État-nation

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Un État-nation est un concept théorique, politique et historique, désignant la juxtaposition d'un État, en tant qu'organisation politique, à une nation, c'est-à-dire des individus qui se considèrent comme liés et appartenant à un même groupe. C'est donc la coïncidence entre une notion d'ordre identitaire, l'appartenance à un groupe, la nation, et une notion d'ordre juridique, l'existence d'une forme de souveraineté et d'institutions politiques et administratives qui l'exercent, l'État. Sans cette coïncidence, on parlera plutôt d'un État multinational.

Création d'un État-nation[modifier | modifier le code]

Il existe deux possibilités de création d'un État-nation :

  • Soit l'État préexiste à la nation, et s'y développe un sentiment nationaliste.
  • Soit les individus qui se reconnaissent d'une même nation, en particulier dans le cas d'une « nation ethnique » ou civique, manifestent leur volonté de vivre ensemble, en se dotant d'un État.

Dans les deux cas, il s'agit d'une lente création résultant de conjonction, sur la durée de plusieurs générations, de situations socio-économiques favorables et de prosélytismes politiques.

Le deuxième cas est assez proche de l'histoire de l'Allemagne, par exemple, bien que l’État allemand actuel résulte d'une politique unioniste volontariste de Bismarck qui a cherché, et réussi, a rassembler sous le drapeau de la Prusse une mosaïque d’États indépendants, aux langues germaniques, en vue d'accroitre sa puissance militaire, politique et économique. Pour cela, il avait utilisé autant les intérêts économiques des bourgeoisies de ces États, leur besoin de protection militaire, que la propagande nationaliste, sentiment nouveau répandu chez les lettrés depuis le début du XIXe siècle. L'évolution de cet assemblage échappa ensuite à ses prévisions.

En France, l'État s'est construit progressivement, et à partir du Moyen Âge les rois de France ont étendu leur autorité sur un ensemble de plus en plus grand. Le développement du nationalisme s'est fait progressivement, et a clairement émergé au XVIIIe siècle (sans pour autant porter ce nom) dans la bourgeoisie, intellectuelle, commerçante et pré-industrielle, pour s'étendre progressivement à l'ensemble de la population (ou presque). La langue française est devenue la seule langue officielle après être devenu une langue véhiculaire d'imprimerie, stimulée par le fait qu'elle a été imposée dans les actes administratifs par l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539. Le nationalisme a été renforcé par le système politique démocratique, la création d'une école gratuite laïque et obligatoire par Jules Ferry à la fin du XIXe siècle, l'instauration du service militaire, et entretenu par la création de divers symboles républicains, régulièrement mis en avant, comme le drapeau français, la Marianne et la Marseillaise.

Dissociation entre État et nation[modifier | modifier le code]

  • Une nation peut ne pas être dotée d'un État. On peut citer comme exemple la nation catalane[réf. souhaitée] (l'État Espagnol lui ayant par ailleurs accordé le statut de « communauté historique ») : en effet, cette nation[réf. nécessaire] dispose bien d'un territoire, d'une population, mais elle n'a pas d'organisation politique propre à assurer sa pleine souveraineté, elle ne dispose que d'une autorité territoriale.
  • Un État peut englober plusieurs nations. Ce fut le cas de l'Empire austro-hongrois, c'est aujourd'hui le cas du Royaume-Uni où Anglais, Gallois, Écossais et Irlandais du Nord sont des nationalités différentes (par ailleurs représentées au sein du Tournoi des Six Nations, les Irlandais du Nord jouant dans la même équipe que les joueurs de la République d'Irlande) et possédant des pouvoirs suite à des dévolutions.
  • Une nation peut englober plusieurs ethnies. C'est aujourd'hui le cas de la Turquie qui contient sur son sol une nation turque constituée par des ethnies différentes (turcomans, albanais, arabes, bosniaques, kurdes, lazes, roms, etc.)[1] .
  • Un État peut être créé sans véritable base nationale, en tant que successeur d'une circonscription administrative d'un ancien empire colonial démantelé, mais avec la volonté de constituer une nation unifiée dans le cadre de ses frontières. C'est par exemple le cas de certains États de l'Afrique contemporaine.

Critique de la théorie de l'État-nation[modifier | modifier le code]

  • La théorie de l'État-nation a été contestée, notamment par les fédéralistes européens[2]. La nation est selon cette critique une construction politique artificielle des partisans de l'État centralisé. La nation justifie ainsi l'existence de l'État qui n'est plus associé à la personne du monarque mais à une entité abstraite. L'État-nation serait donc une phase de l'évolution politique et aurait vocation à être dépassé en faveur de l'unité européenne puis d'une gouvernance mondiale.
  • La théorie de l'État-nation a également été critiquée par certains marxistes[Qui ?]. Pour eux, le sentiment identitaire ne se trouve pas au sein de la nation, mais au sein de l'Humanité tout entière (voir la phrase de Karl Marx : « Je suis un citoyen du Monde », paraphrasant le philosophe de la Grèce Antique Diogène de Sinope). En attendant la disparition des États, la classe sociale dominée doit selon eux faire preuve de solidarité internationale permanente : par exemple le refus des guerres. De là, un ouvrier français est, selon eux, plus proche d'un ouvrier de nationalité étrangère, que d'un dirigeant français. C'est la « conscience de classe » (« Les travailleurs n'ont pas de patrie » - Manifeste communiste).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (tr) « Ethnicites en Turquie - Article « Nombre des Kurds dans la Turquie » »,‎ 2008 (consulté le 06 Juin 2008)
  2. Cf. notamment : Mario Albertini L'État national (1960)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mario Albertini, L'État national, 1960, traduction française 1978, Ed. Fédérop.
  • Alain Bihr, Le Crépuscule des États-nations, transnationalisation et crispations nationalistes, Ed. Page deux, 2000.
  • (en) Michael Billig, Banal Nationalism, Londres, SAGE Publications,‎ 1995, 200 p. (ISBN 0803975252, lire en ligne)
  • Rosa Luxemburg, La Question nationale et l'autonomie, 1908 (traduction française : Ed. Le Temps des cerises, 2001).
  • Jean-René Trochet, La Géographie historique de la France, Paris, PUF, 1997, 126p.