Adam Dollard des Ormeaux

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Statue de Dollard des Ormeaux au parc Lafontaine

Adam Dollard des Ormeaux est un héros de la Nouvelle-France né en 1635 en France (à Ormeaux, en Île-de-France) et mort à la Bataille de Long Sault, en Nouvelle-France, en . Il est considéré comme l'un des sauveurs de la Nouvelle-France[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

C'est en 1658, à l'âge de 22 ans, que Dollard des Ormeaux arriva en Nouvelle-France. Il est le commandant de la garnison du Fort Ville-Marie (coin des rues Mills et des Commissaires). Le Sieur Paul Chomedey de Maisonneuve le recrute et lui concède également une terre de 30 arpents pour qu'il s'établisse en ces lieux. Concernant ce terrain situé à l'est de l'île (Situé aujourd'hui dans l'axe des rues Parthenais et Fullum près du fleuve), en 1659, Dollard se mettra en société avec M. Picoté de Belestre, en vue d'en assurer plus vite le défrichement et la culture. Selon des contemporains, Adam Dollard des Ormeaux est un homme de «mise et de conduite» et selon M. de Casson, il aurait déjà exercé «quelque commandement dans les armées de France». Ce nouveau venu, peu intéressé par l'agriculture, rêve plutôt de gloire et d'aventure. On raconte que Dollard était pressé de partir pour refaire sa vie en Amérique, à cause d'un duel.

Le 18 novembre 1657, il signait un acte notarié. En 1658, sa fortune se montait à 85 livres et 20 sous. Le 4 octobre 1658, il devient le parrain de la fille de Lambert Closse (Selon Marie de l'Incarnation, sœur Ursuline : Lambert Closse et Charles Le Moyne sont des amasseurs de fourrures).

Le nom du jour férié québécois "Fête de Dollard-des-Ormeaux" a été changé pour la "Journée nationale des Patriotes" (lundi précédant le 25 mai). En Ontario français, "Fête de Dollard" est toujours utilisé par les Franco-ontariens en dépit du nom officiel de ce même lundi, "Fête de la Reine" ("Victoria Day" en anglais), officiellement reconnu par le gouvernement de l'Ontario.

L'invasion de 1660[modifier | modifier le code]

Depuis 1657, les Iroquois et les Français sont de nouveau en guerre ouverte.

À cause de la présence iroquoise dans les environs, les canots de traite évitent l'île de Montréal. En conséquence, la petite colonie de Ville-Marie souffre d'une pénurie de fourrures, et ses profits sont minces.

Tout commença lorsqu'un prisonnier iroquois, torturé (par les Hurons, selon certains auteurs[réf. nécessaire]), fit office de délateur et confia aux Français que les Iroquois planifiaient depuis l'automne 1659 une invasion de la Nouvelle-France dans une optique de vengeance. Le plan débutait à Montréal, puis aux Trois-Rivières et devait se terminer par la destruction de Québec.

Selon Jean Valet, l'un des compagnons d'infortune, l'audacieux projet était de « courir sur les petites bandes iroquoises descendant la rivière des Outaouais, afin de capturer le produit de leur chasse hivernale »[réf. nécessaire].

Le 15 avril 1660, Dollard signe un billet informant qu'il doit à M. Jean Aubuchon la somme de 45 livres, en plus de 3 livres comme intérêts, et qu'il devra rembourser à son retour. Cette petite somme devait servir à financer l'expédition (vivres, poudre, balles de plomb, etc.).

Avant de partir, tous ces volontaires font leur testament, se confessent et communient dans la petite chapelle de l'Hôtel-Dieu, selon l'usage du temps, avant de monter vers l'ennemi. Et tous formulent ce serment : « Je jure de combattre jusqu'à la mort et de ne jamais reculer devant l'ennemi ».

Ainsi devant la menace d'une invasion iroquoise de la Nouvelle-France, Dollard et son petit groupe de 16 volontaires de condition modeste (cultivateurs, artisans, etc.) partirent de Ville-Marie la première fois le 19 avril. Ils rencontrent, près de l'île Saint-Paul (maintenant l'Île-des-Sœurs) deux canots ayant une quinzaine d'Onnotangués et trois prisonniers français. Il y a escarmouche, quelques Iroquois meurent et les autres prennent la fuite, mais causent la perte des 3 Français. La troupe retourne à Ville-Marie pour les obsèques de ceux-ci. Second départ le 22 avril pour se rendre en un lieu appelé le « fort du sault de la chaudière » (appelé « Quenechouam » avant la venue de Champlain. En 2004, Thomas E. Lee, historien et archéologue, affirme qu'il a découvert le site du fortin au pied du premier des rapides du Long-Sault, à 8 km à l'est de la ville de Hawkesbury, en Ontario).

Ils traversent le lac des Deux-Montagnes et remontent l'Outaouais, passent les rapides de Carillon, puis les rapides de la chute à Blondeau, pour arriver jusqu'au Sault de la Chaudière. Ils viennent s'embusquer au pied du Long-Sault.

La bataille du Long-Sault[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Long Sault.

Ils arrivent le samedi dans cet ancien avant-poste algonquin déserté depuis longtemps et délabré composé de troncs d'arbres (sans porte ni bastion). Après avoir renforcé la palissade, il s'installa avec ses compagnons en attendant l'attaque imminente. Ces derniers, portant une lettre de M. de Maisonneuve, furent rejoints rapidement par quelque 40 Hurons (dont beaucoup de jeunes) et quatre Algongins partis des Trois-Rivières.

Le 2 mai, deux canots d'éclaireurs iroquois, dont le nombre est incertain, mais situé entre 4 et 15, furent aperçus, Dollard planifia une embuscade un peu plus loin au portage de la rivière; celle-ci fut un demi-succès, car quelques-uns se sauvèrent à travers bois et avertirent les guerriers qui suivaient. Par contre, celle-ci était une prémisse à l'attaque de plus en plus imminente. C'est alors plus de 50 canots iroquois qui vinrent, soit plus de 300 Iroquois qui attaquèrent le fort, fusil à la main (mousquet à mèche). Les assiégés tuèrent le chef tsonnontouan et quelques jeunes lui coupèrent la tête et l'érigèrent en trophée au bout d'un pieu sur la palissade[réf. nécessaire].

Devant le danger, les Français et les Hurons se tapirent dans le fort avec vivres et munitions, mais sans eau. Ils repoussèrent les nombreuses vagues d'Iroquois qui tentèrent de détruire le fort. Face à celles-ci, les Français se démarquèrent en suprématie.

Suite aux nombreuses attaques infructueuses, les Iroquois assiégèrent le fort, fusil à la main. Ils dépêchèrent un canot pour aller chercher les cinq cents guerriers qui les attendaient aux îles du Richelieu. Ils furent rejoints cinq jours plus tard par 450 Agniers et 50 Oneiouts, tous Iroquois. Une trentaine de Hurons désertèrent alors pour se joindre aux Iroquois face à l'ampleur de l'assaut. Les autochtones sous le régime français n'ayant pas droit aux fusils, ceux-ci se sentirent grandement désavantagés.

Une grenade artisanale destinée aux Iroquois a vraisemblablement causé la défaite des Français[réf. nécessaire], et Dollard périt à ce moment. Les survivants, blessés, furent torturés ou menés au bûcher (tradition ancestrale pour les guerriers iroquois). Néanmoins, les Iroquois ayant perdu un très grand nombre d'hommes (environ 80) contre de toutes petites pertes françaises renoncèrent à leur invasion de la Nouvelle-France.

Ce fut le 14 mai que les Montréalistes apprirent le sort du groupe. "Elle leur est parvenu par la bouche brûlée d'un Huron nu, blessé et affamé, Satiatontawa, qui avait faussé compagnie à ses geôliers iroquois "dès la première nuit de sa prise"(p. 78 Dollard, ses compagnons et ses alliés). Il y a eu chez les Français 12 tués, 4 torturés à mort et 1 évadé.

Dollard des Ormeaux est donc célèbre pour avoir repoussé avec une poignée d'hommes l'invasion iroquoise de 1660. Toujours est-il qu'à court terme, le raid de Dollard a eu pour effet de détourner de leur objectif pendant un certain temps les hordes iroquoises, permettant ainsi aux colons de faire les moissons et d'échapper à la famine, et à Radisson et Des Groseilliers, avec des Outaouais, d'atteindre le 19 août Ville-Marie sains et saufs avec une flottille de 60 canots transportant une cargaison de fourrures évaluée à 200 000 livres!

Cependant, la petite colonie n'était toujours pas sauvée du danger des Iroquois. Dès l'automne 1660, ceux-ci mirent sur pied une armée de 600 guerriers décidés à éradiquer la Nouvelle-France. En cours de route, leur chef mourut d'un accident. Croyant à de mauvais augures, ils se dispersèrent. En 1661, les Iroquois revinrent une fois de plus semer la terreur, tuant plus de 100 Français.

En 1665, le roi Louis XIV consentit à envoyer le régiment Carignan-Salières pour repousser les envahisseurs Iroquois chez eux. Ce régiment d'élite finit par leur imposer la Grande Paix de Montréal de 1701.

Version historique et mythe[modifier | modifier le code]

Certains travaux historiques ne permettent pas de corroborer les faits de cette bataille qui ne serait qu'un mythe[2]. Certains éléments textuels supposent d'ailleurs que Dollard n'aurait pas été envoyé pour défendre la colonie et qu'il serait plutôt parti de son propre chef à la tête d'un petit groupe de Français pour aller à la rencontre d'un convoi d'Amérindiens alliés des Français. Ce convoi transportait des marchandises (des fourrures surtout) qui n'avaient pas été livrées depuis plusieurs mois (on parle de près de deux ans) en raison des guerres avec les Iroquois. Dollard aurait donc décidé de s'emparer du butin avant que les Amérindiens ne se soient rendus au poste de traite français. Malheureusement, un fort contingent iroquois aurait eu la même idée, et le hasard fit que Dollard trouva les Iroquois avant les Amérindiens alliés des Français. Ainsi, retranché dans un fort, il aurait fait feu sur un parlementaire iroquois venu négocier leur reddition (les Iroquois vendaient les prisonniers français, lesquels étaient rachetés à prix d'or par la colonie), le tuant, ce qui aurait déclenché les hostilités, courtes et inutiles. Dollard serait donc en fait un pirate malchanceux et, de surcroît, maladroit avec les barils de poudre, mais encensé par les autorités religieuses, avides de héros et de martyrs propres à stimuler le sentiment patriotique et religieux[3].

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paris Aurélien Boisvert. Dollard : ses compagnons et ses alliés : selon les textes du XVIIe siècle, Sillery : Septentrion, 2005, 274 p. (ISBN 978-2-89448-406-7)
  • André Vachon. « Dollard des Ormeaux, Adam », dans Dictionnaire biographique du Canada en ligne, University of Toronto et Université Laval, 2000
  • Patrice Groulx. Pièges de la mémoire : Dollard des Ormeaux, les Amérindiens et nous, Hull : Vents d'Ouest, 1998, 436 p.
  • Robert Hollier. Dollard : héros ou aventurier?, Montréal : les Éditions de l'Horizon, 1963, 125 p.
  • Adrien Pouliot, Silvio Dumas. Le Vrai sens de l'exploit du Long-Sault, Québec : Revue de l'Université Laval, 1962, 80 pages
  • Lionel Groulx. Dollard est-il un mythe?, Montréal : Fides, 1960, 57 p.
  • Roland Labrosse. Dollard et Lambert Closse, Montréal, s.n., 1941, 31 p.
  • Lionel Groulx. Le Dossier de Dollard : la valeur des sources, la grandeur du dessein, la grandeur des résultats, Montréal : l'Imprimerie populaire ltée, 1932, 18 p.
  • Hervé Gagnier. Dollard : pièce en trois actes et cinq tableaux, Montréal : Imprimerie des éditeurs limitée, 1922, 79 p.
  • Édouard-Zotique Massicotte. Dollard Des Ormeaux et ses compagnons : notes et documents, Montréal : Le Comité du Monument Dollard Des Ormeaux, 1920, 91 p. (en ligne)
  • Étienne-Michel Faillon. L'Exploit de Dollard. Récit de l'héroïque fait d'armes du Long-Sault, d'après les relations du temps, Montréal : Bibliothèque de l'Action française, 1920, 32 p.
  • Lionel Groulx. Si Dollard revenait... : conférence prononcée sous les auspices du Cercle catholique des voyageurs de commerce de Montréal, Montréal : Bibliothèque de l'Action française, 1919, 24 p.
  • Marie-Hélène Morot-Sir " 1608-2008 Quatre cents hivers, autant d'étés" Paris 2008 pages107,108,109,110.

Articles connexes[modifier | modifier le code]