Langue véhiculaire

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Une langue véhiculaire est une langue, souvent simplifiée, servant de moyen de communication entre populations de langues différentes. Elle s’oppose à la langue vernaculaire, parlée localement par une population. Les langues liturgiques jouent souvent un tel rôle en tant que point commun linguistique de communautés multilingues reliées par une même religion.

Exemples de langues véhiculaires[modifier | modifier le code]

  • Le latin vulgaire, dans l’Antiquité, servait de langue véhiculaire au sein des populations de la moitié occidentale de l’Empire romain, en concurrence avec la κοινή (koinè, c'est-à-dire langue « commune ») grecque dans la partie orientale. Le latin a continué, surtout à l’écrit mais pas exclusivement, à jouer ce rôle pendant des siècles en Europe ─ d’autant plus qu’il a servi longtemps de langue liturgique chrétienne ─ dans le domaine des idées, des arts, des sciences et des lettres. Il a été supplanté par des langues vernaculaires, dont l’anglais, mais également l’espagnol, et dans une moindre mesure le français, qui remplissent un rôle similaire actuellement. Le latin et le grec (ancien) contribuent à la formation de néologismes, surtout le vocabulaire scientifique international. Par exemple, le latin, en tant que le néolatin, est toujours la langue véhiculaire de la taxinomie.
  • L’arabe, en tant que langue liturgique, joue aussi un tel rôle dans le monde arabe.
  • L’araméen, aussi appelé syriaque ou « soureth », joue de même un rôle de langue liturgique encore de nos jours, dans certaines communautés chrétiennes (Malabar en Inde) ; elle permettait jadis à des communautés christianisées disparates de communiquer entre elles.
  • De 1200 à 1600, l’allemand de Lübeck servait de langue véhiculaire aux ports de la Hanse (Hansesprache) et fut même longtemps la lingua franca des ports de la Mer du Nord et de la Mer Baltique[1].
  • Le français servit de langue véhiculaire pour l’aristocratie européenne du XVIIe jusqu’à la fin du XIXe siècle (ainsi, les enfants des principales familles princières d’Europe étaient élevés en français et les aristocrates russes correspondaient fréquemment entre eux en français) et est toujours utilisé dans de très nombreux pays francophones d’Afrique et de l’Océan Indien, dans la diplomatie internationale et au sein des grands organismes transfrontaliers (spécifiés ci-dessous).
  • L’anglais en Afrique anglophone, dans le monde scientifique, dans le monde des affaires et dans le monde touristique sert souvent de langue véhiculaire.
  • L’espagnol, dans de nombreux pays d’Amérique latine et dans le sud des États-Unis.
  • L’espéranto a la particularité d'être langue véhiculaire, sans être langue vernaculaire. Cette situation permet une communication équitable puisque l'espéranto n'est la langue natale d'aucun de ses locuteurs. La régularité de sa grammaire et de son vocabulaire en font une langue rapide à apprendre et à maîtriser, ce qui est un atout pour une langue véhiculaire. Malgré un nombre de locuteurs réguliers inférieur au million, l'espéranto est l'une des langues véhiculaires les plus utilisées pour cet usage, certes loin derrière l'anglais, le français, l'arabe, et l'espagnol, mais largement répartie sur l'ensemble de la planète, contrairement à des langues comme l'arabe et l'espagnol qui sont cantonnées à des aires géographiques limitées.
  • Le persan joue exactement le même rôle dans le monde iranien.
  • Le quechua, déjà utilisé dans l'empire Inca avant l'arrivée des Espagnols comme langue de l'administration impériale, a été repris par l'église catholique comme véhicule de l'évangélisation dans les Andes, ce qui a d'ailleurs abouti assez paradoxalement à rendre cette langue autochtone plus parlée qu'elle ne l'était avant la colonisation européenne.
  • En Inde, un tel rôle pouvait être autrefois joué par le sanskrit, langue liturgique, et maintenant par l’hindoustani, langue nationale.
  • Le russe, dans la majorité des anciennes républiques de l’ex-URSS, ainsi qu'en Israël (à cause des immigrés russes d’origine juive)[2].
  • La lingua franca parlée par les marins et les esclaves de la Méditerranée du XVe au XIXe siècle.
  • L’ottoman était la langue de l’Empire ottoman et servait de lingua franca sur son territoire.
  • Le swahili permet la communication entre les différentes populations de l’Afrique de l’Est. (Plus d’info ci-dessous)
  • Le malais est utilisé comme langue véhiculaire dans l’archipel indonésien, peut-être dès le VIIe siècle après J.-C. (Détaillé ci-dessous)
  • Le mandarin est la langue véhiculaire et officielle en Chine, à Taïwan (voir Mandarin de Taïwan) et, avec l’anglais, à Singapour (voir Mandarin de Singapour). Il devient véhiculaire également dans les quartiers chinois, en remplacement du cantonais qui y dominait.
  • Les pidgins servent de langue véhiculaire dans les environnements multilingues.
  • Les divers créoles qui servent de langue véhiculaire dans les environnements multilinguistiques.
  • Le mina est la langue véhiculaire de Lomé (capitale du Togo) qui est une ville de commerçants où se retrouvent de nombreuses ethnies parlant divers langues. La nécessité d’une langue commune a donc vu le jour.
  • Le bambara est une des langues véhiculaires au Mali. C’est aussi l’une des plus parlées en Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Guinée, Gambie, Sénégal) sous ses deux formes principales que sont le dioula et le malinké.

Français[modifier | modifier le code]

Le français a été la langue de la diplomatie en Europe depuis le XVIIe siècle jusqu’à son récent remplacement par l’anglais, et en conséquence, le français est encore une des langues de travail des institutions internationales (telles que le Comité international olympique, l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation des Nations unies, le Bureau international du travail, l’Union postale universelle, la Fédération internationale d'escrime, l'Office européen des brevets, l’Office de l’harmonisation dans le marché intérieur), ainsi que comme langue de travail de facto, avec l’anglais, dans la Commission européenne).

On la trouve aussi dans des documents allant des passeports aux courriers postaux. Pendant de nombreuses années, jusqu’à l’accession de l’Autriche, de la Finlande et de la Suède en 1995, le français et l’allemand étaient les seules langues de travail de la Communauté économique européenne.[réf. nécessaire]

Le français était aussi la langue utilisée dans les cités cosmopolites éduquées de la moitié nord de l’Afrique comme Le Caire (Égypte) vers le tournant du siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Le français est encore une lingua franca dans beaucoup de pays d’Afrique de l’Ouest (où il jouit souvent du statut officiel), une réminiscence de l’époque coloniale de la France et de la Belgique. Ces pays africains, avec plusieurs autres pays de par le monde sont membres de la francophonie.

Malais[modifier | modifier le code]

Le malais est la langue d’échange parlée dans les ports de l’archipel indonésien et de la péninsule Malaise depuis au moins le XVe siècle, époque du rayonnement du sultanat de Malacca sur la péninsule Malaise. C’est sans doute Antonio Pigafetta (1491-1534), marin et chroniqueur de Magellan, qui a rédigé le premier dictionnaire de cette langue. Il est possible que le malais, originaire de Sumatra, ait été une langue d’échange entre cette île et celle de Java à l’époque de la puissance de la cité-État de Sriwijaya (aujourd’hui la ville de Palembang dans le sud de Sumatra), car on a retrouvé dans le centre de Java des inscriptions en malais remontant au VIIe siècle après J.-C. Le colonisateur hollandais utilisait le malais pour s’adresser aux locaux. La jeunesse nationaliste, réunie en congrès en 1928, baptisera solennellement le malais « indonésien » et langue nationale de la future République d’Indonésie.

Le malais est également la langue nationale du sultanat de Brunei et de la Malaisie, et une des langues officielles de la République de Singapour (pourtant beaucoup moins véhiculaire là que le mandarin et l’anglais).

Haoussa[modifier | modifier le code]

Le haoussa est une des principales langues commerciales d’Afrique de l’Ouest. Il est parlé par environ 50 millions de personnes, principalement au Nigeria (20 millions de locuteurs), au Niger (5 millions) ainsi qu’au Ghana, au Cameroun, au Tchad et au Soudan. Il est aussi parlé dans de nombreuses grandes villes de commerce.

Le haoussa est une langue officielle au Nigeria et une langue nationale au Niger.

Swahili ou kiswahili[modifier | modifier le code]

Le kiswahili est une langue vernaculaire bantoue, originaire du sud du Kenya, qui s’est ensuite métissée à d’autres langues africaines et à l’arabe. Elle joue de nos jours un rôle important comme langue véhiculaire dans toute l’Afrique subsaharienne. Le préfixe ki- signifie « langue » et swahili désigne la côte : le kiswahili est donc la « langue de la côte ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Langues construites, créées souvent pour être de nouvelles langues véhiculaires
  • Créoles, mélanges naturels de langues
  • Sabir, langue véhiculaire historique méditerranéenne

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. la correspondance de Hildebrand Veckinchusen éditée par Wilhelm Stieda : Hildebrand Veckinchusen. Briefwechsel eines deutschen Kaufmanns im 15. Jahrhundert, Leipzig (1921).
  2. (ru) Сколько людей говорят и будут говорить по-русски?