Francitan

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Le francitan, français méridional ou français d'oc, est une variante régionale du français, influencé par l'occitan. Il est présent dans toute l'aire linguistique de l'Occitanie[1], mais avec des différences importantes entre, par exemple, Bordeaux, Marseille, Toulouse et Limoges, mais aussi entre villes et campagnes, ou entre la côte, la plaine et la montagne. Contrairement à l'occitan, il n'est pas une langue régionale mais correspond à la langue française telle que couramment parlée dans ces régions où l'occitan demeure une langue traditionnelle.

Particularités du français méridional[modifier | modifier le code]

Au niveau lexical, les particularités du français parlé en zone occitane sont de deux types :

  • des importations en français de mots occitans francisés ; exemples : péguer, de l'occitan pegar, coller (et ses dérivés pégueux, empéguer, dépéguer), bordille, de l'occitan bordilha, déchet, ordure (souvent utilisé au sens figuré, c'est-à-dire comme injure), dégun, personne, cousin naturel du français aucun, se rembrailler, là où le français n'a conservé que l'adjectif débraillé. S'y ajoutent parfois des créations de termes « français » sur des modes occitans : démontagner pour descendre de la montagne[2]. Certains de ces termes d'origine occitane intégrés dans le français méridional ont ensuite essaimé dans le français général : bastide (doublon occitan de bâtisse), cade (espèce de genévrier), minot, pastis (à l'origine, signifiait désordre, mélange, d'où le verbe pastisser[3]), marronner (de marrounar, murmurer) ;
  • des usages locaux de termes ou expressions du français : adieu pour bonjour[4], beaucoup dans le sens de très[5] (« j'ai beaucoup faim »); à Marseille, un restaurant est un pain, un tournedos un steak haché, serpillière se dit pièce, etc. ;
  • chez les anciens, quelques variations de genre des noms provenant d'une discordance entre français et occitan : une lièvre[6].

Au niveau grammatical, on rencontre de même des importations directes de l'occitan : le passé surcomposé ( j'ai eu été ), de nombreuses formes verbales transitives (tomber la veste, crier un enfant), l'inversion de certains auxiliaires (il a tombé, je suis été) l'utilisation abusive de certains verbes (faire l'essence pour "mettre de l'essence" mais aussi il me fait pour "il me dit" ) ou conjonctions ( emploi de que en place de "dont", "car", "où", "afin" ce qui donne respectivement l'homme que je te parle, viens que je t'appelle, la ville que je suis né, donne-moi le, que je m'en serve). On peut également noter l'emploi du pronom défini en place du possessif : Comment va le père ?, J'ai mené le petit à l'école[7].

Au niveau phonologique, la prononciation même du français se distingue de celle des autres régions :

  • présence d'un accent tonique de mot, à peu près disparu du français standard au profit d'un accent de séquence verbale, avec quelques paroxytonies (accents sur des syllabes non terminales : ’mè-fi, ’vò-mi, ba’lè-ti), ce qui donne au français de la zone occitane son aspect chantant[8]. C'est ce qu'on appelle l'« accent méridional », audible chez toutes les générations, mais plus prononcé chez les personnes âgées qui ont eu l'occitan pour langue maternelle ;
  • prononciation des e caducs : cerise se prononce [sə.ˈʁi.zə ], et Sisteron et Luberon ont trois syllabes malgré l'absence d'accent sur le -e- central ; une phrase comme « je te le donne », que le français standard prononce volontiers[réf. souhaitée] en deux syllabes (« j't'e l'donn' » [ ʒtə ldɔn ]) en conserve quatre voire cinq en français méridional ([ ʒə tə lə dɔ.nə ]) ; les -e terminaux, par analogie avec les terminaisons occitanes atones en -a et en -o, sont réalisés comme un schwa dont la coloration ([ə], [ɘ], [ɐ] ou encore [ø]) dépend de la région : baguette ([ba.ˈɡɛt ]) se prononce ainsi [ba.ˈɡɛ.tə ], et mère ([ˈmɛ.ʁə ]) est distingué de mer ([mɛχ ]). Le français méridional peut même créer des -e- euphoniques : *pe-neu pour pneu[9], *diz-e-sept pour dix-sept par exemple ;
  • refus de certaines diphtongations : jou-er a deux syllabes en francitan ([ ʒu.e] vs. [ ʒwe ]), ca-mi-on en a trois ([ka.mi.ɔŋ ] vs. [ka.mjɔ̃ ])[9] ;
  • la répartition des sons mi-ouverts [ ɛ ], [œ ], [ ɔ ] et mi-fermés [e ], [ø ], [o ] se fait uniquement selon la loi de position : le son est ouvert si la syllabe possède une coda ou si la syllabe suivante a pour noyau un schwa, sinon il est fermé[10] ; il y a donc alternance vocalique entre peur ([pœχ ]), peureux ([pø.ˈʁø ]) et peureuse ([pø.ˈʁœ.zə ]), entre français ([fχaŋ.ˈse ]) et française ([fχaŋ.ˈsɛ.zə ]), entre côté ([ko.ˈte ]) et côte ([ˈkɔ.tə ]), et disparition de certaines distinctions du français standard : paume se prononce comme pomme ([ˈpɔ.mə ]), jeûne comme jeune ([ˈʒœ.nə ])[11], étais comme été ([e.te ])[8].
  • voyelles nasales parfois remplacées par le complexe voyelle + [ŋ ], ce qui donne par exemple pour le mot pain [pɛŋ ] au lieu de [pæ̃ ] en français standard[12] ; prononciation du -en final comme -in (Ventabren) ; distinction des sons -un et -in, souvent confondus ailleurs[8].
  • certaines consonnes sont également différentes des autres variétés de français : le r n'est que très rarement prononcé comme dans les variétés septentrionales, à savoir le [χ ] dans proche [pχɔʃ ] ou le [ ʁ ] dans rester [ ʁɛs.te ] : le français méridional préfèrera systématiquement le r roulé uvulaire ([ ʀ ] ; également fréquent dans toutes les variations régionales de l'occitan), que ce soit en position initiale, en position centrale entre deux voyelles, en conjonction avec une consonne ou en position finale.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Francitan (le français régional), Institut d'Estudis Occitans Provence-Alpes-Côte d'Azur
  2. Martel, op.cit., p. 16 & 75
  3. Bouvier, op.cit., p. 124
  4. Depecker, op.cit., p. 21
  5. Bouvier, op.cit., p. 26
  6. Blanchet, op.cit., p. 69
  7. Katarzyna Wójtowicz, L'influence de l'occitan sur la langue française, p. 57
  8. a, b et c Blanchet, op.cit., p. 118
  9. a et b Bouvier, op.cit., p. 177
  10. Jacques Durand et Chantal Lyche, « Structure et variation dans quelques systèmes vocaliques du français : l’enquête Phonologie du français contemporain »
  11. à l'inverse du parler lyonnais
  12. Blanchet, op.cit., p. 119

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Boyer, Clés sociolinguistiques pour le "francitan", C.R.D.P, Montpellier, 1990, 136 p. (ISBN 2-86626-895-4)
  • Henri Boyer, Langues en conflit : Études sociolinguistiques, Paris, L'Harmattan, coll. « Logiques sociales »,‎ 1991, 274 p. (ISBN 2-7384-1084-7), p. 144-201
  • Guy Langlois, Lexique du francitan parlé à Sète, Médiathèque de Sète, Sète, 1991, 86 p. (ISBN 2-909445-01-1)
  • Gilbert Lhubac, Dictionnaire francitan ou Le parlé du Bas-Languedoc, Éd. du Mistral, Castries, 2003, 101 p. (ISBN 2-8464-7023-5)
  • Pierre Mazodier, Paroles d'ici : lexique du francitan - ou français parlé - de la région alésienne, Espace sud Ed, Montpellier, 1996, 210 p. (ISBN 2-906334-52-9)
  • Loïc Depecker, Les mots des régions de France, éd. Belin, 1992, 450 p., (ISBN 2-7011-1278-8), (ISSN 0291-7521)
  • Claude Martel, Le parler provençal, éd. Rivages, Paris, 1988, 200 p., (ISBN 2-86930-188-X)? (ISSN 0985-6773)
  • Robert Bouvier, Le Parler marseillais, éd. Jeanne Laffitte, Marseille, 1986, 192 p., (ISBN 2-86276-090-0)
  • Philippe Blanchet, Dictionnaire du français régional de Provence, éd. Bonneton, Paris, 1991, 162 p., (ISBN 2-86253-109-X)

Liens externes[modifier | modifier le code]