Trois sœurs (agriculture)

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Association courge-haricot-maïs dans la milpa amérindienne.

La technique agricole mixte de cultures complémentaires, dite des trois sœurs, représente les trois principales cultures pratiquées traditionnellement par diverses ethnies amérindiennes d'Amérique du Nord et d'Amérique centrale : la courge, le maïs et le haricot grimpant (habituellement le haricot tépari ou le haricot commun)[1].

La culture conjointe de ces trois plantes compagnes présente plusieurs avantages qui profitent à la culture de chacune. Les plants de maïs servent de treille aux haricots grimpants, et les haricots fixent l'azote bénéfique à la croissance du maïs[2],[3],[4]. De plus, le maïs et le haricot forment une paire alimentaire de base qui fournit tous les apports nécessaires en acides aminés essentiels.

Cette technique d'agriculture a une place importante dans plusieurs mythologies amérindiennes.

Technique de culture[modifier | modifier le code]

Le maïs.
La courge.

Suivant la technique des plantes compagnes, les trois espèces (maïs : 15 qualités, de la courge et du haricot : 60 variétés), sont plantées ensemble de la manière suivante :

  1. On forme de petits monticules aplatis de 30 cm de haut environ, espacés en tous sens de 50 cm.
  2. On sème les graines de maïs en poquets au centre de chaque monticule.
  3. Quand le maïs atteint 15 cm de haut, on sème les courges et les haricots tout autour en alternant les deux espèces.

Intérêt de la technique[modifier | modifier le code]

Chaque culture profite du voisinage des deux autres :

  • Les tiges de maïs servent de support aux haricots grimpants, ce qui évite de mettre en place des tuteurs.
  • Les haricots, grâce à leurs nodosités racinaires enrichissent le sol en azote, ce qui favorise la croissance des deux autres cultures.
  • Les courges étalent leur large feuillage sur le sol, captant le rayonnement solaire, ce qui a un triple effet :

D'un point de vue diététique, les trois sœurs constituent un régime équilibré, les haricots apportant les deux seuls acides aminés essentiels qui ne soient pas présents dans le maïs : la lysine et le tryptophane.

Variantes[modifier | modifier le code]

Les haricots.

Les Anasazis sont connus pour avoir adapté cette technique à leur environnement aride ; les Tewa et autres tribus du sud-ouest ajoutent une quatrième sœur connue sous le nom « Plante à abeilles des montagnes Rocheuses » (Cleome serrulata (en)), plus connue localement sous les termes de Rocky Mountain Beeweed, Rocky Mountain Beeplant, Bee Spiderflower, Stinking clover, Waa' en Navajo ou encore Navajo spinach), attirant les abeilles pour favoriser la pollinisation des haricots et des potirons.

Au Mexique, cette technique Maya est appelée « milpa », terme dérivé de la phrase Nahuatl mil-pa signifiant « Ce qui est semé dans les champs » [5] (du Nahuatl mil-li « champ » + -pa « vers »)[6].

En Chine, à la frontière entre le Yunnan et du Sichuan, sur les contreforts de l'Himalaya, l'ethnie matriarcale Moso du groupe Naxi, cultive elle aussi traditionnellement les trois-sœurs, selon une technique identique à celle employée dans les Amériques.

En France, dans le Sud Ouest, on cultive les haricots de type Tarbais avec le maïs. Les haricots produits ainsi sont appelés « Haricot-Maïs » et sont réputés pour leur finesse attribuée au fait que ces haricots poussent à l'ombre du maïs et produisent donc moins d'amidon que les haricots poussant sans maïs.

Mythologie[modifier | modifier le code]

Le Popol Vuh, livre sacré des Mayas, fait référence à cette triade agricole et alimentaire.

Il s'agit pour les Iroquois d'une trinité divine qui a jailli de la tombe de la Terre mère, morte d'avoir enfanté les jumeaux Bien et Mal. On n'a pas retrouvé chez les autres peuples iroquois (Hurons, Eries, Pétuns, Wenros, Andastes) de légende similaire.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les Iroquoiens du Saint-Laurent, Roland Tremblay, Musée Pointe-à-Callière, aux Éditions de l'homme, 2006. ISBN 978-2-7619-2326-2.

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Musée virtuel du Canada, Les Iroquoiens du Saint-Laurent— présentation en ligne qui comprend des informations sur l'agriculture iroquoienne et les Trois Sœurs

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Paul H. Carlson, Deep Time and the Texas High Plains: History and Geology, Texas Tech University Press, 141 p. (ISBN 9780896725539), p. 71
  2. J. Mt. Pleasant, Histories of maize: Multidisciplinary approaches to the prehistory, linguistics, biogeography, domestication, and evolution of maize, The science behind the Three Sisters mound system: An agronomic assessment of an indigenous agricultural system in the northeast, Amsterdam,‎ 2006, 529–537 p.
  3. Amanda J. Landon, « The "How" of the Three Sisters: The Origins of Agriculture in Mesoamerica and the Human Niche », Nebraska Anthropologist, Lincoln, NE, University of Nebraska-Lincoln,‎ 2008, p. 110–124 (lire en ligne)
  4. G. H. S. Bushnell, « The Beginning and Growth of Agriculture in Mexico », Philosophical Transactions of the Royal Society of London, London, Royal Society of London, vol. 275, no 936,‎ 1976, p. 117–120 (DOI 10.1098/rstb.1976.0074)
  5. (Cabrera, 1980)
  6. (en) Charles C. Mann, 1491 : new revelations of the Americas before Columbus, New York, Knopf,‎ 2005, 465 p. (ISBN 978-1-4000-4006-3, OCLC 56632601), p. 197-198