs et Bretons sont fréquentes entre le VIe siècle et le IXe siècle. Avant le Xe siècle, le breton est parlé par au moins une partie de la population jusqu'à Pornic et Avranches. Au-delà se trouve la Marche de Bretagne, de langue romane, mise en place par les rois francs[23].
Émergence du gallo [modifier]
La population latinisée de Haute-Bretagne parlait le latin populaire de Gaule. Cette langue avait reçu des influences gauloises, notamment dans le vocabulaire et la prononciation. La palatalisation de [k] en [ʃ], par exemple de cantare à chanter et la spirantisation de [b] en [v], comme dans faba devenu fève, datent probablement de cette époque[24]. Les déclinaisons latines et le genre neutre ont commencé à disparaître dès la période gallo-romaine, alors que les articles ont commencé à être employés[25]. Les Francs introduirent un nouvelle langue dans la région, le francique, mais ils ne l'imposèrent pas aux Gallo-romains, et le latin resta pratiqué jusqu'au début du IXe siècle. Pendant trois cents ans, le nord de la France a donc connu une période de bilinguisme latin/francique. Pendant cette période, les Francs ont progressivement adopté le latin, notamment parce que c'était une langue écrite et religieuse. Comme les Gaulois avant eux, ils ont entraîné des modifications dans la langue, en y apportant des mots germaniques et en modifiant la prononciation[26]. Les Vikings, qui envahissent la Bretagne au Xe siècle apportent aussi quelques éléments de vocabulaire norrois qui se retrouvent dans le gallo contemporain[27].
Les langues d'oïl apparaissent au XIe siècle. Les différences entre les parlers régionaux étaient alors probablement moins importantes qu'aujourd'hui. Les emprunts de vocabulaire entre parlers étaient fréquents et il n'existe pas beaucoup de traces écrites des variétés régionales, car les scribes utilisaient une sorte de langue littéraire interdialectale commune à toute la moitié nord de la France. À partir du XIIIe siècle, cependant, le français de la cour et des livres se distingue drastiquement des parlers régionaux. Ces parlers connaissent eux-aussi des changements phonétiques indépendants et ils s'éloignent de plus en plus les uns des autres[28].
Les premières traces écrites du gallo datent du XIIe siècle. Le Roman d'Aiquin, qui est la seule chanson de geste bretonne, contient quelques termes propres au gallo contemporain, comme s'aroter pour « se mettre en route » et lours pour « leurs ». Le Livre des Manières d'Étienne de Fougères contient aussi beaucoup de traits caractéristiques du gallo. Il comprend des termes comme enveier (« envoyer »), il deit (« il doit ») ou encore chasteaus (« châteaux » ; en gallo contemporain : chatiaos)[29].
Un texte des Chroniques de Saint-Denis écrit au XIIIe siècle mentionne des « Bretons bretonnants ». C'est le premier texte qui suppose l'existence de Bretons qui ne parlent pas la langue bretonne. Le terme « gallo » est employé pour la première fois en 1358, dans un acte du duc Jean IV destiné à son trésorier Georges Gicquel : « nostre general recepveur en Bretaigne gallou, salut. » L'appellation « Bretagne gallo » ou son homonyme « Haute-Bretagne » se rencontrent ensuite régulièrement dans les textes médiévaux[30].
Recul du breton [modifier]
Jusqu'au XIXe siècle, le gallo gagne lentement du terrain sur la langue bretonne, jusqu'à atteindre la frontière linguistique actuelle. Le breton a connu sa plus grande expansion sous le règne de Nominoë, au IXe siècle. Celui-ci a unifié la Bretagne, alors composée de petits royaumes, et étendu son territoire sur les diocèses francs de Nantes et Rennes. Ces régions romanes ont alors accueilli des populations bretonnantes, mais la langue romane s'est toujours imposée. Le breton est néanmoins demeuré majoritaire derrière une ligne qui courait de Saint-Brieuc à Saint-Nazaire. Alain IV, qui meurt en 1119, fut le dernier duc bretonnant, et ses successeurs ont tous été romanophones. Dès lors, le breton a commencé à reculer vers l'ouest, à cause du prestige de la langue d'oïl et des relations sociales et commerciales. Cependant, le recul du breton s'est fait lentement, et des zones mixtes breton/langue d'oïl ont émergé, d'abord sur la côte nord jusqu'à Dinan au XIIe siècle, puis jusqu'à Saint-Brieuc au XVIe siècle. Au sud, autour de Guérande et de la Vilaine, le recul du breton n'a pas été marqué avant le XIXe siècle. Dans les zones mixtes, les emprunts du breton vers le gallo ont été plus nombreux qu'ailleurs[31].
Déclin du gallo [modifier]
Le français standard, qui se développe pendant la Renaissance, est au départ un sociolecte, c'est-à-dire qu'il n'est utilisé que par certaines classes sociales[32]. L'ordonnance de Villers-Cotterêts, promulguée en 1539, rend l'usage du français obligatoire dans les documents officiels, puis c'est surtout l'éducation qui propage cette langue, à partir du XVIIe siècle, lorsque l'usage du latin décline à l'université. En 1793, pendant la Révolution, le français devient la seule langue utilisée par l'instruction publique. L'année suivante, une circulaire annonce que « dans une république une et indivisible, la langue doit être une. C'est un fédéralisme que la variété des dialectes ; il faut le briser entièrement. » À partir du règne de Louis-Philippe Ier, l'éducation devient plus accessible, et Jules Ferry rend l'instruction gratuite, laïque et obligatoire en 1883. Dès lors, tous les Français fréquentent l'école et apprennent donc le français[33].
Le XIXe siècle est aussi marqué par de profonds changements sociaux qui favorisent la disparition des langues régionales. La conscription, instaurée pendant la Révolution, fait se côtoyer des hommes venus de régions différentes qui doivent utiliser le français pour communiquer entre-eux, la construction de routes et de voies ferrées accentue la mobilité des personnes et l'exode rural et l'industrialisation des villes entraîne un brassage des populations. L'essor industriel fait aussi naître une nouvelle bourgeoisie qui dénigre les parlers régionaux, et la croissance de la presse contribue à propager la langue française. Cette propagation, commencée par les journaux, est continuée au XXe siècle par la radio puis la télévision. En Haute-Bretagne comme dans le reste de la France, le bilinguisme s'est généralisé avant un abandon fréquent de la langue régionale[33].
Face au déclin du gallo, des mouvements de défense sont nés à la fin du XIXe siècle avant de s'amplifier dans les années 1970. La Charte culturelle bretonne, signée en 1977 par l'État et les collectivités territoriales bretonnes, marque un changement notable dans la perception des langues de Bretagne. La charte stipule par exemple qu'il faut « assurer à la langue bretonne et au parler gallo et à leurs cultures spécifiques, les moyens nécessaires à leur développement y compris dans l'enseignement et à la radio-télévision[34]. » Depuis le début des années 1980, l'enseignement du gallo est donc proposé dans quelques structures. Néanmoins, il demeure une langue en danger.
Langue ou dialecte [modifier]
En 1831, Sébastien Bottin considérait que le gallo était un français altéré, contrairement à des parlers comme le poitevin ou le wallon qu'il qualifiait de patois. Selon lui, ces parlers était assez différents du français pour être classés comme tels, et il considérait le wallon comme tellement altéré qu'il avait peine à le considérer comme français[35].
« Car bien que les habitans de la haute-Bretagne (auxquels les bretons bretonnans donnent le nom de Gallots) ne parlent pas un français bien pur, on ne peut le mettre au rang de patois proprement dits, puisque les expressions qui le caractérisent se retrouvent dans les auteurs du XVe et du XVIe siècle tel que Rabelais, Amyot et autres de la même époque. Mais à quelque distance au-delà de la Loire commence le patois poitevin usité dans les départemens de la Vendée, des Deux-Sèvres, et de la Vienne, et auquel succède, comme simple variété, le patois saintongeois en usage dans la partie orientale des deux départemens de la Charente, dont le surplus est de langue romane
. »
En 1878, Paul Sébillot écrit : « Le langage parlé dans le pays gallot ou français est un dialecte du français, qui a des affinités avec les dialectes des pays voisins, surtout avec l'angevin, le tourangeau et le bas-normand : il contient un grand nombre de vieux mots, un très petit nombre de mots empruntés au breton, et est, sauf des expressions locales assez nombreuses, mais à tournure très françaises, très facile à comprendre[36] ».
Le gallo est toutefois difficilement compréhensible pour un francophone, notamment à cause d'une phonologie et d'un vocabulaire particuliers. L'intercompréhension entre deux locuteurs de langues différentes est d'ailleurs fortement conditionnée par leur bonne volonté et leurs acquis personnels, comme une connaissance de la linguistique ou de la culture générale[37],[38]. Bernard Cerquiglini, un linguiste contemporain, a d'ailleurs une vision opposée à celle de Sébastien Bottin. Selon lui, le gallo, comme les autres langues d'oïl, ne peut pas être considéré comme un dialecte du français car les différences entre les deux sont trop grandes[39]. Toujours selon lui, le fait que le gallo soit directement issu du latin populaire, et non pas une déformation régionale du français, empêche aussi de le qualifier de dialecte[3].
D'ailleurs, l'étude des langues et des dialectes a beaucoup évolué depuis le XIXe siècle, et il n'existe plus de critère universellement accepté permettant de distinguer un dialecte d'une langue[40].
Selon les théories contemporaines, le gallo ne peut pas être une langue si l'on considère qu'il n'a pas un grand prestige culturel ni un statut de langue officielle[41]. Ce n'est pas non plus un important facteur de cohésion et d'identité, comme peuvent l'être le breton ou l'occitan. En revanche, le gallo peut être considéré en tant que langue parce qu'il possède une certaine standardisation, des systèmes d'écriture et une littérature, bien que ceux-ci ne soient qu'à un stade de développement. Enfin, le statut de langue ou de dialecte accordé à un parler tient souvent plus à des motifs politiques que réellement linguistiques[42].
Statut et reconnaissance [modifier]
Au niveau international, le gallo ne possède pas de code ISO 639. Le gallo, comme toutes les langues régionales de France, n'a aucun caractère officiel. Cependant, depuis la modification de la Constitution en 2008, le gallo est reconnu comme appartenant au patrimoine de la France puisque l’article 75-1 dispose que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France » [43]. Par ailleurs, le gallo est la seule langue d'oïl reconnue en tant que « langue régionale » par le ministère de l'Éducation nationale, les autres n'étant pas enseignées à l'école[39].
La reconnaissance publique du gallo en Bretagne est relativement récente. En effet, le 17 décembre 2004, le conseil régional de Bretagne a officiellement reconnu, à l’unanimité, le breton et le gallo comme « langues de la Bretagne, au côté de la langue française » [44]. Le conseil général d'Ille-et-Vilaine soutient lui aussi publiquement le gallo[45]. En revanche, en Loire-Atlantique et dans les Pays de la Loire, il n'existe aucune prise de position officielle à propos du gallo.
Rapports avec le breton et le français [modifier]
Le breton, comme le gallo, est en régression. Néanmoins, il possède un statut de langue incontestable ainsi qu'une importante fonction identitaire. Il profite d'une tradition de défense ancienne et il n'est plus soumis à de fortes considérations négatives. Au contraire, il affirme la singularité de la culture bretonne, alors que le gallo est associé au français, donc à l'extérieur. Le gallo peut donc être vu comme un élément non-celtique, inférieur à la langue bretonne. Cette idée est entretenue par la différence de traitement qui persiste entre les deux langues, le breton ayant toujours plus de moyens d'enseignement et de promotion que le gallo. Selon la théorie « un peuple = une langue », le breton est la langue nationale de la Bretagne, donc le gallo n'y a aucune place[4],[46].
Alors que le breton semble entraîner un déni du gallo, le français entretient plutôt sa minoration. En effet, la langue française est très bien établie en Haute-Bretagne depuis les années 1960, et le gallo disparaît surtout parce qu'il est de plus en plus difficile de le pratiquer. Il n'est plus indispensable à la vie quotidienne, et, pour de nombreux locuteurs, ce n'est plus qu'un parler local employé uniquement dans certaines situations. Le gallo reste aussi attaché à une image péjorative et il apparaît comme un langage grossier, alors que le français a une connotation soutenue. L'écriture est aussi une faiblesse du gallo par rapport au français. En effet, bien que des systèmes existent, ils sont peu connus des gallésants et le gallo demeure une langue orale dans la conscience collective. En outre, les gallésants ne peuvent pas toujours lire et écrire le gallo sans apprentissage préalable[4].
À cause de rapports de proximité intenses et durables, le gallo a aussi été profondément influencé par le français. Ainsi, un grand nombre de gallésants alternent des phrases et des mots en gallo et en français dans un même discours sans avoir conscience de passer d'une langue à l'autre. Dans l'autre sens, les non-gallésants de Haute-Bretagne peuvent employer des termes gallo sans le savoir[47].
Dialectes du gallo [modifier]
Il n'est pas aisé de déterminer des dialectes en gallo tant les frontières entre les dialectes varient selon les critères choisis. Si on prend par exemple comme critère les pronoms démonstratifs, on peut voir les dialectes suivants :
- La forme « Ille-et-Vilaine » : le sien (m.), la siene (f.).
- La forme « Côtes-d'Armor » : lu,li (m.), lë, yelle (f.).
- La forme « Morbihan » : le ci (m.), la celle (f.).
- Le sud de la Loire-Atlantique se calque sur le modèle du poitevin : qho-la (m.), qhelle-la (f.)[48].
Au niveau de la phonologie, on peut distinguer trois autres groupes :
- Le nord (Rennes, Saint-Malo, Saint-Brieuc), qui se distingue par la réduction des diphtongues finales : [ɛw] de chatèo réduit en [ɛ], [aw] de journau réduit en [a], [aj] des mots masculins comme travail en [a:]. Ce groupe se distingue aussi par des diphtongues différentes au singulier et au pluriel : un chapë, des chapiao.
- Le centre (Morbihan gallo, Guérande, Pays de la Mée), qui se caractérise par le voisement de [t] en [d] et remplace [o] par [u].
- Le sud (Pays de Retz, Vignoble nantais), proche du poitevin, a des participes passés en [aj] au lieu de [ə]. Il se distingue aussi par le voisement de [s] en [z], il remplace les [u] finaux par [ø], les consonnes finales sont sonores et le groupe [lj] est prononcé [j], [ljəv] est donc prononcé [jəv]. Enfin, il n'a pas de diphtongues[49].
On peut ajouter à ces groupes de nombreuses divisions régionales sur la prononciation. Ainsi, le « oi » français de moi se prononce [a] autour de Rennes, mais [aj] en Loire-Atlantique et [me] ou [ɛ] le long de la frontière avec le breton. Cette répartition n'est pas valable pour tous les mots : ainsi la zone du [ɛ] s'étend vers l'est pour le « oi » de voir, et des mots comme voisin et boire se prononcent généralement [vejzɛ̃] et [bejʁ], ou [vajzɛ̃] et [bajʁ][15].
L'infinitif des verbes en -er montre aussi des différences de prononciation. En général, les gallésants prononcent cette terminaison avec [ə] (par exemple : manjë pour manger), sauf autour de l'estuaire de la Loire et de la Manche, où -er se prononce comme en français. Autour de Cancale et Corcoué, cette terminaison se prononce [aj]. Enfin, cette répartition n'est pas valable pour les participes passés et les noms communs finissant en -é comme mangé ou blé, dont la prononciation suit d'autres schémas régionaux. Dans certains endroits, comme à Abbaretz, la prononciation du participe passé diffère par exemple selon qu'on l'emploie avec le verbe être ou avoir. Le mot blé de son côté, peut être prononcé blé, blë, byé, byë, byè, byëy ou encore byay selon les régions. L'apparition du [l] dans blé est d'ailleurs récente et touche principalement la côte nord et le pays rennais. Il est probablement apparu en gallo grâce à l'influence du français, qui a entraîné une palatalisation plus importante des mots[15].
Les différences de prononciation entraînent parfois des modifications lexicales, comme pour le mot « oiseau ». En gallo, il est prononcé oazé, oazéo, oézë, ouézéo ou encore ouéziao, sauf dans une petite zone au nord-ouest de Rennes, où un [g] s'ajoute au début : gaziao. Cet ajout sert probablement à éviter des hiatus et faciliter la prononciation et rappelle la transformation du [w] celtique en [g] par les langues latines (par exemple waspa (« déchets ») a donné gaspiller). Enfin, autour de Vannes, « oiseau » se dit pichon, un mot qui vient du latin pipione[15].
Nombre de locuteurs [modifier]
Il est difficile de connaître le nombre de gallésants car les personnes interrogées lors de sondages peuvent mal évaluer leurs compétences. Par ailleurs, la stigmatisation sociale dont est victime le gallo entraîne probablement des déclarations mensongères ou sous-évaluées, notamment chez les plus jeunes[3]. Enfin, beaucoup de personnes parlent le gallo en utilisant un grand nombre de mots et de tournures françaises et ne peuvent donc pas forcément être comptabilisées en tant que locutrices[47].
Lors du recensement de 1999, 49 626 habitants de la Bretagne historique ont répondu à l’enquête « Étude de l’histoire familiale », qui incluait une question sur les langues pratiquées avec des proches. Il fait état de 29 060 personnes utilisant le gallo, dont 28 300 en région Bretagne (soit 1,3 % de la population, tandis que les bretonnants en représentaient 12 %). Après extrapolation sur la population globale, le nombre de gallésants a finalement été estimé à 40 710 personnes en Bretagne historique, soit 1 % de sa population. Le gallo se trouve en quatrième place derrière le français, le breton (11,3 %) et l'anglais (4,3 %)[3].
Le gallo est plus vivace en Ille-et-Vilaine, où 2,5 % de la population le pratiquait selon le recensement de 1999, puis dans les Côtes-d’Armor (1,8 %), dans le Morbihan (1,6 %) et en Loire-Atlantique (1,5 %)[50].
En outre, selon le recensement, l'Ille-et-Vilaine est le seul département où les gallésants sont plus nombreux que les bretonnants. Une enquête menée pour le laboratoire Credilif de l'université de Rennes 2 en 2008 fait quant à elle état de 200 000 locuteurs. Selon cette enquête, ce chiffre est à doubler si on prend en compte les personnes capables de comprendre le gallo[51].
Une enquête effectuée en 2004 et 2005 dans tous les départements de la Haute-Bretagne a montré que seulement 5 % des parents gallésants avaient transmis le gallo à leurs enfants. Par ailleurs, la grande majorité des gallésants sont ou ont été agriculteurs. Seulement 23 % des personnes interrogées ont déclaré pouvoir écrire en gallo[3].
Enseignement [modifier]
L'enseignement du gallo à l'école a été demandé par des associations locales à partir des années 1940. Certains partisans y voyaient un moyen de mieux enseigner le français, pour les autres, c'était surtout une revendication culturelle. Il existait aussi des divergences sur une probable standardisation du gallo et le système d'écriture qui devait être utilisé. Ensuite, ces idées n'ont plus été reprises avant les années 1970. En 1977, la signature par l'État de la Charte culturelle bretonne a permis une première valorisation de la langue, et le gallo a été proposé en option facultative aux baccalauréats généraux et technologiques à partir de 1984. Des cours facultatifs et des recherches sur le gallo sont donnés à l'Université de Rennes 2 depuis 1981[52]. Depuis 2008, L'université offre une option gallo (3 heures par semaine) étalée sur les trois années de la licence[53],[54].
Un enseignement de langue et culture gallèse est proposé en école primaire dans le secteur de Maure-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) par un professeur des écoles. Cet enseignement concerne environ 1 300 éleves. L'association Dihun a aussi mis en place un système similaire dans les établissements primaires catholiques de l'est du Morbihan[52].
Dans l'enseignement secondaire, des cours de gallo sont proposés en option. Cette option est enseignée par des professeurs certifiés dans sept collèges et dans sept lycées publics de l'académie de Rennes. C'est également, toujours dans l'académie de Rennes, une épreuve facultative de langue au baccalauréat [55],[56].
À la rentrée 2009, 1 400 élèves de primaire, 226 collégiens et 233 lycéens suivaient des cours de gallo[52]. En 2011, sans compter les élèves de primaire, ils étaient 574, soit un meilleur score qu'en 2009. Le gallo reste néanmoins l'une des langues régionales françaises les moins enseignées. La même année, le breton était par exemple étudié par 7 324 collégiens et lycéens, et l'alsacien, par 35 855 élèves. Seul le mosellan est moins enseigné, avec seulement 187 élèves[57].
Littérature [modifier]
On retrouve des racines littéraires qui remontent au XIIe siècle : Le livre des Manières d’Étienne de Fougères est la publication la plus ancienne en langue romane de Bretagne. Les formes dialectales du Roman d'Aquin (ou La Conqueste de la Bretaigne par le roy Charlemaigne), chanson de geste du XIIe siècle, montrent le développement de la langue d'oïl en Haute-Bretagne[29].
La gallo est néanmoins une langue de tradition orale, riche d'un important corpus de contes, de fables et de légendes. La tradition orale compte aussi des devinettes, des proverbes, des chansons et des histoires servant à confronter des croyances religieuses. Les légendes gallèses concernent souvent des personnages récurrents, comme Gargantua et la Fée Morgane, ou bien tentent d'expliquer la formation des paysages.
Les légendes orales gallèses ont été collectées à partir du XIXe siècle par des folkoristes et ethnologues comme Paul Sébillot, originaire de Matignon, Adolphe Orain, de Bain-de-Bretagne, et Amand Dagnet, du Coglais, qui a aussi travaillé en Mayenne. Paul Féval a par ailleurs écrit certains dialogues en gallo dans son roman Châteaupauvre publié en 1876[58]. Amand Dagnet a aussi produit une pièce de théâtre en gallo, La fille de la Brunelas, en 1901[59].
Après la Seconde Guerre mondiale, une deuxième vague de collecte est animée par Simone Morand et Albert Poulain. Ils s'investissent aussi dans la sauvegarde et la promotion de la culture gallèse en publiant et en fondant des associations, comme le Groupement culturel breton des pays de Vilaine. En 1970, sous l'impulsion d'Alan Stivell, la Bretagne connaît un fort renouveau culturel, et des animations autour des contes et des chants gallo voient le jour.
Depuis, des auteurs ont commencé à écrire de la fiction en gallo, comme Albert Meslay et Cosmochérette, Patrice Dréano et Le naez sus le tenzor, Fabien Lécuyer et La souaétt dou Bouaé-Jouaérr, mais aussi des textes humoristiques, comme Michèle et Claude Bourel et Le Gallo Dénâché - Injures et abominations en Haute Bretagne, Maurice Coupé et Palanquée d'histouères du Pays Gallo, et André Le Coq avec Les caozeries à Matao. Il existe aussi une littérature destinée à la jeunesse avec notamment Listaù e Pepa Noua et les Lez tóeiz ptits pourciaù de Fabien Lécuyer et Miston, le ptit chutiaù de Michaël Genevée et Romain Ricaud.
Plusieurs ouvrages en français ont aussi été traduits en gallo, comme les Fables de La Fontaine et des albums de Tintin et Astérix.
Médias [modifier]
Il existe deux revues intégralement écrites en gallo : Pihern, revue annuelle éditée par l'association Vantyé de Guémené-Penfao, et Le liaun, revue à périodicité variable éditée par l'association Bertègn Galèzz de Rennes. Des articles en gallo sont aussi insérés dans des revues en breton comme Ya ! édité par l'association Keit vimp Bev de Laz, l'Hebdomadaire d'Armor, édité à Merdrignac, le Courrier Indépendant de Loudéac, le Journal La Mée à Châteaubriant et dans le trimestriel du Conseil général d'Ille-et-Vilaine. Le web-magazine 7seizh.info publie aussi régulièrement des textes en gallo sur l'actualité, notamment internationale. Ceux-ci sont signés Fabien Lécuyer, Mickaël Genevée ou d'autres contributeurs.
Manifestations autour du gallo [modifier]
- Mill góll (alias Mille Goules), Rennes et Ille-et-Vilaine
- Le Gallo en scène, Lamballe et le Penthièvre
- La Gallésie en fête, Monterfil
- Les Gallèseries, Saint-Malo
- Les Journées d'étude du gallo (JEG), Nantes
- Les Assembiés Gallèses, Plumieux
- La Bogue d'or, concours de conte et de chant, Redon
- La Truite du Ridor, Plémet
- Les Rendez-Vous Contes, veillées contées, Pays de Fougères
- La Smenn du Galo, en Bretagne
Phonologie [modifier]
Consonnes [modifier]
Les consonnes du gallo sont pratiquement les mêmes qu'en français. Il existe par ailleurs des variantes locales, comme le voisement de [s] en [z] dans le Pays de Retz et celui de [t] en [d] dans le Pays de la Mée. Certaines combinaisons de consonnes sont aussi caractéristiques de certaines régions, comme les occlusives [c] et [ɟ], c'est-à-dire un [k] et un [g] accompagnés d'un léger yod, et les affriquées [dʒ] et [tʃ] dans la partie ouest de la Haute-Bretagne. Le mot curé [kyʁə] y est ainsi prononcé [tʃyʁə] et guêpe, [dʒep]. Ailleurs, on peut entendre [cyʁə] et [ɟəp]. Qui peut quant à lui être prononcé [ki], [tʃi] ou [ci]. Ces modifications résultent d'un avancement du point d'articulation des consonnes palatales. La semi-consonne [j] est abondamment utilisée pour mouiller d'autres consonnes, notamment pour [fj], [tj], [sj] et [pj]. Ces mouillures ne sont toutefois pas effectuées dans toutes les régions et le [j] est alors souvent remplacé par [l]. La pluie peut par exemple être désignée par [pje] ou [ple][60].
Le [h], d'origine germanique, a cessé d'être prononcé à partir du XIIIe siècle. Il reste employé dans le Mené, une petite région située autour de Merdrignac et Plémet[15].
Voyelles [modifier]
Les voyelles du gallo sont issues du latin. Elles sont donc proches de celles du français, mais l'évolution phonétique s'est souvent produite différemment dans les deux langues. Le gallo possède donc quelques phénomènes inconnus du français, comme un usage massif du schwa et des diphtongues.
En gallo comme en français, le [a] tonique latin s'est mué en [e] ou [eː]. Ainsi, adsátis a donné assez [ase]. Néanmoins, alors que le français a confondu [e] et [eː] pour ne garder que [e], une opposition entre les deux a été conservée par le gallo. Le [eː], qui correspond par exemple à un [a] tonique latin suivi de [s], est devenu un [e] ou une diphtongue, le plus souvent [ej], tandis que le [e] s'est mué en schwa ([ə]) dans la plupart des régions. Cette opposition entre [e] et [eː] permet par exemple de différencier à l'oral les participes passés selon le genre et le nombre. Alors qu'en français, chassé, chassée et chassés sont prononcés de la même manière, la plupart des gallésants distinguent [ʃasə] au masculin et [ʃase] au féminin et au pluriel. Dans cet exemple, le [ə] montre la position finale du é, alors que le [e] montre que le é est suivi d'un e ou d'un s. Selon cette règle, assez est devenu assë [asə][64],[65].
L'infinitif des verbes latins en -are a suivi le même schéma, captiáre a donné chassë [ʃasə] en gallo et chasser [ʃase] en français. Cette évolution du [a] tonique varie selon les régions et il existe des exceptions : si dans le centre de la Haute-Bretagne, le schwa a bien remplacé le [e], dans certaines régions périphériques, il est remplacé par [ɛ] ou bien reste [e][65]. Enfin, des mots n'obéissent pas à la règle, comme pátre et mátre qui ont donné pér [peʁ] et mér [meʁ] dans pratiquement toute la Haute-Bretagne, alors que paer [pəʁ] et maer [məʁ] ne s'entendent que dans le centre-ouest[66]. Le [a] tonique libre devant [l] ne suit pas non plus le schéma [e]/[eː] et il a évolué très différemment selon les régions. Sále a ainsi donné sèl, sél, sé ou encore seu[67]. Le schwa sert par ailleurs à réaliser des [l] et des [ʁ] syllabiques comme dans berton [bʁˌtɔ̃][68].
Comme toutes les langues d'oïl, le gallo a été soumis à la loi de Bartsch, selon laquelle le [a] tonique libre au contact d'une consonne palatale antédécente devient un ie, comme dans cápra qui est devenu chieuvr. En gallo comme en français, le yod a disparu autour de la Renaissance, donnant chèvre et cheuv, et il ne se rencontre plus que dans les Côtes-d'Armor[69]. Dans l'est de la Bretagne, la disparition du yod a été plus forte qu'en français, et certains locuteurs disent chen à la place de chien (du latin cáne)[70].
Le [e] ouvert tonique latin a lui aussi évolué en ie en gallo comme en français, hĕri donnant par exemple hier. En gallo, la voyelle suivant le yod est différente selon les régions. Dans la majeure partie de la Haute-Bretagne, c'est un schwa, et ailleurs, c'est un [ɛ] ou un [e] (la répartition géographique est la même que pour [e]/[eː])[71]. Le [o] ouvert tonique latin est devenu un ue puis s'est monophtongué en français comme en gallo vers le XIIe siècle, devenant [œ] en français, [ə] en gallo. Cór a ainsi donné cœur[72]. L'évolution du [e] ferme tonique latin est beaucoup plus diverse et la diphtongue originelle éi a été remplacée par une grande quantité de phonèmes variant selon les mots et les régions. Les multiples prononciations de moi, issu du latin mé, illustrent cette diversité : [maj], [ma], [me], [mɛ], etc[73]. La prononciation latine du [o]/[u] ferme tonique libre est plus authentique en gallo que dans les autres langues d'oïl. Gùla a ainsi donné goule en gallo, mais gueule en français. Certains termes sont toutefois influencés par les langues d'oïl voisines, et astour (« maintenant », du latin hóra) cède la place à asteur dans l'est de la Haute-Bretagne[74]. Dans le sud de la Loire-Atlantique, au contact du poitevin, le [ɔ] est généralisé et on entend guernol et parto à la place de guernouille et partout[75].
Les diphtongues du gallo utilisent généralement les semi-voyelles /w/ et /j/, plus rarement /ɥ/ : [wa], [wə], [wi], [aw], [ja], [ju], [aj], [ej], [ɛ̃i], [ɥi], [ɥɛ̃], [ɥə], etc. La diphtongue [aw] résulte de la disparition d'une consonne qui existait en latin, par exemple fagu (« hêtre ») est devenu fau et le hiatus [fau] s'est mué en diphtongue : [faw]. Pour certains mots comme talpa, le [l] s'est vocalisé en [u], et le [al] et donc devenu [aw] : [tawp], alors qu'en français, le [al] s'est fondu en [o] : taupe [top]. Dans le nord de la Haute-Bretagne, les diphtongues servent aussi à exprimer le pluriel : un martë [maʁtə], des martiau [maʁtjaw]. En Loire-Atlantique, seule la forme plurielle est utilisée[76].
| Antérieure | Centrale | Postérieure | |
|---|---|---|---|
| Fermée | i y | u | |
| Mi-fermée | e eː ø | o | |
| Moyenne | ə | ||
| Mi-ouverte | ɛ ɛː œ ɛ̃ œ œ̃ | ɔ ɔ̃ | |
| Ouverte | a | ɑ ɑ̃ |
Écriture [modifier]
Problématique [modifier]
Il n'existe pas encore de système d'écriture unique approuvé et connu par tout le monde. Le principal problème posé par le gallo est la différence de prononciation selon les régions. Par exemple, pour dire moi, les gallésants, selon leur région, diront [maj], [mεj], [mej], [ma], [mε] ou encore [me]. En utilisant l'écriture française, ils écriraient donc le même mot de nombreuses manières : maï, maye, maille, mèï, mey, meille, ma, mé, mè... Cependant, afin d'améliorer la compréhension d'un texte et pour restituer les variétés de prononciation, il faut donc créer un système commun à tout le monde, par exemple pour les dictionnaires. Les différents systèmes d'écriture qui ont été élaborés peuvent être regroupés en deux tendances, l'une privilégie une orthographe unique qui peut se prononcer de différentes façons, en respectant les variétés régionales, l'autre propose de nombreuses lettres et combinaisons de lettres illustrant tous les phonèmes régionaux, et le locuteur peut donc écrire selon sa prononciation[77],[78].
Le premier effort de codification de l'orthographe du gallo a été entrepris par l'association des Amis du parler gallo en 1977. Elle proposait de conserver la graphie française en ajoutant des caractères propres comme lh pour indiquer la mouillure et ë pour représenter le schwa[79]. Depuis, d'autres systèmes ont vu le jour, comme l'ELG, le MOGA, l'ABCD, le BAP... Au point de vue de l'orthographe, deux groupes s'opposent : d'un côté il y des systèmes d'écriture qui proposent des orthographes complexes, avec des lettres muettes et des mots qui ne se prononcent pas toujours comme ils s'écrivent, et de l'autre, des systèmes d'écriture plus phonétiques, avec lesquels chaque mot s'écrit comme il se prononce.
| Gallo (ELG) | Gallo (Aneit) | Gallo (Vantyé) | Gallo (MOGA) | Gallo (ABCD) | Français |
|---|---|---|---|---|---|
|
Il faut qe j'auj le veir anoet. |
Il faùt qe j'aùje le vair aneit. |
I faw ke j'awj le vèy ane. |
I fao qe j'aoje le vaer aneit. |
I fao qe j'aoj le vër anae. |
Il faut que j'aille le voir aujourd'hui. |
Graphie ELG [modifier]
L'écriture ELG (sigle d'« écrire le gallo ») est la plus ancienne. Elle a été proposée en 1978 par Alan-Joseph Raude et elle refuse toute référence à l'orthographe française. Alan Raude s'est appuyé sur les textes médiévaux en gallo afin de trouver une écriture originale et faire comme si le gallo n'avait jamais cessé d'être écrit. En reprenant des graphies médiévales, l'écriture ELG permet aussi de remonter aux origines du gallo, à une époque à laquelle les différences de prononciation selon les régions étaient moins accentuées qu'aujourd'hui[10].
Ainsi, pour les mots signifiant doigt, soir ou moi, qui se prononcent tous différemment selon les régions, on retrouve à la place du oi un e long et un i court du latin. Ces mots sont donc écrits avec ei : deit, seir, mei, chacun peut les prononcer comme il en a l'habitude[10]. De même, ruczèu (ruisseau) se prononce [ʁysəw] à l'est de la Haute-Bretagne, et [ʁyzəw] à l'ouest, et le ae de Bertaeyn (Bretagne), peut se prononcer [ae], [aɛ], [aə], etc. Les groupes de lettres oe, cz, tz sont d'autres éléments caractéristiques de cette graphie[80].
Par ailleurs, comme les e finaux ont cessé d'être prononcés dès le XIIe siècle en gallo, soit plusieurs siècles avant le français, Alan Raude propose de ne pas les écrire. Par contre, les consonnes finales muettes sont conservées afin de faciliter les dérivations : fauc (faux), fauchae (faucher). À cause de l'absence de e final, il faut les redoubler si elles sont prononcées. Ainsi, en français on a grand et grande, en gallo ELG, graund et graundd[10].
L'ELG a un aspect graphique qui donne au gallo une personnalité bien marquée[80]. En revanche, il est difficile à lire et écrire sans apprentissage et des gallésants peuvent ne pas se rendre compte immédiatement que c'est du gallo. L'ELG est par exemple utilisé pour la signalisation billingue français/gallo dans une station du métro de Rennes[81].
Graphie Aneit [modifier]
Le système Aneit a été présenté en 1984 par l'association Bertègn Galèzz, qui a succédé aux Amis du parler gallo. L'élaboration de cette écriture a nécessité cinq ans de recherches à travers la Haute-Bretagne et elle tient son nom de la brochure de présentation au public, titrée Nostre lenghe aneit (« notre langue aujourd'hui »). Elle est aussi appelée graphie unifiée et reprend la démarche étymologique de l'ELG. Le système Aneit se différencie de l'ELG sur quelques points, par exemple chaque lettre écrite doit avoir une utilité, ainsi les h muets sont supprimés et les consonnes doubles ne sont conservées que dans certains cas précis, par exemple ll pour indiquer la mouillure[82]. L'Aneit possède les mêmes difficultés que l'ELG : il faut connaître l'orthographe des mots pour pouvoir les déchiffrer et les écrire soi-même. Par ailleurs, l'Aneit se sert des lettres ó, ú et du r surmonté d'un tilde, qui sont des caractères difficilement accessibles depuis un clavier français[78].
Graphie Vantyé [modifier]
La graphie Vantyé a été élaborée par l'association du même nom au début des années 1980. Elle se caractérise par la volonté de rapprochement avec le breton. Ainsi le son [k] n'est représenté que par la lettre k, au détriment du q utilisé par d'autres systèmes, et le [w] est représenté par w, par exemple : ke pour « que » et wézyaw pour « oiseau ». Les lettres muettes sont abandonnées et une certaine liberté est laissée à l'utilisateur[83]. Le Vantyé est en fait plus un outil pratique qu'une orthographe codifiée, au contraire de l'ELG et de l'Aneit. La graphie Vantyé est beaucoup plus simple à maîtriser, mais elle pose néanmoins certains problèmes : elle est surtout destinée aux locuteurs du Mitau donc elle ne permet pas d'écrire tous les phonèmes employés dans d'autres régions[78].
Graphie MOGA [modifier]
L'écriture MOGA a été présentée en 2007 par Bèrtran Ôbrée et l'association Chubri. Contrairement à l'ELG et à l'Aneit, elle ne s'intéresse pas à l'étymologie des mots, c'est une écriture phonétique. Par ailleurs, elle se sert des compétences en français des locuteurs. Ainsi, le son [ɲ] est exprimé par gn, comme en français, et non pas par ny ou nh. De même, la diphtongue [aw] est exprimée par ao, au lieu des aù et des au des systèmes précédents qui offrent des ambiguïtés puisqu'en français, au se prononce [o]. Le MOGA étant une écriture phonétique, chaque lettre ou groupe de lettres correspond à un son unique. Les variétés régionales sont prises en compte et des groupes de lettres ont été créés pour représenter tous les phonèmes du gallo, même s'ils ne sont utilisés que par un petit nombre de locuteurs. Ainsi ly exprime [ʎ], un phonème rare cantonné au centre des Côtes-d'Armor[78].
Graphie ABCD [modifier]
L'écriture ABCD (initiales de ses inventeurs : Régis Auffray, André Bienvenu, André Le Coq, Patrice Dréano) est utilisée par l'association des Enseignants de Gallo ainsi qu'à l'université de Rennes 2. Elle a été fixée en 2009 et reprend les grands principes du MOGA : utilisation des compétences en français et écriture phonétique. Cependant, alors que le MOGA propose un son par lettre ou par groupe de lettres, l'ABCD en propose plusieurs, permettant aux utilisateurs de faire un choix. Cela permet de couvrir les variantes régionales, et un texte en ABCD ne sera pas lu de la même façons par tous les gallésants. L'ABCD fait aussi beaucoup plus appel aux normes françaises avec ses lettres muettes, par exemple les s marquant le pluriel. Il est très facilement lisible sans apprentissage préalable[84].
| Phonème et exemple en français | ELG | MOGA | ABCD | |
|---|---|---|---|---|
| [ɒ] pâte | A / AU (en finale) | Â | Â / AE | |
| [ɑ̃] hanter | AEN / AN / avec labiovélarisation : AUN | EN / ÂIN / ÂN | AM / AN / EN / EM | |
| [ə] je | AE / AÉ / AEU / AÉY / EI / OE | E | E / Ë | |
| [ɛ] mer | AÈ / EI / ÈU / EY (en finale) | È | E / È / AE / AI / AÏ | |
| [e] pré | AÉ / EY (en finale) | É | E / É / Ë | |
| [eː] é long | AÉ / EY (en finale) | EE / ÊE | É | |
| [ɛ̃] Ain | AEN / EN / avec labiovélarisation : AEUN / AUN / EIN | EIN (long) / ÈN (court) | AEN / AIM / AIN / EIM / EIN | |
| [œ] fleur | OE / OEY | EU | EU | |
| [ø] feu | OE / OEY | EÛ | EÛ / EU | |
| [i] gris | IY (long) / I (court) / IU | Î (long) / I (court) | I | |
| [ɔ] porte | O | O / Ö (devant cons. nasale) | O | |
| [o] gros | O | Ô | Ô | |
| [ɔ̃] onde | ON | ON | OM / ON | |
| [u] loup | Ó / OU | OU | OU / OÛ | |
| [y] but | AÜ / EÜ / IU / UY (en finale) | Û (long) / U (court) | Û / U | |
| [œ̃] brun | UN | ÛN | UM / UN | |
| [aj] aïe | AÈ / ÀÈ /AÉY / AI | ÀI | AE / AÏ | |
| [ɑj] gallo : mouâi (mois) | EI | ÂI | ÂY | |
| [aw] gallo : chaoz (chose) | AU | AO | AO | |
| [ɛj] gallo : pèirr (poire) | AÈ / EI | ÈI | AE / AÏ / É | |
| [ɛw] gallo : wézèw (oiseau) | ÈU | ÈO | IAO / ÉOU | |
| [əɥ] gallo : leù (loup) | AEÜ | EÙ | EÛ | |
| [ɔj] Oyez | OY | OÏ | OY | |
| [ɔw] ≈ how anglais | OU | OÙ | AO | |
| [ʒ] judo | J (jamais G) | J (jamais G) | J (jamais G) | |
| [k] kilo | C / Q | Q | C devant a, â, o et ô / K / Q devant e, é, è, ë et i | |
| [tʃ] tchèque [c] Prinquiau |
Q | QH | Q devant a, â, o et ô / QH | |
| [dʒ] djembé [ɟ] remplacer le qu de Prinquiau par gu |
G | GH | GH |
Par ailleurs, l'écriture ABCD se sert de la combinaison ll dans les mots qui sont palatalisés par une partie des gallésants. Ainsi bllë qui se prononce [bjə] ou [blə] selon les régions. Les combinaisons mm, nm et nn ne se prononcent pas comme en français, la première lettre sert à nasaliser et seule la deuxième lettre se prononce : fenme se prononce [fɑ̃m] et non [fenm], et Janne se prononce [ʒɑ̃n] et non [ʒan]. Le e finaux et les consonnes finales ne se prononcent généralement pas[84]. En MOGA, [lj] s'écrit ly et ñ remplace le n pour montrer que celui-ci ne doit pas être nasalisé : (il) diñra se prononce [dinʁa], comme en français[78]. Dans l'écriture ELG, certaines lettres et groupes de lettres ne se placent qu'à certaines positions, par exemple oey n'existe qu'en fin de mot. Comme en ABCD, les consonnes finales sont généralement muettes. Le son [s] s'écrit cz, c, ç ou s selon sa place dans le mot et les lettres qui l'entourent. En finale, son équivalent muet est tz[85].
Grammaire [modifier]
Déterminants et pronoms [modifier]
Les articles en gallo sont pratiquement les mêmes qu'en français : le, la, les, eun, eune, des. L'article partitif du existe aussi. Le pronom neutre ce n'existe pas et cela peut être remplacé par eci et ela[10].
L'ordre des pronoms personnels compléments dans la phrase peut différer du français. En effet, s’il y a deux pronoms compléments dans une proposition, l’un objet direct, l’autre objet indirect, ce dernier se place en premier. Ainsi, en gallo, on dit je li l'ai donnë pour « je le lui ai donné ». Cette règle est aussi valable à l'impératif : donne maï le pour « donne-le moi »[86].
Les pronoms démonstratifs viennent du latin iste : sti-ci, sti-là (masculin), ste-ci, ste-là (féminin). Le pluriel se rapproche du français : s(t)eus-ci, s(t)eus-là[87]. Les pronoms relatifs et interrogatifs sont semblables à ceux du français (qui/que) ; ils diffèrent surtout dans la prononciation puisque la plupart des gallésants utilisent des affriquées ou la consonne occlusive palatale sourde à la place de la consonne occlusive vélaire sourde. [ke] et [ki] deviennent donc [cə]/[tʃə] et [ci]/[tʃi]. Par ailleurs, la distinction entre animé et inanimé n'est pas systématique : qhi qe tu vis ? peut aussi bien signifier « qui as-tu vu ? » que « qu'as-tu vu ? » Dans l'ouest de la Haute-Bretagne, la distinction est en revanche obligatoire, et qhaï (« quoi ») sert à désigner un objet inanimé[88].
La redondance du possessif avec à est fréquente : ses chvaos à yeus. Enfin, les pronoms démonstratifs sont remplacés par des possessifs : le sien remplace celui à/qui/que/de, par exemple : le sien qui veu signifie celui qui veut[10].
| pronom personnel | pronom possessif |
|||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| sujet | réfléchi | COD antéposé | COD postposé | COI | ||||
| première personne | singulier | Je | me | me | maï/ma | me | le mien, la mienne, les miennes | |
| pluriel | Je/on/nan | nous | nous | nous | nous | le nôtr, la nôtr, les nôtr | ||
| deuxième personne | singulier | Tu | te | te | taï/ta | te | le tien, la tienne, les tiennes | |
| pluriel | Vous/vs/v' | vous/vs | vous/v' | vous | vous | le vôtr, la vôtr, les vôtr | ||
| troisième personne | singulier | masculin | I/il | se | le | le | li/yi | le sien, la sienne, les siennes |
| féminin | Ol/o/al/a/el/e | se | la/las | la | li/yi | le sien, la sienne, les siennes | ||
| neutre | On/nan | se | - | - | - | - | ||
| pluriel | masculin | Il/i/iz | se | les/ls | les | lou/you/yeu | le lour, la lour, les lour | |
| féminin | I/ol/o/al/a/e | se | les/ls | les | lou/you/yeu | le lour, la lour, les lour | ||
Genre et nombre [modifier]
Comme en français, les noms en gallo peuvent être masculins ou féminins, singuliers ou pluriel. Le genre des noms est généralement le même qu'en français sauf pour quelques exceptions comme aj (âge), boll (bol), crabb (crabe), qui sont féminins[89] et memoèrr et vipèrr qui sont masculins[90].
La marque du féminin se fait de plusieurs façons selon les mots. Pour certains, comme en français, la consonne finale devient sonore : petit devient petitt, veizein devient veizeinn. Dans les mots se terminant par une voyelle nasale, celle-ci peut être dénasalisée, comme pour le français bon/bonne. Les noms d'agent, dérivés d'un verbe et finissant en ór, comme chantour, prennent une terminaison en -ouse, -ouère ou -resse (eune chauntouère, une chanteuse). Enfin, les mots se terminant en consonnes non muettes, en consonnes doubles ou développées (-ch, -sch...), sont invariables[89].
Le pluriel est lui aussi soumis à plusieurs règles différentes. Les mots finissant par une consonne restent invariables, mais ceux finissant par une voyelle peuvent allonger cette dernière : un crochet [kʁoʃɛ], des crochets [kʁoʃɛː]. D'autres mots ont un pluriel en diphtongue, comme chatéo qui devient chatiao, ou en flexion vocalique, comme pommië [pɔ̃mjə], qui devient pommiés [pɔ̃mje]. Le pluriel en diphtongue n'existe toutefois pas en Loire-Atlantique. Le mondd est invariable et exprime un pluriel collectif, le verbe qui suit doit donc être conjugué au pluriel. Les adjectifs distinguent rarement le singulier du pluriel[89].
Conjugaison [modifier]
La conjugaison se caractérise par l'importance du passé simple à l'oral. Ce temps est assez complexe, car les verbes se répartissent en quatre groupes : la plupart, comme huchë (« crier »), se conjugent en -i : je huchis, tu huchis, etc. Il existe des variations pour la première et la troisième personne du pluriel : -imes ou -ites pour nous, et -ites ou -iran pour ils/elles. Les verbes en -eyr comme beyr ou cheyr ont des désinences en -ëu : je chëus, vous chëutes, etc. La première et la troisième personne du pluriel sont soumises aux mêmes variations que pour le groupe en -i. Enfin, il existe aussi quelques verbes en -u comme veyr, et en in comme veni et prandr. Le verbe aveyr est un verbe en -i, mais il peut aussi prendre les désinences des groupes en -ëu et -u. Le verbe être a deux formes : je fus/sus à cause d'un changement de radical[91].
Les terminaisons en -i, comme japërchis, je vnis, je fixis, à la place du français j'aperçus, je vins, je fixai, montrent la proximité du gallo avec le latin, car les terminaisons latines sont toutes en -i[92].
| Latin | Gallo | Français | |
|---|---|---|---|
| Laver |
lavit |
i lavit |
il lava |
| Choir |
cecidit |
i cheyit |
il chut |
| Jeter |
jecit |
i jetit |
il jeta |
| Sonner |
sonuit |
i sonnit |
il sonna |
| Fixer |
fixit |
i fixit |
il fixa |
Les terminaisons des verbes au présent de l'indicatif sont simples puisqu'elles sont les mêmes pour tous, sauf quelques exceptions, comme être. Les verbes réguliers se conjuguent en gardant le radical pour les personnes du singulier, et en rajoutant les désinences -ons ou -om pour nous, et -ez pour vous. Pour la troisième personne du pluriel, l'usage varie : soit le radical ne prend pas de désinence, soit il faut ajouter -ant ou -aint[91].
L'imparfait se forme avec le radical et des désinences similaires à celles du français, avec des prononciations qui peuvent varier fortement entre les régions, passant par exemple de je manjës à je manjay ou je manjéy. Comme pour le passé simple, la première et la troisième personne du pluriel sont soumises à des variations : -ions, -é ou -iom pour nous, -é, -a, -ay et -yon pour ils/elles. La forme ancienne -ao pour les deux premières personnes du singulier (je manjao) est attestée à Bourseul, où elles servent aussi à conjuguer le conditionnel, et -yain pour la première personne du pluriel est visible dans des proverbes[91].
Les désinences du futur simple et du conditionnel sont les mêmes pour tous les verbes et sont similaires à celles du français. Le subjonctif présent se forme avec -j[91].
Le conditionnel est employé dans les subordonnées introduites par si et marquant l'hypothèse, alors qu'en français, il faut utiliser l'imparfait de l'indicatif (« les si n'aiment pas les rai »). En gallo, on dit par exemple : si quequ'un seraet venu. En gallo, le conditionnel remplace aussi le subjonctif dans les subordonnées finales introduites par pour[10].
L'impératif se forme avec les terminaisons du présent de l'indicatif, sauf pour quelques verbes irréguliers comme vni (venir) : ataï ! (viens !), atous ! (venez !)[10].
L'interrogation s'exprime grâce à la particule ti qui se place après le verbe : j’on ti le dreit d’alae veir ? (« ai-je le droit d'aller voir ? »). À la voie indirecte, qe s'interpose avant le sujet : Dan qei qe tu sonj ? (« à quoi penses-tu ? »)[93].
Le préfixe entre, qui marque la réciprocité (« s'entraider ») est un véritable morphème en gallo, il peut ainsi s'utiliser librement avec un grand nombre de verbes : Les chens s'ent'taint mordus signifie « les chiens s'étaient mordus entre-eux ». Il accompagne le pronom réfléchi et peut être séparé du verbe par un auxiliaire ou un pronom complément. La voie pronominale peut être utilisée pour indiquer un processus sans agent ou intérieur à la personne : i s'aprënë signifie « il apprenait tout seul »[94].
| indicatif présent | imparfait | passé simple | futur | conditionnel | subjonctif présent | participe présent | participe passé | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Etre | Je së/sé t'es il/ol est je sons vous etes il/ol sont |
Je 'tës tu 'tës il/ol 'tët je 'tions/'tain vous 'tiez il/ol 'tain |
Je fus/sus tu fus/sus il/ol fut/sut je fumes/sumes vous futes/sutes il/ol furant/surant |
Je serë tu seras il/ol sera je serons vous serez il/ol seront |
Je serës tu serës il/ol serët je serions/serant vous seriez il/ol serant |
Qhe je sej qhe tu sej qh'il/ol sej qhe je sejions qhe vous sejiez qh'il/ol sej/sejan |
Etant | Etë/'të |
| Anvëyë (envoyer) |
J'anvëy t'anvëy il/ol anvëy j' anvëyons vous anvëyez il/ol anvëy/anvëyant |
J'anvëyës t'anvëyës il/ol anvëyët j'anvëyons/anvëyain vous anvëyiez il/ol anvëyant |
J'anvëyis t'anvëyis il/ol anvëyit j'anvëyimes vous anvëyites il/ol anvëyirent |
J'anvëyrë t'anvëyras il/ol anvëyra j'anvëyrons vous anvëyrez il/ol anvëyront |
J'anvëyrës t'anvëyrës il/ol anvëyrët j'anvëyrions/anvëyrant vous anvëyriez il/ol anvëyrant |
Qhe j'anvëyj qhe t'anvëyj qh'il/ol anvëyj qhe j'anvëyjions qhe vous anvëyjiez qh'il/ol anvëyej/anvëyjant |
Anvëyant | Anvëyë |
| Crëyr (croire) |
Je crës tu crës il/ol crët je crëyons vous crëyez il/ol crëy/crëyan/crëv/crëz/crëss |
Je crëyës tu crëyës il/ol crëyët je crëyons/crëyain vous crëyiez il/ol crëyant |
Je crëyis/cru tu crëyis/cru il/ol crëyit/cru je crëyimes/crumes vous crëyites/crutes il/ol crëyirant/crurent |
Je crëyrë tu crëyras il/ol crëyra je crëyrons vous crëyrez il/ol crëyront |
Je crëyrës tu crëyrës il/ol crëyrët je crëyrions/crëyrant vous crëyriez il/ol crëyrant |
Qhe je crëyj qhe tu crëyj qh'il/ol crëyj qhe je crëyjions qhe vous crëyjiez qh'il/ol crëyjant |
Crëyant | Cru |
Lexique [modifier]
Origines romanes [modifier]
Le gallo est une langue d'oïl, donc son lexique, tout comme sa grammaire, vient en très grande partie du latin populaire. Le lexique issu du latin peut être présent dans l'ancien français ainsi que dans d'autres langues d'oïl, et des mots se sont aussi exportés au Québec, comme ferdillouz (« frileux »), employé par exemple aux Îles de la Madeleine dans le golfe du Saint-Laurent[95].
Les mots du gallo venus du latin n'ont pas forcément d'équivalent en français, comme sicot, qui désigne le pied d'une plante coupée et vient du latin populaire ciccotu. D'autres mots, comme merienne, qui signifie « sieste », viennent du latin populaire, mais ce n'est pas le cas du mot français correspondant (sieste est un emprunt de l'espagnol). Enfin, certains mots sont issus du latin classique, comme subller, qui vient de sibilāre. L'équivalent français, siffler, vient du latin populaire sifilāre[96],[15]. Le verbe chomë, du latin caumāre, a gardé son sens premier, « manquer de », mais il possède aussi d'autres sens, comme « lever », « dresser ». Il peut être utilisé à la forme réfléchie, se chomë signifiant « se mettre debout », et en participe présent, en chomant signifiant « en restant debout ». Le chomant veut aussi dire « squelette »[97].
| anae, anet, anui (aujourd'hui, latin : hodie) | terjou, tourjou (toujours, contraction médiévale de tout et jours) | tenant (toujours, latin : tenire) (Morbihan) | ventiés (peut-être, contraction de volontiers) | austoure, asteure (maintenant, contraction de à cette heure, latin : hac hōra) | mézë, demézë, ademézë (désormais, latin : magis, préfixes ad et de) | pearchaine (prochaine, latin : proximus) | |
| huchë (crier, latin : huccāre) | chaer (tomber, latin : cadēre) | cherir (caresser, latin : carus) | crouillë (fermer (à clef), dérivé d'écrou) | guerouë (geler, latin : gelāre) | cornë (chanter, de corne) | chomë (dresser, placer debout, lever, latin : caumāre) | |
| soulai, sourai, soulé (soleil, latin de Gaule : *solicŭlu) | pllée (pluie, latin : plŏia) | grôlle (corbeau, latin : gracŭla) | avette (abeille, latin : apis) | biqe, biqhe (biche, chèvre, latin : beccus) | peirr, pairr (poire, latin : pira) | ouaille (brebis, latin : ovis) (Loire-Atlantique) | |
| ferzé, féza (chouette effraie, latin : praesāga) | mitan (milieu, latin : medius) | bobia (imbécile, niais, onomatopée médiévale bob) | frilouz, ferdillouz (frileux, latin : frilosus) | qhette (jambe, cuisse, latin : coxa) | hane (pantalon, vêtement, latin : habitus) | goule (bouche, gueule, visage, latin : gŭla) | |
| etc. | |||||||
Origines celtiques [modifier]
Le gallo possède un important substrat celtique, surtout hérité du gaulois, mais aussi du breton, qui permet de le distinguer des autres langues d'oïl. À cause des similarités entre le breton et le gaulois, il est parfois difficile de déterminer l'étymologie celte des mots gallo. Les emprunts au breton sont plus courants autour de la frontière linguistique. Un terme d'origine celtique employé à l'extrémité orientale de la Haute-Bretagne a donc plus de chance de venir du gaulois que du breton[96].
Le mot pobran (« bouton-d'or ») n'est employé qu'autour du littoral atlantique, du golfe du Morbihan au pays de Retz en passant par l'estuaire de la Loire, le mot berlu (« digitale ») n'est pas utilisé au-delà de Saint-Brieuc et Ploërmel, et trinchon (« oseille ») n'est pas entendu à l'est de Lamballe, Redon et Blain[99]. De son côté, bran (« son des céréales »), qui n'est pas employé après Fougères, Rennes et Redon, ressemble au breton brenn, mais il descend du latin brennus, qui lui-même vient peut-être d'un terme gaulois[100].
D'une manière générale, le breton a beaucoup plus importé de mots gallo que le gallo n'a importé de mots bretons[101]. Ainsi, brochë (« tricoter »), qui vient du latin brocca, a donné brochen (« aiguille à tricoter ») en breton[102].
| cutë (cacher, gaulois : *cud-) | balay (genêt, gaulois : *balagiu, *banatlo ou *balayum) | bourrië (déchêts, gaulois : *borua) | nâche (place d'un bovin dans l'étable, gaulois : *nasca) | cante, cantë, catë, conte (avec, gaulois : *cata-) | groë (glace, givre, gaulois : *grava) | droë (ivraie, gaulois : *drauca) | pyëss (champ : gaulois *pĕttia) |
| pyé (scion, gaulois : *pláxa) | berlu (digitale, breton : berlu) | trinchon (oseille, breton : triñchon) | craïssant (carrefour, breton : kroaz-hent) | oualë (pleurer, breton : gouelañ) | cariquelle (chariot, carriole, brouette, breton : karrigell) | pobran (bouton-d'or, breton : pav-bran) | beroui (brûlé, breton : bervi (bouillant)) |
| etc. | |||||||
Origines germaniques [modifier]
Le lexique d'origine germanique vient en grande majorité du francique, la langue des Francs. Ceux-ci ont occupé la partie orientale de la Bretagne à partir du Ve siècle et se sont assimilés aux populations locales. Quelques termes venus du vieux norrois témoignent des invasions vikings survenues au Xe siècle.
| ro, rou (osier, francique : raus) | brou, brao (lierre, francique : *brŭst-) | fër (paille, francique : *fŏdr) (Côtes-d'Armor) | jou, jok, jouk (perchoir, francique : jŭk) | loj, loch (hangar, francique : *laubja) | greyë (atteler, équiper, norrois : *greja) | ||
| etc. | |||||||
Toponymie [modifier]
| en français | en gallo (ABCD)[105] | en gallo (ELG)[106] | en gallo (BAP) |
|---|---|---|---|
| Loudéac (22) | Loudia | Lódeiac | Loudia |
| Dinan (22) | Dinan | Dinan | Dinan |
| Saint-Brieuc (22) | Saint-Berieu | Saent-Bérioec | Seint-Beriae |
| Fougères (35) | Foûjere | Foujerr | Foujerr |
| Redon (35) | Rdon | Redon | Rdon |
| Rennes (35) | Rene | Resnn | Renn |
| Saint-Malo (35) | Saint-Mâlo | Saent-Malo | Seint-Mâlo |
| Vitré (35) | Vitrë | Vitrae | Vitrae |
| Carentoir (56) | Carentoèr | Carantoèr | |
| Guer (56) | Djaer | Gèrn | |
| Josselin (56) | Jocelin | Jocelein | Joslein |
| La Gacilly (56) | La Gacillae | La Gacilhae | |
| Malestroit (56) | Maltrae | Malestroec | |
| Ploërmel (56) | Pllermè | Ploermaèu | Piermae |
| Châteaubriant (44) | Châtiaoberiant | Chastèu-Beriaunt | Chatiaùberian |
| Nantes (44) | Nante | Nauntt | Nàntt |
| Saint-Nazaire (44) | Saint-Nâzére | Saent-Nazaèrr | Seint-Nazaerr |
Exemples de texte en gallo [modifier]
Extrait de La souaètt dou bouaé-jouaerr (en écriture BAP) [modifier]
- « Horniy, j'an soe horniy dou cou-la ! »
- « Qhi qé n-i a corr, don ??!??”
- “ Avizz ! n’an vennla corr unn vnaeü a pâssae, pa”
E yèll-si qé d’anségnae o son daï unn vouèliéy de gouéziaù qi taen a s'antt-pourgalae olmon la rabinn.
- "Maùsion ! Touaé smaenn de tan mézae q'la ét a bouzae l'óréy... sein faï qé j'haùpi la maereriy e châq faï ét la meim draènn qé j'ouaï: "véir véir, je sóm pour n'z an vni, yan yan j'alon n'z anchoui, sia sia terjou v'alaez n-n'yett dépouézónae... sonj tu ! N-i a pâ pu aùqhun a yett corr vneü a lvae dou naèi par iloe diq'astourr qé d'paï su mon jnouae, pa"
- "Grànt dizouz, fâlhit faezouz... ét d'domé châq faï, qhi q'tu vieü..."
- "Véir, mein bougré j'va, mai, lou derssae l'paï dssuï l'ziae èz adlaïzi-la, pa...ét pouein la gouézriy qi va mnae l'monde tout-cóm e dam ét pouein mai qi va m'jouqae olmon a faerr l'epaeürissâ ! Qhi faerr, don maùdit ?!!?"
Adlaïdd taet fléy dou cou-la, dam... Ett-latt, qi mnae unn eta ruy de la "Motte Fablet" su le grànt Renn, taet béin d'amein d'amouaé, pamein. Yan mein dam astourr-si, ét degrignouzz cóm unn biqh qi vaï le lou q'o taet... e par le faet, le lou taet puto dou cou-la unn bèrnn de gouéziaù qi n'avaen souein q'a bizoulhae son paù depéi unn gerouéy d'tan, de qa qi metae lèz pratiq a n'pouein chómae berouéy a bouae d’la goull aù-davàn de son eta-a-hann cóm de juss e d'béin antandeü. Dam, gernuch-a-gernaï, sti-la taet a s'dezacoursae...
"Je soe béin an peinn qhi q'il on q'i boueinn par iloe tout-cóm" q'o bernozi...
L'istouérr resti de meim e Adlaïdd taet tenàn a degrignae toutt sou e a faerr lèz pitiae pa' la, haùtt-ourr e bass-ourr, can q'c'ét q'unn siunn feü terouae atijéy béin atijéy su le paù a l'Hôtel-Dieu, l'opita qi se tiein a deüz qhulbutéy touaéz ancaléy dou catiae-li.
Einvànsion de savaïr dedd eyou q'ett-latt taet orinéy, mein. Ét raporr a unn cotisseürr de droll q'o feü souégnéy e duràn q'o feü la-lein pâ aùqhun ne ràncontri pouein né son non né son aderss. Pâ aùqhun limero de suretéy sosia d'o yèll netou, pa pu. (...)
(Fabien Lécuyer)
Le Sacrist e les volous (conte réécrit en ABCD) [modifier]
I n'avaet eune fai den la qemeune deûz omes qhi a peu prés toutes les nets alaent d'un cotë ou de l'aotr. Eune net, i decidirent q'un seraet alë chercher un mouton pour le manjer e l'aotr chercher des nouas. Le rendéz-vous etaet sou le chapitrè de l'egllize. Le sien q'etaet alë chercher les nouas arivit lontemp avant l'aotr. I se mit a l'atendr sou le chapitrè. Tout en l'atendant, i croqe des nouas e come l'aotr n'arivaet pouint, la net s'avançaet cant méme. Arive l'eûre de soner l'anjelusse (c'etaet a l'ivè) ; le sacrist va pour lâ soner e come i fezaet nair i ne vayaet pouint mon drôle qh'etaet sietë su sa pochée de nouas e nen croqaet a belles dents en atendant l'aotr. Cant le sacrist arive un petit prés, i ouait ça : crac... crac... Il aréte e ecoute més tout le temp ça craqe. La peû le print e i ne va pâs pus lein. I regonce e court ao presbitere trouver le recteur e i yi dit :
- Je ne vâs pâs aler soner l'anjelusse a matin.
- E pourcai ?
- Pasqe j'e të pour y'aler, je ne ouayaes qe les ôs coti, je crais qe c'ét les saints qhi s'entr-manjent.
- Alons don. Qe rév'ous la ? Aléz soner l'anjelusse.
- Je ne y'erë pâs ou ben faot veni conte mai.
- Més ve savéz ben qe je ne peus pâs aler.
- E ben je vâs vous porter.
- E ben si tu veûs me porter, je vâs aler.
Enfin vla le sacrist de prendr le recteur su ses epaoles e parti pour l'egllize. Un petit avant d'ariver ao chapitrè come i fezaet nair, le sien qh'etaet su sa pochée de nouas crût qe c'etaet son camarade qhi arivaet ; car come le sacrist avaet le recteur su son dôs, la soutaine restaet en pendant un petit e le manjou de nouas crût vaer den la soutaine la qheûe du mouton qe son consort aportaet e la-dessu i demandit :
- Ét-i grâs ? La peû prenant core le sacrist, i repondit :
- Grâs ou mègr, le vla, tiens ! En lâchant le recteur a terre ; e lu, en route !
Le recteur fut obllijë aprés ça de trouver des jambes pour se n'aler e léssit mon drôle atendr son camarade tranqhilement[107].
D'après G. Dottin et J. Langouët, Glossaire du parler de Pléchâtel, 1901
Artistes renommés [modifier]
- Roger le Contou et Fred le Disou Site officiel
- Bébert Huchait et les Vilaïnes Bétes Site officiel
- Jean-Pierre Mathias Site officiel
- IMG Site officiel
Mouvement associatif [modifier]
- 1976 : Les Amis du Parler gallo (aujourd'hui Bertègn Galèzz)
- 1978 : Maézoe, institut d'études britto-romanes
- 1979 : Au Carrefour de la Gallésie - Site internet
- 1983 : Association des Enseignants de Gallo - Site internet
- 2002 : Plum'FM, radio associative - Site internet
- 2003 : A-demórr propose des cours par correspondance - Site internet
- 2004 : Lez emóleriy au sórgarr/L'Andon dou Galo
- 2007 : Chubri - Site internet
- 2008 : La Granjagoul - Site internet
- 2012 : Chom Tai, collectif militant - « Site internet » (Archive • Wikiwix • Que faire ?). Consulté le 2013-03-26
Notes [modifier]
- Isabelle Leboëtté, « Langue bretonne et autres langues : pratique et transmission », Insee, Janvier 2003. Consulté le 17 mars 2013
- Atlas UNESCO des langues en danger dans le monde, Unesco. Consulté le 17 mars 2013
- André Le Coq & Philippe Blanchet, « Pratiques et représentations de la langue et de la culture régionales en Haute Bretagne », Centre de Recherche sur la DiversitéLinguistique de la Francophonie, 2005. Consulté le 17 mars 2013
- Safia Asselah Rahal, Plurilinguisme et migration, Editions L'Harmattan (ISBN 9782296382091), p. 47
- Langue bretonne et autres langues : pratique et transmission, INSEE. Consulté le 17 mars 2013
- Claude Bourel, Dictionnaire de gallo, Rue des Scribes, 2004
- Albert Deshayes, Dictionnaire étymologique du breton, Chasse-Marée, 2003
- Nathalie Trehel-Tas, Parlons gallo: Langue et culture, L'Harmattan, 2007 (ISBN 2296172571), p. 21
- Henriette Walter, Le français d'ici, de là, de là-bas, Le livre de poche, 2000, p. 113
- Leray et Lorand 1995, p. 57
- Leray et Lorand 1995, p. 37
- Le gallo n'est pas de l'ancien français, Centre national de documentation pédagogique. Consulté le 17 mars 2013
- Hervé Abalain, Histoire de la langue bretonne, Jean-Paul Gisserot, 2000 (ISBN 9782877475235), p. 31
- Hervé Abalain, Histoire de la langue bretonne, Jean-Paul Gisserot, 2000 (ISBN 9782877475235), p. 32
- S. Jouin, Communauté et diversité en Pays Gallo, vol. 15, Cahier des Annales de Normandie, 1983, chap. 15, p. 165-182
- Philippe Blanchet, Introduction À la Complexité de L'enseignement Du Français Langue Étrangère, Peeters Publishers, 1998 (ISBN 9789042902343)
- Deriano 2005, p. 8
- Chauveau 1984, p. 6
- Trehel-Tas 2007, p. 21
- Trehel-Tas 2007, p. 22
- Hervé Abalain, Histoire de la langue bretonne, Jean-Paul Gisserot, 2000 (ISBN 9782877475235), p. 22
- Yannick Pelletier, Une histoire de la Bretagne, Jean-Paul Gisserot, 1991 (ISBN 9782877470742), p. 14
- Yannick Pelletier, Une histoire de la Bretagne, Jean-Paul Gisserot, 1991 (ISBN 9782877470742), p. 16
- Peter A. Machonis, Histoire de la langue: Du latin à l'ancien français, University Press of America, 1990 (ISBN 9780819178749), p. 61
- Peter A. Machonis, Histoire de la langue: Du latin à l'ancien français, University Press of America, 1990 (ISBN 9780819178749), p. 71
- Peter A. Machonis, Histoire de la langue: Du latin à l'ancien français, University Press of America, 1990 (ISBN 9780819178749), p. 85
- Jean-Christophe Cassard, Le siècle des Vikings en Bretagne, Jean-Paul Gisserot, 1996 (ISBN 9782877472142), p. 102
- Peter A. Machonis, Histoire de la langue: Du latin à l'ancien français, University Press of America, 1990 (ISBN 9780819178749), p. 149
- La littérature ancienne, Centre national de documentation pédagogique. Consulté le 17 mars 2013
- Les traces historiques du gallo, Centre national de documentation pédagogique. Consulté le 17 mars 2013
- Hervé Abalain, Histoire de la langue bretonne, Jean-Paul Gisserot, 2000 (ISBN 9782877475235), p. 30
- Hervé Abalain, Le français et les langues historiques de la France, Jean-Paul Gisserot, 2007 (ISBN 9782877478816), p. 37
- Hervé Abalain, Le français et les langues historiques de la France, Jean-Paul Gisserot, 2007 (ISBN 9782877478816), p. 42
- Charte culturelle de la Bretagne, Office de la langue bretonne, 1970. Consulté le 17 mars 2013
- Sébastien Bottin, Mélanges sur les langues, dialectes et patois, 1831, p. 24
- Paul Sébillot, Sur les limites du breton et du français, et les limites des dialectes bretons, vol. 1, Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, 1878, p. 241
- Toni Mollà, Manual de sociolingüística, Alzira, edicions Bromera, coll. « graella », 2005, 2e éd. (1re éd. 2002), 246 p. (ISBN 84-7660-733-4), p. 47-50
- Richard Hudson, Sociolinguistics, Cambridge Textbooks in Linguistics, 1996, p. 35
- Bernard Cerquiglini, « Les Langues de la France, Rapport au Ministre de l'Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie et à la Ministre de la Culture et de la Communication », avril 1999. Consulté le 20 mars 2013
- Toni Mollà, Manual de sociolingüística, Alzira, edicions Bromera, coll. « graella », 2005, 2e éd. (1re éd. 2002), 246 p. (ISBN 84-7660-733-4), p. 55-56
- Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert
- Louis-Jean Calvet, Linguistique et colonialisme : Petit traité de glottophagie, Paris, Éditions Payot, 2002 (1re éd. 1974), 329 p. (ISBN 2-228-89511-3), chap. 2 (« Les dialectes et la langue »), p. 59-79
- LOI constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions de la Ve République, Légifrance, 24 juillet 2008. Consulté le 20 mars 2013
- Les langues de Bretagne, état des lieux, Conseil général de Bretagne. Consulté le 20 mars 2013
- Promouvoir la culture gallèse en Ille-et-Vilaine, Ille-et-Vilaine. Consulté le 20 mars 2013
- Laurence Villard, Langues dominantes, langues dominées, Publication Univ Rouen Havre, 2008 (ISBN 9782877757522), p. 241
- Philippe Blanchet et Henriette Walter, « La situation sociolinguistique de la Haute-Bretagne »
- Deriano 2005, p. 457
- Les variantes dialectales, Maezoe. Consulté le 20 mars 2013
- Une politique linguistique pour la Bretagne, Rapport d’actualisation, Conseil régional de Bretagne, Mars 2012. Consulté le 20 mars 2013
- J.P. Angoujard, « Gallo », Université de Pau. Consulté le 20 mars 2013
- André Le-Coq, « L’enseignement du gallo », 2009
- http://www.univ-rennes2.fr/ufr-langues
- « http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/lettres/bretagn/gallo/galan4.htm » (Archive • Wikiwix • Que faire ?). Consulté le 2013-03-26
- Bulletin Officiel de l'Éducation nationale no 31, 1er septembre 2005
- http://memobac.fr/option-langue-regionale-l-epreuve-facultative-au-bac
- Marie-Estelle Pech et Nathalie Bougeard, « L'enseignement des langues régionales en question », Le Figaro, 31 octobre 2011
- Paul Féval, Châteaupauvre, Yves Salmon, 1982 (1re éd. 1876)
- Contes et récits du Pays Gallo, Astoure, 2001 (ISBN 2-84583-026-2)
- Leray et Lorand 1995, p. 75
- Cette consonne n'est pas utilisée par tous les locuteurs.
- Parfois prononcée [r]
- /ɥ/, /w/ et /j/ ne sont pas à vrai dire des consonnes ; ces phonèmes appartiennent aux approximantes (appelées aussi semi-voyelles ou semi-consonnes).
- Chauveau 1989, p. 15
- Chauveau 1989, p. 27-29
- Chauveau 1989, p. 37
- Chauveau 1989, p. 48
- Jean-Pierre Angoujard, « Natures de schwa en gallo (ou « il y a schwa, schwa et schwa ») », Laboratoire de Linguistique de Nantes (LLING, EA 3827). Consulté le 17 mars 2013
- Chauveau 1989, p. 40
- Chauveau 1989, p. 42
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- Leray et Lorand 1995, p. 82
- L'écriture ABCD, Association des Enseignants de Gallo, 2009, p. 5
- Lire et écrire en gallo avec le Moga, Version n° 2, Chubri, Septembre 2008. Consulté le 20 mars 2013
- A. Lefèbvre, Geneviève Vermès, Les langues du domaine d'oïl, in Vingt-cinq communautés linguistiques de la France, L'Harmattan, 1988, p. 266
- Alan Raude, Ecrire le gallo, Bertaeyn Galeizz, 1993, p. 13-20
- Laurence Villard, Langues dominantes, langues dominées, Publication Univ Rouen Havre, 2008 (ISBN 9782877757522), p. 235
- Leray et Lorand 1995, p. 58
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- L'écriture ABCD, Association des Enseignants de Gallo. Consulté le 20 mars 2013
- La graphie normalisée du gallo : tableau récapitulatif, Maézoe. Consulté le 22 mars 2013
- Grammaire du gallo : Les pronoms personnels, Maézoe. Consulté le 22 mars 2013
- Leray et Lorand 1995, p. 86
- Les pronoms, Association des Enseignants de gallo. Consulté le 22 mars 2013
- Nathalie Tréhel-Tas, Parlons Gallo: langue et culture, L'Harmattan, 2007 (ISBN 9782296032477)
- Grammaire du gallo : Le nom, Maézoe. Consulté le 22 mars 2013
- Grammaire du gallo : Le verbe, Maézoe. Consulté le 22 mars 2013
- Leray et Lorand 1995, p. 88
- Grammaire du gallo : L’interrogation, Maézoe. Consulté le 22 mars 2013
- Leray et Lorand 1995, p. 85
- Chantal Naud, Dictionnaire des régionalismes des îles de la Madeleine, Québec Amerique (ISBN 9782764411568), p. 135
- Le gallo, une langue d'oïl, Centre national de documentation pédagogique. Consulté le 18 mars 2013
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- Chauveau 1989, p. 285
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- AUFFRAY Régis, Le Petit Matao, dictionnaire gallo-français, français-gallo, éditions Rue des Scribes, Rennes, 2007
- Liste des communes galaises du département des Côtes-d'Armor, de l'Ille-et-Vilaine, de Loire-en-Bretagne et du Morbihan, Maézoe-Heveziken, 2003
- L'écriture ABCD, Association des Enseignants de Gallo, Rennes, 2009 p. 18
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
: ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Nathalie Trehel-Tas, Parlons gallo: Langue et culture, L'Harmattan, 2007, 140 p. (ISBN 9782296172579)

- Christian Leray et Ernestine Lorand, Dynamique interculturelle et autoformation: une histoire de vie en Pays gallo, L'Harmattan, coll. « Défi-formation », 1995, 385 p. (ISBN 9782738433770)

- Jean-Paul Chauveau, Évolutions phonétiques en gallo, Centre national de la recherche scientifique, coll. « Sciences du langage », 1989, 293 p. (ISBN 9782222042815)

- Patrik Deriano, Grammaire du gallo, Label LN, 2005, 457 p. (ISBN 9782915915082)
- Régis Auffray, Chapè Chapiao - Grammaire de gallo, Rue des Scribes, 2012, 220 p. (ISBN 978-2-906064-68-3)
- Bertran Ôbrée, Les sonantes et la syllabe en gallo, Université de Rennes 2 Haute-Bretagne, 1998
- Jean-Paul Chauveau, Le gallo: une présentation, Section de celtique, Faculté des lettres de Brest, Université de Bretagne occidentale, 1984, 252 p.
Articles connexes [modifier]
Liens externes [modifier]
- Centre régional de documentation pédagogique de l'Académie de Rennes, le Gallo, la langue romane de Bretagne
- Région Bretagne, les langues de Bretagne au quotidien
- Association Bertègn Galèzz
- Association Chubri
- Gallo es École, association des enseignants du gallo