Glaciation de Würm
|
|
Vous pouvez partager vos connaissances en l’améliorant (comment ?) selon les recommandations des projets correspondants.
|
Le Würm, ou glaciation de Würm, est le nom donné aux manifestations de la dernière glaciation globale du Pléistocène dans les Alpes.
Sommaire |
Historique [modifier]
Elle a été définie par Albrecht Penck et Eduard Brückner au début du XXe siècle[1], qui lui ont donné le nom d'un tributaire du Danube, la Würm[2], comme les glaciations alpines précédentes (Riss, Mindel, Günz, Donau). Sa définition repose sur les observations des conséquences géologiques de la baisse importante des températures moyennes sur une longue période (nappe fluvio-glaciaire, moraines) dans le massif alpin.
Chronologie [modifier]
La glaciation würmienne correspond approximativement aux stades 2, 3, 4 et 5a-d de la chronologie isotopique mise au point depuis les années 1950. Sa limite inférieure est généralement fixée à 115 000 BP (début du stade 5d)[3] mais certains auteurs considèrent qu'elle débute avec le stade 4 (75 000 BP). Sa limite supérieure correspond à la fin du stade 2 et au début de l'Holocène, il y a environ 10 000 ans. Le maximum glaciaire a été atteint il y a environ 20 000 ans[4].
Le Würm est plus ou moins synchrone d'autres glaciations de l'hémisphère nord, dont le Wisconsinien en Amérique du Nord, le Weichselien ou Vistulien en Europe du Nord et le Devensien dans les Îles Britanniques. L'appellation Würm n'a qu'une signification chronologique locale, limitée à la région située autour des Alpes.
Conséquences [modifier]
La glaciation de Würm est une manifestation d'un refroidissement qui a concerné plus ou moins directement toute la planète. Ce refroidissement a notamment eu pour conséquence une baisse du niveau des mers d'une centaine de mètres[5] (régression marine) et l'établissement d'un climat périglaciaire en Europe, aboutissant à de profondes modifications de la faune et de la flore.
Des terres émergèrent entre 50 000 ans et 40 000 ans puis entre 25 000 ans et 12 000 ans. Ainsi apparurent des terres, telles que celle de la Béringie se situant entre la Sibérie et l'Alaska, permettant à une mégafaune (mammouths, équidés, camélidés, cervidés) et aux populations humaines de chasseurs-cueilleurs de passer d'un continent à l'autre. Des ponts terrestres apparurent également entre l'Australie, la Tasmanie et la Nouvelle-Guinée formant ainsi un grand continent nommé Sahul. Des ponts terrestres reliaient également l'archipel des Philippines et l'Indonésie d'une part, le Japon et la Corée d'autre part.
Pour certains auteurs, au niveau des basses latitudes, les glaciations sont corrélées à des stades pluviaux c'est-à-dire des périodes plus humides : ainsi, le désert du Sahara a connu des épisodes relativement arrosés au cours de la Préhistoire.
Les traces de la glaciation [modifier]
La glaciation de l'ère quaternaire a laissé de nombreuses traces visibles dans des régions qui, aujourd'hui, ne sont plus recouvertes par les glaces. L'accumulation de lœss et de limons d'origine glaciaire se rencontre sur de vastes surfaces en Amérique du Nord, sur les plateaux et les plaines d'Europe moyenne et en Chine septentrionale. Dans l'hémisphère sud, elle concerne surtout l'Argentine (pampa). Transportés par le vent, les lœss finissent par former une couverture plus ou moins épaisse (jusqu'à 200 mètres en Chine[6]) et rend fertile les régions concernées.
La plaine de la Geest (Allemagne) et la plaine polonaise sont concernées par les dépôts morainiques du Quaternaire ; cela donne des paysages de landes (Lande de Lunebourg) ou de collines (Mazurie polonaise) encadrant des fleuves qui coulent vers le nord. La région des Börde (en Allemagne) ou celle du Shanxi (vallée du Huang He en Chine) sont tapissées de lœss et sont par conséquent fertiles. Le retrait de l'inlandsis donne naissance à des paysages de marais (Marais de Pinsk en Ukraine) ou de lacs (lac Ladoga, lac Onega, en Russie ; Grands Lacs en Amérique du Nord).
Au Quaternaire, l'inlandsis, qui couvrait de nombreuses montagnes, y compris dans la zone intertropicale, laissa derrière lui des modelés d'accumulation et d'érosion tout à fait caractéristiques. Les esker, drumlin et chenaux proglaciaires marquent de nombreux paysages dans les régions périglaciaires.
Dans les Alpes, de nombreuses stries glaciaires, provoquées par le frottement des blocs contre la paroi de la vallée glaciaire, sont visibles. Des blocs erratiques laissés là par le glacier lors de sa fonte sont aussi facilement observables. On voit également des restes de glaciers ainsi que des cirques, notamment ceux du Taillefer dans le massif éponyme, au dessus de la vallée de la Romanche. Ils sont des parfaits exemple de cirques glaciaires, avec un verrou glaciaire immense.
Les vestiges du Würm sont aussi les torrents, les lacs pro-glaciaires tels le lac Lauvitel, dans le Parc national des Écrins, ou le lac Léman, en grande partie vestige du glacier du Rhône.
Dans les Vosges, les marques laissées par les glaciers sont également très identifiables : hautes vallées en auge (par exemple, la haute vallée de la Savoureuse), moraines, stries, lacs d'origine glaciaire.
Fin de la glaciation [modifier]
La déglaciation se déroule en cinq étapes, sur 10 000 ans, et se solde par une hausse des températures d'environ 4 °C et une élévation du niveau marin d'environ 130 mètres.[7]
- – 21 000 : le réchauffement commence par toucher l'hémisphère Nord, au-dessus de 60° de latitude, à cause d'un léger changement orbital qui a rapproché la Terre du Soleil à l'été boréal. De plus, l'axe de rotation est incliné de sorte que l'hémisphère Nord bénéficie le premier du surplus d'insolation. Ce réchauffement provoque la fonte des calottes glaciaires, entraînant un afflux d'eau douce dans l'Atlantique.
- – 19 000 : suite à l'afflux d'eau douce, la circulation thermohaline de l'Atlantique s'arrête et la chaleur s'accumule au sud. Tandis que l'hémisphère Sud se réchauffe, l'hémisphère Nord se refroidit à nouveau.
- – 18 000 : le réchauffement gagne les hautes latitudes de l'hémisphère Sud, notamment l'Antarctique, ce qui provoque un dégazage massif du dioxyde de carbone accumulé dans les profondeurs de l'océan Austral [8]. L'excès de CO2 dans l'atmosphère produit un effet de serre qui constitue dès lors le moteur principal du réchauffement global ainsi la moyenne de la température planétaire augmente malgré le refroidissement intense de l'Atlantique Nord.
- – 14 700 : la circulation de l'Atlantique se rétablit quand la débâcle des icebergs provenant de la baie d'Hudson se calme. Le réchauffement de la zone australe s'arrête pendant 2000 ans tandis que l'hémisphère Nord (entre 30 et 60 degrés de latitude) se réchauffe ce qui accélère à nouveau la fonte des calottes de glace et conduit à une augmentation du niveau marin de 4 à 5 mètres par siècle [9].
Une étude (basée sur la désintégration radioactive de l'uranium en thorium) menée sur les coraux fossiles de Tahiti indique que vers –14 600 le niveau moyen des mers s'est élevé de 14 mètres en seulement 350 ans. L'épisode a débuté vers – 14 650 et s'est terminé vers – 14 310. Durant ce laps de temps, le niveau marin est remonté de 12 à 22 mètres à Tahiti [10],[11].
Entre – 13 000 et – 11 500, l'afflux d'eau douce dans l'Atlantique Nord entraîne un second arrêt de la circulation thermohaline. L'hémisphère Nord se refroidit une seconde fois tandis que l'Antarctique se réchauffe. Puis, la circulation atlantique se rétablit et les températures des différentes bandes de latitude se stabilisent doucement à des niveaux proches de la climatologie actuelle. Ce scénario en cinq étapes, établi après une décennie de recherche en laboratoire, a été validé grâce au modèle de circulation générale du Centre américain de recherche atmosphérique et de l'université du Wisconsin qui peut simuler le comportement couplé de l'océan et de l'atmosphère sur une période d'une dizaine de millénaires[12]
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Roger Brunet (dir.), « Glaciation », in Les mots de la géographie, Paris, Reclus-La Documentation française, 1993, page 241. (ISBN 2110030364)
Article connexe [modifier]
Notes et références [modifier]
- (de) Albrecht Friedrich Karl Penck et Eduard Brückner, Die Alpen im Eiszeitalter, Leipzig, Chr. Herm. Tauchnitz, 1909
- La Würm est un affluent de l’Ammer connue aussi sous le nom de Amper qui elle est un affluent de l’Isar qui est un affluent du Danube.
- 120 000 BP dans Max Derruau, Les formes du relief terrestre. Notions de géomorphologie, Paris, Armand Colin, 8e édition, 2001, ISBN 2200210140, p.74
- François Michel, Roches et paysages, reflets de l’histoire de la Terre, Paris, Belin, Orléans, brgm éditions, 2005, ISBN 2701140811, p.14
- 120 mètres environ dans François Michel, Roches et paysages, reflets de l’histoire de la Terre, Paris, Belin, Orléans, brgm éditions, 2005, ISBN 2701140811, p.154
- Jean Riser, Érosion et paysages naturels, Flammarion, 1995, p. 43
- Edouard Bard, « Le dernier réchauffement climatique », La Recherche, n° 474, avril 2013, p. 54-57.
- J. Schmitt et al., Science, 336, 711, 2012.
- P. Deschamps et al., Nature, 483, 559, 2012.
- P. Deschamps et al., Nature, 483, 559, 2012, cité in La Recherche, n° 465, juin 2012, p 17.
- http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosclim1/rechfran/4theme/paleo/niveaumer.html
- Edouard Bard, La Recherche, n° 474, avril 2013, p 56