Guerre froide
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La confrontation des blocs en 1959
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La guerre froide (anglais : Cold War, russe : холодная война, khalodnaïa vaïna) est la période de tensions et de confrontations idéologiques et politiques entre les deux superpuissances que furent les États-Unis et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et, de manière plus large, entre les régimes communistes et l'ensemble des régimes non communistes. La guerre froide débute en 1947 et dure jusqu'en 1989, année de la chute des régimes communistes en Europe, ou 1991, année de l'implosion de l'URSS et de la dissolution du Pacte de Varsovie.
C’est en 1945, sous la plume de l’écrivain anglais George Orwell, que l’expression « Cold War » apparaît pour la première fois[1]. Elle est reprise en 1947 par l'homme d’État américain Bernard Baruch[2][3], et très vite popularisée par le journaliste Walter Lippmann[4]. D'après Raymond Aron, il s'agissait d'une « guerre limitée » ou « paix belliqueuse » dans un monde bipolaire où les belligérants évitaient l’affrontement direct[5]- d'où l'expression : « Paix impossible, guerre improbable ».
Si l'on retient généralement la fin de la Seconde Guerre mondiale comme point de départ de l’affrontement idéologique entre les deux blocs Est-Ouest, certains auteurs à l'instar d'André Fontaine, ancien rédacteur en chef du journal Le Monde, font remonter cet affrontement à la révolution russe de 1917.
Le terme « froide » apposé en oxymore indique qu’il ne s’agit pas d’une guerre au sens habituel du terme, mais d’une confrontation qui proscrit l'affrontement armé direct entre les deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l'Union soviétique. Elle est cependant caractérisée en premier lieu par la course aux armements nucléaires et l'équilibre de la terreur.
La guerre froide prendra toutes les formes possibles d'affrontements, de l'espionnage aux actions secrètes, en passant par la propagande, jusqu'à la compétition technologique dans le domaine de la conquête de l'espace ou bien encore les compétitions sportives dans les stades.
Plusieurs conflits ouverts importants, faisant de nombreuses victimes civiles et militaires, comme la guerre de Corée (1950-1953), la guerre d'Indochine (1946-1954), la guerre du Viêt Nam (1964-1975) et la guerre d'Afghanistan (1979-1989), ont traduit l'opposition indirecte entre les Soviétiques et les Américains, par l'intermédiaire de leurs alliés respectifs.
Les pays du tiers monde tels que l’Inde sous Nehru, l’Égypte sous Nasser et la Yougoslavie sous Tito formèrent pour un temps le mouvement des non-alignés, proclamant leur neutralité et jouant sur la rivalité entre les blocs pour obtenir des concessions. La décolonisation a fourni à l'Union soviétique et à la Chine populaire de multiples occasions d'accroître leur influence aux dépens des anciennes puissances coloniales.
Chronologie globale [modifier]
La longueur de la guerre froide, le nombre des évènements qui s'y sont produits, et les changements de dirigeants qui en ont été les acteurs clés, ont conduit les historiens à distinguer plusieurs phases permettant de décrire de manière synthétique la montée de la guerre froide, les périodes de détente ou au contraire de tension, puis sa fin avec l'effondrement du bloc soviétique :
- 1945 - 1955 : La constitution des deux blocs de l'Ouest et de l'Est, assimilés par certains auteurs à de véritables Empires[6], dominés respectivement par les États-Unis et l'Union soviétique, autour desquels la majeure partie des pays se sont regroupés. À la mort de Staline, le 5 mars 1953, s'ensuit une période d'instabilité du pouvoir à la tête de l'Union soviétique[7] qui viendra se conclure par la partition de l'Allemagne, l'éclatement de conflits en Corée et en Indochine, traçant durablement les frontières entre les deux blocs. Cette période est aussi celle de la plus grande supériorité stratégique nucléaire[8] des États-Unis, qui pour autant n'auront pas vraiment profité de leur avantage en la matière.
- 1956 - 1962 : Le face à face des Empires, chacun doté d'armes nucléaires permettant la destruction de l'autre, avec sa succession de crises, les plus graves de toute la guerre froide : Berlin, Cuba, mais aussi Suez, Budapest et d'autres encore de moindre importance. Cette période est aussi souvent nommée coexistence pacifique par référence au discours de Khrouchtchev lors du XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique en février 1956, qui n'abandonne pour autant pas l'objectif de la victoire ultime du socialisme.
- 1963 - 1974 : La détente et l'effritement des Empires aux prises avec des velléités plus ou moins fortes d'indépendances, dont les deux exemples les plus frappants sont la politique du Général de Gaulle vis-à-vis des États-Unis et la rupture entre la Chine et l'URSS. La guerre du Viêt Nam, dans laquelle les États-Unis s'enliseront malgré des moyens militaires toujours plus considérables, verra un certain déclin de l'Empire américain dont l'image se trouve ternie par ce conflit.
- 1975 - 1984 : Les nouvelles tensions entre les Empires résultant de la course aux armements nucléaires et ses développements en Europe avec la crise des Euromissiles d'une part, et de l'exploitation par l'Union soviétique des possibilités de développement de son influence dans le Tiers-Monde, notamment dans les anciennes colonies occidentales, d'autre part. En Afghanistan, l'Union soviétique s'engage dans un conflit qui va se révéler très coûteux.
- 1985 - 1991 : La dislocation de l'Empire soviétique, marquant la fin de la guerre froide, à la suite de son effondrement économique et social résultant pour partie des coûts énormes engendrés par la guerre froide. Gorbatchev appelle à des réformes majeures pour sauver l'économie et signe des accords de désarmement, mettant notamment fin à la crise des Euromissiles. Mais ces réformes ne pourront pas se mettre en place et c'est tout le système qui va s'effondrer, avec comme évènement le plus symbolique la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989.
Les relations entre les États-Unis et l'Union soviétique ont constitué le fil conducteur du déroulement de la guerre froide, dont les phases successives de refroidissement ou de réchauffement ont été fortement influencées par la personnalité de leurs dirigeants respectifs.
Les sommets entre ces dirigeants en ont été la manifestation la plus spectaculaire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, trois conférences au sommet avaient eu lieu entre les dirigeants américains, soviétiques et anglais. Cette pratique cessa après la guerre pour laisser la place à des conférences au niveau ministériel entre 1945 et 1955. En 1955, un nouveau sommet se tint à Genève sur l'initiative de Churchill, relançant cette pratique qui deviendra assez régulière jusqu'à la fin de la guerre froide. De 1959 à 1991, vingt-deux sommets eurent lieu, la plupart entre Américains et Soviétiques. Ces sommets traduisirent essentiellement la volonté de diminuer les risques de guerre nucléaire et de réduire les coûts énormes de la course à l'armement par la limitation des arsenaux nucléaires de part et d'autre.
Formation et consolidation des blocs occidentaux et communistes (1945-1955) [modifier]
Volonté de reconstruction et de paix au lendemain de la Seconde Guerre mondiale [modifier]
- Bloc de l'Ouest, pays de l'OTAN
- Bloc de l'Est, pays du pacte de Varsovie
- Rideau de fer
- Pays neutres
- Mouvement des non-alignés
- (L'Albanie finira par rompre avec l'URSS pour s'aligner sur la Chine populaire.)
En 1945, face aux États Européens ruinés par la Seconde Guerre mondiale, deux superpuissances émergent dans le contexte géopolitique mondial. Les États-Unis détiennent le monopole nucléaire depuis les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki en août 1945 et disposent d’une puissance économique et financière inégalée. L’Union soviétique possède une force militaire décisive en Europe centrale et orientale, ainsi qu'un prestige politique considérable[9].
Une volonté initiale de paix [modifier]
En août 1941, Churchill et Roosevelt signèrent la charte de l’Atlantique, une déclaration commune s’inspirant des principes wilsoniens, dans laquelle les deux leaders prévoyaient la mise en place d’un « système étendu et permanent de sécurité générale ». En février 1945, les accords de Yalta reprirent ce propos et annoncèrent la convocation d’« une conférence des Nations unies sur l’organisation mondiale (…) le 25 avril 1945, aux États-Unis. »[10] Le 26 juin 1945, portés par le mouvement d’une opinion publique choquée par les exactions nazies et la cruauté des combats, les délégués de 51 pays approuvèrent à San Francisco la Charte des Nations unies, texte fondateur de l’Organisation des Nations unies (ONU), dont l’objectif le plus important serait de « préserver les générations futures du fléau de la guerre qui, deux fois en l’espace d’une vie humaine, a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. »
Une reconstruction économique impérative [modifier]
Un nouvel ordre monétaire et financier mondial est créé autour du dollar américain pour éviter l’instabilité économique qui existait pendant l’entre-deux-guerres et relancer les échanges internationaux. Instituée le 22 juillet 1944 par les accords de Bretton Woods, à l’issue d’une conférence qui réunit 44 pays, cette nouvelle organisation de l’économie mondiale fut négociée, en vérité, entre la France, le Royaume-Uni et les États-Unis.
Les accords établissent un Fonds monétaire international (FMI), dont les patrons successifs seront traditionnellement européens, ainsi qu’une Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), appelée communément « Banque mondiale », dirigée traditionnellement par un Américain. Le FMI et la BIRD ont notamment pour mission d’assurer la stabilité des devises nationales et d’accorder des prêts à la reconstruction et au développement.
Par ailleurs, les accords instituaient un système de parités fixes par rapport au dollar US, seule monnaie entièrement convertible en or. Comme les États-Unis avaient une réserve d’or avoisinant les trois quarts des réserves mondiales, le dollar US s’imposa forcément comme monnaie de réserve internationale, au même titre que l’or. En effet, pour financer la guerre, les puissances européennes avaient dû vendre leurs stocks d’or aux États-Unis. Ainsi, le nouveau système monétaire ne reposait plus uniquement sur le métal fin détenu par les banques centrales, mais sur le dollar US, « as good as gold », dont la valeur était garantie par la Réserve fédérale des États-Unis, de même que par la formidable puissance économique des États-Unis.
Rivalité stratégique inéluctable des empires américains et soviétiques [modifier]
Dès le XIXe siècle, Alexis de Tocqueville prédit que les États-Unis et la Russie impériale ont tous deux vocation à devenir un empire à l’échelle mondiale, et s’opposeront pour la domination globale dès qu’ils entreront en contact. Il écrit que « chacun d'entre eux [États-Unis et Russie] semble être appelé par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains les destinées de la moitié du monde »[11]. La « destinée manifeste » des États-Unis d’un côté, la volonté d’expansion de la Russie communiste de l’autre, entraîne la rivalité stratégique des deux principaux États impérialistes, que tout oppose qu'il s'agisse du modèle politique, sociétal, économique ou idéologique :
| Système du bloc de l'Est | Système du bloc de l'Ouest | |
|---|---|---|
| Politique | Régime de « démocratie populaire » *, le PC exerce un « rôle dirigeant « sur la société civile et l'État. | Démocratie libérale, les partis politiques concourent librement pour l'accès au pouvoir, dans un cadre de confrontation des idées qui s'effectue principalement au sein des médias. |
| Société | Officiellement, société sans classe dominante**, en réalité société dotée d'une nomenklatura privilégiée. | Importance de la bourgeoisie. Écarts importants de revenus et inégalités importantes. |
| Économie | Planification centralisée (plans quinquennaux) | Économie capitaliste reposant théoriquement sur l’initiative individuelle, la liberté d'entreprise et le libre marché, mais dans laquelle les entreprises privées et publiques sont très dépendantes de capitaux et d'investissements publics. |
| Conception de l’individu | L'individu est soumis aux objectifs politiques fixés par le parti qui réforme la société. | L'individu en tant que consommateur est le moteur de la société et de l’économie. |
| Conception du progrès | La progression de la société entraîne le progrès des individus dans leur ensemble. | La progression personnelle de l’individu entraîne le progrès de la société. |
| * En réalité dictature d'un parti unique. Certains pays de l'Est (comme la Pologne) disposaient de plusieurs partis politiques mais tous ont été sous le diktat d’un parti inféodé à l’URSS.
** De 1918 jusqu'à l'adoption de la Constitution de 1936 l'URSS se définissait officiellement comme « dictature du prolétariat » avec les ouvriers comme classe dominante. |
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Le fait que l'Union soviétique était une société « fermée » – surtout sous Staline, où il était extrêmement difficile de savoir qui avait de l'influence sur quoi, quelles étaient ses vraies ressources et ses intentions – fut l'un des traits marquants de la guerre froide, alimentant les doutes et les craintes (réelles ou imaginaires) de l'Ouest qui, de son côté, avec ses changements de gouvernement et de politique selon les élections successives, rendait souvent perplexes les analystes soviétiques.
L'apparition de l'arme atomique, utilisée en 1945 par les Américains à Hiroshima et Nagasaki et développée à marche forcée par les Soviétiques qui feront exploser un premier engin dès 1949, va contribuer à établir les deux pays comme les deux seules grandes puissances dans le monde, au détriment notamment de la Grande-Bretagne et de la France, aux prises avec la décolonisation.
La capacité de destruction inégalée de ces armes, qui pour la première fois rend les États-Unis réellement vulnérables à une attaque et met en jeu la survie même des deux Grands, et la course à l'armement stratégique [12]qui va résulter de la crainte qu'a chacun de se voir dépassé et donc mis en situation d'infériorité par son rival, vont symboliser la guerre froide entre les deux Grands, davantage encore que ses dimensions idéologiques, politiques ou économiques.
Jusqu'au milieu des années 1950, la doctrine d'emploi de ces armes nouvelles demeurera sujet à de nombreuses hésitations et à de nombreuses limitations opérationnelles qui en atténueront considérablement l'impact dans le déroulement concret des négociations et crises qui émailleront ces dix premières années de la guerre froide. Toutefois, la supériorité nucléaire marquée des États-Unis jusqu'en 1955 aura certainement été un facteur de l'agrégation des pays de l'Europe de l'Ouest en un bloc lié par de solides accords de défense, du fait de la menace que faisait peser sur eux l'énorme supériorité de l'Union soviétique en matière de forces conventionnelles.
L'arme nucléaire aura-t-elle été déterminante dans le fait que cette guerre sera restée froide ? Certains auteurs le pensent, d'autres estiment que, démonstration faite par la Première Guerre mondiale puis à une échelle encore plus grande par la Seconde Guerre mondiale, les destructions infligées à tous les belligérants dans une guerre de grande ampleur menée avec les moyens propres au XXe siècle étaient suffisantes pour décourager les deux camps à se lancer dans une escalade militaire qu'ils ne maîtriseraient plus[13].
Constitution des deux blocs en Europe [modifier]
Dès septembre 1945, en application des accords de Potsdam, les grandes puissances se réunirent dans le but d'apporter des réponses aux questions de paix, de développement économique et de sécurité en Europe. Le sujet majeur en fut le règlement du problème allemand qui ne trouvera son dénouement provisoire qu’en 1955, avec la reconnaissance de l’existence de deux États allemands, la RFA et la RDA, ancrés respectivement dans le camp occidental et le camp communiste. Témoignant d'une activité diplomatique intense, ces conférences internationales aboutirent en une décennie (1945-1955) à des accords de paix avec tous les pays belligérants de la Seconde Guerre mondiale (à l'exception majeure de l'Allemagne) et à la mise en place des alliances et des institutions intergouvernementales qui régiront chacun des deux blocs en Europe jusqu'à la fin de la guerre froide.
Situation de l’après-guerre en Europe, source de tensions entre les anciens Alliés [modifier]
La Seconde Guerre mondiale s'achève à peine que les relations entre les Américains et les Soviétiques se dégradent. L'URSS affirme vouloir garantir sa sécurité en s'entourant de pays alliés le long de ses frontières. L'Armée rouge ne se retire pas des pays qu'elle a libérés du nazisme et, contrairement aux engagements pris à la conférence de Yalta, n'y organise pas d'élections libres.
Staline cherche à mettre l’URSS à l’abri d’une nouvelle attaque par la création d’un « glacis » territorial et idéologique, c’est-à-dire d’un espace protecteur qui éloigne la menace des frontières soviétiques :
- en repoussant plus à l’Ouest les frontières de l’URSS par l’annexion des pays baltes et d’une partie de la Pologne, alors que les territoires allemands situés à l’est de l’Oder et de la Neisse de Görlitz sont placés sous administration polonaise (partage effectué lors de la conférence de Potsdam) ;
- en imposant des gouvernements pro-soviétiques dans les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge (à l'exception de l'Autriche), pays qui deviendront plus tard des « démocraties populaires ». Le coup de Prague de février 1948 en Tchécoslovaquie – l'une des rares réelles démocraties d’avant-guerre en Europe de l’Est – fut l’expression la plus visible, pour l’Ouest, de cette politique, et fut perçu comme la manifestation de la volonté hégémonique de l’URSS.
Avant même la fin des hostilités avec l’Allemagne, l’Union soviétique a établi sa domination dans les territoires libérés par l’Armée rouge :
- arrestation de seize dirigeants de l’Armée secrète polonaise, formellement conviés à Moscou pour des « entretiens politiques », les deux principaux leaders de la résistance polonaise mourant en prison quelques mois plus tard. Le gouvernement polonais en exil à Londres, abandonné par les Occidentaux, se voit dénier peu à peu toutes prérogatives, et le comité de Lublin formé par les Soviétiques prend le contrôle du pays ;
- attribution de la province tchécoslovaque de Ruthénie subcarpatique à l’Ukraine, ce qui procure à l’Union soviétique une frontière commune avec la Hongrie ;
- installation au pouvoir des partis communistes tant à Bucarest qu’à Sofia, et élimination de toute autre formation politique ;
- mise en place à Vienne, sans consultation des Occidentaux, d’un gouvernement provisoire pro-soviétique dont le chef a approuvé l’Anschluss en 1938 ;
- enfin, le maréchal Tito, maintenant établi à Belgrade, refuse, contrairement à ce que le Kremlin avait promis aux Alliés, de laisser le roi Pierre II rentrer de son exil.
De plus en plus inquiet de ces violations répétées de la charte de l'Atlantique et de la Déclaration sur l'Europe libérée de Yalta, Churchill s’alarme dans un télégramme du 12 mai 1945 à Truman des risques de voir les forces soviétiques s’avancer jusqu’aux rives de l’Atlantique, et utilise déjà l’expression « Rideau de fer », qui deviendra célèbre. En mars 1946, dans un discours retentissant, il dénonce ouvertement cette mainmise soviétique sur l’Europe centrale et orientale. « De Stettin dans la Baltique à Trieste dans l’Adriatique, un rideau de fer est tombé sur le continent. (…) Les partis communistes, qui étaient très faibles dans tous ces États de l’Est de l’Europe, ont obtenu un pouvoir qui dépasse de beaucoup leur importance, et cherchent partout à exercer un contrôle totalitaire. Des gouvernements policiers s’installent un peu partout, au point qu’à l’exception de la Tchécoslovaquie, il n’y a pas de vraie démocratie. »
En Allemagne, dans leur zone d’occupation, les Soviétiques mènent avec vigueur la dénazification décidée à la conférence de Potsdam. Plus de 120 000 personnes sont internées dans des « camps spéciaux » qui existeront jusqu’en 1950. 42 000 détenus y seraient morts de privations et de sévices[14]. Cette politique d’épuration va de pair avec la nomination de cadres communistes aux postes-clés de l’administration, de la police et de la justice, et plusieurs milliers d’agents ayant travaillé sous le IIIe Reich sont « recyclés » par les nouveaux services de sécurité d’Allemagne de l’Est ou maintenus dans l'administration[15] et de nombreux fonctionnaires de l'ancien régime serviront le nouveau pouvoir jusqu'aux années 1960.
Les alliés occidentaux, en revanche, misent davantage sur une « rééducation » (Umerziehung) du peuple allemand[16], associée à une politique d’indulgence à l’égard des « suiveurs » (Mitläufer) et sympathisants du régime. Des scientifiques allemands sont ainsi récupérés par la Joint Intelligence Objectives Agency (JIOA) afin de travailler pour les États-Unis (opération Paperclip), tandis qu’il est permis à d’anciens fonctionnaires ou militaires du Troisième Reich, s’ils n’ont pas été condamnés par la justice, d’exercer à nouveau leurs fonctions. Dès la fin de la guerre, l’Office of Strategic Services (OSS), embryon de la Central Intelligence Agency (CIA), confie à l’ex-major-général de la Wehrmacht Reinhard Gehlen, chef de l’Abwehr pour le front est (Abteilung Fremde Heere Ost), le soin de créer un service de renseignements couvrant l’ensemble des territoires naguère occupés par l’Allemagne[17]. Pour justifier son budget – en partie utilisé pour exfiltrer d’anciens collaborateurs ou des criminels de guerre nazis –, ce réseau d’espionnage nouvellement créé, précurseur du Bundesnachrichtendienst (BND) et baptisé Gehlen Org par la Défense américaine, transmet parfois des informations entièrement fabriquées et de plus en plus inquiétantes sur la puissance de l’Armée soviétique et sur la stratégie expansionniste de l’URSS. Dès 1947, les États-Unis en font un élément de leur propagande, alors qu’en réalité l’Union soviétique n’a pas encore commencé à se remettre du conflit mondial[18].
Il faut préciser toutefois que, même en admettant que Staline n’ait pas eu l’intention d’étendre par les armes la sphère de domination soviétique, l’URSS n’en vassalisa pas moins les pays qu’occupait son armée, grâce à la mise en place progressive de « démocraties populaires » ; et qu'elle entreprit plusieurs tentatives d’accroître par intimidation sa sphère d’influence en Iran (voir crise irano-soviétique), en Grèce et en Turquie. Comme le disait Staline lui-même, il savait ne pas aller trop loin s'il sentait se crisper la résistance à ses ambitions.
Europe de l’Ouest et zone d'influence des États-Unis [modifier]
La formation des démocraties populaires est ressentie par les pays occidentaux comme une menace. Ils réagissent :
- Politiquement : le 11 mars 1947, un an après le discours de Fulton, le président Harry S. Truman annonce sa politique de containment (endiguement) du communisme, aussi appelée la doctrine Truman, qui considère l’opposition ouest/est comme un conflit entre deux systèmes antinomiques : « démocratie » contre « totalitarisme ». La doctrine Truman prévoit d'assister tout pays qui pour conserver son indépendance combat l'expansionnisme soviétique. L'application de cette doctrine amènera les États-Unis à intervenir loin de leur territoire et en faveur de régimes dictatoriaux. En 1954, les États-Unis participent au coup d’État au Guatemala qui remplace un gouvernement démocratiquement élu par une dictature (Opération PBSUCCESS). Lors de la guerre froide, beaucoup de dictatures d’Amérique latine et d’Europe soutiennent les politiques américaines, qui sont vues comme un rempart face à la montée du communisme : l'Espagne de Franco, le Portugal de Salazar, la Grèce du régime des colonels à partir de 1967, la Turquie du général Kenan Evren après le coup d'État de 1980, le Chili de Pinochet, l'Argentine de la junte de Videla après 1976, le régime militaire brésilien à partir de 1964, etc. Il y a aussi une opposition économie de marché contre économie planifiée quoique là encore, la Yougoslavie de Tito adopte un système « autogestionnaire », tandis qu'en Europe des régimes d'économie mixte sont adoptés : le dirigisme en France, de larges nationalisations au Royaume-Uni.
- Économiquement : à partir de 1947, les États-Unis mettent en œuvre le plan Marshall, aide économique pour la reconstruction de l’Europe, en tant que complément à la doctrine Truman[19]. En juin 1947, dans un discours prononcé à l’université Harvard, le secrétaire d'État George Marshall offrit à l’Europe « une aide fraternelle » afin de vaincre « la faim, le désespoir et le chaos » qui régnaient. Le plan Marshall ou « plan de Reconstruction européenne » ((en) European Recovery Program) était proposé à toute l’Europe, y compris aux pays de l’Est, et même à l’Union soviétique.
Article détaillé : Plan Marshall.Il était toutefois assorti de deux conditions : d'une part, l’aide américaine serait gérée par des institutions européennes communes, et d'autre part, le gouvernement fédéral américain aurait un droit de regard sur sa répartition. Staline hésita, puis, fin juin, fit part de son refus. La Pologne et la Tchécoslovaquie, qui, dans un premier temps, avaient donné une réponse favorable à la proposition américaine, se virent obligées de la refuser à leur tour. Finalement, seize pays, rejoints en 1949 par l'Allemagne de l'Ouest (RFA), acceptèrent le plan Marshall : la France et le Royaume-Uni - qui en seront les principaux bénéficiaires - l’Autriche, le Benelux, la Grèce, l’Irlande, l’Islande, l’Italie, les pays scandinaves, le Portugal, la Suisse et la Turquie. En avril 1948, ces seize pays fondèrent l'Organisation européenne de coopération économique (OECE), qui deviendra plus tard (en 1960) l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), organisme supranational dont la fonction première était de gérer et de répartir l’aide américaine entre les pays membres. De 1948 à 1952, plus de treize milliards de dollars US - 5/6 sous forme de dons, 1/6 sous forme de prêts - furent fournis par les États-Unis. Cette aide à la reconstruction se composait d’une partie financière (subventions et prêts) et d’une partie en produits et équipements divers (denrées alimentaires, tracteurs, outils de production, etc.). Dans un espace économique « dollarisé » par les accords de Bretton Woods, le plan Marshall fut conçu pour combler le « dollar gap », permettant ainsi aux Européens d’acheter aux États-Unis approvisionnements et équipements tout en assurant un débouché aux produits américains. En effet, en 1946, 42 % des exportations américaines ayant pris le chemin de l’Europe occidentale, un effondrement économique de l’Europe se serait répercuté sur l’économie américaine elle-même[20]. L’objectif du plan Marshall, toutefois, n’était pas uniquement économique. Le gouvernement fédéral américain à Washington avait compris que la détresse des populations européennes faisait le jeu des partis marxistes alignés sur Moscou. En France et en Italie notamment, plus d’un quart de l’électorat votait communiste. Dès lors, l’injection de capitaux américains était le complément économique de la doctrine du containment : endiguer l’influence soviétique par la création d’un espace de prospérité en Europe. Dans le même temps, les nations de l'OTAN tente de limiter l’accès à leur technologie aux pays communistes via le Coordinating Committee for Multilateral Export Controls.
- Militairement : les États-Unis et leurs alliés créent un important réseau d’alliances défensives : l’Organisation des États américains (1948), le traité de Bruxelles (1948), le Pacte atlantique (1949) doté en 1950 d’une structure militaire, l’Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) (avec mise en place des cellules paramilitaires clandestines du stay-behind, Gladio), l’ANZUS (1951), l’Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (OTASE) (1954) et le pacte de Bagdad (1955). Les pays signataires s’engagent à s’aider mutuellement en cas d’agression. En 1947, les services de renseignements des États-Unis, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande signent l’accord UKUSA, dans le cadre duquel le système de renseignement d'origine électromagnétique Echelon sera mis en place dans les années 1960[21] (dès 1945, la National Security Agency intercepte les télégrammes, débutant l'opération Shamrock[22]). Une base de renseignement d'origine électromagnétique (SIGINT) est installée à San Vito dei Normanni en 1964, tandis que le premier satellite COMINT (CANYON) est lancé en août 1968, suivi de sept autres entre 1968 et 1977[23].
Europe de l’Est et zone d'influence de l'Union soviétique [modifier]
L’URSS adopte une stratégie strictement parallèle. Elle réagit :
- Politiquement : en octobre 1947, en réponse à la doctrine Truman et au plan Marshall, qui d’après les Soviétiques vise « à l’asservissement économique et politique de l’Europe », lors de la conférence fondatrice du Kominform, Andreï Jdanov, secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS), réuni avec les délégués des neuf partis communistes européens, dénonça l’« impérialisme américain » qui vassalisait les économies européennes en les plaçant sous la tutelle de Washington. Le but officiel de cet organisme est « l’échange des expériences et la coordination de l’activité des partis communistes ». Lors de cette réunion constitutive, Jdanov, dans la même perspective manichéenne que Truman, formule la doctrine soviétique en matière de politique internationale : le monde serait désormais divisé en deux camps antagonistes : d'un côté, un « camp impérialiste et anti-démocratique » dont les États-Unis serait « la principale force dirigeante » ; de l'autre, un camp « anti-impérialiste et démocratique » placé sous l’égide de Moscou.
- Économiquement : en janvier 1949, suite à la création de l’OECE, l’URSS fonde le Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM, en anglais COMECON), qui est chargé de coordonner les économies des démocraties populaires et de planifier les échanges commerciaux entre elles[24].
- Militairement : en mai 1955, suite à l’admission de la RFA dans l’OTAN, l’URSS crée le pacte de Varsovie, qui officialise l’autorité soviétique sur les armées des démocraties populaires[24].
Premières crises en Europe et au Moyen-Orient [modifier]
Guerre civile en Grèce (1946-1949) [modifier]
Crise irano-soviétique (1946) [modifier]
La crise irano-soviétique fut la toute première épreuve de force de ce qui allait devenir la guerre froide, et a pour objet l’Iran. À l’été 1941, l’URSS et le Royaume-Uni, à la recherche d’une voie d’acheminement des armes et du ravitaillement à destination du front russe, s’étaient entendus pour en occuper chacune une moitié et déposer le chah Reza Pahlavi, coupable de trop de sympathie avec l’Axe.
Son fils, Mohammed Reza, qui lui a succédé, a conclu avec ces puissances un traité prévoyant le retrait de leurs troupes au plus tard le 2 mars 1946.
Très vite cependant, l’URSS soutient deux mouvements indépendantistes dans le Nord du pays afin de constituer un glacis protecteur au sud comme elle l’a fait en Europe. Ceci conduit à des négociations iraniennes et des pressions occidentales, qui conduisirent finalement l’Armée rouge à se retirer.
Première crise de Berlin (1948-1949) [modifier]
En juillet 1945, à la conférence de Potsdam, les trois dirigeants des principales puissances alliées, Churchill (puis son successeur, le travailliste Attlee), Staline et Truman s’accordent sur le partage de l’Allemagne et de l’Autriche en quatre zones d’occupation : américaine, britannique, française et soviétique. De même, Berlin, l’ancienne capitale du Reich, est divisée en quatre secteurs d’occupation. Enclavée dans la zone soviétique, des voies d’accès aériennes, autoroutières et ferroviaires permettent de la raccorder aux zones occidentales. L'Allemagne est au cœur des conférences de paix en Europe qui vont se dérouler entre les quatre puissances occupantes en 1946 et 1947.
Après le coup de Prague, en février 1948, les Occidentaux décident de transformer à brève échéance leur trizone en un État souverain ouest-allemand (conférence de Londres, en avril-juin 1948). La première phase du processus est la création du Deutsche Mark, qui devient le 20 juin la monnaie commune aux trois zones occidentales. Staline proteste contre cette division de fait de l’Allemagne et, le 23 juin 1948, il profite de l’isolement géographique de Berlin pour bloquer tous les accès terrestres et fluviaux des secteurs occidentaux. Plus de deux millions d’habitants et 30 000 soldats alliés se retrouvent pris en otage derrière le rideau de fer[24].
Dans un premier temps, les Alliés envisagent de forcer le blocus, selon la proposition du général Clay. Mais ils ne veulent pas prendre le risque de provoquer un conflit armé dont ils auraient pris l’initiative. Ils ne peuvent pas non plus ne pas réagir, puisque cela aurait impliqué l’échec de la politique du containment.
Pour sauver la ville de l’asphyxie, Britanniques et Américains décident finalement de mettre en place un pont aérien, c’est-à-dire d’assurer le ravitaillement (vivres, carburant, charbon) par avion. Durant les onze mois que dure le blocus, un transporteur atterrit en moyenne toutes les trente secondes à Berlin-Ouest, sur les aéroports de Tempelhof, Gatow et Tegel. Au total, deux millions et demi de tonnes de fret (dont le charbon constitue les deux tiers) sont acheminés par 275 000 vols. On estime que moins de 5 % des Berlinois de l’Ouest ont préféré se ravitailler auprès des autorités soviétiques.
Pendant la crise, les États-Unis déploient trois escadrilles de bombardiers stratégiques B-29 de l’United States Air Force (USAF) au Royaume-Uni pour signifier qu’ils sont prêts à riposter à une éventuelle invasion de l’Europe de l'Ouest. Cependant, ils n’envisagent à aucun moment de recourir à la menace d’un ultimatum atomique (ils disposent alors du monopole nucléaire) pour faire cesser le blocus de Berlin et contraindre l’Union soviétique à se retirer également de tous les pays où elle avait refusé de « former des gouvernements intérimaires largement représentatifs de tous les éléments démocratiques de la population, qui s’engageraient à faire établir aussitôt que possible, par des élections libres, des gouvernements répondant à la volonté du peuple. ». En effet, l’Europe de l’Ouest est en pleine reconstruction et la puissance militaire conventionnelle du bloc de l'Est est de loin supérieure à celle des Occidentaux. Par là, les États-Unis entérinent de facto le partage de l’Europe que Staline avait voulu voir dans les accords de Yalta.
Le 12 mai 1949, conscient de son échec, Staline décide de lever le blocus. Le 23 mai 1949, la division de l’Allemagne devient officielle, par la promulgation de la loi fondamentale (Grundgesetz), acte de naissance de la République fédérale d’Allemagne (RFA, Bundesrepublik Deutschland), dont la capitale fédérale est Bonn[25]. Le 7 octobre 1949, la zone soviétique à son tour se constitue en un État souverain[26], la République démocratique allemande (RDA, Deutsche Demokratische Republik), dont la capitale est Berlin-Est. Les deux entités refusent de se reconnaître juridiquement. En 1955, la doctrine Hallstein, élaborée par la RFA, énonce que quiconque reconnaîtrait la RDA couperait, de fait, ses relations diplomatiques avec Bonn, qui s'affirme comme seule représentante légitime de l'Allemagne.
Cette crise diminuera le prestige de l'URSS dans le monde, d'une part à cause de ces images de Berlinois affamés résistant à sa politique de force et d'autre part l'humiliation militaire, et augmentera parallèlement celui des États-Unis aux yeux des Allemands de l'Ouest, leur statut passant de celui d'occupant à celui de protecteur.
Expansion communiste en Asie [modifier]
À la différence de l'Europe, l'extension de la guerre froide à l'Asie n'a pas résulté de politiques volontaristes des deux Grands mais d'évènements initiés par des pays d'Asie eux-mêmes : la Chine, le Vietnam et le Corée[27]. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont clairement établi leur suprématie sur le Japon, dont la reddition brutalement accélérée par les bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki a interdit aux soviétiques de jouer un rôle suffisamment important dans l'effondrement de l'empire japonais pour prétendre jouer un rôle dans la suite. L'avancée des troupes soviétiques dans la petite péninsule de Corée avait toutefois permis de créer les conditions de l'établissement d'un État communiste, la Corée du Nord. En Chine en revanche, Staline a trouvé plus avantageux de s’accommoder du régime nationaliste de Tchang Kaï-chek plutôt que de soutenir fortement la révolution communiste dirigée par Mao Zedong.
En parallèle, se développeront des insurrections communistes en Malaisie et en Indonésie qui n'aboutiront pas.
Victoire des communistes en Chine (1945-1949) [modifier]
La guerre civile entre nationalistes et communistes reprend dès la capitulation japonaise. Le premier théâtre d'opérations est la Mandchourie, que l'Union soviétique a envahi en 1945. Le 15 août, le gouvernement chinois signe un traité d'alliance avec l'Union soviétique, prévoyant le retour de la Mandchourie à la Chine et reconnaissant la souveraineté soviétique à Port-Arthur : les communistes chinois apparaissent isolés politiquement par cette victoire stratégique des nationalistes. Pendant ce temps les États-Unis se posent en médiateurs. Le général Marshall est nommé en novembre 1945 ambassadeur des États-Unis en Chine. Une mission américaine est installée à Yan'an et espère aboutir à la formation d'un gouvernement de coalition communiste-nationaliste. Face à l'échec de plus en plus évident de cette politique, il sera mis fin à cette mission en janvier 1947 et Marshall retournera à Washington pour y prendre la fonction de Secrétaire d'État.
Pendant les pourparlers, un conflit armé éclate dès septembre 1945 : les troupes nationalistes avancent sur la place-forte communiste du Shanxi, afin d'en prendre le contrôle, les troupes communistes ripostent et affrontent les nationalistes jusqu'en octobre, mettant finalement hors de combat treize divisions de l'armée du Kuomintang. S'ensuivent une série de défaites militaires des nationalistes qui aboutiront à la proclamation de la République populaire de Chine le 1er octobre 1949.
Guerre d'Indochine (1946-1954) [modifier]
Après la défaite du Japon, la France va réussir à rétablir fin 1945 son autorité sur la majeure partie de l'Indochine. Simultanément, le 2 septembre 1945, Hô Chi Minh proclame l'indépendance de la République démocratique du Viêt Nam[28]. Après une période de négociations, le conflit éclate avec le bombardement du port d'Haïphong le 23 novembre 1946 par la Marine française. Dès lors, Hô Chi Minh ne jouera plus l'option de la Fédération indochinoise voulue par la France. Le 19 décembre 1946, l'insurrection de Hanoï marque le début de la guerre : le gouvernement de la République démocratique du Viêt Nam déclenche des hostilités dans tout le nord du Viêt Nam, et entre dans la clandestinité.
La guerre durera jusqu'en juillet 1954 avec la chute du camp retranché français de Diên Biên Phu et la signature des accords de Genève qui marqueront la fin de l'Indochine française avec sa partition en deux États, le Viet-Nam du Nord communiste et le Viêt Nam du Sud soutenu par les États-Unis qui vont alors prendre le relai de la France et s'engager progressivement dans ce qui deviendra la guerre du Viêt Nam.
Guerre de Corée (1950-1953) [modifier]
La guerre de Corée[29],[30] a pour contexte la victoire de Mao Zedong sur le nationaliste Tchang Kaï-chek en Chine : la République populaire de Chine est proclamée par Mao le 1er octobre 1949. Les nord-coréens bientôt soutenus par les chinois vont faire pression sur Staline pour qu'il accepte que soit lancée une offensive militaire contre la Corée du Sud. En réaction, les États-Unis vont appliquer leur doctrine d'endiguement, qui s'oppose à l'expansion du communisme par la force, d'autant plus justifiée à leurs yeux dans le cas présent que laisser la Corée du Nord accomplir impunément son agression contre un allié américain augmenterait le risque d'un basculement d'allégeance du Japon qui se retrouverait trop isolé face aux puissances communistes.
Après la défaite japonaise en août 1945, la Corée est coupée en deux au niveau du 38e parallèle : au Sud, la République de Corée, proaméricaine, dirigée par Syngman Rhee, au Nord, la République populaire de Corée, pro soviétique, dirigée par Kim Il-sung.
En 1948 et en 1949, les armées soviétiques et américaines quittent leurs zones d’occupation respectives, de part et d’autre du 38e parallèle.
Le 12 janvier 1950, le secrétaire d’État américain Dean Acheson déclare devant des journalistes que le périmètre de défense des États-Unis comprend les îles Aléoutiennes, les îles Ryūkyū, le Japon et les Philippines. En d’autres termes, la Corée n’en fait apparemment pas partie.
Le 25 juin 1950, l’armée nord-coréenne franchit le 38e parallèle, avec l’accord de Staline, encouragé par les déclarations américaines.
Le 27 juin, les Nations unies condamnent l’agression nord-coréenne et décident de venir en aide à la Corée du Sud. Depuis février 1950, afin de protester contre la présence de Taïwan et non de la Chine populaire, l’URSS boycotte les séances du Conseil de sécurité et n’a donc pas pu mettre son veto à cette résolution. Le général Mac Arthur, le vainqueur du Pacifique, est nommé commandant en chef des forces de l’ONU, formées en majeure partie de contingents américains, mais aussi de troupes britanniques, françaises, australiennes, canadiennes entre autres.
Fin septembre 1950, MacArthur atteint la frontière chinoise.
En octobre, devant l’intervention de 850 000 « volontaires du peuple chinois », en fait des troupes régulières, il doit se replier sur le 38e parallèle, où le front finit par se stabiliser en mars 1951.
Pour remporter la victoire, MacArthur propose alors un plan d'escalade du conflit à Truman : bombardement de la Mandchourie, blocus naval des côtes chinoises, débarquement des forces du général Tchang Kaï-chek en Chine du Sud et, le cas échéant, emploi de l’arme atomique. Truman, qui est convaincu qu’une telle initiative provoquera une intervention soviétique, limoge Mac Arthur et le remplaça par le général Matthew Ridgway.
Le 27 juillet 1953, après la mort de Staline, au bout de deux ans de pourparlers l’armistice est signé à Panmunjeom, mais il ne sera suivi d’aucun traité de paix. Après trois années d'une guerre qui a fait plus d'un million de morts, le conflit s'achève avec une frontière nord-sud-coréenne revenue quasiment au stade initial d'avant-guerre : c'est le statu quo ante bellum.
Consolidation forcée des deux blocs sous contrainte idéologique et politique [modifier]
Les États-Unis comme l'Union soviétique veillent en permanence à ce qu'aucune brèche ne s'ouvre dans leur propre camp, que ce soit par un changement de régime politique résultant de mécontentements populaires ou par des actions politiques ou subversives soutenues de l'extérieur.
Soviétisation de l'Europe de l’Est [modifier]
L'objectif de maintien de la totalité des pays de l'Europe de l'Est sous son contrôle total constitue une préoccupation majeure de Staline, qui va se traduire en quelques années par la soviétisation complète[31] de tous ces pays à l'exception de la Yougoslavie du Maréchal Tito qui en restera à l'écart.
À cet effet, les leaders des partis non-communistes qui refusent de se rallier au régime sont écartés, soit par discréditation ou intimidation, soit par des procès politiques suivis d’emprisonnement voire d’exécution. Le bloc de l’Est est le théâtre de nombreux procès politiques contre des personnes accusés d’être « titistes » (terme qui vient de Tito, dirigeant de la Yougoslavie), accusés de dévier de la politique de Moscou, (donc d'être « déviationnistes »), de « cosmopolitisme » ou de « sionisme », ou de travailler pour l'Occident. De très nombreuses personnes sont emprisonnées ou exécutées, l’immense majorité tout simplement car ils gênent les régimes alors en place alors que plusieurs d’entre eux sont d’authentiques communistes comme László Rajk qui en République populaire de Hongrie est l’une des premières victimes avec 19 autres hommes de ces Grandes Purges en 1949.
Dans la même logique, les insurrections de juin 1953 contre le régime communiste pro-soviétique qui éclatent en République démocratique allemande seront sévèrement réprimées.
Maccarthysme aux États-Unis [modifier]
Pour les États-Unis, ce même objectif se traduit différemment de par un contexte géopolitique différent. En Europe en effet, depuis que les partis communistes ont été écartés du gouvernement en 1947 en France et en Italie, tous les pays d'Europe de l'Ouest s'inscrivent clairement dans la logique du capitalisme avec le plus souvent une dimension sociale importante. C'est sur le sol américain et en premier lieu chez eux que les États-Unis vont mener une lutte contre les sympathisants communistes ou supposés comme tels : ce sera le maccarthisme.
À partir de 1947 les artistes suspectés de sympathies communistes sont placés sur la « liste noire », et empêchés de travailler. Les « dix d'Hollywood », refusant de répondre aux questions en invoquant le premier amendement, sont emprisonnés. La Commission d’enquête de la Chambre des représentants sur les activités antiaméricaines (House Un-American Activities Committee ou HUAC) enquête sur la propagande communiste et fait boycotter 300 artistes par les studios. Des artistes comme Bertolt Brecht, Charlie Chaplin, Jules Dassin et Orson Welles doivent quitter les États-Unis.
Entre 1950 et 1954, le sénateur républicain du Wisconsin, Joseph McCarthy, mène une véritable chasse aux « Rouges ». Il fait mettre en accusation pêle-mêle tous ceux qu’il soupçonne d’être des membres du Parti communiste, des « compagnons de route » ou de simples sympathisants : des fonctionnaires, des artistes, des intellectuels, des savants et des hommes politiques. Le secrétaire d’État Dean Acheson est suspecté d’être « mou dans la lutte contre le communisme » (soft on communism) et George Marshall, l’ancien secrétaire d’État, accusé d’avoir lâché Tchang Kaï-chek en 1946. Ethel et Julius Rosenberg, un couple de juifs communistes américains, sont arrêtés, condamnés à mort et exécutés pour espionnage au profit des Soviétiques. Cette affaire suscite une vive émotion en Europe, et tout particulièrement en France, où l’on dénonce le climat d’hystérie collective qui a entouré le procès. Il est établi aujourd’hui, selon différentes archives et témoignages, que les Rosenberg, en particulier l’époux, sont bien des espions qui ont transféré aux Soviétiques des documents relatifs au radar et à des armements. Ce sont les seuls espions exécutés, suite à une procédure judiciaire, durant la guerre froide, aux États-Unis[32]. Finalement, en 1954, McCarthy dépasse les bornes et met en doute la loyauté de l’armée. Il est alors l’objet d’un blâme de la part de ses collègues du Sénat : c’est la fin du maccarthysme. La liste noire restera cependant en activité pendant plusieurs années.
Contrôle étroit de l'Amérique Latine par les États-Unis [modifier]
En Amérique Latine, que les États-Unis considèrent comme leur zone d'influence exclusive, les régimes en place, souvent de nature dictatoriale, sont soutenus et des actions entreprises contre les régimes se tournant vers le communisme : en 1954, les États-Unis participent au coup d’État au Guatemala qui remplace un gouvernement démocratiquement élu par une dictature (opération PBSUCCESS). Cette politique va cependant connaître un échec majeur à Cuba avec le succès de la la révolution cubaine qui aboutit en 1959 au renversement du régime du dictateur pro-américain Fulgencio Batista par une guérilla amorcée par Fidel Castro et le Mouvement du 26 juillet.
Coexistence pacifique et nouvelles crises sur fond d'équilibre de la terreur (1956-1962) [modifier]
Le 5 mars 1953, Staline meurt. Il est remplacé par une direction collégiale au sein de laquelle les rivalités feront rage jusqu'en 1955, avec pour conséquence l'absence d'une ligne de politique extérieure stable durant cette période de transition. En 1956, le nouveau numéro un soviétique Nikita Khrouchtchev, dit « Mr K », condamne les crimes de Staline, commence le processus de déstalinisation et énonce la coexistence pacifique (1956). La doctrine Sokolovski, énoncée par Khrouchtchev en 1960, réaffirme l'usage soviétique de l'arme nucléaire en cas d'attaque.
Du côté américain, en 1957, Eisenhower énonce la doctrine Eisenhower, qui promet des aides économiques et militaires aux États du Moyen-Orient pour faire front à l'influence soviétique. La doctrine est appliquée lors de la crise de 1958 au Liban, durant laquelle 14 000 militaires américains débarquent au Liban (opération Blue Bat).
Dès 1950, un PB4Y Privateer est abattu par la chasse soviétique. À partir de 1956, les Américains utilisent des U2 volant à plus de 20 000 mètres d’altitude. Mais, lors de l'incident de l'U-2 de mai 1960, l’un d’eux est abattu et son pilote, Francis Gary Powers, est emprisonné à la suite d’un procès très médiatisé. Les Américains créent alors des avions espions de plus en plus perfectionnés, avant de développer un programme de satellites de surveillance (Corona et KH-6).
Durant cette période, les sommets entre les dirigeants américains et soviétiques reprennent après 10 ans d'interruption. Khrouchtchev rencontre Eisenhower en 1955 à Genève, en 1959 aux États-Unis, en 1960 en France et Kennedy en 1961 à Vienne[33]. En effet, le jeune démocrate John F. Kennedy a gagné les élections de 1960.
Il préfère une coexistence pacifique avec l’URSS, mais veut en même temps empêcher le communisme de se répandre dans le tiers monde. Dans le cadre de la doctrine Kennedy, il appelle ainsi à ce que la « force et l'unité militaire requise dans la lutte contre le communisme soient contrebalancées par des espoirs de désarmements et de coopération globale ». Dans ce cadre, il crée « l’Alliance pour le Progrès » (1961), un programme d'aide économique pour aider l’Amérique latine et contrer l'influence de Cuba. Celle-ci se révèle néanmoins plutôt décevante.
De plus, il accroît l’aide américaine au Congo-Kinshasa et envoie des « conseillers militaires » au Laos et au Viêt Nam. Dans le même temps, la doctrine MacNamara de riposte graduée remplace, en 1962, la doctrine Dulles de représailles massives.
Insurrection de Budapest (1956) [modifier]
Le bloc soviétique vit une importante crise cristallisée par la révolte hongroise à Budapest, laquelle mène à une répression soviétique au moment des Jeux olympiques d’été de 1956.
Le mouvement hongrois d’octobre 1956 fut une insurrection, voire une révolution. Ce fut un soulèvement spontané, sans dirigeant, authentique mouvement de masse uni par la haine du régime stalinien et par une volonté d’améliorer la situation sociale. L’enquête menée par le Comité spécial de l’ONU sur la Hongrie en 1957 conclut son rapport en disant que le « soulèvement hongrois a eu un caractère non seulement national, mais aussi spontané ». L’agitation des écrivains, des étudiants et des journalistes prouve une émancipation progressive vis-à-vis du Parti des travailleurs hongrois (le parti unique), ainsi qu’une désagrégation du système totalitaire. Mais l’insurrection hongroise est rapidement écrasée par les chars soviétiques, ceci sans réelle réaction du bloc de l'Ouest[34].
Crise de Suez (1956) [modifier]
Cette crise[35] fait partie de la guerre froide car c'est le propre de ce conflit que de n'assister à aucune bataille directe entre les deux Grands, puisqu’elle est un conflit opposant de manière indirecte les États-Unis et l’URSS.
En 1956, le monde assiste à une guerre entre l’Égypte d’une part, la France, le Royaume-Uni et Israël d’autre part. La France et le Royaume-Uni subissent les pressions des deux superpuissances, lesquelles n’apprécient pas de ne pas avoir été mises au courant de l’opération autour du canal de Suez. L’URSS menace d’utiliser l’arme atomique, car elle y voit une guerre coloniale. Dans ce dossier, les deux grandes puissances adoptent la même position.
Rupture sino-soviétique (1960) [modifier]
La Chine refuse cette politique de coexistence pacifique que Mao Zedong et les autres dirigeants chinois jugent trop conciliante à l'égard de l'Ouest. Les tensions iront en croissant jusqu'à la rupture symbolisée par l'affrontement ouvert des deux grandes nations communistes au cours du Congrès du parti communiste roumain en juin 1960, où Khrouchtchev et le représentant chinois Peng Zhen s’affrontèrent ouvertement. En Europe, la République populaire d'Albanie se détacha du bloc Soviétique et soutint les thèses chinoises. Elle se retira de fait du Pacte de Varsovie.
Deuxième crise de Berlin (1961) [modifier]
Entre 1949 et 1961, 3,6 millions d’Allemands de l’Est transitèrent par Berlin pour passer en RFA. Cette hémorragie démographique était un désastre économique pour la RDA, car c’étaient surtout des ingénieurs, des médecins et des ouvriers spécialisés qui commirent le « délit de fuite » (Republikflucht). En même temps, elle était une catastrophe politique en ce qu’elle portait atteinte à l’image de marque officielle de la RDA.
En novembre 1958, cette situation donna lieu à une crise diplomatique connue sous le nom d'« ultimatum de Khrouchtchev » et dans laquelle furent impliquées toutes les puissances occidentales. En juin 1961, Kennedy et Khrouchtchev se rencontrent à Vienne. Khrouchtchev annonce qu'il va signer un traité de paix avec la RDA, ce qui priverait les États-Unis de leur accès à Berlin-Ouest. Kennedy juge la situation inacceptable et la conférence ne mène à rien. Khrouchtchev envoie son armée devant Berlin-Ouest. Kennedy riposte en étalant les chars américains devant les forces soviétiques et en augmentant le budget militaire américain. Khrouchtchev recule son armée sous la pression.
Le 13 août 1961, la construction du mur de Berlin entre le secteur soviétique et les trois secteurs occidentaux met fin à ce « débauchage systématique de citoyens de la République démocratique allemande »[36]. Mais, étant donné que les autorités est-allemandes et soviétiques ne firent aucune tentative pour bloquer les voies de communication entre la RFA et Berlin-Ouest et que, par ailleurs, Khrouchtchev ne mit pas en question le statut quadripartite de la ville, la réaction des Occidentaux se limita à des protestations verbales et à des gestes symboliques : la visite à Berlin-Ouest du général Lucius D. Clay, l’organisateur du pont aérien, et le renforcement de la garnison américaine par 1 500 hommes. En effet, aux yeux des Occidentaux, la construction du mur ne constituait qu’une agression à l’égard des Allemands de l’Est et ne menaçait pas les three essentials (c’est-à-dire les intérêts essentiels) du bloc de l’Ouest[37].
Crise de Nouvelle-Guinée entre l'Indonésie et les Pays-Bas (1962) [modifier]
En 1962, un conflit peu médiatisé opposant l'Indonésie à son ancienne puissance coloniale, les Pays-Bas au sujet du statut de la Nouvelle-Guinée néerlandaise faillit voir l'entrée en guerre de la marine soviétique au côté de l'Indonésie le 5 août 1962[38]. Cette région fut finalement transférée à l'Indonésie après l'accord de New York.
Crise des missiles cubains (1962) [modifier]
La crise des missiles cubains[39] met plus nettement en évidence la menace d’une guerre nucléaire. En janvier 1959, les guérilleros de Fidel Castro avaient renversé le dictateur Fulgencio Batista, soutenu par les États-Unis. Le nouveau régime prit une série de mesures qui lui valurent l’hostilité croissante de Washington : en 1959, démantèlement des latifundia ; signature d’un accord commercial avec l’Union soviétique en mai 1960, après la réduction des achats de sucre cubain par les États-Unis ; en juin et juillet, confiscation des entreprises nord-américaines, qui contrôlaient, outre la totalité des raffineries de pétrole, 40 % de l’industrie sucrière, 80 % du tabac et 90 % des mines[40].
À titre de représailles, le gouvernement américain, soumis entre autres à la pression des milieux d’affaires, mit en place un embargo économique de l’île en octobre 1960 et, le 2 janvier 1961, il rompit les relations diplomatiques avec La Havane. En même temps, la CIA recrutait des « forces anticastristes » parmi les réfugiés cubains. Au début du mois d’avril, Kennedy donna son accord à un projet d’invasion de l’île, tout en refusant d’engager des troupes américaines et en limitant les effectifs à 1 200 Cubains. Le débarquement, qui eut lieu le 17 avril 1961 dans la Baie des Cochons, fut un désastre. Kennedy se déclare seul responsable, mais, en privé, accuse la CIA de lui avoir menti et de l'avoir manipulé. Le président se brouille avec l'agence. La CIA œuvre désormais clandestinement contre Castro, en collaborant avec la Mafia, ce qui frustra Kennedy.
En juillet 1961, Cuba signifie son appartenance au « bloc socialiste ». Le 4 septembre 1962, le pays conclut un accord d’assistance militaire avec l’Union soviétique et, une semaine plus tard, Moscou déclare que toute attaque contre Cuba provoquerait une riposte nucléaire. Le Congrès américain pour sa part vote le 3 octobre une résolution qui met en demeure contre toute « action subversive dans l’hémisphère occidental ». Kennedy interdit cependant l’opération Northwoods mise au point et proposée par l’état-major, laquelle prévoyait d’orchestrer une série d’attentats contre les États-Unis, puis d’en accuser Cuba afin de mobiliser l’opinion publique contre Castro.
En novembre 1961, les États-Unis déploient 15 missiles Jupiter en Turquie et 30 autres en Italie, lesquels sont capables d'atteindre le territoire soviétique.
Le 14 octobre 1962, un avion américain Lockheed U-2 photographie sur l’île de Cuba des rampes de lancement pour missiles nucléaires à moyenne portée (IRBM et MRBM), capables d’atteindre le territoire américain. En même temps, la Maison Blanche apprend que 24 cargos soviétiques transportant des fusées et des bombardiers Iliouchine font route vers Cuba (opération Anadyr).
Dans la journée du 22, Kennedy, après avoir hésité entre l’inaction et le bombardement des rampes de lancement, se décide pour le blocus maritime de l’île. Cette « riposte graduée », proportionnée à la menace, laisse à Khrouchtchev le choix entre l’escalade ou la négociation: « Si les Etats-unis veulent la guerre, alors, nous nous retrouverons en Enfer! ». Mais Kennedy utilise la plus grande fermeté, afin de forcer Khrouchtchev à reculer. Le 24 octobre, les premiers cargos soviétiques font finalement demi-tour. Moscou ne peut contacter immédiatement les sous-marins armés de torpilles à tête nucléaire (opération Kama) qui accompagnent le convoi avec mission de le protéger (fait qui ne sera révélé qu’en 2001). Entre-temps, un arrangement permettant à Khrouchtchev de sauver la face est négocié en coulisse entre émissaires officieux. Le 26 et le 27 octobre, dans deux messages, le Kremlin propose le retrait des armes offensives ; en contrepartie, les Américains devraient s’engager à ne pas renverser le régime cubain et à retirer leurs missiles nucléaires installés en Turquie, et pointés vers l’URSS. Le 28 octobre, Kennedy accepte ce compromis in extremis. Il demande toutefois de cacher le fait que les États-Unis retiraient leurs missiles de Turquie. Khrouchtchev accepta, et il crut avoir gagné la partie. Or, il avait été dupé. Kennedy avait décidé de retirer les missiles de Turquie bien avant la crise. De plus, la reculade de Khrouchtchev l'a humilié devant Castro, Mao Zedong et les autres chefs communistes. C'est décidément Kennedy qui a gagné la partie, de plus il voit sa popularité et son prestige mondial monter en flèche. Kennedy dira néanmoins après cette crise diplomatique qu'il a « négocié au bord du gouffre ».
Le dénouement de la crise fut un succès politique pour les États-Unis, quoiqu’ils doivent tolérer un pays communiste à l’intérieur de leur « périmètre de défense ». D’autre part, cette « diplomatie au bord du gouffre » avait effrayé « jusqu’aux plus hauts décideurs, au point de les rappeler à un comportement rationnel. »[41] L’installation d’un téléphone rouge, ligne directe entre Moscou et Washington, et l’ouverture de négociations sur la limitation des armements concrétisèrent ce retour à la rationalité. Kennedy, devenu encore plus populaire, change la politique de son pays vers un plan un peu plus pacifique. Mais il n'a pas le temps de mettre en place toutes ses idées : le 22 novembre 1963, en voyage à Dallas, au Texas, Kennedy parade dans les rues de la ville en limousine décapotable. Lors du défilé, il est assassiné en pleine gloire par un tireur d'élite embusqué, et ce devant les yeux horrifiés de la foule. Khrouchtchev, quant à lui, sort très affaibli de la crise. En 1964, il fut remplacé par Brejnev.
« Détente » (1963-1976) [modifier]
Rapprochement entre les États-Unis et l'Union soviétique [modifier]
Au lendemain de la crise des missiles cubains, les États-Unis et l’URSS décident de se rapprocher pour maîtriser, dans un esprit de transparence, un équilibre désormais fondé sur une « destruction mutuelle assurée » (MAD pour Mutual assured destruction en anglais). Dès juin 1963, un « téléphone rouge », liaison permanente par téléscripteur entre le Kremlin et la Maison-Blanche, leur permet de se concerter immédiatement et d’éviter ainsi une diplomatie « au bord du gouffre ».
L'assassinat de John F. Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963 bouleverse la planète, partout les gens pleurent ce jeune président, URSS comprise. Le successeur de Kennedy, Lyndon Johnson, s'engage à poursuivre la détente. Johnson va cependant définitivement engager son pays dans la guerre du Viêt Nam.
Les mobiles de la détente sont multiples. Il y a d’abord à l’évidence la volonté de se dégager d’une course aux armements de plus en plus coûteuse, et absurde en raison de la « capacité de surextermination » (overkill) des arsenaux nucléaires ; par ailleurs, l’URSS est contestée par la République populaire de Chine, la rupture sino-soviétique permettant, dans le cadre d’une diplomatie désormais triangulaire, un rapprochement sino-américain ; en même temps, en raison d’une économie qui stagne, l’URSS a besoin d’une aide extérieure que les États-Unis lient à des accords politiques (le linkage de Henry Kissinger) ; et enfin, les États-Unis, de leur côté, sont engagés dans la guerre du Viêt Nam qui absorbe une part excessive du budget américain : d’où le désir des deux « adversaires-partenaires » (Raymond Aron) d’aboutir à une gestion raisonnable de la guerre froide.
Confronté à une intense agitation intérieure (Convention nationale démocratique de 1968, mouvement hippie, etc.), Nixon énonce la doctrine Nixon en 1968, qui décide une réduction de l'engagement militaire direct du Pentagone dans le monde, celui-ci optant de plus en plus pour un interventionnisme discret, via les forces spéciales, et des « guerres proxy » (par intermédiaire). Dans le même temps, la Realpolitik de Kissinger admet l'existence de l'URSS et le dialogue nécessaire, en même temps de l'usage de la carotte et du bâton. En 1971, la publication des Pentagon Papers choque les Américains, qui découvrent les opérations secrètes de la CIA. Le « Credibility gap » (manque de crédibilité), bien réel celui-là, vient remplacer le « Missile gap » et le « Bomber gap » fortement exagérés par les forces armées américaines[42].
Accords nucléaires [modifier]
En août 1963, les États-Unis, l'Union soviétique et de nombreux pays signent le traité de Moscou, qui interdit les essais nucléaires atmosphériques et sous-marins.
En janvier 1968, par le traité de non-prolifération nucléaire (TNP), issu d’un projet conjoint américano-soviétique présenté à la Commission du désarmement à Genève, ils s’engagent, ensemble avec le Royaume-Uni, à ne transférer ni armes ni technologies nucléaires aux États non dotés d’armes nucléaires (ENDAN).
En mai 1972, les accords SALT I (Strategic Armements Limitation Talks), signés par Nixon et Brejnev, limitent les armements défensifs anti-missiles (ABM) à deux sites pour chacun des deux pays et gèlent pour une durée de cinq ans les armes nucléaires offensives, c’est-à-dire les rampes de lancement fixes pour missiles intercontinentaux (ICBM) et les missiles installés sur sous-marins (SLBM)[43].
« Détente » en Europe (1962-1975) [modifier]
Dans chacun des deux blocs, pro-soviétique et pro-américain, les deux superpuissances sont contestées. Le modèle soviétique est contesté en Europe de l’Est. En août 1968 la Tchécoslovaquie est envahie par les troupes du pacte de Varsovie : le Printemps de Prague prend brutalement fin, la doctrine Brejnev de 1968 qui énonce une « souveraineté limitée » pour les pays du bloc de l'Est justifiant ainsi l'intervention de Moscou.
À l’Ouest, De Gaulle prend ses distances avec les États-Unis et l’OTAN, en se retirant du commandement intégré de l'Alliance atlantique en 1966. La France continue néanmoins à être membre de l'OTAN mais le siège de l'organisation militaire quitte le pays. Autre geste spectaculaire illustrant la politique d'indépendance nationale menée par de Gaulle, la France et la République populaire de Chine annoncent le 27 janvier 1964 l'établissement de relations diplomatiques. Cependant, lors des crises majeures, comme Cuba ou Berlin, la France continuera de faire bloc avec ses alliés de l'Ouest.
En 1969, Willy Brandt devient chancelier de la RFA et engage une politique de rapprochement et d’ouverture à l’Est, l'« Ostpolitik », rompant ainsi avec la doctrine Hallstein de non-reconnaissance de la RDA. Les deux États se reconnaissent mutuellement en 1972 et entrent à l’ONU en 1973.
En 1975, les accords d’Helsinki[44] sont signés par 33 États européens, URSS comprise dans la somme, le Canada et les États-Unis. Les accords doivent permettre la coopération entre les États, la libre circulation des personnes et le respect des droits de l’homme.
République populaire de Chine, troisième Grande puissance [modifier]
La cohésion apparente du « bloc communiste » se fissure à partir de la rupture sino-soviétique, qui voit ces deux régimes s'affronter sur le terrain idéologique et diplomatique.
Le risque d'une guerre entre ces deux géants fut pris très au sérieux lors du conflit frontalier sino-soviétique de 1969. Constatant que Pékin ne pouvait affronter à la fois Moscou et Washington, Mao choisit de se rapprocher des États-Unis. La proximité géographique de l’URSS posait en effet selon lui une menace autrement plus grande que les États-Unis.
Afin d’affaiblir l’Union soviétique, les États-Unis saisissent la balle au bond et se rapprochent de la République populaire de Chine alors qu’elle se lance dans une course aux armements (bombe A le 16 octobre 1964, bombe H le 14 juin 1967). Nixon cherche à isoler davantage l’Union soviétique, surtout dans le tiers monde.
L’équipe de ping-pong des États-Unis fait un voyage en Chine le 10 avril 1971 : c’est la « ping pong diplomacy ». Le 25 octobre 1971, sous la pression des États-Unis, l’ONU reconnaît la Chine populaire qui siège désormais au Conseil de sécurité (76 voix pour, 35 contre, 17 abstentions) à la place de Taïwan, qui quitte l’ONU en signe de protestation. Enfin, le président Nixon, invité par Mao Zedong, se rend en Chine (février 1972).
Malgré l'antiaméricanisme d'une grande partie de l'administration chinoise, les relations stratégiques et économiques avec les États-Unis prennent de plus en plus d'ampleur. Le conseiller à la sécurité nationale du président Carter, Zbigniew Brzezinski, négocie avec Deng Xiaoping pour installer des bases servant au renseignement d'origine électromagnétique (SIGINT) en Chine, afin d'écouter l'URSS[45]. La répression des manifestations de la place Tian'anmen, en 1989, a conduit à freiner cette collaboration.
Limites de la « détente » [modifier]
Les deux Grands sont impliqués dans des conflits importants. Tous deux mènent une lutte d’influence dans les pays du tiers monde : c'est ce que l'on nomme les « conflits périphériques » ou « affrontements indirects ».
De 1964 à 1975, la guerre du Viêt Nam oppose indirectement les grandes puissances. Les États-Unis s’engagent militairement au Viêt Nam à partir de 1962[46].
Les États-Unis soutiennent de nombreux pays indépendamment de leur type de gouvernement (y compris des dictatures), dans le cadre de la doctrine de l'endiguement envers l’URSS, et provoquent ou favorisent plusieurs coups d’État à travers les opérations Ajax, PBSUCCESS et FUBELT (en). En Amérique latine, le régime castriste soutient des guérillas révolutionnaires, qui se soldent par des échecs. Un exemple connu en est la la tentative ratée de révolution menée par Che Guevara (dirigeant cubain) en Bolivie, où il trouvera la mort en 1967.
Guerre du Viêt Nam [modifier]
La guerre du Viêt Nam (aussi appelée « deuxième guerre d'Indochine ») est une guerre qui a opposé de 1959 à 1975, d'une part la République démocratique du Viêt Nam (ou Nord-Viêt Nam) et son armée populaire vietnamienne - soutenue matériellement par le bloc de l'Est et la Chine - et le Front national de libération du Sud Viêt Nam (ou Viet Cong), face à, d'autre part, la République du Viêt Nam (ou Sud-Viêt Nam), militairement soutenue par l'armée des États-Unis à partir de 1964, à la suite des incidents du golfe du Tonkin appuyé par plusieurs alliés (Australie, Corée du Sud, Thaïlande, Philippines). La guerre civile laotienne et la guerre civile cambodgienne sont des conflits annexes s'étant déroulés en parallèle, et sur lesquels la guerre du Viêt Nam a eu un impact décisif.
Seconde guerre froide ou « guerre fraîche » (1975 - 1985) [modifier]
Expansionnisme de l'Union soviétique [modifier]
Profitant du déclin des États-Unis sur la scène internationale du fait de l’humiliation subie au Viêt Nam et de la politique relativement pacifiste du président Carter, l’Union soviétique s'engage davantage, notamment en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, mais aussi en Europe provoquant la crise des euromissiles.
L’Union soviétique se met à déployer de plus en plus d'armes de nouvelle génération menaçant l'avance technologique de l'Ouest. Carter signe cependant le traité SALT II avec Brejnev en juin 1979, négocié depuis 1973 en raison de l’apparition de nouvelles armes qui ne sont par répertoriées dans les catégories définies par SALT I, telles les armes chimiques, les bombes à neutron et les missiles sol-sol[47]. Ces accords prévoient un gel des lanceurs à ogives multiples (MIRV) et un contrôle réciproque des armes nucléaires. Ils ne furent pas ratifiés par le Sénat américain en raison de l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique, les deux parties déclarant toutefois qu’elles en respecteraient les clauses.
Quelques jours après l’invasion de l'Afghanistan par les troupes Soviétiques en décembre 1979, Carter rétorque en exposant la doctrine Carter lors de son discours sur l'état de l'Union de janvier 1980 : la Maison-Blanche déclare alors qu'elle n'hésitera pas à intervenir militairement dans le golfe Persique pour défendre ses intérêts nationaux. Il déclare en outre le boycott des Jeux olympiques de 1980, à Moscou, tandis que les accords SALT II ne sont pas ratifiés. La crise iranienne des otages l'affecte néanmoins durement, et Ronald Reagan gagne les élections, les otages étant libérés immédiatement après.
America is back (1981) [modifier]
Aux États-Unis, discrédité par sa politique internationale jugée désastreuse, Carter est battu aux élections par Ronald Reagan. Sous les présidences de Reagan (1981-1989), puis de George Herbert Walker Bush (1989-1993), les valeurs conservatrices sont remises à l'honneur, comme la morale puritaine. En économie, Reagan suit un programme néolibéral inspiré en particulier par l'École de Chicago (monétarisme de Milton Friedman), tempéré par un creusement considérable des déficits publics.
Les interventions extérieures se développent : à l’extérieur, ils abandonnent la détente, dénoncent l’Union soviétique comme « l’empire du mal » (lors d'une convention nationale d’évangélistes) et donnent aux États-Unis les moyens militaires de « défendre la liberté et la démocratie ». Les interventions directes et indirectes augmentent dans le monde : reprise en main de l'opération Charly menée dans toute l'Amérique latine par la junte argentine, aide aux Contras contre le Nicaragua en 1981-1986 (débouchant sur l'Irangate) et invasion de la Grenade en 1983.
Course aux armements, équilibre de la terreur et rupture [modifier]
Dans un but militaire, plusieurs pays s’équipent de matériel en quantités considérables. À la fin des années 1970, la guerre froide reprend de la vigueur dans le sillage, notamment, de l'invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques et d'une nouvelle affaire de missiles. Après que l'Union soviétique a stationné des missiles nucléaires moyenne portée SS-20 en Europe de l'Est, l'OTAN répond par sa « double décision ». Celle-ci prévoit l'installation progressive de Pershings et de missiles de croisière américains sur le territoire de cinq pays membres de l'OTAN. Les missiles sont déployés malgré l'opposition de l'opinion publique. À l’usure, cette course aux armements, les progrès techniques étant continus, ce fut le poids trop important pris par le budget militaire sur l'économie de l'URSS qui mit fin à cette course.
| OTAN | Pacte de Varsovie | |
|---|---|---|
| Fusées intercontinentales | 1 646 | 2 348 |
| Avions de combat | 11 900 | 12 000 |
| Sous-marins | 224 | 258 |
| Missiles de moyenne portée | 0 | 600 |
| Navires de guerre | 368 | 207 |
| Têtes nucléaires | 14 587 | 9 000 |
| Chars d'assaut | 25 000 | 60 000 |
| Soldats | 5 200 000 | 5 700 000 |
Pendant cette course, ces deux pays ont créé un climat de terreur chez leurs ennemis. Chemin faisant, ils ont démontré qu’ils possédaient un arsenal nucléaire suffisant pour détruire quiconque s’opposerait de façon notable à leurs plans. Étant assuré de leur destruction mutuelle, ils ont maintenu ce qui est appelé l'équilibre de la terreur, c’est-à-dire une situation où personne ne peut gagner suite à un conflit nucléaire[49].
Le 23 mars 1983, Ronald Reagan annonce le projet Initiative de défense stratégique (IDS) ou « guerre des Étoiles » : les États-Unis seraient protégés des armes nucléaires par un « bouclier spatial » très coûteux qui les dévierait. L’Union soviétique ne peut pas suivre, abandonne la course aux armements et consent à négocier. Clinton renoncera à l’IDS en 1993 et c’est George W. Bush qui le réalisera (décembre 2001).
Voici les forces nucléaires stratégiques des deux supergrands en 1990, les armes tactiques n'étant pas comptabilisées[50]. Les Troupes des missiles stratégiques détenant la majorité de l'arsenal de l'armée soviétique, tandis que Strategic Air Command américain contrôle les escadres de bombardiers et les ICBM basés au sol tandis que des dizaines de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins étaient en service de part et d'autre.
| Date | ICBM, SLBM et bombardiers lourds | ICBM lourds | Ogives (ICBM, SLBM et bombardiers lourds) | Ogives (ICBM et SLBM) | Ogives (ICBM sur lanceurs mobiles) | Ogives (ICBM lourds) | Puissance (ICBM et SLBM) (Mt) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Limites imposées par START-1 | |||||||
| 31 juillet 1991 | 1 600 | 154 | 6 000 | 4 900 | 1 100 | 1 540 | 3 600 |
| 1er septembre 1990 | 2 246 | 0 | 10 563 | 8 210 | 0 | 0 | 2 361,3 |
| 1er septembre 1990 | 2 500 | 308 | 10 271 | 9 416 | 618 | 3 080 | 6 626,3 |
Guerres en Afrique [modifier]
En Afrique, des guerilleros communistes prennent le pouvoir après 1975 dans les pays nouvellement indépendants de l'ancien empire colonial portugais (Angola, Mozambique…) et entament des actions militaires en direction de l'Afrique du Sud avec l'appui de l'armée cubaine, ce qui entraîne de véritables batailles rangées notamment en Namibie. En Éthiopie, l'armée soviétique et les forces cubaines interviennent contre les mouvements luttant contre la dictature de Mengistu Haile Mariam à partir de 1976. Des actions de déstabilisations sont parfois contrecarrées, comme le sauvetage de Kolwezi par l'armée française.
Crise des Euromissiles [modifier]
Cette période est marquée par l’expansion de l’URSS et de son influence dans de nouveaux territoires, notamment en Europe, avec le renforcement du pacte de Varsovie. Cette expansion entraîne la crise des euromissiles de 1979 à 1985 : l’OTAN installe des missiles de croisière et des Pershing II pour faire contrepoids aux missiles SS-20 soviétiques.
Cela entraîna de grandes manifestations pacifiques, soutenues par les partis communistes dans les pays concernés dont un slogan « Plutôt rouge que mort » ((de) Lieber rot als tot) entraîna, en autres, cette phrase du président français François Mitterrand au Bundestag : « Le pacifisme est à l'Ouest, les missiles sont à l'Est. »
Malgré les pressions, ces missiles seront finalement installés à partir de novembre 1983 et devant le fait accompli, l'URSS entama des négociations qui donneront lieu à l'accord américano-soviétique du 27 mai 1988 sur l'élimination des missiles nucléaires de portée intermédiaire des arsenaux des deux États.
Problème de la Pologne [modifier]
La Pologne joue un grand rôle dans l’affaiblissement de l’Union soviétique et la chute du bloc de l’Est :
- Le 16 octobre 1978, Karol Wojtyła est élu 262e pape sous le nom de Jean-Paul II. Polonais, il est le premier pape non italien depuis Adrien VI († 1523). S’impliquant sur la scène internationale, il va lutter activement contre le communisme ;
- Le 31 août 1980, l'ouvrier de chantier naval Lech Wałęsa, co-crée le syndicat Solidarność, soutenu par les Occidentaux qui désapprouvent la mise en place du régime très dur du général Wojciech Jaruzelski, soutenu par l’Union soviétique, à Varsovie (13 décembre 1981).
Première guerre d’Afghanistan (1979-1989) [modifier]
En 1978, les communistes s'emparent du pouvoir en Afghanistan à la suite de l'assassinat du président Daoud Khan, qui avait lui-même déposé le roi Zaher Shah en 1973. Les islamistes afghans entrent en conflit avec le pouvoir en place. Le 3 juillet 1979, Carter signe l'autorisation mettant en place le programme afghan d'aide militaire et financière aux moudjahidins afghans, escomptant ainsi, sur les conseils de Brzezinski, provoquer l'URSS à envahir l'Afghanistan[51],[52]. Le 27 décembre 1979, Moscou envoie son armée, inaugurant la première guerre d’Afghanistan. Les États-Unis s’impliquent dans ce conflit en alimentant sur place la résistance antisoviétique avec l'aide de la République populaire de Chine, de l'Égypte, de l'Arabie saoudite et les services de renseignement de plusieurs pays ouest-européens, en finançant et en proposant une formation militaire à des groupes de moudjahiddin, « guerriers saints » islamistes résistant à l’occupant soviétique. Les armées de l’URSS se retirent de l’Afghanistan en février 1989.
Œuvre de Gorbatchev : de la « nouvelle détente » à la fin du bloc soviétique (1985-1991) [modifier]
Le 11 mars 1985, après la mort de Konstantin Tchernenko, Mikhaïl Gorbatchev (âgé de 54 ans) arrive au pouvoir en URSS. Il lancera peu après les politiques de glasnost (transparence) et de perestroïka (restructuration).
Recherche du désarmement [modifier]
Gorbatchev veut sortir son pays de la guerre froide ruineuse pour l’Union soviétique qui y consacre environ 16 % de son PNB contre 6,5 % pour les États-Unis (M. Vaïsse, 2004). La première rencontre officielle entre Gorbatchev et Ronald Reagan a lieu lors du sommet de Genève en octobre 1985. Les deux dirigeants conviennent de se rencontrer à l'avenir pour discuter du désarmement ; le sommet se caractérise par le début d'une nouvelle détente manifeste entre les deux supergrands. Un accord écrit est signé à Genève en prévision d'une future réduction bilatérale de 50 % des arsenaux nucléaires, et certains évoquent dès à présent une nouvelle phase de Détente. Les 11 et 12 octobre 1986, Ronald Reagan et Gorbatchev se rencontrent à Reykjavik, ce qui inaugure une nouvelle « détente » marquée par la reprise du dialogue, interrompu en 1979 : les États-Unis refusent d’abandonner l’IDS, mais un accord est presque conclu sur la diminution des armes stratégiques, tandis que Gorbatchev évoque la « maison commune européenne », dénucléarisée et neutralisée. Ainsi, le 8 décembre 1987, à Washington, Reagan et Gorbatchev décident d’éliminer tous les missiles présents en Europe dans un délai de trois ans : c’est l’« option zéro », premier réel traité de désarmement :
- L’Europe est vidée des missiles nucléaires des deux Grands ;
- C’est la fin de la « crise des euromissiles » ;
- C’est la fin de la course aux armements (même si 4 % des têtes nucléaires seulement ont disparu).
Chute des régimes communistes en Europe [modifier]
Le 7 décembre 1988, à la tribune de l’ONU, Gorbatchev annonce la réduction des forces armées soviétiques en RDA, Hongrie et Tchécoslovaquie, ce qui signifie la fin de la « doctrine de souveraineté limitée » : l’Union soviétique se désengage de l’Europe de l’Est. Ce discours inaugure la « Révolution de velours », c’est-à-dire la transition douce des pays de l’Europe de l’Est entre un régime de type soviétique et un régime démocratique multipartiste par de nouvelles lois constitutionnelles de 1988 à 1990, avec des manifestations populaires, mais sans guère de combats ni de sang versé. Dès 1990, les républiques baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) proclament leur souveraineté. Moscou réagit en envoyant des troupes, mais choisit de les retirer devant les protestations internationales ; en juin 1991, Le Conseil d'assistance économique mutuelle (Comecon), une des deux principales organisations du bloc de l'Est, se dissout officiellement. En RDA, les habitants commencent à migrer vers la RFA par la Hongrie libre (été 1989). Puis, sous la pression de la population, le Mur de Berlin chute le 9 novembre 1989 et l’Allemagne sera réunifiée l’année suivante (3 octobre 1990). En République socialiste de Roumanie, le régime autocratique de Nicolae Ceaușescu est le dernier à tomber, le 26 décembre 1989 et le dictateur est exécuté ainsi que sa femme. En 1990, Gorbatchev obtient le prix Nobel de la paix.
Règlement des conflits périphériques [modifier]
Peu à peu, du fait du désengagement de l’Union soviétique et de la fin de la menace communiste, un vent de liberté souffle sur le monde et plusieurs conflits périphériques se règlent. Par exemple, les troupes du Viêt Nam quittent le Cambodge (29 septembre 1989) et les troupes cubaines quittent l’Angola et le Nicaragua. Beaucoup de dictatures d’Amérique latine, soutenues par les États-Unis comme rempart contre la tentation communiste, tombent : Argentine (1983), Brésil (1985), Paraguay (1989), Chili (1990). En Afrique du Sud, Nelson Mandela est libéré (12 février 1990), ce qui va mettre fin à l’apartheid (1991). En Afghanistan, l’Armée rouge quitte le pays (1988-1989) mais la guerre civile se poursuit entre les islamistes modérés du commandant Massoud et les islamistes durs soutenus par le Pakistan. Dans la guerre Iran/Irak (1980-1988), l’Occident arme officiellement l’Irak, et fournit l’Iran en cachette. L’Union soviétique soutient les deux camps. Le 20 août 1988, l’ONU parvient à un cessez-le-feu sans qu’il n’y ait un réel vainqueur. Cependant, au Liban, les accord de Taëf soumettent le pays à la Syrie. Dans le conflit israélo-palestinien, alors que la première Intifada bat son plein, des négociations secrètes sont menées.
Implosion de l'Union soviétique [modifier]
Dans le contexte de la glasnost (« transparence ») et de la perestroïka (« restructuration ») et d’une tentative de démocratisation de l’Union soviétique, son implosion se fait en cinq grandes étapes :
- Le 12 juin 1991, la République socialiste fédérative soviétique de Russie qui a élu Boris Eltsine à sa présidence, bien que Gorbatchev ait tout fait pour éviter cette élection, proclame à son tour sa souveraineté (8 juin 1991) ;
- Le 1er juillet 1991, l'autre principale organisation, le pacte de Varsovie est officiellement dissous suite au retrait des démocraties populaires est-européennes.
- Le 18 août 1991, des tenants de la ligne dure tentent le putsch de Moscou contre Gorbatchev qui est séquestré quelques jours dans sa datcha en Crimée. Des manifestations s’opposent à ce putsch, et Eltsine réussit à rétablir la situation. Les autres républiques quittent l’Union soviétique d'août à décembre 1991 ;
- Le 8 décembre 1991, par les accords de Minsk en Biélorussie, constatant que « l’URSS n’existe plus », 11 ex-républiques socialistes soviétiques fondent la Communauté des États indépendants (CEI), qui est confirmé à Alma-Ata (Kazakhstan) quelques jours plus tard (21 décembre 1991) ;
- Le 25 décembre 1991, président d’un État qui n’existe plus, Gorbatchev est contraint de démissionner.
Fin de la guerre froide [modifier]
En décembre 1989, après avoir rencontré Gorbatchev à Malte George Herbert Walker Bush, nouveau président des États-Unis, annonce la fin de l’affrontement Est/Ouest, c’est-à-dire de la guerre froide et de la bipolarisation du monde[54]. L'OTAN et le Pacte de Varsovie entament le démantèlement aussi bien de leur arsenal nucléaire que de leurs forces de frappe conventionnelles. Dès novembre 1991, le Conseil de coopération nord-atlantique est mis sur pied, un organe de concertation entre l'OTAN et les anciens pays membres du Pacte de Varsovie fraîchement dissous. Six ans plus tard, l'OTAN et la Russie signent un traité de coopération et de sécurité. Néanmoins, l'affrontement, parfois appelé « guerre tiède », se poursuit au niveau de la guerre économique (notamment le contrôle de zones économiques stratégiques, en particulier les sources et circuits énergétiques) ou de la lutte d'influence via le soft ou le hard power entre les Américains et les Russes en Europe orientale, comme le montre la deuxième guerre d'Ossétie du Sud en 2008, cet affrontement s'étant renforcé depuis la guerre contre le terrorisme[55].
Notes et références [modifier]
- (en) George Orwell, « You and the Atomic Bomb (article publié le 19 octobre 1945 dans Tribune à Londres » [ Site de référence]
- André Fontaine, Histoire de la guerre froide. I. De la révolution d'Octobre à la guerre de Corée (1917-1950), p. 8, Points Histoire, 1983
- (en) Bernard Baruch, « Discours de Bernard Baruch le 16 avril 1947, décrivant la situation internationale en termes de « guerre froide » (cold war) » [ Site de référence]
- (en) Walter Lippman (revue Foreign Affairs - printemps 1987), « Essai de Walter Lippman sur la guerre froide, en réponse à George Kennan » [ Site de référence]
- R. Aron, Les Conventions de la guerre froide dans Une histoire du XXe siècle, Plon, 1996, p. 255
- (en) John Lewis Gaddis, We know now: Rethinking Cold War History, Oxford University Press, 1997, 425 p. (ISBN 978-0-19-878071-7), p. 27 Cold War Empires: Europe
- Georges-Henri Soutou, La Guerre froide 1943-1990 : 1943-1990, Librairie Arthème Fayard / Pluriel, 2010, 1103 p. (ISBN 978-2-8185-0127-6), p. 374-379 La mort de Staline et les problèmes de l'URSS
- Georges-Henri Soutou, La Guerre froide 1943-1990 : 1943-1990, Librairie Arthème Fayard / Pluriel, 2010, 1103 p. (ISBN 978-2-8185-0127-6), p. 374 La « première détente »
- Benoît Falaize, L'URSS et la CEI depuis 1945, Le Seuil, 1997
- Communiqué final de la conférence de Yalta
- Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1er livre, 1835.
- Un des aspects les plus terrifiants de la guerre froide fut la course aux armements entre les États-Unis et l’URSS ; Armement nucléaire
- (en) Sean M. Lynn-Jones, Nuclear Diplomacy and Crisis Management, The MIT Press, 1990, 347 p. (ISBN 0-262-62078-2), p. Pages 3-27 The essential irrelevance of Nuclear Weapons
- Heinrich A. Winkler, Histoire de l’Allemagne, XIXe ‑ XXe siècle, Fayard, 2000, p. 565
- Christine Ockrent, Alexandre de Marenches, Dans le secret des princes, Stock, 1986, p. 86
- Avec un succès très limité : en novembre 1946, d’après un sondage en zone américaine, 37 % d’Allemands estimaient que « l’extermination des Juifs, des Polonais et d’autres « non-Aryens » était indispensable à la survie du peuple allemand » et, en 1952, 25 % des Allemands de l’Ouest admettaient avoir « une opinion favorable » sur Hitler. (Voir Tony Judt, Postwar – A History of Europe since 1945, Pimlico, 2005, p. 58)
- J. Loftus, L’Affreux Secret : quand les Américains recrutaient des espions nazis. De Gehlen à Barbie, Plon, Paris, 1985
- Voir notamment E. J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes, Éditions Complexe, 1994.
- L’organisation du bloc occidental sur le plan économique
- Le secrétaire adjoint à l’économie, Will Clayton, l’exprimait ouvertement : « Disons, sans tourner autour du pot, que nos objectifs ont pour arrière-plan les besoins et les intérêts des États-Unis. Nous avons besoin de marchés, de gros marchés, pour y acheter et pour y vendre. » Le Monde diplomatique, février 1992, p. 4
- L’organisation du bloc occidental sur le plan militaire
- Rapport IC 2000 (Interception Capabilities 2000) publié pour le Parlement européen par le Bureau d'évaluation des options techniques et scientifiques (STOA), et publié et traduit in Duncan Campbell, Surveillance électronique planétaire, éditions Allia, Paris, 2005, p. 17-24 spécifiquement sur l'UKUSA et p. 37
- Duncan Campbell, op.cit., p. 42-45
- L’affrontement des grandes puissances et la dissolution des blocs, Georges COUMES
- (en) The Basic Law of the FRG (23 May 1949), sur CVCE - Centre Virtuel de la Connaissance sur l'Europe Site de référence
- (en) Announcement of the Impending Establishment of the German Democratic Republic (October 7, 1949), sur German History in Documents and Images Site de référence
- (en) John Lewis Gaddis, We know now: Rethinking Cold War History (A Council on Foreign Relations Book), Oxford University Press, 1997, 425 p. (ISBN 978-0-19-878071-7), p. pages 54 à 84 Cold war empires: Asia (chapitre 3)
- (fr) Déclaration d'indépendance de la République démocratique du Vietnam, sur CVCE - Centre virtuel de la connaissance sur l'Europe Site de référence
- La Guerre froide, Les points de tension
- La guerre froide a créé en Corée, comme en Allemagne, deux États. Le 38e parallèle de latitude N sépare la Corée du Nord, dictature pro-soviétique, de la Corée du Sud démocratie pro-occidentale. La guerre qui s’y déroule entre 1950 et 1953 fait suite à la victoire, en Chine, de Mao, qui soutient le gouvernement nord-coréen. La Corée
- (en) Melvyn P. Leffler et Orne Arne Westad, The Cambridge History of the Cold War : Volume 1 Origins, Cambridge University Press, 2010, 643 p. (ISBN 978-110760229-8), p. Volume 1 - Chapitre 9 The Sovietization of Eastern Europe
- cf. S. Courtois, La Vérité sur l’affaire Rosenberg, L’Histoire, septembre 2004
- 1) Des éléments nouveaux dans les rapports est-ouest Un dialogue plus ouvert
- Johanna Granville, (Le Premier Domino)The First Domino: International Decision Making During the Hungarian Crisis of 1956, Texas A & M University Press, 2004. ISBN: 1585442984.
- La crise du canal Suez
- Déclaration du Conseil des ministres de la RDA, citée par Heinrich A. Winkler, Histoire de l’Allemagne, Fayard, 2000, p. 625
- ibid.
- Sous-marins soviétiques et US Navy, Alexandre Mozgovoï, Marines éditions, 2003, (ISBN 2909675947), p. 45-46
- Cuba - Castro, communisme et crise des missiles
- Bernard Droz et Anthony Rowley, Histoire générale du XXe siècle, Éditions du Seuil, 1987, tome III, p. 218
- E. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes, Éditions Complexe, 1994, p. 308
- Dwayne A. Day, Of myths and missiles: the truth about John F. Kennedy and the Missile Gap, The Space Review, 3 janvier 2006
- En 1968, les États-Unis et l’URSS engagent des négociations sur la limite d’armes stratégiques (Strategic Arms Limitations Talks). Les accords SALT.
- Le 30 octobre 1973, des pourparlers commencent à Vienne entre 12 pays de l’OTAN et 7 du pacte de Varsovie en vue de la réduction mutuelle des forces et armes stationnées en Europe centrale. Deux ans plus tard tous les pays d’Europe, sauf l’Albanie, participent à la conférence d’Helsinki sur la sécurité et la coopération en Europe. Elle aboutit aux accords d’Helsinki, signé le 1er août 1975. Ils sont souvent considérés comme le point culminant de la détente. …Les accords d’Helsinki
- «Nous avons fait le choix de tout savoir», entretien avec Zbigniew Brzezinski, par Vincent Jauvert, dans Le Nouvel Observateur no 1779, 10 décembre 1998
- Le Viêt Nam du nord est un régime communiste qui possède l’aide de l’URSS. Le Viêt Nam du sud est à la base une démocratie, mais son gouvernement est dictatorial, il est appuyé par les États-UnisLa guerre du Viet-Nam
- Les accords SALT.
- Manuel d'histoire franco-allemand, terminales L/ES/L, Nathan, 2006
- Pour la première fois dans l’histoire, l’humanité avait le potentiel de se détruire. La peur régnait à travers le monde, autant dans les pays producteurs que les pays spectateurs Armement nucléaire - Destruction de l’environnement au profit de la défense
- (en) START au 1er septembre 1990, fas.org
- « Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes… », entretien avec Brzezinski dans Le Nouvel Observateur, n°1732, 15 janvier 1998
- Chalmers Johnson, The Largest Covert Operation in CIA History, History News Network, 6 septembre 2003
- discours de Reagan "Tear down this Wall!" sur Youtube, 12 juin 1987.
- Dans son discours sur l'état de l'Union du 28 janvier 1992, il déclare : « Grâce à Dieu, les États-Unis ont gagné la guerre froide ; un monde jadis divisé en deux camps armés reconnaît aujourd’hui la supériorité d’une seule puissance : les États-Unis ; cette constatation n’inspire aucune peur car le monde a confiance en notre nation et il a raison. »
- Russie-USA : la guerre tiède, sur L'Alsace, 9 juillet 2010
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Sophie Chautard, L'Indispensable des conflits du XXe siècle, Levallois-Perret, Studyrama, 272 p.
- Pierre du Bois de Dunilac, «Guerre froide, propagande et culture (1945-1953)», Relations internationales, n° 115, 2003, p. 437-454
- Pierre du Bois de Dunilac, «Cold War, culture and propaganda, 1953 to 1975», in, Wilfried Loth and Georges-Henri Soutou (eds), The Making of détente, Eastern and Western Europe in the Cold War, 1965-75, Londres et New York, Routledge, 2008, p. 9 à 24.
- André Fontaine, La Guerre froide, 1917-1991, Paris, La Martinière, 2006, 572 p.
- André Fontaine, Histoire de la guerre froide, en deux tomes Fayard 1967, réédition Le Seuil, 1983 :
- 1. De la révolution d'octobre à la guerre de Corée ;
- 2. De la guerre de Corée à la crise des alliances. 1950-1971;
- René Girault, Robert Frank, Jacques Thobie, La Loi des géants, 1941-1964 : Histoire des relations internationales contemporaines, III, Paris, Payot et Rivages, 2005, 541 p.
- Granville, Johanna (Le Premier Domino)The First Domino: International Decision Making During the Hungarian Crisis of 1956, Texas A & M University Press, 2004. ISBN: 1585442984.
- Granville, Johanna (Imre Nagy autrement connu sous le nom de l'espion 'Volodya') "Imre Nagy aka 'Volodya' - A Dent in the Martyr's Halo?", Cold War International History Project Bulletin, no. 5 (Woodrow Wilson Center for International Scholars, Washington), printemps 1995, p. 28, et 34-37.
- Granville, Johanna, "Radio Europe Libre et la révolution hongroise" "Caught With Jam on Our Fingers”: Radio Free Europe and the Hungarian Revolution in 1956” Diplomatic History, vol. 29, n° 5 (2005): p. 811-839.
- Granville, Johanna, "Documents d'archives soviétiques sur la Hongrie" "Soviet Archival Documents on the Hungarian Revolution, 24 October - 4 November 1956", Cold War International History Project Bulletin, n°5 (Woodrow Wilson Center for International Scholars, Washington), printemps 1995, p. 22-23, 29-34.
- Jeannesson, Stanislas, La Guerre froide, La Découverte, Paris, 2002, 123 p.
- Lewkowicz, Nicolas, The German Question and the Origins of the Cold War, IPOC, Milan, 2008 ISBN: 8895145275.
- Lilly Marcou, La Guerre froide, l’engrenage, Bruxelles, Éditions Complexe, 1987, 275 p.
- Luc Mary, Les derniers secrets de la Guerre froide, éditions de l'Opportun, 2013.
- Georges-Henri Soutou, La Guerre de Cinquante Ans. Les relations Est-Ouest. 1943-1990, Fayard, 2001. Réédité en poche sous le titre : La Guerre froide. 1943-1990, Hachette/Fayard, coll. Pluriel, 2011 avec une postface de l'auteur.
- Maurice Vaïsse, Les Relations internationales depuis 1945, Armand Colin, 3e éd., 2003, 257 p.
- Michel Winock (éd.), Le Temps de la guerre froide. Du rideau de fer à l'effondrement du communisme. Paris, Seuil, 1994, collection Points-Seuil (recueil d'articles publiés dans le magazine L'Histoire).
Articles connexes [modifier]
- Antiaméricanisme
- Anticommunisme
- Bloc de l'Est
- Chronologie de la guerre froide | Historiographie de la guerre froide, (en) (Historiography of the Cold War)
- Chute des régimes communistes en Europe
- Conférences internationales lors de la guerre froide
- Course aux armements nucléaires
- Désarmement nucléaire
- Parapluie nucléaire
- Liste des alliances internationales de la guerre froide
- Plan Marshall
- Gehlen Org, OSS et CIA
Liens externes [modifier]
- De la coexistence pacifique aux paroxysmes de la guerre froide (1953-1962), cvce.eu
- (en) Cold War International History Project, Woodrow Wilson International Center for Scholars
- Les véritables raisons de la destruction d'Hiroshima, Infonucléaire
- La CIA et M. Gorbatchev, par le général Vernon Walters, diploweb.com
- La guerre froide, guerrefroide.net
- Amicale des anciens de la mission militaire française de liaison près du haut commandement soviétique en Allemagne, mmflpotsdam.free.fr
