Omble chevalier

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Salvelinus alpinus

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L’Omble chevalier (Salvelinus alpinus) est un poisson de la famille des salmonidés.

Il a été initialement décrit en 1758 par Carl von Linné. C'est l’espèce d'eau douce dont la distribution géographique est la plus au nord et est souvent la seule espèce de poissons dans les lacs de l'Arctique. Certaines populations d'omble chevalier sont anadromes et constituent une ressource alimentaire importante pour les peuples du Nord[1].

Histoire et évolution[modifier | modifier le code]

À la fin des dernières glaciations, l'omble chevalier des eaux salées a colonisé les lacs arctiques d’eau douce. Cet habitat représentait un endroit protégé pour leurs jeunes qui avaient alors relativement peu de prédateurs. Le relèvement de la Terre après les glaciations a causé la séparation de certains lacs de la mer. Comme les ombles chevalier étaient la seule espèce de poisson dans les lacs arctiques, ils ont développé des stratégies de vie multiples grâce aux différentes niches écologiques des lacs. Des différences morphologiques sont survenues en raison de la compétition intense entre les membres d'une même espèce d’un même lac, et il est donc fréquent d’en observer dans la nature. Ces polymorphismes diffèrent dans leur stratégie d’alimentation, la taille de leur corps et peuvent entraîner un isolement reproductif[2]. Ces différentes formes ont été observées dans les lacs de l'île de Baffin[3], l'île d'Ellesmere[4], l’Islande[5] et l'Écosse[6]. Ce polymorphisme a été appelé « la problématique char »[7]. Les formes peuvent être distinguées en fonction de l'utilisation de l'habitat, leur taux de croissance, le temps et le lieu de ponte et à des caractères morphologiques[8],[9],[10],[4]. Comme beaucoup de ces formes sont isolées génétiquement dans les lacs, certains scientifiques ont suggéré de les classer comme des espèces différentes. D'autres ont suggéré, reconnaissant qu'ils existent, de continuer à les classer comme Salvelinus alpinus, tout en gérant les écosystèmes lacustres afin de préserver les différents formes[2].

Description et identification[modifier | modifier le code]

Les caractéristiques morphologiques, comme la longueur du poisson ou la couleur, varient entre les formes et permettent difficilement de faire l'identification des espèces. Une comparaison de la taille sur toute sa longueur asymptotique (longueur maximale théorique atteint par un animal vivant indéfiniment) des 44 populations d'omble chevalier a montré une variation de 13,3 cm avec un maximum de 75,8 cm, alors que la plupart des populations avait des longueurs comprises entre 20 et 40 cm[11]. Les populations du Québec sont généralement comprises entre 38 et 46 cm[1]. Les ombles anadromes montrent souvent une croissance plus rapide que les ombles d’eau douce[12] et leurs longueurs à la fourche est comprise entre 41 et 61 cm[13]. En général, l'omble chevalier ressemble aux autres membres de la famille des salmonidés. La bouche est grande avec des dents sur le palais, la langue et les mâchoires. La nageoire caudale est fourchue, ce qui contribue à le différencier de l'omble de fontaine (Salvelinus fontinalis). L'omble de fontaine a des barres noires sur les nageoires et un dos tacheté, tandis que ces distinctions sont absentes chez l'omble chevalier[1]. La couleur générale de l'omble peut varier considérablement en fonction de la forme, l'habitat et son état de reproduction[5]. Les ombles marins sont souvent de couleur bleu acier avec des reflets argentés alors que les ombles d’eau douce peuvent être vert foncé sur le dos avec les côtés et le ventre légèrement rouge-orange[1].

Milieu de vie[modifier | modifier le code]

L’omble chevalier préfère les eaux froides et bien oxygénées[14]. Il est un poisson circumpolaire qui se trouve dans les eaux marines côtières, lacs, rivières et autour de l'hémisphère nord. Des populations ont été observées dans le nord de l'Amérique du Nord, en Europe du Nord, en Asie du Nord, au Groenland, en Islande et sur nombreuses îles de l'Arctique[15]. L'une des populations les plus septentrionales existe dans le lac Hazen, à l'extrémité nord de l'île Ellesemere[8]. Salvelinus alpinus oquassa, une sous-espèce distincte, s’observe uniquement au Québec, au Nouveau-Brunswick et dans le Maine. On pense que la distribution de l'omble chevalier au Québec est limitée à moins de 100 petits lacs. Ces lacs ont probablement été colonisés par les ombles chevalier marins qui ont vécu dans la mer de Champlain et l'océan Atlantique[14].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Comme tous les poissons, la reproduction de l’omble chevalier est régie par l'axe hypothalamo-hypophysophale (HPG)[16]. L’œstrogène et la testostérone, régulées par le HPG, induisent l’apparition de couleurs formées à partir de caroténoïdes durant le frayage[17]. Les mâles sont généralement plus rouges que les femelles lors du frayage[18]. La coloration peut également être liée à l’état immunitaire des poissons[19]. La température semble être le paramètre environnemental déterminant le développement des gonades[20]. Gillet (1991) a montré dans une expérience de laboratoire que la ponte a été retardée à une température de 8°C et l'ovulation a été inhibée au-dessus de à 11°C[21]. Les populations les plus septentrionales de l'omble chevalier ont tendance à pondre plus tôt que les poissons du sud. En général, les populations anadromes du nord frayaient en septembre et en octobre sur les bancs de gravier, mais aussi dans les lacs et les rivières[1]. Dans le lac Char, au Canada, la ponte a généralement lieu en septembre[22]. Le frayage a lieu au cours des deux dernières semaines d’octobre pour les populations anadromes dans le fleuve Fraser, au Labrador[13]. En moyenne, chaque femelle pond entre 3 000 et 5 000 œufs d’un diamètre de 0,5 cm[1]. Cependant, plus de 9 245 œufs ont été enregistrés pour une femelle anadrome[13]. Une eau froide, entre 2 et 7°C est nécessaire pour la production d'œufs et l'incubation[23]. L'omble chevalier ne prépare pas de nid, contrairement à certains des autres membres de la famille des salmonidés. Dans les lacs du Haut Arctique, l'omble chevalier ne fraie pas tous les ans, probablement à cause de la faible productivité des lacs qui conduit à un bilan d’énergie restreint[24]. L’omble de l'Arctique a tendance à frayer pour la première fois entre l’âge de 7 et 9 ans[25], bien que ces chiffres peuvent être variables[4].

Régime[modifier | modifier le code]

Le régime alimentaire de l'omble chevalier d'eau douce dépend en grande partie du morphotype. Cependant, dans toutes les populations d'omble chevalier, le jeune est benthophage, se nourrissant de macro-invertébrés benthiques, en particulier les chironomes[26]. Dans certaines populations, l’omble sera planctophage, se nourrissant de zooplancton. Les planctophages de grande taille peuvent éventuellement passer à l’ichtyophagie, présentant un comportement souvent cannibale. En général, les lacs du Nord Arctique sont extrêmement oligotrophes, ce qui conduit à une plus grande importance du benthos dans la chaîne alimentaire[27]. Les invertébrés benthiques de ces lacs sont généralement limités à quelques espèces de diptères, tandis que les lacs au sud de l'Arctique peuvent contenir à la fois des gammaridae et des trichoptères[28]. Il a été observé que les ombles anadromes du Labrador se nourrissent de poissons, mollusques, annélides, crustacés, insectes et de chaetognathes[29]. L'omble chevalier du lac Pavin (lac oligomesotrophique en France) se nourrit plus communément de Daphnia longispina. C'est juste avant et après la reproduction que l'activité d'alimentation de l'omble dans ce lac est la plus élevée[30].

Migration[modifier | modifier le code]

La migration de l'omble chevalier a lieu entre les lacs et l'océan, ainsi qu'entre les types d'habitat dans les lacs[31],[12]. Le mouvement des ombles du lacs dans l'océan se déroule généralement au début de l'été[32]. La fécondité et la fertilité des poissons augmentent avec la taille du corps, ce qui pourrait expliquer pourquoi certains individus migrent vers les habitats plus riches en nourriture comme l'océan. Certains individus restent dans l'eau douce qui pourrait être attribué à une mortalité plus élevée des poissons anadromes. Il y a donc des coûts et des avantages à la migration[33].

Économie[modifier | modifier le code]

Les ombles chevalier constituent une ressource économique importante pour les êtres humains. Les ombles de l'Arctique sont très populaires comme poissons d'élevage dans de nombreux pays pour plusieurs raisons. La chair de l'omble est souvent plus délicate dans la texture et la saveur que les autres salmonidés. Les ombles chevalier ont des têtes plus petites que d’autres salmonidés, ce qui conduit à un plus grand rendement (individus par filet). Les ombles chevalier peuvent également prospérer lorsque les densités d’individus sont élevées, ce qui en fait un poisson idéal pour la culture[34]. Les ombles chevalier sauvages constituent aussi une source importante de nourriture dans de nombreux pays, y compris: l'Autriche, le Danemark, la France, l'Islande, l'Irlande, la Grande-Bretagne et les États-Unis. En 2008, 3 309 tonnes de poissons ont été capturés dans ces pays[35]. Les ombles chevalier constituent également une ressource alimentaire importante au Canada, en particulier pour les Inuits[36]. Les chairs des ombles chevalier anadromes sont relativement pauvres en contaminants et sont donc promus comme un aliment nutritif[37].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f L. Bernatchez et M. Giroux, Les Poissons d'eau douce du Québec et leur répartition dans l'est du Canada, Broquet,‎ 2000
  2. a et b (en) B. Jonsson  et N. Jonsson, « Polymorphism and speciation in Arctic charr », Journal of Fish Biology, vol. 58, no 3,‎ 2001, p. 605-638
  3. (en) C. Gallagher et T. Dick, « Trophic structure of a landlocked Arctic char Salvelinus alpinus population from southern Baffin Island, Canada », Ecology of Freshwater Fish, vol. 19, no 1,‎ 2010, p. 39-50
  4. a, b et c (en) K. Guiguer, J. Reist et al., « Using stable isotopes to confirm the trophic ecology of Arctic charr morphotypes from Lake Hazen, Nunavut, Canada », Journal of Fish Biology, vol. 60, no 2,‎ 2002, p. 348-362
  5. a et b (en) S. S. Snorrason, S. Skúlason et al., « Trophic specialization in Arctic charr Salvelinus alpinus (Pisces; Salmonidae): morphological divergence and ontogenetic niche shifts », Biological Journal of the Linnean Society, vol. 52, no 1,‎ 1994, p. 1-18
  6. (en) A. Walker, R. Greer et al., « Two ecologically distinct forms of Arctic charr Salvelinus alpinus (L.) in Loch Rannoch, Scotland », Biological Conservation, vol. 43, no 1,‎ 1998, p. 43-61
  7. (en) A. Klemetsen, « The charr problem revisited: exceptional phenotypic plasticity promotes ecological speciation in postglacial lakes », Freshwater Reviews, vol. 3, no 1,‎ 2010, p. 49-74
  8. a et b (en) J. Reist, E. Gyselman et al., « Evidence for two morphotypes of Arctic char (Salvelinus alpinus(L.)) from Lake Hazen, Ellesmere Island, Northwest Territories, Canada », Nordic journal of freshwater research, vol. 71,‎ 1995, p. 396-410
  9. (en) A. Klemetsen et P. Amundsen, « A profundal, winter-spawning morph of Arctic charr Salvelinus alpinus(L.) in Lake Fjellfrosvatn, northern Norway », Nordic Journal of Freshwater, vol. 73,‎ 1997, p. 13-23
  10. (en) C. Adams, D. Fraser et al., « Trophic polymorphism amongst Arctic charr from Loch Rannoch, Scotland », Journal of Fish Biology, vol. 52, no 6,‎ 1998, p. 1259-1271
  11. (en) L. A. Vøllestad et J. H. L'Abée-Lund, « Evolution of the life history of Arctic charr Salvelinus alpinus », Evolutionary Ecology, vol. 8, no 3,‎ 1994, p. 315-327
  12. a et b (en) H. K. Swanson et K. A. Kidd, « Mercury concentrations in Arctic food fishes reflect the presence of anadromous Arctic charr (Salvelinus alpinus), species, and life history », Environmental science & technology, vol. 44, no 9,‎ 2010, p. 3286-3292
  13. a, b et c (en) J. Dempson et J. Green, « Life history of anadromous arctic charr, Salvelinus alpinus, in the Fraser River, northern Labrador », Canadian Journal of Zoology, vol. 63, no 2,‎ 1985, p. 315-324
  14. a et b P. Dumont, Dispersion post-glaciaire de l’omble chevalier d’eau douce (Salvelinus alpinus) dans le Québec méridional, vol. 109,‎ 1982, 229-234 p.
  15. (en) W. B. Scott et E. J. Crossman, « Freshwater fishes of Canada », Fisheries Research Board of Canada, no 184,‎ 1973
  16. (en) G. T. Ankley et R. D. Johnson, « Small Fish Models for Ide. jpgying and Assessing the Effects of Endocrine-disrupting Chemicals », Ilar Journal, vol. 45,‎ 2004, p. 4
  17. (en) S. Scalia, M. Isaksen et al., « Carotenoids of the Arctic charr, Salvelinm alpinus (L.) », Journal of Fish Biology, vol. 34, no 6,‎ 1989, p. 969-970
  18. (en) Frode Skarstein et Ivar Folstad, « Sexual dichromatism and the immunocompetence handicap: an observational approach using Arctic charr », Oikos, vol. 76,‎ 1996, p. 359-367
  19. (en) S. Liljedal, I. Folstad et al., « Secondary sex traits, parasites, immunity and ejaculate quality in the Arctic charr », Proceedings of the Royal Society of London. Series B: Biological Sciences, vol. 266 (1431),‎ 1999, p. 1893-1898
  20. (en) M. Jobling, H. Johnsen et al., « Effect of temperature on reproductive development in Arctic charr, Salvelinus alpinus (L.) », Journal of Thermal Biology, vol. 20, no 1-2,‎ 1995, p. 157-165
  21. (en) C. Gillet, « Egg production in an Arctic charr (Salvelinus alpinus L.) brood stock: effects of temperature on the timing of spawning and the quality of eggs », Aquatic Living Resources, vol. 4, no 2,‎ 1991, p. 109-116
  22. (en) W. MacCallum et H. Regier, « The biology and bioenergetics of Arctic charr in Char Lake, NWT, Canada », Biology of the Arctic charr, Winnipeg, Canada, University of Manitoba Press,‎ 1984, p. 329-340
  23. (en) G. Johnston, Arctic charr aquaculture, Wiley Online Library,‎ 2002
  24. (en) J. D. Dutil, « Energetic constraints and spawning interval in the anadromous Arctic charr (Salvelinus alpinus) », Copeia, no 4,‎ 1986, p. 945-955
  25. (en) N. Gullestad et A. Klemetsen, « Size, age and spawning frequency of landlocked Arctic charr Salvelinus alpinus (L.) in Svartvatnet, Svalbard », Polar research, vol. 16, no 2,‎ 1997, p. 85-92
  26. (en) K. A. Hobson et H. E. Welch, « Cannibalism and trophic structure in a high Arctic lake: insights from stable-isotope analysis », Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, vol. 52, no 6,‎ 1995, p. 1195-1201
  27. (en) M. E. Sierszen, M. E. McDonald et al., « Benthos as the basis for arctic lake food webs », Aquatic Ecology, vol. 37, no 4,‎ 2003, p. 437-445
  28. (en) N. Gantner, M. Power et al., « Mercury concentrations in landlocked Arctic char (Salvelinus alpinus) from the Canadian Arctic. Part I: Insights from trophic relationships in 18 lakes », Environmental Toxicology and Chemistry, vol. 29, no 3,‎ 2010, p. 621-632
  29. (en) J. B. Dempson, M. Shears et al., « Spatial and temporal variability in the diet of anadromous Arctic charr, Salvelinus alpinus, in northern Labrador », Environmental biology of fishes, vol. 64, no 1,‎ 2002, p. 49-62
  30. (en) J. L. Jamet, « Reproduction, condition and food of adult arctic charr (Salvelinus alpinus, L.) in Lake Pavin (Massif Central, France) », Hydrobiologia, vol. 300, no 1,‎ 1995, p. 279-288
  31. (en) J. A. Babaluk, H. R. Wissink et al., « Summer movements of radio-tagged Arctic charr (Salvelinus alpinus) in Lake Hazen, Nunavut, Canada », Arctic Institute of North America, vol. 54, no 4,‎ 2001, p. 418-424
  32. (en) O. K. Berg et M. Berg, « Sea growth and time of migration of anadromous Arctic char (Salvelinus alpinus) from the Vardnes River, in northern Norway », Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, vol. 46, no 6,‎ 1989, p. 955-960
  33. (en) B. Jonsson et N. Jonsson, « Partial migration: niche shift versus sexual maturation in fishes », Reviews in Fish Biology and Fisheries, vol. 3, no 4,‎ 1993, p. 348-365
  34. (en) M. Jobling, A. M. Arnesen et al., « The Salmonids (Family: Salmonidae) », Finfish Aquaculture Diversification,‎ 2010, p. 234-288
  35. Pêche et aquaculture, statistiques. 2008
  36. (en) H. Myers et C. Furgal, « Long-range transport of information: are Arctic residents getting the message about contaminants? », Arctic Institute of North America, vol. 59, no 1,‎ 2006, p. 47-60
  37. (en) W. Lockhart, G. Stern et al., « A history of total mercury in edible muscle of fish from lakes in northern Canada », Science of the total environment, vol. 351,‎ 2005, p. 427-463

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]