Rivière Ashuapmushuan

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48° 37′ 03″ N 72° 20′ 00″ O / 48.6175, -72.33333333 ()

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Rivière Ashuapmushuan
(Chamouchouane)
Coucher de soleil sur la rivière Ashuapmushuan vu du pont Carbonneau à Saint-Félicien.
Coucher de soleil sur la rivière Ashuapmushuan vu du pont Carbonneau à Saint-Félicien.
Caractéristiques
Longueur 193 km
Bassin 15 746 km2 [1]
Bassin collecteur Lac Saint-Jean
Débit moyen 298 m3/s (à la tête de la chute aux Saumons, Saint-Félicien.) [2]
Régime Naturel[2]
Cours
Source Lac Ashuapmushuan
· Localisation Lac-Ashuapmushuan
· Altitude 360 m
Embouchure Lac Saint-Jean
· Localisation Saint-Félicien
· Altitude 100 m
Se jette dans Lac Saint-Jean
Géographie
Pays traversés Drapeau du Canada Canada, Drapeau : Québec Québec
Régions traversées Saguenay-Lac-Saint-Jean
Principales villes Saint-Félicien, Normandin

Sources : Centre d'expertise hydrique du Québec, Développement durable, environnement, faune et parcs Québec

La rivière Ashuapmushuan, autrefois appelée Chamouchouane[1], est une rivière canadienne de la province de Québec qui alimente le lac Saint-Jean. Elle prend sa source dans le lac Ashuapmushuan et coule vers le sud-est pour se déverser dans le lac St-Jean. Son nom, d'origine innu, signifie « Là où l'on guette l'orignal »[3].

Du XVIIe siècle au XIXe siècle, la rivière était utilisée dans la route des fourrures. Les coureurs des bois et les innus s'en servaient pour le transport de marchandises dans la traite des fourrures. Aujourd'hui, la route 169 enjambe l'Ashuapmushuan à la hauteur de la ville de Saint-Félicien, fondée sur ses berges à la fin du XIXe siècle.

C'est le seul affluent du lac Saint-Jean qui n'a toujours pas subi de construction de barrage[4] et une des dernières rivières vierges au Québec[5]. Hydro-Québec a considéré un projet de harnachement pour finalement l'abandonner après plusieurs années d'études.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le pont Carbonneau (route 169) enjambe la rivière Ashuapmushuan à la hauteur de Saint-Félicien

Appartenant au grand bassin hydrographique des grands lacs et du Saint-Laurent, la rivière Ashuapmushuan se situe dans la province naturelle des Laurentides centrales, sur les hautes terres laurentidiennes du Bouclier canadien, et fait partie de la région administrative du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Elle prend sa source à l'embouchure du lac Ashuapmushuan et forme la frontière nord de la réserve faunique Ashuapmushuan. Elle coule tout d'abord en direction nord-est sur environ 30 kilomètres pour bifurquer vers le sud-est puis rejoindre la ville de Saint-Félicien plus de 130 kilomètres plus loin. La rivière se déverse finalement dans le lac Saint-Jean quelques kilomètres en aval de Saint-Félicien, à la hauteur de Saint-Prime.

Histoire[modifier | modifier le code]

Autrefois utilisée dans les expéditions de la route des fourrures reliant la baie d'Hudson à Tadoussac, la rivière Ashuapmushuan représente une valeur patrimoniale importante au Québec. Les amérindiens la connaissent depuis fort longtemps et les coureurs des bois l'empruntaient afin de pouvoir se rendre dans des régions où les animaux à fourrures abondaient.

Les rives du lac Ashuapmushuan abrite les restants d'un poste de traite datant d'environ 1685[note 1],[3],[6],[7]. Le site archéologique du Poste-de-Traite-de-la-Ashuapmushuan a été classé en 1989 par le gouvernement du Québec[8] et il est considéré comme l'un des repères les mieux préservés de l'époque de la traite des fourrures. Ayant été en activité pendant près de deux siècles, on sait qu'il était connu et fréquenté par les Montagnais de la région et qu'il a été utilisé jusqu'au milieu du XIXe siècle siècle. Il a successivement appartenu à plusieurs compagnies de traite des fourrures durant le régime français puis l'empire britannique.

Les vestiges de cimetières amérindiens fournissent également d'importantes données patrimoniales, démontrant que le territoire de l'Ashuapmushuan est peuplé depuis plusieurs millénaires. Les recherches archéologiques ont démontrés que les amérindiens peuplent ce territoire depuis 4000 ans[4].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Ashuapmushuan est un mot d'origine Montagnaise signifiant « Là où l'on guette l'orignal ». À la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle, la rivière a d'abord été connue sous une variante de Nicabau, nommée Necouba sur les cartes des premiers explorateurs de la région. En 1732, Joseph-Laurent Normandin, un arpenteur ayant visité le poste de traite Ashuapmushuan, considérait que cette rivière s'appelait Chomontchouane car selon lui, sa source était le lac du même nom[3]. La désignation L. Chomonchouane, très proche de celle du toponyme de Normandin, est apparue presque en même temps, en 1731[9], sur les cartes du père Laure. La Commission de géographie du Québec a adopté en 1917 le nom de Chamouchouane, une évolution de Chomontchouane. Finalement, c'est en 1984 que les gouvernements et la communauté scientifique préféreront Ashuapmushuan.

Poste de traite d'Ashuapmouchouan[modifier | modifier le code]

Le poste de traite d'Ashuapmouchouan est le principal témoin historique de la rivière et fait état de la place qu'elle occupait dans les activités commerciales de la traite de fourrures. Découvert sur la rive est du lac du même nom, les premières traces d'occupation remontent à au moins 1685[note 1],[3],[6],[7]. Les fouilles archéologiques effectuées sur le site jumelées aux données historiques dont on dispose aujourd'hui dévoilent plusieurs faits importants. Le site a alterné entre activités intensives et temps morts au gré des changements de compagnies. Pendant plus d'un siècle et demi, à tour de rôle, il a appartenu à la Traite de Tadoussac à l'époque de la Nouvelle-France, aux Postes du Roi durant le régime britannique, à la Compagnie du Nord-Ouest à partir de 1802, à la Compagnie de la Baie d'Hudson en 1821 puis pratiquement abandonné par cette dernière en 1851[3], les ressources animalière se faisant de plus en plus rares[10]. Le poste fut définitivement fermé en 1935.

Plusieurs rivières se croisent à proximité du poste de traite, notamment, les rivières Marquette, Chiboubiche, Nicabau, Normandin et Ashuapmushuan. Cette situation lui conférait donc une importance stratégique dans la route des fourrures qui servait de voie navigable entre le fleuve Saint-Laurent et la baie d'Hudson. Les échanges commerciaux entre amérindiens et coureurs des bois s'y tenaient annuellement afin de troquer fourrures et biens de nécessité[4].

Le site du poste de traite a été épargné par les altérations possibles dues à l'activité humaine[11]. Il n'a donc pas subi d'exploitation forestière à proprement dit et les alentours sont pratiquement vierges, la route 167 ayant été ouverte tardivement[11]. Elle passe à 11 kilomètres de l'emplacement original du poste tandis que le chemin de fer le plus près passe à 550 mètres[12]. Le site était donc en dormance depuis son abandon et il constitue aujourd'hui un juste portrait de la vie que menaient les missionnaires, les coureurs des bois et les Montagnais qui fréquentaient l'endroit[13]. Le zoo sauvage de Saint-Félicien a ainsi pu créer une reconstitution du poste de traite, notamment grâce aux descriptions que Normandin avait fait en 1732[10] lors de son expédition sur ce qu'il appelait la rivière Chomontchouane.

Saint-Félicien[modifier | modifier le code]

Le boulevard Sacré-Cœur à Saint-Félicien
Article détaillé : Saint-Félicien (Québec).

L'Ashuapmushuan est bordée par la ville de Saint-Félicien quelques kilomètres en amont de son embouchure et c'est à cet endroit que la route 169 traverse la rivière. La colonie de Saint-Félicien a été fondée en 1865 suivie de la municipalité en 1882. Plusieurs habitations sont construites aux abords de la rivière. Certaines entreprises, dont une grande usine de pâtes et papiers, sont également établies près du cours d'eau.

Harnachement[modifier | modifier le code]

L'Ashuapmushuan a déjà fait l'objet d'un projet de harnachement entre 1980 et 1993, qui a été écarté par Hydro-Québec en 2003[14], la rivière s'étant vu accorder le statut de réserve aquatique projetée[15]. La société d'État envisageait l'aménagement d'une centrale hydroélectrique de 750 MW[14]. Les coûts engendrés pour l'étude du projet, notamment les études environnementales et les études techniques, ont atteint 26 millions de dollars[14]. La rivière a été mis en réserve pour la création d'une réserve aquatique le 7 mai 2003. Cette dernière a été renouvelée en 2007 et en 2011[16]. La fin de la protection temporaire est prévue pour le 7 mai 2017[17].

En plus de la réserve aquatique, la population locale s'est toujours opposé à la construction de barrages sur le cours d'eau[5]. D'autre part, la commission Doyon, responsable de vérifier les politiques d'achat d'électricité par Hydro-Québec auprès des producteurs privés, a jugé que le programme était injustifiable tant au niveau social et environnemental qu'économique[5].

Activités[modifier | modifier le code]

La rivière est appréciée pour ses gros rapides. Plusieurs d'entre eux lui donnent une vocation sportive et la rendent attrayante pour les amateurs de sports nautiques comme le canot, canot-camping et le kayak. La randonnée pédestre et l'observation de la faune sont aussi des activités recherchées. On peut également y pratiquer la chasse au petit et au gros gibier ainsi que la pêche sportive. En hiver, la surface de l'eau étant complètement gelée et recouverte de neige, des sentiers de motoneige sont aménagés sur la rivière à proximité de Saint-Félicien. Les amateurs de patins à glace peuvent aussi pratiquer leur sport en plein air.

Attraits[modifier | modifier le code]

Les chutes à Michel

Les chutes et les rapides constituent les principaux attraits de la rivière. Avec un débit moyen de 298 mètres cubes par seconde, sa largeur, qui peut être que de 15 mètres en certains endroits[18], associée à la décente en altitude, donne lieu à plusieurs chutes et rapides qui atteignent parfois plusieurs centaines de mètres de long.

À proximité de Saint-Félicien, la population de la ville ainsi que les touristes peuvent s'arrêter observer les chutes à Michel, en bordure de la route 167 qui mène également au Zoo sauvage de Saint-Félicien, lui même enjambant la rivière aux Saumons, un affluent de la rivière Ashuapmushuan. Entre Saint-Félicien et Normandin se trouvent les chutes à l'ours, un complexe de puissants rapides où la rivière devient plus étroite. Ce sont les plus imposantes chutes à proximité des villes environnantes.

Réserve faunique Ashuapmushuan[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réserve faunique Ashuapmushuan.

L'Ashuapmushuan traverse la réserve faunique du même nom. Cette réserve est un territoire géré par la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ) permettant aux amateurs de chasse, de pêche sportive et de piégeage de pratiquer leurs sports en veillant au respect des quotas établis en fonction de la capacité de renouvellement des ressources fauniques. La réserve gère aussi les activités de plaisances telles que le canot-camping et la randonnée pédestre. L'exploitation forestière est permise mais strictement contrôlée par le gouvernement du Québec.

Réserve aquatique de la rivière Ashuapmushuan[modifier | modifier le code]

La réserve aquatique couvre une superficie de 276,6 km2 dans un corridor de 0,6 à 6 km de largeur par 126 km de longueur. Après la Mistassini et la Péribonka, la rivière Ashuapmushuan s'avère le plus grand des 45 tributaires du lac Saint-Jean. Cette rivière constitue un habitat privilégié pour la ouananiche et plusieurs autres espèces.

Le bassin hydrographique de cette rivière abrite plusieurs sites archéologiques amérindiens témoignant d'une occupation très ancienne. Toute forme d'exploitation susceptible de dégrader le lit de la rivière, ses rives ou son littoral, est maintenant prohibé, grâce à la création de cette Réserve aquatique[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Les avis divergent : la commission de toponymie du Québec indique 1685; le ministère du développement durable, environnement, faune et parcs du Québec indique 1686; les recherches de Jean-Paul Simard de l'Université du Québec à Chicoutimi indiquent 1688.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « La réserve aquatique de la rivière Ashuapmushuan », Environnement Québec,‎ 2003
  2. a et b « Ashuapmushuan », Centre d'expertise hydrique du Québec (consulté le 8 janvier 2013)
  3. a, b, c, d et e Commission de toponymie du Québec, Rivière Ashuapmushuan [en ligne] (Page consultée le 5 janvier 2013)
  4. a, b et c « Ashuapmushuan : Carte guide », Éric Leclair,‎ 2010 (consulté le 8 janvier 2012)
  5. a, b et c « Mémoire sur le statut de réserve aquatique de l'Ashuapmushuan », Société de gestion environnementale,‎ 2004 (consulté le 8 janvier 2012)
  6. a et b « Réserve aquatique projetée de la rivière Ashuapmushuan », Environnement Québec,‎ 2003 (consulté le 2 juin 2008)
  7. a et b Jean-Paul Simard, « Le dossier historique : dossiers de recherche », dans Robert Simard, Le poste de traite d'Ashuapmouchouan, Chicoutimi, Études amérindiennes, Université du Québec à Chicoutimi,‎ 1979, 226 p. (OCLC 16051924), p. 4
  8. Culture. communications et conditions féminine Québec, Le site archéologique du Poste-de-Traite-de-la-Ashuapmushuan à Saint-Félicien [en ligne], (Page consulté le 5 janvier 2013)
  9. Laure, Pierre-Michel (1688-1738), « Carte du domaine du roy en Canada, 1731 / par le père Laure, jésuite missionnaire », sur Gallica,‎ 1731 (consulté le 12 janvier 2013)
  10. a et b « Le poste de traite », Centre de conservation de la biodiversité boréale (consulté le 8 janvier 2013)
  11. a et b Simard 1979, p. 10
  12. Simard 1979, p. 11
  13. Simard 1979, p. 12
  14. a, b et c Louis-Gilles Francoeur, « Hydro-Québec a renoncé à la rivière Ashuapmushuan », Le Devoir, Montréal,‎ 8 avril 2003 (lire en ligne)
  15. « La réserve aquatique projetée de la rivière Ashuapmushuan », Environnement Québec (consulté le 2 novembre 2010)
  16. « Informations sur la durée de mise en réserve: Réserves aquatiques projetées », sur Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (consulté le 23 octobre 2011)
  17. « Réserves aquatiques / Réserves aquatiques projetées », sur Ministère du Développement durable, de l'Environnement de la Faune et des Parcs,‎ 2009 (consulté le 12 janvier 2013)
  18. « Ashuapmushuan » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur myosis.ca. Consulté le 28 août 2008
  19. « Réserve faunique Ashuapmushuan - Réserve aquatique de la rivière Ashuapmushuan »

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gaston Gagnon, Un pays neuf : Le Saguenay-Lac-Saint-Jean en évolution, Alma, Les Éditions du Royaume,‎ 1988, 196 p. (ISBN 2-920164-08-2)
  • Jules Garneau, Les pionniers de l'Ashuapmouchan de Beauport à Saint-Prime : Tome 1, Québec, J. Garneau,‎ 2010, 396 p. (ISBN 978-2-9808560-1-3)
  • Robert Simard, Le poste de traite d'Ashuapmouchouan : dossiers de recherche, Chicoutimi, Études amérindiennes, Université du Québec à Chicoutimi,‎ 1979, 226 p. (OCLC 16051924)

Liens externes[modifier | modifier le code]