Régiment de Carignan-Salières

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Le pavillon du régiment de 1665 à 1671.

Le régiment de Carignan-Salières doit son nom à Thomas-François de Savoie, prince de Carignan, qui l'aurait levé en 1642.

Ce régiment de l'armée royale avait participé déjà depuis plus de vingt ans à plusieurs conflits impliquant le 47e régiment d'infanterie de ligne en France. Il s'était, entre autres, couvert de gloire en combattant les Turcs (notamment à la bataille de Saint-Gothard le 1er août 1664).

En 1665, Louis XIV consent à apporter une aide à sa colonie de Nouvelle-France et envoie 1 300 soldats du régiment Carignan-Salières (commandé par le marquis Henri de Chastelard de Salières) pour combattre les Iroquois qui tuent les colons et pillent la colonie. Le régiment est envoyé en Amérique du Nord, sur le territoire de la Nouvelle-France, ce qui est aujourd'hui, en partie, le Québec, pour combattre les Odinossonis appelés Iroquois par les Français et, plus particulièrement, la tribu des Annierronnons appelée "Agniers" à l'époque de la Nouvelle-France et "Mohawks" depuis par les Anglais; les Agniers étaient une tribu autochtone alliée très souvent aux Anglais pour le commerce de la traite des fourrures, c'était celle qui habitait le territoire le plus proche de ceux de la Nouvelle Angleterre.

Ce régiment établi en plusieurs compagnies affrontera successivement les Iroquois et les Néerlandais (Hollandais) de Nieue Amsterdam (l'État de New York actuel). Deux expéditions guerrières sont également menées en Iroquoisie par le régiment. En 1666, les Iroquois sont défaits. La paix est complètement rétablie en 1667. Un traité reconnaîtra la souveraineté du roi de France sur ce territoire qui exclut la colonie de la Nouvelle-Angleterre, celle de la Nouvelle-Suède, de la Nouvelle-Amsterdam (colonie des Pays-Bas actuel) et une bande au sud revendiquée par les espagnols.

Une fois leur mission accomplie, le roi offre aux soldats français de s'établir en Nouvelle-France et leur concède des terres le long du fleuve Saint-Laurent. Environ 400 d'entre eux acceptent de rester. La plupart d'entre eux sont célibataires et en âge de se marier. Ils vont donc aider au peuplement de la colonie française. Plusieurs d'entre eux vont notamment s'unir aux filles du Roy envoyées par le Roi de France, Louis XIV, et dotées par lui pour être mariées à des colons français.


Contribution et histoire[modifier | modifier le code]

La formation du régiment[modifier | modifier le code]

Le régiment Carignan-Salières a été formé par la fusion du régiment Salières, qui était établi durant la Guerre de Trente Ans (1618-1648), et du régiment Carignan, qui était établi en 1644 en Piémont. La fusion a pris place en 1658 pendant que le régiment se battait en Europe.

En 1660, quand le roi Louis XIV est devenu roi de France, les colons de Nouvelle-France se trouvaient dans une situation difficile avec les forces Iroquoiennes. Ils étaient constamment attaqués par de petites forces (guerrilla). Alors, leurs représentants au Conseil souverain ont demandé des renforts à Louis XIV pour soumettre les guerriers Iroquoiens. Louis XIV a vite répondu en envoyant en Nouvelle-France une petite armée de cent soldats en 1662. Mais ce n’était pas assez et en décembre 1664, le régiment Carignan-Salières en France, qui venait tout juste de vaincre les Turcs en Hongrie, a reçu l’ordre de “se rendre à l’un des ports de Brouage ou de La Rochelle” pour se diriger vers la Nouvelle-France dans le but de combattre les Iroquois menaçants et d'étendre leur influence sur de nouveaux territoires.

Alors, pendant l’été de l’année 1665, le régiment est venu à Québec. Le régiment qui comprenait vingt compagnies, plus un autre de quatre, venait des Antilles avec son célèbre lieutenant général, Alexandre de Prouville de Tracy. Il a compté environ 1200 soldats et 80 officiers.

Liste des navires ayant transportés les Régiments, 1665[modifier | modifier le code]

Voici la liste des bateaux ayant transportés le Régiment Carignan-Salières de la France vers la Nouvelle-France[1] en 1665.

Bateau Date d'arrivée à Québec, Nouvelle-France Compagnies transportées
Le Vieux Siméon 19 juin 1665 Chambly, Froment, La Tour, Petit[1]
Le Brézé 30 juin 1665 La Durantaye (Chambellé), Berthier (L'Allier), La Brisardière (Orléans), Monteil (Poitou)[1]
L'Aigle d'Or 18 août 1665 Grandfontaine, La Fredière, La Motte, Salières[1]
La Paix 19 août 1665 La Colonelle, Contrecoeur, Maximy, Sorel[1]
Le Jardin de Hollande 12 septembre 1665 Fournitures pour les Régiments[1]
Le Saint-Sébastien 12 septembre 1665 Rougemont, Boisbriand (Dugué), Des Portes (Duprat), Varenne[1]
La Justice 14 septembre 1665 La Fouille, Laubia, Saint-Ours, Naurois[1]

Les maîtres[modifier | modifier le code]

Voici la liste des dirigeants du régiment en Nouvelle-France:

Lieutenant général: Alexandre de Prouville de Tracy

Gouverneur: Daniel de Rémy de Courcelles

Intendant: Jean Talon

Officier important: Henri de Chastelard de Salières, (colonel commandant sept compagnies).

Chirurgien-chef et major-médecin: Vincent Basset du Tartre, (commande une équipe de 24 chirurgiens).

Les expéditions contre les Agniers[modifier | modifier le code]

Soldat du régiment Carignan-Salières

Les tâches réussies par le régiment étaient nombreuses. Les hommes du régiment construisirent ainsi, sur les rives de la rivière Richelieu, les forts Saint-Louis, Sainte-Thérèse et Richelieu immédiatement après leur arrivée en Nouvelle-France afin de renforcer leurs positions contre les Iroquois, qui utilisaient cette rivière comme voie d’attaque. Avec l’aide de ces établissements et, plus tard, de deux autres forts, les Français pouvait attaquer les Iroquois.

En automne 1665, Tracy répartissait les compagnies comme suit:

En décembre 1665, le gouverneur a reçu des ambassadeurs Onneiouts pour des négociations de paix, mais un accord n’a pu être atteint avec toutes les nations et la guerre continuait.

Deux expéditions furent mises sur pied pour le régiment Carignan-Salières, aidé par des habitants volontaires et quelques guerriers hurons et algonquins, contre les Agniers dans le sud. La première était menée par le gouverneur Courcelle en janvier et février 1666, mais elle s'est soldée par un échec complet, Courcelle ne parvenant pas à trouver les villages Agniers dans les horribles tempêtes de l’hiver. De plus, ses soldats n’étaient même pas habitués aux rigueurs de l'hiver, eux qui étaient en Nouvelle-France depuis cinq mois à peine. Parti avec cinq cent hommes, Courcelle ne devait revenir qu'avec quatre cent quarante d'entre eux, perdant soixante hommes au froid et à quelques embuscades des Agniers. Ironiquement, Courcelle a dirigé ses soldats jusqu'à Albany, inquiétant du fait même les dirigeants Anglais. Mais les deux partis ignoraient que la France et l’Angleterre étaient en guerre depuis le 26 janvier.

En juillet 1666, le chef des Agniers, Bâtard Flamand, se rendait à Québec, mais il ne réussit pas à négocier la paix et il fut alors capturé.

La deuxième expédition était conduite en automne 1666 et conduite par le général Tracy lui-même, motivé maintenant avec une haine personnelle des Iroquois, qui avaient tué son neveu. Mais plutôt que de faire face aux quelque 1200 hommes du régiment, les Iroquois quittaient leurs villages avant que Tracy les ait rejoints. L’armée française ne trouvait pas de résistance, hormis des obstacles naturels comme des rivières et des montagnes. Tracy décida alors de piller et brûler cinq villages Agniers. Avant leur retour, les Français célébrèrent une grand-messe où les capitaines proclamèrent officiellement le territoire agnier comme la terre du roi de France.

Huit mois plus tard, en mars 1667, la paix était signée entre Iroquois et Français.

Le départ[modifier | modifier le code]

Sa mission terminée, le régiment Carignan-Salières était démobilisé, mais environ quatre cents soldats et officiers choisirent de rester définitivement en Nouvelle-France. Tracy est parti le 28 août 1667, tandis que les autres membres du régiment suivirent en 1667 et 1668; un total d’environ 250 hommes du régiment sont morts en Nouvelle-France. Avec l’aide de quatre cents colons, le régiment Carignan-Salières a donc contribué à faire disparaître la menace iroquoise pesant sur la colonie, avec pour effet une certaine stabilisation de la situation en Nouvelle-France, et une prospérité renouvelée.

Des faits[modifier | modifier le code]

La religion[modifier | modifier le code]

Les soldats du régiment étaient essentiellement catholiques, mais il y avait des protestants “hérétiques”. Plusieurs de ces soldats et même un officier se convertirent au catholicisme pendant leur séjour en Nouvelle-France, le protestantisme étant alors interdit dans la colonie et en particulier dans l'armée.

L’équipement[modifier | modifier le code]

Les soldats du régiments Carignan-Salières portaient un uniforme qui était un mélange d’influences amérindiennes et françaises:

Pipe de plâtre: on utilisait une pipe pour fumer le tabac qu’on peut facilement trouver dans la colonie.

Corne de bœuf: pour transporter la poudre à fusil.

Poire à poudre noire: on portait la poudre noire dans une poche.

Épée: Les soldats avaient besoin de l’épée, car il y avait beaucoup de combats au corps-à-corps.

Hache: Il était courant d'échanger son épée contre une hache, moins encombrante et plus utile pour la construction d'abris et même pour le corps-à-corps.

Fusil: utilisé pour engager l'ennemi sur une plus longue distance.

Pistolet: pour les distances courtes.

Bottes en cuir: bottes noires et brunes pour monter à cheval et pour se protéger les pieds

Chapeau: il s'agissait d'un chapeau à trois pointes très en vogue à l'époque, appelé tricorne.

Manteau: les manteaux étaient bruns avec des revêtements gris et avaient des rubans noirs qui décoraient leurs chapeaux et leur épaule droite.

Le drapeau du régiment était une simple croix blanche.

Conclusion[modifier | modifier le code]

On peut trouver les noms de quelques officiers du régiment dans beaucoup de villes et villages du Québec. Ils ont contribué à la mémoire collective des Québécois d'aujourd'hui. On trouve le nom Chambly dans le Fort Chambly qui était construit par Jacques de Chambly (il l’avait d'abord nommé Fort Saint-Louis et le nom a changé). Les noms des soldats qui se sont établis en Nouvelle-France se retrouvent de nos jours parmi de nombreux descendants, dans l'actuel Québec.

Le régiment Carignan-Salières a joué un rôle vital pour la Nouvelle-France. En contribuant au peuplement de la colonie, il a permis l’expansion rapide du territoire et de sa population. Le régiment a aussi mis fin aux dangereuses attaques des Agniers, ce qui a favorisé l’expansion des industries et donné un sentiment de sécurité aux colons. Des forts importants ont été construits pour la défense de la Nouvelle-France. Militairement, le régiment a fait des améliorations considérables, et il a peut-être sauvé la Nouvelle-France d’un envahissement précoce des colons anglais en provenance des 13 colonies américaines situées au sud. Par ailleurs, il a changé la culture des Agniers car une fois la paix établie, les Iroquois furent encadrés par des prêtres Jésuites, qui réussirent à pénétrer en territoire Agnier grâce au régiment.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Pendant la deuxième expédition contre les Agniers, Tracy fut sauvé par un Huron alors qu'il était sur le point de se noyer dans une rivière.
  • Le chef des Agniers s’appelait Bâtard Flamand parce qu’il était à moitié Hollandais, de par son père.
  • Tracy a montré son armée à Bâtard Flamand juste avant leur départ pour sa nation, et ce dernier, avec des larmes dans ses yeux, demandait tristement que Tracy épargne sa femme et ses enfants.
  • Courcelle a dirigé son armée sur des territoires appartenant aux Anglais, alors que les deux nations ignoraient que la France et l’Angleterre étaient officiellement entrées en guerre.
  • Les ambassadeurs Onneiouts prisonniers à Québec pendant la guerre contre les Iroquois devaient fabriquer des raquettes pour les soldats français.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lacoursière, Jacques. Histoire populaire du Québec. Sillery, Québec, les éditions du Septentrion, 1995, 480 pages.
  • Wrong, George M. The Rise and Fall of New France. Toronto, The Macmillan Co. of Canada, LTD, 1928, 491 pages.
  • Marie-Hélène Morot-Sir "Au cœur de la Nouvelle France" Tome I et II

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]