Conscience

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« Pensées tourbillonnantes », une représentation photographique sur la question de la conscience : comment la conscience peut-elle être expliquée en termes de processus cérébraux ? Où se trouve le siège de la conscience ? Voir sur ce point : Conscience (biologie)

La conscience est « l'un des mots les plus difficiles à définir »[1], d’autant qu’il n'est pas certain que ce qui cherche à la comprendre, la conscience elle-même précisément, dont la raison est un outil, soit capable de se saisir elle-même (« le couteau ne peut se couper lui-même » disent les bouddhistes).

La conscience est, du point de vue de certaines philosophies et de la psychologie, la faculté mentale qui permet d'appréhender de façon subjective les phénomènes extérieurs (par exemple, sous la forme de sensations) ou intérieurs (états émotionnels, pensées) et plus généralement sa propre existence.

D'un point de vue éthique ou moral, elle est également la faculté de discerner bien et mal. Historiquement le terme fut d'abord employé dans le sens de « conscience morale », aussi bien par les philosophes latins que dans les écritures judéo-chrétiennes.[réf. souhaitée]

Polysémie[modifier | modifier le code]

Le terme de conscience peut être distingué en plusieurs catégories :

  • La conscience serait un phénomène mental caractérisé par un ensemble d’éléments plus ou moins intenses et présents selon les moments : un certain sentiment d’unité lors de la perception par l’esprit ou par les sens (identité du soi), le sentiment qu’il y a un arrière-plan en nous qui « voit », un phénomène plutôt passif et global contrairement aux activités purement intellectuelles de l’esprit, actives et localisées, et qui sont liées à l’action (par exemple la projection, l’anticipation, l’histoire, le temps, les concepts..). La conscience est « ce qui voit » sans s’assimiler à ce qui est vu, c'est ce qui intègre à chaque instant en créant des relations stables entre les choses, à l'image des réseaux neuronaux. La conscience est un lieu abstrait, car impossible à localiser quelque part dans le corps, qui apparaît à chaque instant au moment exactement où fusionnent les perceptions des sens et de l'esprit, l’écran sur lequel se déroulent toutes les activités intellectuelles de l’esprit, en grande partie imaginaires (les représentations mentales : conscience du monde, des autres, du moi..) mais efficaces à leur manière, ainsi que la vie émotionnelle.
  • La conscience morale, respect de règles d'éthique, sens unique du terme jusqu'au XVIIe siècle.
  • La conscience en tant que substrat de l'existence, dans certaines conceptions de la spiritualité.

Représentations[modifier | modifier le code]

Le premier sens renvoie à ce qui permet une représentation, même très simplifiée, du monde et des réactions par rapport à celui-ci. Il est alors question de « conscience du monde ». C’est celle qui est évoquée dans des expressions comme « perdre conscience », ou, à l'inverse, « prendre conscience ».

Chez les humains, les recherches récentes sur plusieurs périodes de l'histoire montrent l'importance du concept de représentation : Voir par exemple Georges Duby (sur le bas Moyen Âge), Jean Delumeau (sur la Renaissance), et sur un plan plus épistémologique, les recherches de Michel Foucault relatives à l'épistémè. On évoquera également le philosophe allemand Arthur Schopenhauer qui a consacré une grande partie de sa philosophie à l'étude de cette faculté représentative des animaux et, en particulier, de l'homme dans son œuvre principale et magistrale, Le monde comme volonté et comme représentation.

La conscience est un "fait" au sens où Descartes, dans les Méditations Métaphysiques, laisse entendre que "l'âme est un rapport à soi". L'examen de la conscience suppose ainsi le doute méthodique comme la façon première d'entrer dans un rapport à soi non erroné. Dans un sens plus "individualiste", la conscience peut aussi correspondre à une représentation, même très simplifiée, de sa propre existence. Il est alors question de conscience de soi, ou de conscience réflexive (en anglais self-awareness). Elle est attribuée au moins aux grands singes hominoïdés comme le sont par exemple les humains, les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans. Il semble assez raisonnable de l'étendre aussi aux dauphins et aux éléphants qui disposent de capacités cognitives et affectives avancées. La conscience dans ce second sens, implique celle du premier, puisque « se connaître », signifie nécessairement « se connaître dans ses rapports au monde » (y compris d’autres êtres potentiellement doués de conscience). L'inverse en revanche est disputé.
Chaque personne éveillée est consciente, ayant l'expérience de son entourage; endormie ou morte elle devient inconsciente.[incompréhensible]

La conscience de soi est bien illustrée en médecine, surtout au niveau individuel. C'est en effet une des fonctions vitales qui permet de réagir aux situations, de bouger et de parler spontanément. Plus généralement, l’état de conscience (de la conscience pleine au coma profond) est déterminé par l’état neurologique du patient.[évasif]

Formes minimales[modifier | modifier le code]

Antonio Damasio, neurologue, étudie les bases neuronales de la cognition et du comportement.

Au niveau de la conscience du monde, les choses peuvent se montrer plus complexes, en impliquant un ensemble de phénomènes liés au contexte sociologique, politique, économique. Le degré minimal de conscience du monde semble celui où on a tout simplement quelque chose à dire sur le monde (la philosophie ne sait dire quoi que ce soit pour le moment (2006) sur une conscience non observable par ses manifestations : « Sur ce dont on ne parler, il faut garder le silence[2]. » explique Wittgenstein, et pourtant, il y a bien là un point important, essentiel de la philosophie, resté obscur depuis toujours)[évasif]. Un simple capteur de présence possède un début de représentation du monde (présence, absence). Encore faut-il pour l’intégrer dans un schéma de conscience que cette information soit utilisée en aval par quelque chose (déclencheur d'alarme, etc).[incompréhensible]

La conscience de soi, comme la conscience du monde (René Dubos dirait « agir local / penser global ») n'est jamais complète[réf. souhaitée]. Une question qui s'en déduit - puisque toutes sont incomplètes - est « quel est le degré minimal de conscience de soi imaginable ? ». Descartes y répond par son célèbre « Je pense, donc je suis ». Les sciences cognitives s'intéressent à détailler le sens "opérationnel" de cette phrase[évasif] (voir Antonio Damasio, Daniel Dennett…).[réf. souhaitée]

La formule de Socrate, tirée de l'oracle de Delphes : « connais-toi toi-même », montre qu'une mauvaise connaissance de soi a un impact sur la connaissance du monde et réciproquement - puisque nous faisons partie du monde. En fait, la conscience de soi désigne la conscience de phénomènes particuliers reliés au concept de soi.

Notion de culture[modifier | modifier le code]

La notion de conscience du monde pourrait aussi être rapprochée de celle de culture, en tant que cette dernière est un système de représentation. Le mot culture est souvent perçu en langue française dans une acception individuelle avec une connotation « intellectuelle » (ce terme n'étant pas toujours perçu positivement), encore qu'il existe des sens collectifs : culture d'entreprise, culture française, culture de masse

En allemand, les deux sens sont donnés par des mots différents : Bildung[3] et Kultur[4].

Aspects[modifier | modifier le code]

Pluralité de manifestations[modifier | modifier le code]

Outre les deux sens principaux déjà vus, le concept de conscience a de nombreux sens ou manifestations que l’on peut s’efforcer de distinguer, bien que dans certains cas, ces différences soient surtout des différences de degrés :

  • La conscience comme sensation : tout être doué de sensibilité, voire un système automatique, peut être dit, dans une certaine mesure, « conscient » de son environnement, puisqu'il répond à des stimuli ; c'est ce qu'on désigne sous le nom de « conscience du monde ».
Daniel Dennett a, entre autres, écrit sur les Qualia.
  • la conscience spontanée, sentiment intérieur immédiat ; certains philosophes de l’Antiquité (par exemple les Stoïciens) parlent de « toucher intérieur »[5] (voir l'article Qualia) ;
  • on peut distinguer une étape supérieure, en signifiant par le mot conscience un état d’éveil de l’organisme, état différent du précédent en ce sens qu’il ne comporte pas de passivité de la sensibilité (cf. en anglais, le mot wakefulness, vigilance, alerte, ou awareness); en ce sens, il n’y a pas de conscience dans l’état de sommeil profond ou dans le coma ;
  • Conscience de soi : la conscience est la présence de l’esprit à lui-même dans ses représentations, comme connaissance réflexive du sujet qui se sait percevant. Par cette présence, un individu prend connaissance, par un sentiment ou une intuition intérieurs, d’états psychiques qu’il rapporte à lui-même en tant que sujet. Cette réflexivité renvoie à une unité problématique du moi et de la pensée, et à la croyance, tout aussi problématique, que nous sommes à l’origine de nos actes ; ce dernier sens est une connaissance de notre état conscient aux premiers sens. Le domaine d’application est assez imprécis et il comporte des degrés : s’il s’agit d’une conscience claire et explicite, les enfants qui ne parlent pas encore ne possèdent sans doute pas la conscience en ce sens ; s’il s’agit d’un degré moindre de conscience, d’une sorte d’éveil à soi, alors non seulement les enfants peuvent être considérés comme conscients mais aussi certains animaux.
  • un autre sens du mot conscience a été introduit par le philosophe Thomas Nagel : il s’agit de la conscience pour un être de ce que cela fait d’être ce qu’il est.
  • la conscience comme conscience de quelque chose (conscience transitive, opposée à l’intransitivité du fait d’être conscient). Cette conscience renvoie à l’existence problématique du monde extérieur et à notre capacité de le connaître ;
  • la conscience phénoménale, en tant que structure de notre expérience.
  • À un degré conceptuellement plus élaboré peut exister ou non la « conscience morale », définissable comme la compréhension et la prise en charge par l'individu des tenants et aboutissants de ses actes pour la collectivité et les générations futures.

Dans l’ensemble de ces distinctions, on peut noter une conception de la conscience comme savoir de soi et perception immédiate de la pensée, et une autre comme sentiment de soi impliquant un sous-bassement obscur et un devenir conscient qui sont, en général, exclus de la première conception. La conscience morale, quant à elle, désigne le sujet du jugement moral de nos actions. De cette conscience-là, on dit aux enfants qu'elle nous permet de distinguer le bien du mal. Voir plus bas.

Questions fondamentales[modifier | modifier le code]

Pour Jean-Pierre Changeux, il existe un « espace de travail neuronal » constitué de neurones momentanément coactivés et qui forment le siège de la conscience.

Il existe de nombreuses théories qui s’efforcent de rendre compte de ce « phénomène ».

Ce sujet fait l’objet des travaux de Daniel Dennett, Antonio Damasio et Jean-Pierre Changeux, ainsi que des sciences cognitives. Le modèle du spectateur cartésien est remis en cause car, comme le fait remarquer Daniel Dennett, on ne peut expliquer la conscience par la conscience : expliquer exige que l’explication ne fasse pas appel elle-même à une compréhension de ce qu’on souhaite justement expliquer (« To explain means to explain away »). En d’autres termes, on n’aura expliqué la conscience que lorsque cela aura été fait en termes ne faisant pas intervenir le mot ni le concept de « conscience ». Sinon, on tombe dans un argument circulaire (voir l’article : sophismes). On remarquera que Daniel Dennett, remet en cause le modèle du "spectateur cartésien" avec une explication elle-même de type "circulaire"

Il semble que ces questions soient à mettre en rapport avec le cogito de Descartes, replacé dans son contexte, et avec la notion de représentation du monde. Descartes conçut sa philosophie en réaction au modèle géocentrique, incarné par les "aristotéliciens" et la scolastique décadente de son époque, et en fonction du modèle héliocentrique qui émergeait avec les observations faites par Galilée (voir Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo, 1633).

Disciplines concernées[modifier | modifier le code]

Dans le langage courant, le concept de conscience peut être opposé à l’inconscience, à l’inattention, à la distraction, au divertissement, etc. Lorsqu'il s'agit de l'étudier, c'est avant tout la philosophie qui a été et est concernée. Outre la médecine, l’étude de la conscience concerne plusieurs disciplines, comme la psychologie, la psychanalyse, la psychiatrie, la philosophie de l'esprit et la philosophie de l'action. Elle est aussi liée au langage (verbal ou non), donc à la philosophie du langage.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Méditation[modifier | modifier le code]

Les pratiquants de la méditation cherchent à accéder à une prise de conscience (de la conscience), voire à des états modifiés de conscience.

La psychanalyse[modifier | modifier le code]

Pour Jung comme pour Freud, l'inconscient désigne une activité psychique qui se produit hors du champ de l'esprit conscient.

La psychanalyse parle d'inconscient qui peut être vu individuellement (conception de Freud[6]), ou collectivement (conception de Carl Gustav Jung : inconscient collectif).

Histoire[modifier | modifier le code]

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Il n’existe aucun concept strictement comparable à celui de conscience dans la philosophie de la Grèce antique : l'être de Parménide (voir ontologie) pourrait s'en rapprocher. Chez certains auteurs romains, le mot latin prend une dimension morale dérivée du droit, exprimant le fait de se prendre soi-même pour témoin. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que le terme devient un fondement de la réflexion sur l’esprit.

Le concept de conscience n’a été isolé de sa signification morale qu’à partir de John Locke, dans son Essai sur l’entendement humain (1689). Avant lui le mot conscience n’a jamais eu le sens moderne[7]. En particulier, Descartes ne l’emploie quasiment jamais[8] en ce sens, bien qu’il définisse la pensée comme une conscience des opérations qui se produisent en nous (cf. les Principes de la philosophie, 1644). NB: le petit Robert attribue à Malebranche (1676) la définition de conscience comme "connaissance immédiate de sa propre activité psychique", alors que l'Essai de Locke date de 1689.

C’est le traducteur de Locke, Pierre Coste, qui a introduit l’usage moderne du mot conscience (donc en français, mais le sens du mot consciousness était bien sûr tout aussi nouveau), associé à l’idée d’un soi-même dont la conscience exprime l’identité.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Jean-Paul Sartre : « La conscience n’a pas de dedans, elle n’est rien que le dehors d’elle-même. »

La conscience présente certains traits caractéristiques qui peuvent notamment inclure : rapport à soi, subjectivité (la conscience que l'individu possède de lui-même est distincte de celle d’autrui), la structure phénoménale, la mémoire, la disponibilité (ou liberté de la conscience à l’égard des objets du monde), la temporalité, la sélectivité, l’intentionnalité (toute conscience est conscience de quelque chose, est tournée vers autre chose qu’elle-même[9]) et l’unité ou synthèse de l’expérience.

Conscience de soi[modifier | modifier le code]

La conscience s’accompagne de souvenirs, de sentiments, de sensations et de savoir que nous rapportons à une réalité intérieure que nous nommons moi. Cette conscience est appelée conscience de soi, et est structurée par la mémoire et l’entendement. Elle est en ce sens une unité synthétique sous-jacente à tous nos comportements volontaires. Les éléments qu’elle contient, souvenirs, sentiments, jugements, dépendent d’un contexte culturel, ce qui fait de la conscience de soi une réalité empirique changeante et multiple. L’unité et la permanence du moi ne sont donc pas garanties par l’unité, peut-être seulement nominale, de la conscience.

Le cogito cartésien (« je pense donc je suis ») tend à exprimer l'état de conscience de celui qui s'exprime. Autrement dit le sujet, disant « Je » exprime une conscience de lui-même (Ego), en termes de savoir (raisonnement - entendement). Le « Je pense » est interactif. Il implique et nécessite, pour être exprimé, la conscience de soi. La conclusion d'être pourrait dès lors paraître redondante. Toutefois, elle vient exprimer l'état et la relation sensitive. "Je pense donc je suis" peut donc se décliner en "Je sais que je ressens donc j'existe".

Article connexe : Conscience de soi (Hegel).

Rapport en première personne[modifier | modifier le code]

Auguste Comte : « On ne peut pas se mettre à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue ».

L’introspection est une méthode d’investigation de la conscience qui vient, généralement, la première à l’esprit. C’est un fait que nous pensons tous avoir un accès privilégié à notre esprit, accès dont la conscience serait l’expression. Mais l’investigation de notre vie mentale n’est certainement pas suffisante pour élaborer une théorie étendue de la conscience : « on ne peut pas, disait Auguste Comte, se mettre à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue ». Le sujet ne peut en effet s’observer objectivement puisqu’il est à la fois l’objet observé et le sujet qui observe, d’autant que la conscience se modifie elle-même en s’observant. Toute psychologie impliquerait donc d’examiner la conscience à la troisième personne, même s'il faut alors se demander comment il est possible d’observer ainsi la conscience de l’extérieur.

Le stade du miroir (se reconnaître dans un miroir) est souvent, considéré comme une étape essentielle de la conscience de soi, réservé à l'humain. Mais si ce stade est atteint vers l'âge d'un an et demi à deux ans chez l'homme, certains chimpanzés expérimentés, certains autres grands singes, éléphants, dauphins, perroquets et pies, sont capables de se reconnaître dans un miroir, comme l'a montré le test du miroir en éthologie[10].

Courant[modifier | modifier le code]

L’idée de conscience de soi pose le problème de l’unité d’un sujet, d’un moi ou d’une conscience. On peut très généralement distinguer deux types d’hypothèses :

  • la conscience est l’expression d’une unité interne − le je du je pense ; cette unité peut être comprise de différentes manières.
    • unité d’un individu − le sujet pensant, voire « l’âme » (par exemple chez Descartes);
    • unité transcendantale − le sens interne comme conscience de mes contenus de conscience comme m’appartenant (Kant).
  • la conscience n’est qu’une liaison d’agrégats d’impressions (Hume) qui peut être décrite comme une suite plus ou moins cohérente de récits concernant un sujet purement virtuel − le moi. Aussi, « quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas » (Hume, Traité de la nature humaine, I). Selon cette thèse, le moi est autre.

Conscience du monde extérieur[modifier | modifier le code]

Pour Edmund Husserl, la conscience ne peut être décrite indépendamment des objets qu'elle appréhende.

Selon Husserl, qui reprend un concept médiéval, toute conscience est conscience de quelque chose. Cela suppose que la conscience soit un effort d’attention qui se concentre autour d’un objet. Cette concentration est structurée par l’expérience ou par des catégories a priori de l’entendement, structures que l’on considère parfois comme les fondements de toute connaissance du monde extérieur. Dans l’idéalisme moderne la conscience est ainsi la source et l’origine de la science et de la philosophie.

À la question de savoir quelles relations la conscience entretient avec la réalité en général, une description phénoménologique répond que celle-ci a une structure spatiale et temporelle, structure qui est une organisation des concepts qui concernent notre expérience du monde et nous-mêmes en tant qu’acteurs de ce monde.

Conscience morale[modifier | modifier le code]

Jean-Jacques Rousseau : « (Conscience) sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe ».

C’est le sens premier du mot « conscience », trouvé chez Cicéron et Quintilien, et qui, dans la langue française, reste sans concurrence jusqu’au XVIIe siècle (voir section histoire). La conscience psychologique est souvent évoquée comme une « lumière », la conscience morale comme une « voix » : si la première « éclaire », la seconde « parle ». La conscience morale désigne en effet le sentiment intérieur d’une norme du bien et du mal qui « dit » comment apprécier la valeur des conduites humaines, qu’il s’agisse des nôtres ou de celles d’autrui. C’est aussi le démon que Socrate suivait et qui l'amena à être condamné par la cité.

Rousseau[modifier | modifier le code]

Cette « voix » de la conscience, qui se fait entendre dans l’individu est pourtant, selon Rousseau, la même en tout homme. Malgré la diversité et la variabilité des mœurs et des connaissances, elle est « universelle » : elle est en chacun des individus la « voix de la nature », car selon Émile : « quoique toutes nos idées nous viennent du dehors, les sentiments qui les apprécient sont au-dedans de nous, et c’est par eux seuls que nous connaissons la convenance ou disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons respecter ou fuir » (Émile, Livre IV).

Tel un instinct, mais pourtant signe de notre liberté, elle ne trompe jamais, pour peu qu’elle soit réellement écoutée : « Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe » (Émile, Livre IV).

Alain[modifier | modifier le code]

Selon Alain, la conscience est « le savoir revenant sur lui-même et prenant pour centre la personne humaine elle-même, qui se met en demeure de décider et de se juger. Ce mouvement intérieur est dans toute pensée ; car celui qui ne se dit pas finalement : « que dois-je penser ? » ne peut pas être dit penseur. La conscience est toujours implicitement morale ; et l’immoralité consiste toujours à ne point vouloir penser qu’on pense, et à ajourner le jugement intérieur. On nomme bien inconscients ceux qui ne se posent aucune question d’eux-mêmes à eux-mêmes » (Définitions, dans Les Arts et les Dieux).

Pour Alain, il n’existe donc pas de morale sans délibération, ni de délibération sans conscience. Souvent la morale condamne, mais lorsqu’elle approuve, c’est encore au terme d’un examen de conscience, d’un retour sur soi de la conscience, de sorte que « toute la morale consiste à se savoir esprit », c’est-à-dire « obligé absolument » : c’est la conscience et elle seule qui nous dit notre devoir.

Origine de la conscience morale ?[modifier | modifier le code]

La question demeure cependant de savoir quelle origine attribuer à la conscience morale. Car si pour Rousseau « les actes de la conscience ne sont pas des jugements, mais des sentiments »(ibid.), il n’en sera plus ainsi pour Kant, qui considérera au contraire la conscience morale comme l’expression de la raison pratique − et encore moins pour Bergson, qui verra en elle le produit d’un conditionnement social, ou pour Freud, qui la situera comme l’héritière directe du surmoi (Le Malaise dans la culture, VIII).

Théories[modifier | modifier le code]

Selon Stuart Hameroff, le cerveau est l'organe à travers lequel la conscience se manifeste mais il n'est pas ce qui produit la conscience[11].

Les questions de savoir ce qui caractérise la conscience, quelles sont ses fonctions et quels rapports elle entretient avec elle-même ne préjugent pas nécessairement du statut ontologique qu’il est possible de lui donner. On peut, par exemple, considérer que la conscience est une partie de la réalité qui se manifeste dans des états de conscience tout en étant plus qu’une simple abstraction produite à partir de l’adjectif « conscient ». Cette thèse réaliste (au sens de la philosophie médiévale, voir Réalisme et nominalisme) n’a plus beaucoup de défenseurs de nos jours. L’une des raisons en est que l’investigation purement descriptive ne rend pas nécessaire ce genre d’hypothèses réalistes.

et même des approches totalement physiques, comme celle de Jean-Pierre Changeux, selon lequel les percepts et les concepts constituent des entités physiques se traduisant par des connexions physiques et logiques de neurones, qu’il entend mettre en évidence; c’est déjà le cas pour les percepts.

Le concept de conscience n'est donc plus exclusivement utilisé par la philosophie ou la psychologie, des chercheurs d'autres disciplines comme la sociologie ou l'anthropologie s'intéressent à ce concept en lui donnant d'autres sens, à partir souvent de résultats d'enquêtes ou d'observations directes et participantes. Par exemple, des chercheurs sous la direction d'Alfredo Pena-Vega et de Nicole Lapierre ont étudié l'émergence d'une conscience européenne chez des jeunes vivant en Poitou-Charente.

Religions[modifier | modifier le code]

Christianisme[modifier | modifier le code]

L'encyclique Veritatis Splendor de Jean-Paul II (1993) accorde une grande importance à la conscience dans la recherche de la vérité :

« Le droit à la liberté religieuse et au respect de la conscience dans sa marche vers la vérité est toujours plus ressenti comme le fondement des droits de la personne considérés dans leur ensemble »[12].

Bouddhisme[modifier | modifier le code]

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La philosophie bouddhique étudie elle aussi la conscience, vijñāna et en analyse les différentes formes et fonctions. Il s'agit alors de l'un des constituants de la personne, skandhas, distinct de la perception, samjñā ; cependant, si vijñāna est traduit par conscience, et que le terme désigne bien une connaissance, le concept bouddhiste ne recouvre pas exactement la conscience telle qu'elle est thématisée dans la pensée occidentale.

Hindouisme et védisme[modifier | modifier le code]

Au cours des siècles, la conscience n'était pas définie systématiquement de la même façon sur le sous-continent indien. La notion de « conscience pure » dans les théories dérivées des textes du védisme et de l'hindouisme, est comme un « état libéré », libéré du karma, libéré du samsara. Elle peut être comprise comme un substrat de l'existence individuelle. Pour certains hindouistes, plus le chemin du yogi avance dans la méditation, plus sa conscience devient grande. Le problème de la dualité de l'univers entre l'individuel et le Tout: c'est-à-dire Dieu se pose aussi[13]. La Mandukya Upanishad donne quatre états de conscience: éveillé, dormant, rêvant et n'étant qu'un avec le Brahman[14].

Médias[modifier | modifier le code]

Plusieurs représentations allégoriques et médiatiques de la conscience sont référencées dans la mythologie, la littérature et le cinéma.

Cinéma[modifier | modifier le code]

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Littérature[modifier | modifier le code]

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Crime et Châtiment de Dostoïevski évoque une forme d'auto justice. La punition qu'inflige la conscience de Raskolnikov à lui-même est pire que la prison ou le camp de travail.

Le vrai châtiment de Raskolnikov n’est pas le camp de travail auquel il est condamné, mais le tourment qu’il endure tout au long du roman. C'est le même thème qu'aborde Victor Hugo dans son poème La Conscience avec l'idée qu'on n'échappe pas à sa conscience.

  • Minos qui juge Socrate symbolise en partie la conscience dans « rêveries d'un païen mystique » de Louis Ménard[15].
  • L'œil de Caïn, dans « La Conscience » de Victor Hugo, poème publié dans le recueil La légende des siècles[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

David Chalmers parle de problème difficile de la conscience pour évoquer les questions non résolues sur le sujet.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique, PUF,‎ 2001, p. 127
  2. Ludwig Wittgenstein (trad. G. G. Granger), Tractatus logico-philosophicus, Gallimard,‎ 2001, 121 p. (ISBN 978-2-07-075864-7), p. 112.
  3. (de) Voir l'article « Bildung » sur Wikipédia en allemand.
  4. (de) Voir l'article « Kultur » sur Wikipédia en allemand.
  5. Une archéologie du toucher Daniel Heller-Roazen, Sueil, 2011
  6. Sigmund Freud: Métapsychologie, Ed.: Presses Universitaires de France, 2010, ISBN 2-13-057957-4
  7. John Locke (trad. et dir. Etienne Balibar), Identité et Différence : L'Invention de la conscience, Seuil, 1998
  8. Voir Natalie Depraz, La conscience. Approches croisées, des classiques aux sciences cognitives (cf. Bibliographie), ch.1, § 1.3, où elle recense les (très rares) occurrences chez Descartes des termes conscientia, conscius esse, et conscience en français ; elle conclut que [chez Descartes] « on a moins affaire à une philosophie de la conscience qu'à une philosophie de la vérité certaine et du fondement (…) ».
  9. « la conscience n’a pas de dedans, elle n’est rien que le dehors d’elle-même. » (Sartre)
  10. Voir Ces drôles d'oiseaux, Documentaire de Volker Arzt et Immanuel Birmelin (Allemagne, 2006, 2x43mn), diffusé sur Arte le 5 septembre 2006
  11. What is consciousness ?
  12. Jean-Paul II, Veritatis Splendor, no 53, lire en ligne sur le site du Vatican
  13. Dictionnary of Hinduism par W.J. Johnson publié par Oxford University Press, page 86, ISBN 9780198610250
  14. The A to Z of Hinduism par B.M. Sullivan publié par Vision Books, pages 56 et 57, (ISBN 8170945216)
  15. Voir le document Socrate devant Minos, dans Rêveries d’un païen mystique de Louis Ménard, disponible sur Wikisource.
  16. La Conscience (Victor Hugo)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]