Fou de Bassan

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Le Fou de Bassan (Morus bassanus) est une espèce d'oiseaux de mer de la famille des sulidés. Sa dénomination latine, dont dérive son nom français, signifie « fou de l'île de Bass », à proximité des côtes orientales de l'Écosse, qui en abrite une colonie particulièrement abondante. Cet excellent plongeur se nourrit de petits poissons et céphalopodes ; il vit uniquement dans l'Atlantique Nord. C’est le plus gros des oiseaux de mer d'Europe.

Morphologie[modifier | modifier le code]

Fou de Bassan immature
Oisillon de fou de Bassan

Cet oiseau au plumage d'un blanc éclatant a la tête et le cou jaune pâle. Ses yeux sont bleu clair cerclés de gris. Son bec gris-bleuté très clair, presque blanc, en forme de poignard, est souligné de fines lignes noires, comme tracées au crayon, se prolongeant en un masque noir autour des yeux. Le bout de ses longues ailes étroites est noir. Ses courtes pattes palmées sont verdâtres. La queue est assez fine et se termine en pointe.

Les adultes mesurent entre 85 et 90 cm de longueur et leurs ailes ont une envergure de 165 à 180 cm ; ils pèsent entre 2,8 et 3,2 kg. Il s'agit du plus grand oiseau de mer d'Europe[1].

Les mâles et les femelles se ressemblent ; il n'y a pas de dimorphisme sexuel apparent. Les juvéniles sont brun foncé la première année, avec une bande de couleur claire à la base de la queue, puis apparaissent graduellement de plus en plus de plumes claires, sur la tête d'abord puis sur le dos, le ventre, et la partie de l'aile située entre le poignet et le corps, jusqu'à acquérir leur plumage d'adulte au bout de cinq ans.

Comportement[modifier | modifier le code]

Locomotion[modifier | modifier le code]

Par vent modéré, le Fou de Bassan a un vol aux battements puissants et réguliers, mais par vent fort, il plane et se laisse glisser dans les airs[1]. Il peut parcourir quotidiennement une distance d'au moins 450 kilomètres[2]. Très puissants, et agiles en vol, ils sont cependant assez maladroits au décollage et à l'atterrissage.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Colonie de fous de Bassan sur les falaises de l’île Bonaventure au Québec.
Colonie de fous de Bassan sur l’Île Rouzic

Très spectaculaires à observer, les fous de Bassan planent haut dans les airs avant de plonger comme des flèches dans la mer à grande vitesse (de l'ordre de 60 km/h à 110 km/h) lorsqu'ils aperçoivent une proie (sa vue est si perçante que cet oiseau repère un banc de poissons à 40 mètres de hauteur). Cela crée une onde de choc qui assomme alors les poissons. Le fou n'a plus qu'à les avaler, avant même de regagner la surface. Ils remontent donc toujours le bec vide, ce qui leur a valu cette appellation de « fou », par les premiers pêcheurs qui les observèrent.

Lors du plongeon, des sacs aériens situés sous la peau permettant de protéger la tête et le poitrail lors de l'impact, tandis que les yeux sont protégés par la membrane nictitante et les narines étant fermées étanchement, le fou peut ainsi descendre à une quinzaine de mètres de profondeur et rester immergé pour une durée allant jusqu'à 20 secondes.

Le Fou de Bassan est piscivore, se nourrissant surtout de petits poissons tels que le maquereau, le hareng, le capelan et le lançon, ainsi que de calmars.

Comportement social[modifier | modifier le code]

Très grégaire lors de la saison de nidification, le Fou de Bassan forme alors des colonies denses. En mer, il forme de petits groupes[1].

Silencieux en mer, cet oiseau communique beaucoup sur les sites de nidification, émettant des cris gutturaux à intervalle régulier[1].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Accouplement de fous de Bassan

Les fous de Bassan nichent en colonies denses sur les falaises et les îles rocheuses, d'avril à juillet. Les couples demeurent ensemble pendant plusieurs saisons. Pendant leur parade nuptiale élaborée, ils se font la révérence, se frottent le bec et s'étirent le cou et les ailes. D'abord un simple tapis d'algues, de brindilles et de mousse, le nid se transforme avec les années en un véritable amoncellement de plumes, de déchets de poisson et d'excréments. La femelle y pond un seul œuf blanc bleuté, que les deux partenaires couvent à tour de rôle pendant environ 6 semaines.

Nourri par ses parents pendant 90 jours, le jeune fou de Bassan passe de 70 grammes à la naissance à 4 kilos.

Il vivra de 16 à 20 ans[1].

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Carte de répartition mondiale du fou de Bassan.

L'aire de nidification du fou de Bassan est limitée à l'Atlantique nord et à la Mer du Nord. On en retrouve seulement six colonies en Amérique du Nord, toutes situées dans le golfe du St-Laurent et à l'est de Terre-Neuve. La plus grande colonie du continent américain, qui est aussi la plus grande colonie au monde avec plus de 60 000 couples, se trouve sur l'île Bonaventure, en Gaspésie. On trouve aussi des colonies dans les îles britanniques, en Islande, en Norvège et en Bretagne. Une fois la période de reproduction terminée, ils migrent vers le sud et se dispersent le long des côtes jusqu'au Golfe du Mexique et l'ouest de la Méditerranée (on compte quelques cas de nidifications sur les côtes françaises). La plus grosse colonie française se situe en Bretagne dans l’archipel des Sept-Îles, sur l’île Rouzic où 20 000 couples se reproduisent tous les ans[3].

L'île Bonaventure dans le golfe du Saint-Laurent au Québec abrite la plus importante colonie de fous de Bassan au monde avec plus de 121 000 oiseaux (en 2008), déclassant depuis peu l'archipel de Saint-Kilda en Écosse qui compte 119 000 oiseaux. À moins d'une catastrophe écologique, l'île Bonaventure conservera longtemps son titre car la population de fous de Bassan y est en croissance de 3 % par année alors que celle de Saint-Kilda est stable[4].

L'archipel britannique de Saint-Kilda a longtemps été le lieu de nidification du fou de Bassan le plus important au monde[5]. Le rocher de Stac Lee y abrite à lui seul plusieurs dizaines de milliers de ces oiseaux selon les estimations et comptages : 17 042[6], 40 000[7] ou encore 60 000 individus[8].

Emplacements des colonies de fous dans l'Atlantique nord[9].

Systématique[modifier | modifier le code]

Synonymes : Sula bassana, Sula bassanus.

Le Fou de Bassan et l’homme[modifier | modifier le code]

Des fous de Bassan illustrant un timbre des îles Féroé.
Fous de Bassan, vus par l’artiste danois Holger Philipsen, illustrant un timbre des îles Féroé émis en 1978.

Statut et préservation[modifier | modifier le code]

  • Les populations de fous de Bassan, aujourd’hui protégées, sont en augmentation au rythme moyen de 2 % par an après avoir, dans le passé, fortement régressé à la suite de la perte d’habitat, de la récolte des œufs et de la chasse[10].

Le fou de Bassan dans les arts[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Hume R., Lesaffre G. et Duquet M. (2004) Oiseaux de France et d'Europe p 39, Larousse, ISBN 2-03-560311-0
  2. GEO N°391 de septembre 2011 p.16
  3. « Le programme FAME », sur LPO (consulté le 21 juin 2013).
  4. (fr) Journal La Presse, , Section Vacances/Voyages, page 15
  5. (en) St Kilda – World Heritage Site Management Plan 2003 - 2008
  6. (en) jameswarwick – Stac Lee
  7. (en) UKClimbing – Stacks of South West Scotland
  8. (en) Royal Scottish Geographical Society – Stac Lee
  9. (en) Cramp, Stanley., K. E. L. Simmons, Handbook of the birds of Europe, the Middle East, and North Africa : the birds of the Western Palearctic, vol. 1, Oxford, Oxford University Press,‎ 1977 (ISBN 0198573588)
  10. (en) Wanless, S. & Harris, M.P., 2004. Northern Gannet Morus bassanus. in Mitchell, P.I., Newton,S.F., Ratcliffe, N. & Dunn, T.E. Seabird populations of Britain and Ireland. T & AD Poyser, Londres, pp.124-127 (ISBN 0-7136-6901-2).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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