Magoua

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le Magoua est une variété régionale du français québécois basilectal parlée entre Trois-Rivières et Maskinongé.

Comme ethnonyme, Magoua désigne les descendants des anciens coureurs de bois, ces Indiens Blancs, qui ont squatté la région dès 1615[1], soit bien avant que la France ne songe à une présence militaire en ces lieux. Le premier fort avec des habitations bourgeoises n'y sera construit qu'en 1634, reléguant les Magouas dans les faubourgs[2].

Quelques caractéristiques morphologiques et lexicales[3][modifier | modifier le code]

  • mouén : « moi, je »
  • toué : « toi, tu »
  • (mouén) ch(u) tà ben màlàd : « j’étais très malade »
  • (mouén) chu la pis j’rès : « j’y suis, j'y reste »
  • Ti-Oui i ben màlàd : « Louis est très malade »
  • Ti-Oui i tà ben màlàd : « Louis était très malade »
  • Ti-Oui tà pour t’aider : « Louis t’aurait aidé »
  • mére, pére : « mère, père »
  • tà mér tu la? : « ta mère est-elle là ? »
  • tà mér tà tu la? : « ta mère était-elle là ? »
  • (nouzot) ouen tà pour viend : « nous serions venus »
  • vouzot tà àprà bouér : « vous étiez en train de boire »
  • i son tà deus euzot : « ils étaient deux »
  • ma ouère ça : « je vais voir ça »
  • m’a fer sa : « je le ferai »
  • t'a fer sa : « tu le feras »
  • ouan alé wér wér si la djòb tà fèt : « nous irons voir si le travail a été vraiment fait. »
  • mon kien : « le mien »
  • ton kien : « le tien »
  • à gar : « à la gare »
  • dan kour : « dans la cour »
  • dan kor : « dans le corps »
  • ya ben kàrant onz d'skotch dan kor : « il a bien quarante onces de scotch dans le corps »
  • kòsen : « vieillerie, truc, chose, affaire »
  • èn plènté d'kosen : « une grosse quantité d'objets divers »
  • ranmàs té kòsen pi dékris : « prends tes affaires et vas-t’en »
  • tokàp : « pénis, sans allure, con »
  • tokàpin : « conne »
  • parlé màgoua : « parler magoua ; parler mal »
  • èn cour d'Màgoua : « une cour en désordre où on trouve de tout »
  • en vrà Màgoua : « un Magoua de souche; un vrai débrouillard; un vrai sans allure »
  • twa-riviér : « Trois-Rivières »
  • défentisé : « Qui ne fonctionne plus, qui est brisé »

Ce dialecte partage avec le Joual et d'autres variétés du français québécois le fait que <dans la> se contracte en [dãː] par fusion des voyelles de <dans 'a> [dãa], suite à la chute du /l/, formant ainsi, par l'allongement de la voyelle, une paire minimale avec <dans> [dã], phénomène qui ailleurs ne se rencontre qu'avec les R optionnels comme dans [ʒãː(ʁ)] "genre" : [ʒã] "Jean"[4].

Références[modifier | modifier le code]

  1. "squatter" dans le sens que ces pionniers se sont installés sur des terres inexploitées par l'autorité coloniale, sans titre de propriété et sans payer de redevances (d'après la définition du Petit Robert).
  2. Wittmann (1995-2001).
  3. Les conventions de retranscription phonétique sont celles utilisées dans Wittmann (1996). Ainsi, l'opposition /a/ : /ɑ/ distingue les deux voyelles d'aperture maximale dans /pat/ "patte" et /pɑt/ "pâte" etc.
  4. Pour la règle phonologique de la chute du /l/, voir Wittmann (1976).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Demharter, Cheryl A. 1980. «Les diphtongues du français canadien de la Mauricie.» The French Review 53.848-864.
  • Demharter, Cheryl A. 1981. Une Étude phonologique du français parlé à Sainte-Flore, Province de Québec. Tulane University, New Orleans: Ph.D. dissertation.[1]
  • Deshaies, Denise. 1974. A socio-phonetic study of a Quebec French community: Trois-Rivières. University College of London: Doctoral thesis, 390 p.[2]
  • Deshaies, Denise. 1982. "Le français parlé à Trois-Rivières et le français parlé dans la ville de Québec". Langue et Société au Québec, Québec, 11-13 novembre 1982 (Atelier 215).
  • Deshaies, Denise. 1984. "Deux analyses sociolinguistiques: Trois-Rivières et Québec". In Michel Amyot & Gilles Bibeau (ed.), Le statut culturel du français au Québec. Québec: Éditeur officiel du Québec, vol. 2, p. 206–208.[3]
  • Wittmann, Henri, 1976. «Contraintes linguistiques et sociales dans la troncation du /l/ à Trois-Rivières.» Cahiers de linguistique de l'Université du Québec 6.13-22.[4]
  • Wittmann, Henri, 1995. «Grammaire comparée des variétés coloniales du français populaire de Paris du 17e siècle et origines du français québécois.» Le français des Amériques, dir. Robert Fournier & Henri Wittmann, 281-334. Trois-Rivières: Presses universitaires de Trois-Rivières.
  • Wittmann, Henri, 1996. «La forme phonologique comparée du parler magoua de la région de Trois-Rivières.» Mélanges linguistiques, dir. Robert Fournier, 225-43. Trois-Rivières: Presses universitaires de Trois-Rivières (Revue québécoise de linguistique théorique et appliquée 13).[5]
  • Wittmann, Henri, 1998. «Les créolismes syntaxiques du français magoua parlé aux Trois-Rivières.» Français d'Amérique: variation, créolisation, normalisation (Actes du colloque, Université d'Avignon, 8-11 oct. 1996), dir. Patrice Brasseur, 229-48. Avignon: Université d'Avignon, Centre d'études canadiennes.[6]
  • Wittmann, Henri, 1999. «Les équivalents non existentiels du verbe être dans les langues de l'Afrique de l'Ouest, en créole haïtien et en français magoua.» Communication, 9e Congrès international des études créoles, Aix-en-Provence, 24-29 juin 1999. English abstract: «Non-existential analogues of the verb to be in West African Languages, in Haitian Creole and in Magoua French.»[7]
  • Wittmann, Henri, 2001. «Les Magouas aux Trois-Rivières.» Conférence, 1er Séminaire annuel du Centre d'analyse des langues et littératures francophones d'Amérique, Carleton University, Ottawa, mars 2001.

Voir aussi[modifier | modifier le code]