Capitalisme

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Le capitalisme est un concept à la fois économique, sociologique et politique. Caractérisant un système s'appuyant sur la propriété privée des moyens de production, sa définition donne lieu à des variations dans l'espace et dans le temps, et en fonction des sensibilités politiques des personnes qui emploient le terme. Toutefois, l'une de ses composantes de base est, via la recherche du profit, l'accumulation du capital, qu'elle s'accompagne de « l'exploitation de l'homme par l'homme » selon Karl Marx, ou qu'elle résulte de l'éthique des premiers entrepreneurs refusant le luxe et la consommation selon Max Weber.

Ambiguïtés de significations[modifier | modifier le code]

Larousse.fr définit le capitalisme comme « un système de production dont les fondements sont l'entreprise privée et la liberté du marché[1]. »

Dans la pratique, il est patent que le terme est loin d'être doté d'une acception consensuelle. D'où l'existence de significations différentes.

Chacune de celles-ci :

– renvoie à des réalités sous-jacentes qui peuvent différer : contextes sociaux et politiques, cadres idéologiques, théories de référence[2].

– pondère, combine et articule de façon spécifique[3] des concepts ou des mécanismes importants tels que :

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme capitalisme provient du mot latin « caput », qui signifie « la tête », à l'origine la tête de bétail (le cheptel)[4],[5],[6].
Le mot apparaît postérieurement [7] à ceux de « capital », de « capitaliste » , ou de « mode de production capitaliste » qui sont au XIXe siècle les termes régulièrement utilisés par Marx : - Le mot « capital » apparaît au XIIe siècle dans le sens de fonds, d'avance, de masse d'argent à faire fructifier[8],[9],[10]. - Le mot « capitaliste » désigne peu après un « détenteur de richesses » pour ensuite désigner l'entrepreneur, « celui qui engage une masse d'argent dans le processus de production ». - Le mot « capitalisme » apparait en Allemagne au XIXe siècle, employé par les socialistes allemands comme Friedrich Engels, puis des sociologues-historiens comme Max Weber[11] et Werner Sombart [12]
Il ressort que l'étymologie du terme « capitalisme » renvoie en permanence à ses deux caractéristiques fondamentales : - Le « capital » comme masse d'argent, génératrice de revenus ; - Le « capitaliste » comme agent opérationnel ou comme vecteur social[8].
Comme le dit l'historien Fernand Braudel : « Capitalisme doit être mis et perçu entre capital et capitaliste ».

Genèse de l'emploi du terme[modifier | modifier le code]

Les emplois du terme au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le terme « capitalisme » est accepté pour la première fois en 1753. Il représente « l'état de la personne qui possède des richesses[13]. »

Le terme « capitaliste » est utilisé :

  • Au milieu du XVIIe siècle, par le Hollandische Mercurius pour désigner « une personne possédant du capital[14]. »
  • En 1788, le Français Étienne Clavier s'interroge : « L'Angleterre a-t-elle l'heureux privilège de n'avoir ni agioteurs, ni banquiers, ni faiseurs de services, ni capitalistes[15] ? »,
  • En 1794, sous la plume d'Arthur Young dans son livre Travels in France (1792)[16],[17].

Les emplois du terme au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le terme « capitaliste » est employé : - Plusieurs fois par l'économiste David Ricardo, dans son livre Principles of Political Economy and Taxation (1817)[18]. - Le poète anglais Samuel Taylor Coleridge dans son livre Table Talk (1823)[19] - Pierre-Joseph Proudhon, dans son premier livre Qu'est-ce que la propriété ? (1840) pour désigner un «propriétaire de biens». - Karl Marx et Friedrich Engels utilisent le terme de « capitaliste » (Kapitalist en allemand) dans leur Manifeste du Parti communiste en 1848 pour parler de la propriété privée détenue par une personne et de «forme capitaliste de production» (en allemand : kapitalistische Produktionsweise)[20],[21].

Marx et Engels parlent volontiers de « système capitaliste » (kapitalistisches System)[22],[23],[24] et du « mode de production capitaliste » (kapitalistische Produktionsform) dans Le Capital en 1867 [25].
Marx n'utilise pas beaucoup le terme de « capitaliste », mais plutôt ceux de « capitalistes » et de « mode de production capitaliste », mentionnés plus de 2 600 fois dans les trois livres du Capital[note 1].

L'usage du terme « capitalisme » se répand : - Selon l'Enrichissement de la langue française ; dictionnaire des mots nouveaux de Jean-Baptiste Richard de Radonvilliers publié en 1842[26], « Capitalisme » signifie « système de capitalisation »[note 2]. - Benjamin Disraeli l'utilise lui aussi en 1845 dans son roman Sybil[10]. - Selon le dictionnaire anglais d'Oxford (OED)

William Makepeace Thackeray, romancier, est l'un des premiers littérateurs de langue anglaise à employer le terme en 1854 dans The Newcomes , où il parle de« propriété du capital[10]. »
Adolph Douai, un socialiste et abolitionniste allemand et américain utilise le terme de « capitalisme privé » en 1863.

- D'autres attribuent à Louis Blanc en 1850 et à Pierre-Joseph Proudhon en 1861, les premières utilisations du terme « capitalisme » selon un sens plus moderne[27].
- Marx emploie le terme mais - paradoxalement- de manière très restreinte : Le mot « capitalisme » en tant que «système économique» apparaît seulement deux fois dans volume I du Capital[28] et dans les Théories de la plus-value[29],. - Engels en fait un usage à peine plus fréquent dansles volumes II et III du Capital[30]. Ces deux volumes sont édités par Engels après la mort de Marx, et contiennent respectivement le mot « capitalisme » quatre fois et trois fois. Alors qu'au total, le mot « capitaliste » figure plus de 2600 fois dans les trois volumes (1867, 1885, 1894) combinés du Capital . - Hugh Gabutt l'emploie dans Better Times en 1877, et dans Pall Mall Gazette en 1884[10]. - Werner Sombart, économiste allemand en fait usage dans sa description du système de production[31] en 1902. - Max Weber, ami proche et collègue de Sombart, utilise également le terme dans son livre L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme en 1904[32] .

Les emplois du terme au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Les termes « capitalisme » et « capitaliste » sont définis par l'Académie française de manières différentes en 1932 et en 2005.

En 1932,

  • le « capitalisme » est défini comme« l'Ensemble des capitalistes » et désigne aussi la « Puissance des moyens des capitalistes dans la société actuelle[33]. »
  • Le terme « capitaliste » quant à lui est défini comme « Celui, celle qui a des capitaux, des sommes d'argent considérables et qui les fait valoir dans les entreprises de commerce, d'agriculture, de manufacture ou dans des opérations de finance. »[33].

En 2005, la neuvième édition définit :

  • le « capitalisme » comme « l'état de celui qui est riche »[6],
  • le « capitaliste » comme « celui qui a des capitaux et les investit dans l'entreprise »[34].

Les usages présents du terme[modifier | modifier le code]

Il y a d'autres termes utilisés en rapport avec le capitalisme :

La définition varie selon la géographie, la politique, le temps, les cas historiques et la culture[41].

Le dictionnaire Larousse donne plusieurs définitions du capitalisme :

  • « statut juridique d'une société humaine caractérisée par la propriété privée des moyens de production et leur mise en œuvre par des travailleurs qui n'en sont pas propriétaires » ;
  • « système de production dont les fondements sont l'entreprise privée et la liberté du marché » ;
  • « système économique dont les traits essentiels sont l'importance des capitaux techniques et la domination du capital financier » ;
  • « Dans la terminologie marxiste, régime politique, économique et social dont la loi fondamentale est la recherche systématique de la plus-value, grâce à l'exploitation des travailleurs, par les détenteurs des moyens de production, en vue de la transformation d'une fraction importante de cette plus-value en capital additionnel, source de nouvelle plus-value[42]. »

L'encyclopédie économique de référence en langue anglaise (NewPalgrave) définit le capitalisme comme un système dans lequel les moyens de production sont détenus par des particuliers[43].

Selon la définition de l'Académie française, d’inspiration plutôt libérale[note 3], le capitalisme est entièrement défini par la propriété privée des moyens de production. Un régime capitaliste existe dès lors que les individus ont le droit de posséder et de disposer librement des biens de production et des fruits de leur utilisation, ce qui implique notamment qu’ils puissent les échanger librement avec d'autres agents, et donc une économie de marché, et qu’ils puissent déterminer librement leurs arbitrages entre les différentes finalités qui leur sont ouvertes dans l’utilisation de ces moyens, dont le souci de servir les consommateurs, la rémunération des collaborateurs, la recherche du profit et l’accumulation du capital. Dans cette conception, le capitalisme est un mode d'organisation de la société qui ne préjuge pas du comportement des acteurs. La recherche du profit monétaire et l'accumulation de capital ne sont que des options offertes au libre choix des propriétaires de capital, et ne constituent pas des caractéristiques du régime capitaliste lui-même.

À cette conception s’oppose une définition d'inspiration marxiste[note 4], qui définit le capitalisme d’abord par la recherche du profit, l'accumulation de capital et le fait que les travailleurs ne sont pas propriétaires de leurs outils, mais seulement de leur force de travail, ce qui constitue le salariat. Dans cette conception, le capitalisme désigne principalement un mode de comportement de certains acteurs. C’est cette conception qui est le plus souvent associée au capitalisme dans l’usage commun, ce qui confère au mot une connotation négative.

Dans la réalité, il n’existe pas de société purement capitaliste où tous les moyens de production seraient propriété privée et seraient exploités par leurs propriétaires de façon totalement libre sans intervention de l’État. Dans les sociétés réelles, les caractéristiques ci-dessus peuvent exister indépendamment les unes des autres, et chaque trait peut être plus ou moins prononcé. La propriété des ressources et moyens de production est souvent partagée entre des individus, des collectivités et des États, ce qui donne naissance à une gamme diversifiée et continue d'exercice de cette propriété, depuis les cadres juridiques exclusivement privés jusqu’au cadre étatique, en passant par des cadres juridiques particuliers qui entremêlent sphère publique et sphère privée. Par ailleurs, la séparation entre le rôle de détenteur de capitaux (rémunéré par le profit) et de travailleur (rémunéré par un salaire) peut disparaître lorsque les salariés possèdent une part significative des moyens de production (cas des organisations régies par des associations de salariés ou par des structures coopératives).

De plus, la propriété privée des ressources ou moyens de production peut coexister avec un haut degré d’interventionnisme de la part de l'État dans l’utilisation de ces moyens, par exemple à travers les mécanismes de fixation des prix, la réglementation des conditions d’échange ou le droit du travail.

Histoire du capitalisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du capitalisme.

Expansion[modifier | modifier le code]

Le capitalisme, comme système économique s'est développé progressivement à partir du XVIe siècle en Europe[44], bien que des organisations semblables au capitalisme aient existé dans le monde antique, et les aspects du capitalisme marchand a prospéré au cours de la fin du Moyen Âge[8],[45],[36]. Le capitalisme est devenu dominant dans le monde occidental après la chute du féodalisme[36]. Le capitalisme s'est progressivement étendu dans toute l'Europe au cours du XIXe et du XXe siècle, il a fourni le moyen principal de l'industrialisation dans la majeure partie du monde[41]. Ce modèle économique a affronté durant une grande partie du XXe siècle celui des régimes communistes, basés sur la collectivisation des moyens de production. La chute du Bloc de l'Est et de cette alternative d'inspiration marxiste a ensuite permis au capitalisme de s'étendre au-delà de l'Occident, pour devenir le modèle économique dominant de la planète, sous l'impulsion de la mondialisation.

Histoire des théories[modifier | modifier le code]

Le capitalisme est le produit d'initiatives et d'adaptations successives au cours du temps. Il a pris diverses formes, qui pour la plupart coexistent encore de nos jours et continuent d'évoluer.

  • Selon Max Weber (cf L'analyse de l'émergence du capitalisme selon Max Weber), le capitaliste – pour des raisons qu'il analyse comme essentiellement éthiques et religieuses – considère la quantité de biens disponibles comme un indicateur de conduite de sa vie ; il met un frein à sa consommation et s'organise de façon rationnelle et méthodique dans le but de produire, en investissant et en accumulant ses biens pour en produire de plus en plus. Ce qu'il dénomme « l'esprit du capitalisme », porté par la nouvelle classe bourgeoise, désigne non pas prioritairement la recherche de la sécurité ou de la consommation, mais une logique d'effort individuel et collectif, tendue vers la croissance. Pour Max Weber, ce n'est pas dans les facteurs techniques ou économiques qu'il faut voir l'origine de la rupture majeure par rapport aux systèmes antérieurs : pour lui, c'est essentiellement une affaire de changement de mentalité et de culture[46].
  • Selon Fernand Braudel[47], les premières formes de capitalisme sont dérivées du « commerce au long cours » et sont constatées aux environs du XIIe siècle en occident dans la ville de Bruges (en Belgique) qui fut avant Anvers, le centre boursier mondial comme l'est aujourd'hui Wall Street. Les commerçants, qui investissaient jusque là dans des opérations ponctuelles, systématisent leur activité et deviennent des négociants, puis des négociants-banquiers, puis des banquiers-négociants: Le centre de gravité et la finalité des échanges se déplace ainsi progressivement de l'activité commerciale vers l'activité financière.

Vision historique[modifier | modifier le code]

Plusieurs formes de capitalisme sont à l'œuvre dans les sociétés selon la nature des moyens de production employés dans une époque déterminée .
Ainsi, Louis Bergeron, directeur d'études à l'EHESS[48] distingue selon les circonstances historiques :

  • un Capitalisme ancien qui jusqu'au milieu du XIXe siècle comprend un éventail assez large :

-Capitalisme foncier (châtelains et gentilshommes fermiers, bourgeois propriétaires et gros fermiers, agriculteurs « industriels »…)
-Capitalisme « mixte » (maîtres de forges, grands investisseurs, spéculateurs immobiliers, exploitants de mines…)

  • un capitalisme négociant : négociants-banquiers, grands armateurs, marchands-fabricants
  • un capitalisme d'industrialisation et de renouvellement social : avec de nouvelles élites promues par de nouveaux modèles d'ascension sociale.

-modèles de branches mettant en œuvre savoir-faire et une culture professionnelle nouveaux (textile, sidérurgie-métallurgie…)
-modèle de l'entrepreneur individuel ou familial (faisant travailler son patrimoine et agissant « à la force du poignet »…)
-modèles impliquant des ressources, des compétences et initiatives nouvelles (immigrants étrangers, ingénieurs, universitaires…)

Selon les Modèles formels de représentation[modifier | modifier le code]

Les pratiques économiques et sociales successives et l'expérience cumulée qu'elles alimentent vont contribuer à donner consistance selon les lieux et les époques à des modèles concrets de fonctionnement parmi lesquels on remarque essentiellement :

  • Le Modèle du capitalisme industriel, : Il exploite un stock de machines de plus en plus onéreuses et concentrées dans des manufactures ou usines. Le besoin toujours accru en capital entraîne la création de nouveaux cadres juridiques : La Société Anonyme supplante la société en commandite par action. Le capital de l'entreprise s'ouvre davantage vers « l'extérieur » : Les apporteurs de capitaux frais affluent, parmi lesquels les financiers.
  • Le Modèle du capitalisme financier, où l'activité est modélisée par le cycle « Argent → Marchandise → Argent ». Ainsi Karl Marx pointe le fait que l'argent serait devenu l'alpha et l'oméga de l'activité économique, celle-ci n'étant plus que le support obligé de la reproduction du capital via la création de la plus-value
  • Le Modèle du capitalisme entrepreneurial, où l'entrepreneur de Joseph Schumpeter, les dynasties bourgeoises décrites par E. Beau de Loménie, ou plus récemment le manager d'Alfred Chandler, qui émergent à la fin du XIXe siècle, se distinguent des « propriétaires », et des « ouvriers » . Les profits des propriétaires s'apparentant dans ce cas à une rente, puisqu'ils ne rémunèrent plus le rôle d'entrepreneur-gestionnaire qu'ils ne sont pas ou qu'ils ne sont plus.
  • Le Modèle du capitalisme monopoliste d'État, où selon Herzog et Boccara les appareils étatiques sont mis au service de l'économie afin de limiter la baisse tendancielle du taux de profit pour les capitaux et l'initiative privés.
  • Le Modèle du capitalisme cognitif, issu de la mutation des conditions de production, où il est fait de plus en plus appel au capital-savoir.

Avenir du Capitalisme[modifier | modifier le code]

Débat entre capitalisme rhénan et capitalisme anglo-saxon[modifier | modifier le code]

Selon Michel Albert (dans son ouvrage Capitalisme contre capitalisme, de 1991[49]), « le capitalisme triomphant, après la disparition à l'Est des régimes collectivistes, redevient dangereux et notre avenir se joue désormais entre cette victoire et ce danger, entre les deux modèles résiduels » :

  • le capitalisme anglo-saxon, fondé sur la réussite individuelle, le profit financier à court terme et leur médiatisation. Système caractérisé par le fait que l'actionnariat individuel mais surtout collectif (fonds d'investissement, fonds de pension pour les retraités du secteur privé, ou multinationales de taille mondiale), y ont une influence déterminante.
  • le capitalisme rhénan, qui se pratique en Allemagne et – avec des variantes au Japon – qui valorise la réussite collective, le consensus et le souci du long terme. Système également caractérisé par un poids majeur des banques (détentrices de près de la moitié des actions des sociétés cotées, et très influentes sur les autres entreprises), et l'influence importante de syndicats puissants.

M. Albert indique qu'une rivalité intense est lancée entre le premier modèle qu'il décrit comme étant « plus séduisant » et le second qu'il pense être « plus performant ».

La troisième voie[modifier | modifier le code]

Selon Alberto Alesina (dans The future of Europe, Reform or Decline (2006)), entre capitalisme et communisme, l'existence d'une voie intermédiaire serait un leurre.

Le capitalisme entrainerait à terme une concentration des richesses au sein d'une part de la population de plus en plus réduite, et une paupérisation du reste de la population. Un contrôle et une redistribution via l'intervention de l'État serait alors nécessaire.

Il s'agirait de réhabiliter le rôle de l'état, et de définir les moyens de production (terres agricoles, éducation, santé, défense, banque, et autres secteurs clé de l'économie) qui doivent être placés sous contrôle démocratique afin qu'ils répondent aux besoins des populations, et ceux non essentiels qui peuvent être laissés au secteur privé.

Mécanismes[modifier | modifier le code]

Dans un régime capitaliste, les biens qui forment le capital, appartiennent à des personnes ou des entreprises privées. Les rôles de détenteur de capitaux, d’apporteur de travail, d’entrepreneur et de consommateur sont dissociés et joués par des individus différents, chacun cherchant à satisfaire ses propres objectifs. On peut cependant trouver des situations particulières où un même individu joue simultanément ou successivement plusieurs de ces rôles, en plus de celui de consommateur.

Une des caractéristiques essentielles du capitalisme est de fonctionner sur la base de la recherche du profit par le capitaliste. Le profit effectivement réalisé dépend, lui, de la réaction du marché aux offres des entrepreneurs qui mettent en œuvre ce capital.

Dans le régime capitaliste, l’existence et le développement de l’entreprise sont soumis au jugement de ceux qui lui ont apporté leurs capitaux. Ils supportent le risque de l'entreprise sur leurs capitaux, et attendent donc une rémunération de ces capitaux supérieure à celle d'une épargne classique, la différence étant une prime de risque. Cette pression subie par les producteurs tend à mettre les facteurs de production entre les mains de ceux qui savent en dégager la meilleure rentabilité.

Cas particulier de certaines entreprises[modifier | modifier le code]

Si, en général, le profit s'entend comme une maximisation financière pour le capitaliste en tant qu'investisseur, il existe des cas particuliers où le capitaliste recherche une maximisation à un autre titre que celui d'investisseur (d'une certaine façon, il réclame un profit en nature et non en argent). C'est notamment le cas pour les sociétés où l'investissement dans l'entreprise est subsidiaire parce que l'investisseur assume d'autres rôles, et que le capital n'est pas complètement séparé des autres éléments de l'entreprise.

Travailleurs indépendants[modifier | modifier le code]

Un secteur très important dans les pays d'économie de marché, sont les travailleurs indépendants. Le détenteur du capital a la particularité d'être à la fois le travailleur unique et le chef d'entreprise.

Une variante de cette modalité est la société familiale, dont le capital est entièrement ou majoritairement détenu par un groupe d'individus proches, qui tient également les commandes de l'entreprise. Il n'a de compte à rendre à personne en dehors du groupe. Des entreprises importantes, parfois de taille mondiale, sont ainsi en dehors de la Bourse, sans que toutes soient familiales cependant.

Coopératives, mutuelles, associations, GIE, et l'économie sociale[modifier | modifier le code]

Très généralement, les entreprises de l'économie sociale, qui regroupent les coopératives, les associations et les mutuelles :

  • lient l'obtention du service à une adhésion (historiquement souvent soumise à une condition de statut de la personne, mais de plus en plus libre) ; de ce fait,
  • elles ont un capital détenu par les usagers (mutuelles, associations, coopératives de crédit et de consommation) ou par leurs salariés (coopératives de production et SCIC), et
  • elles ont un capital variable, au gré des entrées et sorties de membres ;
  • appliquent le principe démocratique « une personne, une voix » pour les prises de décision, mais
  • préfèrent traduire le profit en service « en nature », au profit de leurs adhérents (dans le cas où les bénéficiaires du service ne sont pas les adhérents, mais une population qu'il s'agit d'« aider », on peut discuter de savoir s'il s'agit encore d'une forme capitaliste car pour prendre l'exemple des assurances ou des mutuelles payantes, le profit engrangé est supérieur à l'aide fournie – car les versements se poursuivent que l'on rencontre ou non l'accident).

Ces entreprises peuvent tenir une place importante dans certains secteurs économiques (par exemple en France : la banque, l'assurance, la santé ; les coopératives agricoles ont même une place dominante dans le négoce et la transformation agricole).

Rien n'oblige les adhérents à être des personnes physiques : ainsi, des personnes morales et notamment des entreprises peuvent également s'associer sous cette forme. Un groupement d'intérêt économique leur permet de coopérer sur certains points non stratégiques ou pour lesquels la concurrence a moins d'avantages que la coopération. Cela leur permet de mettre en place des services communs (carte bancaire, approvisionnement de magasin, marketing, exportation, recherche, etc.). Deux des trois plus grands systèmes français de grande distribution sont construits autour d'un GIE, dont les adhérents sont les magasins distributeurs, propriétés de capitalistes locaux.

Le terme d'« économie sociale » recouvre des sociétés et groupes très divers. Ce secteur représente environ 10 % des emplois en France.

Institutions[modifier | modifier le code]

Pour des raisons historiques, il existe des groupes particuliers dont les autorités politiques reconnaissent un rôle spécifique. Les chambres de commerce, par exemple.

Cas particulier de l'État[modifier | modifier le code]

L'État dans une économie de marché[modifier | modifier le code]

L'État dispose d'un « domaine privé », correspondant aux propriétés privées d'un individu ordinaire ou d'un groupe privé. Très souvent, la distinction n'est pas bien faite entre ce domaine privé et le domaine public (la partie dont l'État est gestionnaire pour le compte de la collectivité)[50]. D'autant que dans certains cas un même bien peut appartenir, en fonction des circonstances, au domaine privé de l'État ou au domaine public, et que la gestion des possessions de l'État (publiques ou privées) est l'occasion de débats aussi bien théoriques que pratiques.

Par rapport à son domaine privé, l'État se trouve en théorie dans la même situation qu'un capitaliste ordinaire, dont le but est de tirer le meilleur avantage économique possible de son capital. Mais ce n'est pas systématiquement le cas : les impératifs et les méthodes de gestion politiques peuvent l'emporter sur les exigences économiques.

Par ailleurs, il arrive, dans le cadre d'une économie de marché, que l'État gère ses participations capitalistiques en privilégiant les retombées politiques aux retombées économiques de sa participation : voir économie mixte et société d'économie mixte.

L'État dans les pays communistes[modifier | modifier le code]

Les communistes qui n'ont pas adhéré aux conceptions et aux pratiques qui ont instauré les régimes du « bloc communiste », ont dès la fin du XIXe siècle désigné par capitalisme d'État le cas où l'État est propriétaire de tout le capital (ou presque).

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, les États communistes ayant pratiqué cette économie, fonctionnent sous un régime de libéralisme économique avec une privatisation pratiquement totale, en général avec une appropriation par les anciennes élites.

L'impérialisme et le colonialisme[modifier | modifier le code]

L’impérialisme et le colonialisme ont parfois été présentés comme les « formes extrêmes du capitalisme », notamment par Rudolf Hilferding (Le Capital financier, 1910), Rosa Luxemburg (L'Accumulation du capital, contribution à l'explication économique de l'impérialisme, 1913), ou Lénine (L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme , 1916).

Le colonialisme et l'impérialisme ne sont pas pour autant nécessaires dans un système capitaliste : en effet, la Suisse et les pays scandinaves n'ont jamais été impérialistes ni colonialistes depuis qu'ils fonctionnent de manière capitaliste.

À l'argument inverse qu'il existe des pays impérialistes qui ne sont pas capitalistes, par exemple la Rome antique ou l’Union soviétique, les auteurs marxistes répondent qu'ils ne prétendent pas que l'impérialisme est exclusivement capitaliste, mais qu'à un certain stade de développement, le capitalisme est forcément impérialiste, ce qui est fort différent.

Une puissance économique et technique (notamment en matière d'armement et de logistique) supérieure est un facteur nécessaire à l'expansion impérialiste et coloniale d'un État, et de ce point de vue, du fait du capitalisme, les États européens ont été les premiers et les mieux dotés en canons, navires et chemin de fer, conserves et moyens médicaux. Dans l'autre sens, une telle puissance économique peut rechercher des ressources qu'elle ne trouve pas ou plus sur son territoire, et le commerce pacifique n'est pas le seul moyen d'y parvenir.

On peut remarquer aussi que, dans le cas de l'Angleterre victorienne, les échanges avec les colonies (importation des colonies vers la métropole de matières premières, de biens agricoles et textiles, poussant la production en métropole vers des biens plus élaborés) ont été un facteur favorable au développement du capitalisme. En revanche, à l'inverse, pour l'Espagne des XVIe et XVIIe siècles, les richesses tirées d'Amérique du Sud ont plutôt constitué un frein qu'un moteur de développement économique.

Enfin, l'habitude prise par des gouvernements de déporter (ou de forcer à fuir) vers les colonies les criminels (ce qui incluait à leurs yeux des opposants politiques) peut également être mentionnée comme facteur politique favorable au capitalisme, bien que d'autre formes de répression sans lien avec les colonies ont pu avoir le même effet.

Perception[modifier | modifier le code]

Le capitalisme est à l'origine un concept économique dont le fonctionnement est censé varier selon le mode de vie de la société: Les économistes admettent en général que le gouvernement n'a pas le contrôle sur les marchés (laissez-faire), et sur le droit de propriété[51],[52]. Il est généralement admis que le capitalisme encourage la croissance économique[53] La mesure dans laquelle les différents marchés sont libres, ainsi que les règles définissant la propriété privée, est une question de politique et de la politique, et de nombreux États ont ce qu'on appelle des économies mixtes[54]. Le capitalisme est un concept contesté[55] dès qu'il a été mis en œuvre, par divers économistes comme Karl Marx au XIXe siècle[56], et il est perçu différemment selon le pays où il a été implanté. L'on peut opposer au capitalisme :

  • l'économie primitive, où les échanges sont marginaux et chaque groupe exploite la nature pour son propre compte ;
  • l'économie de potlatch, où les échanges, même importants, ne visent pas à une accumulation de capital (ni parfois même à la consommation : il arrive que les biens soient détruits purement et simplement à l'issue de l'échange), mais à une démonstration symbolique de puissance statutaire ;
  • le communisme, qui désigne d'une manière générale une théorie d'organisation politique, sociale et économique sans classe sociale et sans État, censée bénéficier de la mise en commun des moyens de production et des biens de consommation pour répondre aux besoins de chacun ;
  • le socialisme d'État, où la propriété privée est réduite au minimum, et où tout le capital productif est géré collectivement ; toutefois, dans ce contexte économique, on trouve aussi le terme de capitalisme d'État, que certains (socialistes ou non) utilisent pour désigner l'économie où l'État est seul et unique propriétaire de capital, ce qui n'est en fait, de leur point de vue, qu'un capitalisme étatisé[57].

On notera par ailleurs que les formes politiques sont rarement « pures » en pratique, de sorte que le capitalisme coexiste très largement avec les autres systèmes. De nombreux théoriciens préconisent même explicitement des formes mixtes, avec des dosages variés selon le domaine et le but.

Le capitalisme est dépendant du système politique et législatif en place. Il nécessite :

Il est communément admis qu'un État est nécessaire pour remplir ce rôle. Mais dans la réalité, le capitalisme fonctionne très largement (et même essentiellement, pour le grand commerce international) sur la base d'un arbitrage privé, où l'État n'intervient qu'à titre d'acteur potentiel en dernier ressort (sachant qu'il ne faut pas négliger l'effet économique d'une simple possibilité d'intervention). On notera aussi que les anarcho-capitalistes considèrent que l'État est illégitime et dangereux, et qu'on peut parfaitement s'en passer en s'appuyant sur le droit naturel, sa propre capacité de défense, et des organismes privés. Pour eux, le capitalisme apparaît à la fin du XVIIIe siècle, puis est décrit et théorisé par Karl Marx au milieu du XIXe siècle.

Perception du marxisme[modifier | modifier le code]

Des auteurs plus critiques (notamment d'inspiration marxiste), refusent cette vision qu'ils qualifient d'idéaliste, et présentent le capitalisme comme un régime économique et social hautement cohérent, tendu vers la recherche du profit, l'accumulation de capital. Régime dans lequel les travailleurs ne sont pas propriétaires de leurs outils, mais seulement de leur force de travail (condition du salariat) . Les moyens de production sont ainsi accaparés et utilisés dans l'intérêt du capitaliste qui en est le propriétaire exclusif, qui n'agit pas dans l’intérêt de la collectivité, mais en réalité dans son seul intérêt, comme le fait une personne privée lorsqu'elle gère ses biens propres. Dans cette perspective, l'alternative positive est d'instaurer la socialisation des biens des moyens de production où toutes les ressources et tous les moyens de production deviennent la propriété de la collectivité et sont gérés par un collectif ou un État représentant de cette collectivité[42].

Perception du libéralisme[modifier | modifier le code]

Selon les tenants du libéralisme, le capitalisme serait entièrement défini par des critères juridiques qui assurent l'existence de la liberté du commerce et de l'industrie, avec ses corollaires immédiats comme l'esprit d'initiative, la liberté d'entreprendre, la propriété privée des moyens de production. Selon cette conception, le régime capitaliste existe dès lors que les individus ont le droit de posséder et de disposer librement des biens de production et des fruits de leur utilisation, et de pouvoir les échanger librement, sans aucune contrainte, avec d'autres agents. Dans ce régime, les propriétaires de moyens de production peuvent déterminer librement leurs actions en réalisant les arbitrages qui leur paraissent les plus pertinents entre les différentes finalités qui leur sont ouvertes :

  • souci de servir les consommateurs,
  • rémunération des collaborateurs et salariés,
  • recherche du profit,
  • accumulation du capital ou d'un patrimoine.

Dans cette conception, la recherche du profit monétaire et l'accumulation de capital ne sont pas – a priori et de façon dogmatique – les seules finalités offertes aux agents, et ne constituent pas pour tous une obligation ou une priorité exclusive et absolue. Si cette nuance mérite d'être prise en compte, force est de reconnaître que – dans la pratique et pour une majorité d'opérateurs intervenants en régime capitaliste – le mobile prioritaire, sinon principal, de l'activité économique n'en demeure pas moins la recherche du profit. Lequel est présenté comme légitime et justifié par le fait qu'il est :

  • la « juste » rémunération de l'effort et de la prise de risque du capitaliste[58] ;
  • le résultat d'un équilibre « optimal » régulé à tout moment par les forces du marché et de la concurrence.

Il existe quelques controverses quant à la propriété privée des moyens de production, la création de biens ou de services à but lucratif dans un marché, ainsi que concernant les prix et les salaires qui sont éléments du capitalisme[59],[note 5].

Critiques du capitalisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Critiques du capitalisme.
Représentation syndicale (Industrial Unionism, 1911) de la structure hiérarchisée, pyramidale et de classe du capitalisme, incluant l'importance du soutien de l'armée ou de l'industrie de l'armement et du clergé.

Le capitalisme est l'objet de nombreuses controverses. Ces controverses peuvent porter :

  • sur l’accumulation du capital en elle-même ;
  • sur la propriété du capital ;
  • sur le comportement des propriétaires du capital ;
  • sur les conséquences humaines, sociales, écologiques et économiques d'un système dont la logique de fonctionnement est la croissance du capital ;
  • sur les catégories mêmes du capitalisme, en tant que formes sociales : le travail en lui-même, la valeur, la marchandise, l'argent. C'est une critique radicale et catégorielle du travail et de la valeur, qui n'a plus rien à voir avec l'ensemble des marxismes. Cette critique est portée par l'« École de Krisis », par Moishe Postone, Robert Kurz ou Anselm Jappe.

On trouve sous un régime capitaliste de nombreuses inégalités de revenu, de patrimoine, etc. La pauvreté existe, de même que la faim. Certains y voient un scandale spécifique au capitalisme, et préconisent d'autres systèmes.

Au début du XXIe siècle, des critiques au sein même de l'établissement financier ont vu le jour devant une forme exacerbée du capitalisme, comme celle de Jean Peyrelevade qui parle de « capitalisme total »[60]. Cet auteur propose notamment d'interdire les stock-options comme part de la rémunération des dirigeants pour éviter les conflits d'intérêts et d'offrir des dividendes plus avantageux aux actionnaires anciens afin de limiter les allers-retours spéculatifs.

La crise financière majeure qui frappe les marchés mondiaux à la suite de la crise des subprimes (février 2007) a par ailleurs contribué à un regain important de critiques envers le capitalisme et l'« ultralibéralisme ». Alan Greenspan, président pendant 18 ans de la Réserve fédérale et libertarien proclamé[61], qui défendait la supériorité de l'autorégulation des marchés sur la régulation étatique, a estimé le 23 octobre 2008 face à la commission de contrôle d'action gouvernementale qu'il avait eu « partiellement tort » de faire plus confiance au marché qu'au gouvernement pour réguler le système financier. Il a par ailleurs fait part de son désarroi : « J'ai trouvé une faille [dans mon idéologie]. Je ne sais pas à quel point elle est significative ou durable, mais ce fait m'a plongé dans un grand désarroi[62] » Greenspan utilise ici le mot idéologie non comme un ensemble de croyances irréfutables mais comme le cadre conceptuel à travers lequel il explique le monde[63]. Greenspan est fortement critiqué, en particulier par les libéraux américains [réf. souhaitée], pour être un des responsables de la crise en ayant conduit une politique monétaire laxiste, par absence de véritable indépendance par rapport au pouvoir politique, à l'origine de l'explosion du crédit (baisse systématique des taux pour entretenir la croissance).

Financiarisation contre capitalisme[modifier | modifier le code]

Selon certains analystes et critiques (par ex. Alain Touraine), le système économique a subi une dérive financière qui l'a éloigné du capitalisme. Le développement de la financiarisation a conduit à une économie d'endettement généralisé, s'éloignant d'une éthique capitaliste où les risques sont principalement assumés par ceux qui fournissent un capital stable.

Pour d'autres[Qui ?] la spéculation financière est inhérente au capitalisme, et la grande place accordée à la finance dérégulée a été un des leviers du capitalisme pour maintenir un taux de profit croissant malgré le ralentissement de la croissance à la fin des années 1970[64].

Aspects éthiques[modifier | modifier le code]

Le philosophe André Comte-Sponville avait posé la question de savoir si le capitalisme était moral dès avant la crise économique de 2008. Selon lui, on parle davantage de morale dans les discours et les préoccupations du fait que la morale fait défaut dans les comportements humains[65].

Il voit trois raisons complémentaires à ce retour de la morale, qui relèvent de trois durées différentes[66] :

  • Dans le court terme (depuis vingt ou trente ans), le passage de la génération des soixante-huitards aux nouvelles générations moins politisées marque le retour d'une certaine morale ;
  • Dans le moyen terme (depuis le XXe siècle), le triomphe du capitalisme l'a rendu moralement moins justifiable que lorsque l'adversaire communiste lui tenait lieu de faire-valoir ;
  • Dans le long terme (depuis la Renaissance et le XVIIe siècle), la mort sociale de Dieu correspond à un processus de laïcisation, de sécularisation, et donc, s'agissant de la France, de déchristianisation, qui pose toutes sortes de problèmes tournant autour de la communauté, qui n'est plus fondée sur une communion religieuse.

Il remet en perspective le problème des limites au comportement humain en distinguant une hiérarchie de quatre ordres au sens pascalien du terme[67] :

  • l'ordre techno-scientifique (auquel appartient l'économie en tant que science) ;
  • l'ordre juridico-politique ;
  • l'ordre de la morale (ce qui relève du devoir) ;
  • l'ordre de l'éthique (ce qui relève de l'amour).

Même si les ordres de la morale et de l'éthique ont des préoccupations plus élevées, l'ordre no 1 (économico-techno-scientifique) n'est pas soumis à l'ordre no 3 (l'ordre de la morale) du fait de structurations internes différentes : le possible et l'impossible n'ont que faire du bien et du mal[68].

Le jugement des courants de pensée économiques[modifier | modifier le code]

Marxisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : marxisme.

Karl Marx a développé dans plusieurs ouvrages, dont le plus connu est Le Capital , une analyse du capitalisme ayant eu une influence considérable sur la pensée économique et politique. Pour Marx, le capitalisme se développe grâce à l'existence d'une catégorie sociale, formée d'hommes dépourvus de moyens de production et ainsi contraints de vendre leur force de travail : les prolétaires. En même temps que se développe le prolétariat, naît une autre classe sociale détentrice du capital : la bourgeoisie capitaliste.

Les prolétaires dépendent des capitalistes dans la mesure où la force de travail seule ne produit que de la valeur d'usage, pas de valeur d'échange, elle nécessite des matières premières et des moyens de production, donc l'usage de capital, détenu par les capitalistes. Le « travail vivant » (l'usage de la force de travail) est transformé en « travail mort » (le capital)[69].

Dans un système capitaliste, l'argent est utilisé pour acheter, produire, et vendre dans le but de faire du profit. Une somme d'argent A (le capital) est investi pour produire une marchandise M qui est vendu à un prix A' supérieur à A. Cette différence est la plus-value. Elle peut être réinvestie pour réaliser une nouvelle plus-value plus importante, créant une dynamique d'accumulation du capital (en apparence) sans fin (développement de l'entreprise qui lui permettra à son tour d'acheter d'autres groupes, qui lui profiteront à leur tour…).

D'après Marx, la plus-value a pour origine une différence entre la valeur du travail du prolétaire et le salaire effectivement versé au prolétaire. Le salaire du prolétaire s'établit à un niveau qui correspond aux dépenses socialement nécessaires pour assurer le renouvellement de sa force de travail, le travail au-delà est un surtravail accaparé par le capitaliste et source de la plus-value. Il s'agit pour le marxisme d'un mécanisme d'extorsion de plus-value au détriment des travailleurs.

Pour les marxistes, le système capitaliste n'est pas viable : il tend à concentrer une part toujours croissante des richesses dans un nombre toujours plus restreint d'individus, réduisant la société à deux classes, la bourgeoisie et le prolétariat, vouées à se livrer à une lutte des classes.

En outre, le capitalisme implique une croissance de la production sans croissance correspondante de la consommation car le but de l'économie capitaliste n'est pas de répondre à une demande, mais d'accroître les profits du capital. Ceci conduit à des crises cycliques de surproduction.

La résolution des contradictions du capitalisme est pour les marxistes la socialisation des moyens de production, qui devraient être contrôlés par la collectivité dans l'intérêt de la collectivité entière et non plus d'une classe possédante. Cette transformation des rapports de production doit entraîner dans la perspective marxiste la disparition des classes sociales et de l'État. Cette nouvelle société est le socialisme ou communisme. Les modalités pratiques de cette socialisation (autogestion ou étatisation), la méthode de transition du capitalisme au socialisme (révolution ou réforme), et son caractère inéluctable ou non, font l'objet de débats entre différents courants se réclamant du marxisme.

Libéralisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Libéralisme.

Pour les libéraux, la logique du capital est, par elle-même, étrangère aux principes de la morale, c'est-à-dire une donnée exogène (qui provient de l'extérieur). Par conséquent, il appartient aux seuls propriétaires des biens qui sont utilisés comme moyens de production d'apprécier ce qu'ils font de ce capital. Pour les libéraux classiques, comme Tocqueville, par exemple, ou comme plus tard pour Raymond Aron, le marché est un moyen, en aucune façon une fin. En d'autres termes, la satisfaction maximale des désirs ne peut-être le critère ultime du bien. Il ne suffit donc pas de concevoir forcément une économie dirigiste et planificatrice, qui s'appuie parfois sur un régime politique autoritaire, pour résoudre les inégalités, les abus, mais de concevoir aussi un changement des manières d'être. Ce qui signifie que si la tendance à soumettre l’économie à un État régalien est encouragée par les libéraux classiques, cela doit s’exercer dans le respect des libertés fondamentales et de contre-pouvoirs.

École néoclassique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : école néoclassique.

L'école néoclassique d'économie voit dans le capitalisme une coopération générale (la concurrence poussant les acteurs à se positionner au mieux compte tenu des positions des autres) qui inclut les générations passées et futures, et un accroissement de production général qui bénéficierait à tous.

Interventionnisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : interventionnisme.

Les interventionnistes de gauche et de droite jugent le système à ses résultats sociaux. Selon eux, le capitalisme produit des rapports entre riches et pauvres toujours plus déséquilibrés en termes de pouvoir et d'inégalités économiques, et une sclérose sociale qui nuit à l'économie générale. Il appartient alors au pouvoir politique de rétablir à la fois l'équilibre et les conditions de la prospérité générale et de développement.

Selon leur sensibilité à l'un ou l'autre aspect et leur appréciation globale de la situation, les utilitaristes préconiseront un arbitrage politique variable adapté.

Citations[modifier | modifier le code]

Pour Fernand Braudel, il convient de distinguer :

  • le capital, réalité tangible, masse de moyens aisément identifiables, sans fin à l'œuvre.
  • le capitaliste, l'homme qui préside ou essaie de présider à l'insertion du capital dans l'incessant processus de production à quoi les sociétés sont toutes condamnées
  • le capitalisme qui est la façon dont est conduit, pour des fins peu altruistes d'ordinaire, ce jeu constant d'insertion[70].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le pluriel de capitaliste a pour but de désigner un groupe de personne qui forme la classe dirigeante selon Karl Marx[réf. nécessaire]
  2. Le sens de « capitalisation » est « action de capitaliser ; état capitalisé : la capitalisation des intérêts ruine plus vite le débiteur et n'enrichit pas toujours le créancier. » Enrichissement de la langue française ; dictionnaire des mots nouveaux, p. 54
  3. Voir aussi perception du libéralisme
  4. Voir aussi perception du marxisme
  5. Il y a notamment des critiques exercées par Karl Marx concernant la propriété privée, le mode de production, les prix et les salaires. Voir Le Capital .

Références[modifier | modifier le code]

  1. Entrée « Capitalisme » sur Larousse.fr (lire en ligne)
  2. Critical Issues in History, Lanham, Md, Rowman and Littlefield, 1999, p. 1
  3. Bessette, Joseph M., American Justice, volume 2. Salem Press (1996), p. 637
  4. Dictionnaire toupie.org
  5. Dictionnaire historique de la langue française , édité par Alain Rey, Dictionnaire Le Robert, Paris, 1992 .
  6. a et b « Dictionnaire de l'Académie française, neuvième édition » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26 1995-2005
  7. Site de l'Aunege ( www.aunege.org)
  8. a, b et c Braudel p. 232
  9. Etymology of "Cattle"
  10. a, b, c et d James Augustus Henry Murray. "Capital".A New English Dictionary on Historical Principles. Oxford English Press. Vol 2. page 93.
  11. Éthique protestante et esprit du capitalisme en 1901
  12. Le Capitalisme moderne en 1902
  13. "LeRobert92"
  14. "Braudel on capitalism">Braudel p. 234
  15. Étienne Clavier (1788) De la foi publique envers les créanciers de l'État : lettres à M. Linguet sur le n° CXVI de ses annalesp.19
  16. name="OED"
  17. Arthur Young, Travels in France
  18. Ricardo, David. Principles of Political Economy and Taxation. 1821. John Murray Publisher, 3e édition.
  19. Samuel Taylor Coleridge. Tabel The Complete Works of Samuel Taylor Coleridge. page 267.
  20. Le Capital
  21. Théories sur la plus-value
  22. Karl Marx. Chapter 16: Absolute and Relative Surplus-Value. Le Capital .
  23. Karl Marx. Chapter Twenty-Five: The General Law of Capitalist Accumulation. Das Kapital.

    Die Verlängrung des Arbeitstags über den Punkt hinaus, wo der Arbeiter nur ein Äquivalent für den Wert seiner Arbeitskraft produziert hätte, und die Aneignung dieser Mehrarbeit durch das Kapital – das ist die Produktion des absoluten Mehrwerts. Sie bildet die allgemeine Grundlage des kapitalistischen Systems und den Ausgangspunkt der Produktion des relativen Mehrwerts.


    The prolongation of the working-day beyond the point at which the labourer would have produced just an equivalent for the value of his labour-power, and the appropriation of that surplus-labour by capital, this is production of absolute surplus-value. It forms the general groundwork of the capitalist system, and the starting-point for the production of relative surplus-value.

  24. Karl Marx. Chapter Twenty-Five: The General Law of Capitalist Accumulation. Das Kapital.
    • Die Erhöhung des Arbeitspreises bleibt also eingebannt in Grenzen, die die Grundlagen des kapitalistischen Systems nicht nur unangetastet lassen, sondern auch seine Reproduktion auf wachsender Stufenleiter sichern.
    • Die allgemeinen Grundlagen des kapitalistischen Systems einmal gegeben, tritt im Verlauf der Akkumulation jedesmal ein Punkt ein, wo die Entwicklung der Produktivität der gesellschaftlichen Arbeit der mächtigste Hebel der Akkumulation wird.
    • Wir sahen im vierten Abschnitt bei Analyse der Produktion des relativen Mehrwerts: innerhalb des kapitalistischen Systems vollziehn sich alle Methoden zur Steigerung der gesellschaftlichen Produktivkraft der Arbeit auf Kosten des individuellen Arbeiters;
  25. Saunders, Peter (1995). Capitalism. University of Minnesota Press. p. 1
  26. Enrichissement de la langue française ; dictionnaire des mots nouveaux, p. 54
  27. Braudel, Fernand. The Wheels of Commerce: Civilization and Capitalism 15–18 Century, Harper and Row, 1979, p. 237
  28. Volume I, page 124 (édition allemande)
  29. tome II à la page 493 (édition allemande)
  30. volumes II et III
  31. Les Juifs et le capitalisme moderne (Die Juden und das Wirtschaftsleben)
  32. Die Protestantische Ethik und der Geist des Kapitalismus
  33. a et b « Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26 1932-1935
  34. name="Dico-Af-2005"
  35. Werhane, P.H., « Adam Smith and His Legacy for Modern Capitalism », The Review of Metaphysics, Philosophy Education Society, Inc., vol. 47, no 3,‎ 1994
  36. a, b et c Capitalism, Encyclopedia Britannica,‎ 2006
  37. a, b et c "free enterprise." Roget's 21st Century Thesaurus, Third Edition. Philip Lief Group 2008.
  38. (en) "…based on voluntary cooperation, free exchange, or mutual aid."
  39. Barrons Dictionary of Finance and Investment Terms. 1995. p. 74
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  41. a et b Scott, John (2005). Industrialism: A Dictionary of Sociology. Oxford University Press.
  42. a et b « Définition en ligne du dictionnaire Larousse »
  43. Heilbroner, Robert L. Capitalism. New Palgrave Dictionary of Economics, Second Edition (2008):http://www.dictionaryofeconomics.com/article?id=pde2008_C000053&edition=current&q=state%20capitalism&topicid=&result_number=2
  44. (en) Encyclopædia Britannica
  45. Banaji, Jairus, « Islam, the Mediterranean and the rise of capitalism », Journal Historical Materialism, Brill Publishers, vol. 15,‎ 2007, p. 47–74 (DOI 10.1163/156920607X171591)
  46. Voir l'ouvrage de Max Weber : L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme
  47. La Dynamique du capitalisme, édit Arthaud Paris 1985
  48. Louis Bergeron : Les Capitalistes en France (1780-1914), Gallimard Paris 1978, collect. Archives
  49. Capitalisme contre capitalisme par Michel Albert, Paris 1991, édit. le Seuil, Collec Histoire immédiate
  50. En France, ces deux notions, domaine privé de l'État et domaine public, ce dernier étant affecté à l'usage direct du public ou à un service public, relèvent de deux régimes différents, et la distinction entre les deux est constamment réaffirmée depuis l'Ancien Régime, avec de légers assouplissements depuis les lois du 5 janvier 1988 et du 25 juillet 1994 - cf http://www.fondation-igd.org/upload/pdf/Publi/Patri_dompub.pdf p. 24
  51. Tucker, Irvin B. (1997). Macroeconomics for Today. p. 553.
  52. Case, Karl E. (2004). Principles of Macroeconomics. Prentice Hall.
  53. « Economic systems ». Encyclopædia Britannica 2007 Ultimate Reference Suite. (Chicago: Encyclopædia Britannica, 2009)
  54. Stilwell, Frank. Political Economy: the Contest of Economic Ideas. Première édition. Oxford University Press. Melbourne, Australia. 2002.
  55. Robert D. Johnston, The Radical Middle Class, Princeton University Press, 2003, ISBN 978-0-691-09668-1, p. 81
  56. (de) Karl Bachinger, Herbert Matis: Sozioökonomische Entwicklung: Konzeptionen und Analysen von Adam Smith bis Amartya K. Sen. Band 3074, UTB 2008, ISBN 978-3-8252-3074-6, p. 78-79
  57. L'expression est née avant la diffusion des idées de Weber, ce qui a un impact direct sur le sens à donner au mot « capitalisme » : il faut entendre le sens de 1750-1850, et non le sens moderne[réf. nécessaire].
  58. Larousse 2000.
  59. Tormey, Simon. Anticapitalisme. Un World Publications, 2004. p. 10
  60. Jean Peyrelevade, Le Capitalisme total, Seuil, 2005
  61. Greg IP, Emily Steel, « Greenspan Book Criticizes Bush And Republicans », Wall Street Journal,‎ 15 septembre 2007 (consulté le 19 août 2011)
  62. (en) Greenspan Concedes Error on Regulation, New York Times, 24 octobre 2008.
  63. « remember that what an ideology is, is a conceptual framework with the way people deal with reality. Everyone has one. You have to -- to exist, you need an ideology. The question is whether it is accurate or not. » ; « Flaw in the model that I perceived is the critical functioning structure that defines how the world works, so to speak. »
  64. Voir par exemple cette vidéo de Michel Husson.
  65. André Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ?, Albin Michel, p. 16
  66. André Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ? , Albin Michel, p. 16-40
  67. André Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ?, Albin Michel, p. 47-70
  68. André Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ?, Albin Michel, p. 71
  69. Karl Marx, Le Capital , chapitre 10.
  70. Fernand Braudel, 1985, La Dynamique du capitalisme, Arthaud, p. 52

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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