Judaïsme reconstructionniste

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Le judaïsme reconstructionniste (יהדות רקונסטרוקטיבית en hébreu) est le courant juif le plus tardivement créé et aussi celui qui compte le moins d'adhérents. Il a été fondé en 1968 aux États-Unis par le rabbin Mordechai Kaplan et Ira Eisenstein, sur une base idéologique élaborée entre les années 1920, 1930 et 1940. Le judaïsme reconstructionniste est essentiellement présent aux États-Unis et dans une moindre mesure au Canada.

L'entrée de la Société pour l'avancement du judaïsme, la plus vieille synagogue reconstructionniste, fondée en 1922 par le rabbin Mordecai Kaplan

Histoire[modifier | modifier le code]

Le fondateur du mouvement est le rabbin Mordecai Kaplan. Rabbi Mordecai Kaplan développa progressivement à partir des années 1920 une théologie explicitée dans deux ouvrages :

The Meaning of God in Modern Jewish Religion ;
Judaism as a Civilization.

La date de fondation du mouvement reconstructionniste se situe autour de janvier 1922, lorsqu'a été fondée la Société pour l'avancement du judaïsme. En 1935, commence la publication du magazine Reconstructionist (sous la direction du rabbin Kaplan). En 1941 la revue Reconstructionist publie New Haggadah et Guide de rituel juif [N 1].

Le fondateur[modifier | modifier le code]

Le rabbin Mordecai M. Kaplan

Le fondateur du mouvement est le rabbin Mordecai Kaplan (11 juin 1881 - 8 novembre 1983). Né en Lituanie, il est ordonné rabbin en 1902 au séminaire Massorti ou « conservateur » de New York (Jewish Theological Seminary of America - JTS). Il obtint son premier poste dans la synagogue orthodoxe Kehillath Jeshrun à New York. En 1909, il commence à enseigner au JTS et ne quitte le séminaire qu'en 1959. En 1912, il prend part avec Israel Friedlander (en) à la fondation du mouvement orthodoxe moderne Young Israel, ainsi qu'à l'établissement de centres communautaires, deux types d'institution visant à permettre aux immigrants juifs de maintenir une pratique religieuse tout en travaillant dans un milieu non juif.

Il développe progressivement à partir des années 1920 une théologie naturaliste proche de la pensée de John Dewey, explicitée dans deux ouvrages : The Meaning of God in Modern Jewish Religion et Judaism as a Civilization. Pour lui, Dieu n'est pas personnalisé et ne fait pas de miracles, il se manifeste dans l'ensemble des processus naturels qui permettent d'aboutir au développement spirituel et moral, visant en particulier à améliorer la société, à limiter la violence et l'exploitation. Cette position le fait accuser d'athéisme par les autorités juives, mais il semble que le Rabbin Mordecai Kaplan croit tout de même en l'existence d'une divinité ontologique. Il serait donc plutôt théiste.

L'importance que le rabbin Mordecai Kaplan accorde à l'influence du groupe sur la pratique religieuse individuelle répond à l'idée du sacré comme solidarité sociale d'Émile Durkheim. Le rabbin Kaplan rejette l'idée du peuple élu et voit dans la halakha un produit de la sagesse humaine et non d'une révélation divine. Il promeut l'égalité religieuse entre hommes et femmes ; en 1922, sa fille Judith est la première jeune fille à faire sa Bat Mitzvah[1].

Sa vision du judaïsme comme civilisation et non seulement comme religion est bien acceptée de ses collègues et élèves du séminaire, mais son idée du divin et ses autres positions, beaucoup moins. Les orthodoxes le considèrent comme hérétique ; Young Israel le renie et l'efface de la liste de ses fondateurs. Encouragé par ses partisans, il décide alors de fonder son propre mouvement en 1968, en créant le Séminaire reconstructionniste (Reconstructionist Rabbinical College - RRC).

Théologie[modifier | modifier le code]

Le mouvement reconstructionniste définit le judaïsme comme la culture religieuse en constante évolution du peuple juif. En effet, Le reconstructionniste accorde une grande importance à tous les aspects de la culture juive. La langue, l'histoire, la philosophie, la littérature sont aussi importantes que la religion au sens strict. Cette culture est néanmoins définie comme religieuse car le divin est considéré comme central. Toujours présent dans le cœur humain, il est à l'origine du désir d'accomplissement spirituel et moral et se concrétise dans les processus qui y mènent. Au-delà de ces principes de base, différentes représentations de la divinité sont acceptables, et les fidèles sont encouragés à explorer divers attributs et formes du divin, sans se limiter à la figure traditionnelle du maître de l'univers personnifié et plutôt masculin. Le rabbin Kaplan lui-même soutient que la représentation anthropomorphique du Divin est une approximation imparfaite.

Le qualificatif de « reconstructionniste » exprime une vision du judaïsme comme voie de recherche du sens de la vie, un chemin de questionnement et d'étude d'où les moments de doute ne sont pas absents, et où chaque individu et communauté doivent reconstruire constamment. Ainsi, la halakha n'est pas une loi immuable dictée par le Divin, mais une tradition humaine. Elle est de grande valeur et mérite d'être étudiée, mais en tant qu'expression de la culture juive, de la sagesse avec laquelle les juifs d'autrefois ont réagi aux circonstances de leur temps. Pour les juifs reconstructionnistes, la halakha peut être adoptée « par défaut » si l'on n'y trouve rien à redire, mais doit être modifiée avec réflexion, reconstruite dans ses formes et son sens. Selon la formule du rabbin Kaplan : « La tradition a un droit de vote, mais pas de véto ». La transmission d'un ensemble d'obligations est remplacée par l'encouragement à célébrer, créer et transmettre la tradition à travers la culture et les pratiques juives, comme l'observance des fêtes traditionnelles, l'étude de la Torah, l'usage de l'hébreu et le port de la kippa, du tallit (châle de prière) et des teffilin (phylactères).

Le reconstructionnisme accorde une grande importance à la vie religieuse et culturelle du groupe. Il considère en effet qu'elle joue un rôle capital dans le renforcement de la pratique religieuse individuelle. Ce groupe est égalitaire, hommes et femmes ayant les mêmes possibilités, et les laïques participant aux décisions de concert avec les rabbins. Le rabbin Kaplan rejette l'idée que les Juifs sont le peuple élu, y voyant une position arrogante, fermée au monde non-juif. Le judaïsme reconstructionnisme actuel affirme néanmoins la place spéciale du judaïsme, mais sans connotation de supériorité, et ouvert aux conversions. Les membres non-juifs des familles des fidèles, dans la mesure où ils soutiennent son engagement dans le judaïsme, peuvent être à un certain degré inclus dans la communauté, selon des modalités spécifiées par chaque congrégation. Les enfants qui reçoivent une éducation juive y sont admis quel que soit le sexe de leur parent juif.

Principes de base[modifier | modifier le code]

Le judaïsme reconstructionniste considère comme aussi importantes que la prière et l'étude, les actions en faveur de la justice sociale et de la protection de l'environnement. Le qualificatif de « reconstructionniste » exprime une vision du judaïsme comme voie de recherche du sens de la vie, un chemin de questionnement et d'étude d'où les moments de doute ne sont pas absents, et où chaque individu et chaque communauté doit le reconstruire constamment.

  • Une attitude positive envers la culture moderne. Le judaïsme reconstructionniste est basé sur un fonctionnement interne démocratique dans laquelle les laïcs peuvent prendre des décisions, non seulement les rabbins.
  • Une approche « non-directive » est favorisée pour enseigner les principes de la foi juive, avec la conviction que tout Juif n'est pas obligé d'accepter tous les points de la Loi juive.
  • Rejet de la croyance que les juifs sont un peuple élu. La fédération reconstructionnisme affirme néanmoins la place spéciale du judaïsme, mais sans connotation de supériorité, et ouvert aux différents dialogues interreligieux.
  • Le judaïsme reconstructionisme est sioniste depuis sa fondation, l'aliyah est encouragée, mais la diaspora joue un rôle aussi importante dans la civilisation juive que le pays d'Israël. Le mouvement est affilié à l'Union Mondiale du Judaïsme Progressiste dont il soutient l'action pour la liberté religieuse en Israël.
  • L'égalité hommes-femmes : Le reconstructionnisme se veut égalitaire, hommes et femmes ayant les mêmes possibilités[2]. Il fait de l'égalité hommes - femmes, l'un de ses principes de base. En pratique, cela signifie que les femmes et les hommes peuvent utiliser le châle de prière (Talit): Que les femmes et les hommes peuvent lire de la Torah; Que les femmes et les hommes peuvent conduire tous les services dans la synagogue[3], [4], et que des femmes peuvent recevoir une formation rabbinique afin de devenir rabbins[5]. Les synagogues reconstructionnistes n'ont pas de mekhitsa (la séparation physique entre les femmes et les hommes dans le sanctuaire de la synagogue).
  • La tolérance pour l'homosexualité et le lesbianisme : [6] L'intégrité personnelle de chaque juif est généralement plus importante que les lois traditionnelles juives sur l'orientation sexuelle[7], [8]. Des rabbins constructionnistes acceptent d'officier des mariages religieux entre juifs de même sexe[9].
  • Les mariages mixtes : le judaïsme reconstructionniste laisse la discrétion à chaque rabbin de décider s'ils veulent ou non officier lors des mariages où un seul partenaire est juif[10].

Organisations[modifier | modifier le code]

Le Ziegleman Hall, bâtiment principal du séminaire reconstructionniste (RRC) à Wyncote en Pennsylvanie
La congrégation Dorshei Emet à Montréal au Québec
La congrégation OJG Klal Israël à Delft aux Pays-Bas

Né et implanté essentiellement aux États-Unis, le mouvement s'incarne dans trois organismes : la Fédération du judaïsme reconstructionniste (Jewish Reconstructionist Federation - JRF), l'Association des rabbins reconstructionnistes (Reconstructionist Rabbinical Association - RRA) et le Séminaire reconstructionniste (Reconstructionist Rabbinical College - RRC). Le mouvement est affilié à l'Union mondiale du judaïsme progressiste (le World Union for Progressive Judaism en langue anglaise) et au Congrès juif mondial.

États-Unis[modifier | modifier le code]

106 synagogues reconstructionnistes sont membres de la Fédération JRF[11]. La plus ancienne congrégation est la SAJ Synagogue Community de New York[12]. La SAJ a été fondé en 1922 par le rabbin Mordecai Kaplan.

Canada[modifier | modifier le code]

Trois congrégations sont membres de la Fédération JRF : La Congrégation Dorshei Emet (en) à Montréal (qui existe depuis 1960), la congrégation Darchei Noam[13] à Toronto (qui existe depuis 1962) et Or Haneshamah (Ottawa Reconstructionist Havurah)[14] à Ottawa (qui existe depuis 1987).

Europe[modifier | modifier le code]

Seulement deux congrégations existent en Europe : La Beit Simcha à Prague en République tchèque fut la première congrégation européenne à s'affiler à la Fédération JRF[15]: En 1980, un groupe d'une vingtaine de juifs sous la direction de la rabbin Sylvie Wittmann se crée. En 1994, Beit Simcha s'est officiellement formé comme congrégation[16].

La seconde congrégation fut créée en 2005 : lL congrégation OJG Klal Israël (en) à Delft, aux Pays-Bas, rejoint en novembre 2009 la Fédération JRF[17], [18].

Israël[modifier | modifier le code]

En 1963, à Jérusalem est fondé la congrégation Derech Mevakshey. Cette congrégation travaille sur l'intégration des juifs immigrants issus de différentes communautés ethniques. Parmi les membres de la congrégation environ 300 familles d'immigrants juifs de l'ex-URSS[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le «Guide» est considérée non pas comme une loi, mais comme un guide pour le développement spirituel de ses membres, du comment les rites et les cérémonies doivent être pratiquées.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Reconstructionist Judaism in the United States
  2. (en) Reconstructionist Judaism in the United States
  3. (en) Female scribe to pen Reconstructionist shul’s new Torah dans le Canadian Jewish News, du 21 mai 2009
  4. (en) Montreal congregation hires first female scribe to pen Torah in Canada dans le Jewish Tribune du 3 juin 2009
  5. (en) Pamela Nadell, Women Who Would Be Rabbis: A History of Women’s Ordination 1889-1985, éditions Jewish Women's Life, Beacon Press, 1998, pages 187-188
  6. (en) JRF Homosexuality Report and Inclusion of GLBTQ persons
  7. (en) Anne Lapidus Lerner dans Jewish Women's Archive
  8. (en) First openly gay rabbi elected leader de Charles A. Radin dans le Boston Globe du 13 mars 2007
  9. (en) Same-sex wedding
  10. (en) Summary of Boundaries and Opportunities Report du 16 octobre 2007
  11. (en) Liste officielle des congrégations
  12. (en) Site web
  13. (en) Site officiel
  14. (en) Site officiel
  15. (en) Site officiel
  16. (en) [1]
  17. (en) Site web
  18. (en) Histoire de la congrégation
  19. (ru) Источник: Краткая еврейская энциклопедия , tomes 1 à 11, Иерусалим, 1976—2005. Source : Encyclopédie juive volume. 1-11, Jérusalem, 1976-2005 Concise Jewish Encyclopedia, publié avec le soutien de l'université hébraïque de Jérusalem

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.:

  • (en) Rebecca T. Alpert et Jacob J. Staub, Exploring Judaism: A Reconstructionist Approach, by The Reconstructionist Press, Elkins Park, PA, 2000. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Mordecai Kaplan, The Meaning of God in Modern Jewish Religion, The Jewish Publications Society. réédition 1999 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Mordecai Kaplan, Judaism As a Civilization, The Jewish Publications Society, réédition 1994 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Ḥadesh Yameinu : a book of Jewish prayer and meditation. Edited and translated by Rabbi Ronald Aigen. Montréal : Congregation Dorshei Emet, cop. 1996. ISBN 0-9696927-1-4 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Kol Haneshamah : songs and grace after meals. second edition. Elkins Park, Pennsylvania (The Reconstructionist Press), cop. 1992. ISBN 0935457453
  • (en) Mordecai Kaplan dans Jewish Women's Archive, 2005
  • (en) Reconstructionist Judaism in the United States dans Jewish Women's archive, 2005 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Who is a Reconstructionist Jew dans Jewish Virtuel Library, 2001. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Divrei Torah de la Jewish Reconstructionist Federation
  • (en) Reconstructionist Judaism de Jewish Virtual Library. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Liens externes[modifier | modifier le code]