Métis

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Métis (homonymie).
Barack Obama, président des États-Unis
Emanuela de Paula, mannequin métisse brésilienne
Bob Marley, chanteur jamaïcain
Alexandre Dumas, écrivain français

Le terme métis (du mot latin mixtīcius ou mixtus qui signifie « mélangé »/« mêlé ») est employé, dans le langage courant, pour désigner des personnes nés de parents d’ethnies différentes. Le métissage est ainsi entendu au sens culturel[1]. Il peut être aussi employé, pour désigner un individu né de parents au phénotype différent. Le métissage humain est l'équivalent de créolisation aux Antilles.

Étymologies[modifier | modifier le code]

En 1615, le mot « métice », emprunté au portugais, désigne alors une personne née de parents appartenant à des populations présentant des différences phénotypiques importantes (comme la pigmentation de la peau). Ce terme fut notamment utilisé pour désigner les nombreux descendants de parents européens et « indigènes » issus de la colonisation.

On parle également de « métis » pour des tissus (exemple toile métisse), des métaux (fer métis), des mots, etc. issus du mélange de deux éléments distincts.

Définition[modifier | modifier le code]

Métissage culturel[modifier | modifier le code]

Le métissage culturel correspond, soit à une acculturation (emprunt d'éléments culturels allogènes par des individus appartenant à une culture donnée), soit à la fusion de deux ou plusieurs cultures, indépendamment du mélange des individus qui la composent. Le métissage purement culturel.

Les grands groupes de métis[modifier | modifier le code]

Le métissage dans le monde[modifier | modifier le code]

Le phénomène de métissage apparaît dans toutes les sociétés qui ne sont pas géographiquement isolées des autres, mais il peut avoir une ampleur différente selon les époques et les circonstances historiques.

Au Moyen Âge, lorsqu'une grande partie de la Péninsule Ibérique (Al-Andalus) et de la Sicile étaient sous domination maure, par exemple, le métissage des ibériques, siciliens, maures, et juifs était fréquent. Ainsi d'après une étude génétique récente d'Adams et al. en 2008[2], les habitants de la péninsule Ibérique aurait en moyenne environ 11 % d'ancêtres nord-africains avec des variations géographiques importantes allant de 2 % en Catalogne à près de 22 % en Castille du Nord-Ouest. Selon une autre étude de Capelli et al. en 2009, 7-8 % des lignées paternelles des Espagnols, Portugais et Siciliens sont originaires du Maghreb et ont été introduites par les Maures au Moyen Âge[3].

Le Brésil est aujourd'hui un pays dont la population résulte d'un métissage entre les Amérindiens, les Noirs et les Blancs, et même si l'on peut trouver des communautés formées selon l'origine, le métissage y est considéré comme une valeur nationale, comme un emblème du pays, de la même façon que la musique latine est la résultante des influences africaines, européennes et indigènes. Le Jour du Métis, célébré le 27 juin, est une date officielle dans certains États du Brésil.

De même pour l'île de La Réunion dont le métissage et la coexistence harmonieuse de cultures et de religions est considérée aujourd'hui comme un atout et un exemple. Dès l'origine, le peuplement de l'île par un groupe de français et de malgaches, puis par des indiens de la côte de Malabar ou de Pondichéry s'est effectué par le métissage. L'afflux massif de population est issu de l'esclavage (malgaches, africains), de l'installation définitive sur l'île de marins français ou flamands (qui devenaient charpentiers, éleveurs ou cultivateurs), puis du recours à des « engagés » indiens de Mahé (côte de Malabar) ou pondichériens (appelés en langue créole « malbars »), et enfin à l'arrivée plus tardive de chinois de Canton et d'indochinois au début du XXe siècle.

Dans le vocabulaire du créole réunionnais, le terme « kaf » (ou « cafre ») et le terme féminin « kafrine » (ou « cafrine ») désignent les personnes descendants des anciens esclaves affranchis provenant d'Afrique, le terme « malbar » (ou « malbaraise ») désigne les descendants des engagés indiens, celui de « yab » (ou « pattes jaunes ») désigne les descendants de colons européens d'origine modeste majoritairement installés dans les Hauts de la Réunion, le terme « kréol », ensuite, désigne une personne dont les originaires sont diverses, le terme de « zoreille » désigne les personnes provenant de France métropolitaine ; enfin, le terme « zarabe » désigne les musulmans sunnites dont les ancêtres (souvent commerçants) étaient originaires majoritairement du Nord de l'Inde (Gujarat). Dans la langue créole de la Réunion, il y a un jeu de combinaison de termes pour désigner les origines d'une personne : « kaf-malbar » pour une personne ayant un parent « kaf » et un parent « malbar », « yab-malbar » pour une personne ayant un parent « yab » et un parent « malbar », etc. Le terme « zoréol(e) » les enfants nés à la Réunion ou en France d'au moins un parent créole et un parent « zoreil »[4]. Récemment[Quand ?], on constate l'arrivée de familles entières originaires des Comores et Mayotte fuyant la misère de leur archipel et pratiquant uniquement les mariages entre eux. Le terme « comor » désigne une personne originaire des Comores ou de Mayotte.

L'Amérique est une zone de peuplement humain où le métissage a une influence non négligeable. À l'inverse, les mariages mixtes, que ce soit entre des groupes nationaux, ethniques, religieux ou raciaux différents peuvent être découragés par la pression sociale, par la loi (à Athènes, n'était citoyen que celui dont les deux parents l'étaient eux-mêmes), voire simplement interdits (ainsi en Afrique du Sud pendant l'apartheid, dans certains États des États-Unis jusque dans le courant du XXe siècle, en Chine durant la période mandchoue entre Chinois et Mandchous). La Déclaration universelle des droits de l'homme interdit dans son article 16 toute restriction au droit au mariage pour des raisons de race, de nationalité ou de religion.

À l'inverse, certains pays ont peu connu de métissage, pour des raisons géographiques ou historiques. La Chine, longtemps séparée du reste du monde par des déserts et des chaînes de montagnes infranchissables, est aujourd'hui un des pays les plus ethniquement homogène, surtout si l'on considère les provinces côtières et centrales et qu'on exclut les vastes régions autonomes peuplées en grande partie de minorités ethniques.

À part quelques éventuelles cultures traditionnelles hermétiquement isolées sur des îles de la Micronésie, il n'existe pourtant pas de peuple qui ne soit pas le résultat d'un certain métissage, remontant parfois très loin dans le temps, ni de culture qui n'ait été influencée par des éléments extérieurs.

Métissages à l'époque historique[modifier | modifier le code]

Les métissages historiques sont, dans une large majorité le résultat de l'entreprise coloniale européenne amorcée au XVe siècle avec la colonisation des Amériques, puis de l'Afrique.

Les colonisateurs latins (espagnols, français, italiens et portugais) ont été plus enclins au métissage que leurs homologues anglo-saxons. Certains attribuent ce phénomène à un héritage de l'Empire romain, au même titre que la tendance de ces trois pays à se construire autour de l'idée d'État davantage qu'autour de l'idée d'une origine génétique commune (Folk anglo-saxon et allemand). Néanmoins, à l'époque où ces premiers métissages ont eu lieu, les États espagnols, portugais n'étaient pas encore très affirmés et les colonisateurs étaient davantage des aventuriers que des fonctionnaires soucieux d'intégration. C'est surtout le grand nombre des autochtones colonisés et le manque de femmes parmi les colons latins qui a motivé le métissage. Le seul rôle joué par les institutions en faveur du métissage peut être attribué à l'Église catholique, soucieuse de régulariser les unions entre colons et indigènes et de convertir de nouvelles âmes. Dans ces pays, le pourcentage de métis varie de 90 % (Mexique) à 3 % (Philippines).[réf. nécessaire]

En Amérique latine, « métis / métisse » (« mestizo / mestiza » en espagnol) désignait à l'origine plus particulièrement une personne née d'un père indigène et d'une mère européenne ou d'un père européen et d'une mère indigène. En effet, les personnes issues d'un parent africain étaient appelés « zambos » ou créole (les personnes issues d'un parent africain et d'un parent européen étant les mulâtres). Bien que le terme soit généralement encore utilisé pour les enfants dont l'un des parents est de type européen, le métissage concerne plus globalement tous les couples de type visiblement différent.[réf. nécessaire]

Métissage culturel d'amérindiens et d'européens d'Amérique centrale et de la région Andine[modifier | modifier le code]

La majorité (93 %) des Mexicains sont métis selon The American Journal of Pshysical Anthropology 2008, c'est-à-dire qu'ils possèdent des ascendants européens et indigènes.

Des études génétiques[Lesquelles ?] ont cependant montré une tendance à se déclarer métis alors que l'on est majoritairement, voire exclusivement amérindien. Cette symbiose est en partie favorisée par le fait que, notamment chez les femmes, certains amérindiens clairs et élancés ressemblent à certains des espagnols les plus sombres et les plus trapus. Cette convergence physique s'expliquerait peut-être par le fait que le type amérindien serait une branche intermédiaire entre le type européen et le type asiatique, donc lui-même un type métis, qui ne se serait séparé des deux autres types qu'au moment de sa migration par le détroit de Béring durant le Paléolithique (cf. homme de Kennewick)

Parmi les personnalités mexicaines célèbres d'origine métisse :

Au Guatemala, les études sur les groupes sanguins ont montré que 90 % des métis guatémaltèques descendent presque exclusivement d'Amérindiens. Leur métissage est donc principalement d'ordre culturel (adoption de la langue espagnole et de la religion catholique) et n'est donc pas génétique.

En Équateur, au Pérou, en Bolivie, et au Paraguay, on constate un phénomène analogue de métissage culturel et non ou peu biologique, dans lequel les métis sont le plus souvent des amérindiens pratiquant l'espagnol et la religion catholique, tandis que les européens forment une élite dont la hiérarchie décroit en fonction du pourcentage d'origine amérindienne. On assiste même, dans certains de ces pays à des mouvements indigénistes tels que l'illustrait, dans les années 1990, la Guérilla du Sentier lumineux au Pérou (dont un des thèmes de propagande aurait été l'élimination physique des métis) et, en 2006, l'élection du président indigène Evo Morales qui a réintroduit les statistiques raciales dans son pays.

Mulâtres de Cuba, de la République dominicaine et de Porto Rico[modifier | modifier le code]

Cuba se distingue des autres pays d'Amérique latine par la quasi absence des Amérindiens, ravagés par la variole et l'exploitation coloniale dès le XVIe siècle. Les métis y sont formés par le type mulâtre très répandu, mais sont en pratique assimilés aux noirs, avec lesquels ils tendent de plus en plus à se confondre, tandis que les européens, même pauvres, ont tendance à se maintenir entre eux sur le modèle américain. Ce phénomène de « gel du métissage » pourrait s'expliquer par la proximité des États-Unis, dont l'influence communautariste s'est fait sentir depuis la guerre hispano-américaine de 1896 et s'est maintenue en dépit du régime de Fidel Castro.[réf. nécessaire]

En République dominicaine, 90 % de la population est mulâtre, mais sans symbiose avec les noirs qui y sont devenus minoritaires dont beaucoup d'origine haïtienne (africains). Ces derniers sont assimilés aux Haïtiens qui occupent l'autre moitié de l'ile de Saint-Domingue et occupent des positions subalternes. La République dominicaine est un des rares pays au monde (avec Madagascar) où la partie de la population qui exerce sa domination est issue d'un métissage et se revendique comme telle au détriment de la partie de la population restée non métissée.[réf. nécessaire]

L'ile de Porto Rico, est peuplée à 80 % d'Européens d'origine espagnole et de 20 % de mulâtres et de noirs qui vivent séparément des européens, conformément au modèle anglo-saxon. Là aussi on observe, sous l'influence du communautarisme américain, un développement séparé des deux communautés, se traduisant depuis un siècle par un « gel des métissages » qui se poursuit jusque chez les communautés portoricaines immigrées aux États-Unis (cf. le Spanish Harlem de New-York distinct de l'East Side où résident les blancs portoricains).[réf. nécessaire]

Métis du Canada[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Métis (Canada).

Au Canada de nos jours, Métis (avec majuscule) désigne un peuple autochtone habitant principalement le centre du pays, descendant des femmes cries, ojibwés, saulteaux et de colons pour la plupart français. D'ailleurs, les auteurs[Qui ?] associent automatiquement le terme métis aux métis francophones. Des Métis, majoritairement francophones et de foi catholique, fondèrent la province du Manitoba (ou état du Manitou). Il y a des Métis dans tout le Canada, notamment en Ontario, en Saskatchewan, au Québec et au Labrador. Du fait d'une définition peu précise du peuple Métis, la population concernée est difficilement estimable. Les estimations varient de 300 000 à 800 000 personnes[5].

Les différentes communautés métisses parlent des langues différentes, surtout les personnes âgées et les habitants des communautés rurales. Selon le recensement canadien de 2006, il reste très peu de Métis qui parlent leur langue traditionnelle, un dialecte du français appelé Métchif (mitchif, mechif ou michif), mais que les linguistes nomment français métis, pour la distinguer de la langue mixte français/cri du même nom parlée par d'autres communautés et souvent méprise pour un langage. D'autres communautés métis parlent l'anglais métis, le cri métis ou le saulteaux/ojibwé métis. Les écoles établies par l'église catholique se consacrèrent à remplacer cette langue par le français standard, et aujourd'hui l'anglais est souvent employé par les Métis[5].

Le gouvernement canadien ne reconnaît pas les Métis comme « première nation », mais la constitution canadienne de 1982 les reconnaît comme peuple autochtone, ce qui leur permit de regagner des droits traditionnels (notamment les droits de chasse)[6].

Le Métis le plus célèbre du Canada est Louis Riel (1844-1885) qui négocia avec le gouvernement canadien la création de la province du Manitoba. Personnage central dans la Rébellion de la Rivière Rouge et la Rébellion du Nord-Ouest, il s'opposa au gouvernement canadien et, accusé de trahison, fut exécuté par pendaison le 16 novembre 1885. Riel reste aujourd'hui un personnage controversé de l'histoire canadienne, ses partisans le considérant comme un résistant héroïque[7]. Après la seconde rébellion, des spéculateurs anglophones réussirent à déposséder les Métis de leurs terres en détournant un programme établi par le parlement canadien pour acheter ces terres.[réf. nécessaire]

Le métissage en France[modifier | modifier le code]

En France, la population s'est constituée par l'apport successif de couches de peuplement divers (Ligures, Celtes, Ibères, Latins, Germains, Vikings...) qui ont formé la population du pays à un moment donné[8]. Même si certains auteurs considéraient ce métissage comme dangereux tel Georges Vacher de Lapouge qui affirmait qu'il y avait en France sur une population de 40 millions (en 1926) « à peu près dix millions de Français mélangés, contaminés par des infiltrations anciennes provenant de pays voisins, par des importations d'esclaves faits sur les musulmans, et même par des nègres introduits en grand nombre pendant les trois derniers siècles dans les provinces de l'Ouest » et « près de dix millions de métèques arrivés d'hier ou depuis un siècle au plus »[9], d'autres, au contraire, ont mis en avant les avantages de ce métissage considéré comme une source d'enrichissement. Ainsi pour Jules Michelet : « Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup à l'influence étrangère. Toutes les races du monde ont contribué pour doter cette Pandore... Races sur races, peuples sur peuples »[10]. Pour Charles Seignobos : « La nation française est plus hétérogène qu'aucune autre nation d'Europe; c'est en vérité une agglomération internationale de peuples... Les Français sont un peuple de métis ; il n'existe ni une race française, ni un type français »[11]. Pour l'académicien Victor de Laprade : « le caractère originel de la nation française, c'est de provenir d'une fusion des races les plus diverses, de n'être asservie à aucune prédominance exclusive dans le sang et dans les aptitudes intellectuelles ; d'où résulte une capacité merveilleuse pour recevoir toute idée, pour tout comprendre, pour emprunter à chaque peuple ce qu'il y a de général, de plus universellement humain dans sa pensée, et pour le transmettre à celui dont l'esprit est différent »[12].

Peu important entre le Xe et le début du XIXe siècle où l'immigration en France fut faible, le métissage a continué dans l'histoire récente avec la colonisation et les migrations économiques ou politiques, volontaires ou forcées : Italiens et Polonais pour l'industrie minière, Italiens et Espagnols fuyant le fascisme et le franquisme, occupation allemande et libération par les troupes américaines, britanniques et d'outre-mer, besoin de main d'œuvre pour la reconstruction, et la facilité de circulation entre les pays. Ce métissage était cependant davantage culturel que racial, en raison de la proximité génétique des populations concernées. Jusque dans les années 1930, le seul phénomène de métissage génétique notable résultait de l'exode rural, avec le brassage de provinciaux méditerranéens avec les habitants de zones plus nordiques en région parisienne et dans les bassins miniers du Nord et de Lorraine. Dans les années 1930, le Dr René Martial prône que seules les populations au groupe sanguin O soient acceptées en France[13]. Selon lui, ces peuples sont les seuls à avoir pu par le passé et à pouvoir encore s'intégrer harmonieusement parmi les Français[13]. Ainsi cette immigration sélective serait constituée de Belges, de Suisses, de Hollandais, de Tchécoslovaques, de Polonais, d'Italiens et de Berbères[13]. Pour lui, le mélange idéal reste toutefois franco-allemand[14].

Selon Hervé Le Bras, le véritable apport à la population française depuis le Néolithique n'est donc pas celui des Gaulois, des Basques, des Francs, des Wisigoths ou des Sarrasins mais celui des immigrants qui se sont succédé depuis le milieu du XIXe siècle[15].

Selon l'Insee, près de 40 % des nouveau-nés en France entre 2006 et 2008 ont au moins un grand-parent né étranger à l’étranger (11 % au moins un grand-parent né dans l'Union européenne, 16 % au moins un grand-parent né au Maghreb et 12 % au moins un grand-parent né dans une autre région du monde). 15 % des nouveau-nés ont quatre grands-parents nés étrangers à l’étranger et 25 % ont à la fois des grands-parents nés étrangers à l’étranger et des grands-parents qui ne le sont pas[16],[17].

Le métissage au Sénégal, la vieille minorité mulâtre[modifier | modifier le code]

C'est au XVIIe siècle que naît au Sénégal sur la petite côte, une communauté intermédiaire de métis, dirigé par des matriarches communément appelées signare. Elles régnèrent du XVIIIe au XIXe siècle sur les comptoirs de Gorée et Saint-Louis du Sénégal. Elles constituèrent un frein important à la traite des esclaves contrôlée sur le continent par les rois du Cayor et les rois Toucouleurs dit almamys.

Les enjeux du métissage[modifier | modifier le code]

Aspects ethniques et culturels[modifier | modifier le code]

Dans l'imaginaire de nombreux peuples, l'unité ethnique est symbolisée par le sang comme dans l'expression « sang bleu » des nobles français, le métissage est alors considéré comme un mélange de sang, les métis sont des « sang mêlés ». On parle ainsi du « droit du sang » lorsqu'un pays n'accorde la nationalité que lorsqu'un des parents a déjà la nationalité (par opposition au « droit du sol » qui accorde la nationalité aux individus nés dans le pays).

La devise de la Légion étrangère est par ailleurs « Étrangers devenus fils de France, non par le sang reçu, mais par le sang versé. »[18]

Lorsqu'il y a tension entre des groupes ethniques, il arrive que les métis soient rejetés par leurs deux communautés d'origine. Il en va différemment du métissage culturel qui ouvre souvent de nouvelles possibilités, en particulier dans le domaine artistique, sans présenter le même caractère irréversible que le métissage génétique.

Le métissage des peuples s'accompagne quelquefois d'un métissage culturel dont il résulte de nouveaux modes de vie ou expressions artistiques. Toutefois, les simples échanges culturels, qui peuvent être de nature strictement informelle, ne se définissent pas comme les produits du métissage. Celui-ci procède d'une véritable émulation dont il résulte une nouvelle culture avec ses propres modes d'expression.

On peut citer parmi les régions du monde caractérisées par cette culture métisse les pays d'Amérique latine ou encore les Caraïbes. Le métissage, tant de la culture que des peuples, fait partie intégrante de l'histoire de ces régions et est revendiquée comme une identité culturelle.

Le country-blues, musique très populaire dans l'Amérique rurale, est le produit du métissage entre la musique irlandaise, apportée par les Irlandais fuyant la répression au XIXe siècle, et le blues des esclaves noirs américains.

Approche idéologique[modifier | modifier le code]

Avec le développement des idéaux pacifistes, la fin du XXe siècle a été marquée par une forte valorisation du métissage. Il devient un canon de beauté et l'on observe en effet l'élection des premiers top-models métis. Mais aussi, le métissage se forge une identité musicale avec la popularisation de la world music, tandis que la mode vestimentaire connaît une vague du « style ethnique ».

D'un point de vue idéologique, les enjeux sont profondément enracinés dans les débats sur le racisme. Le racialisme, théorie considérée non scientifique par ses détracteurs, subdivisant l'espèce humaine en races nettement distinctes, nomme métisse une personne dont les parents sont de races différentes. Cette définition était appliquée dans certains pays effectuant un classement officiel de leurs ressortissants en termes de race, par exemple l'Afrique du Sud à l'époque de l'apartheid. Aux États-Unis, en revanche, même si les parents appartiennent à des classifications ethniques différentes (Hispanic, Caucasian, Asian, Chinese, Japanese, Italian, African American), les enfants étaient rattachés à une seule de ces catégories dans les questionnaires de recensement. Depuis le Census 2000, les catégories « Multiracial », « Two or more races » et « Other » sont proposées.[réf. nécessaire]

Approche scientifique[modifier | modifier le code]

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La question du métissage n'a été abordée par la science que sous l'angle de l'hybridation des espèces animales ou végétales (par exemple l'hybridation de l'âne et du cheval qui produit le mulet). L'hybridation est en effet abondamment utilisée par les généticiens afin d'obtenir un plus large choix de variétés et de déterminer, après sélection, les semences les plus aptes à répondre à un besoin donné. En revanche, l'étude scientifique du métissage chez les humains a le plus souvent été accaparée par des auteurs pseudo-scientifiques, c'est-à-dire masquant une pensée idéologique derrière un discours scientifique tronqué. C'est ainsi que, dans les pays anglo-saxons, le terme de métissage est souvent confondu avec le terme pseudo-scientifique de « misgeneration », suggérant que tout métissage entre êtres humains de races différentes produit nécessairement des individus moins aptes que leurs parents et concluant en faveur du communautarisme (doctrine « Equal but separated »). Inversement, dans les pays latins, où prévaut le modèle intégrationniste, certains tels les généticiens Luigi Luca Cavalli-Sforza et Albert Jacquard n'hésitent pas à affirmer la supériorité du métis sur ses deux parents au nom d'une présentation biaisée[réf. nécessaire] de la technique de recombinaison employée en biologie sous le nom d'hétérosis[19]. Les rares études scientifiques menées sur le sujet concluent que, hormis les cas de populations hyperconsanguines (inférieures à 50 personnes), telles que certaines tribus amazoniennes ou certaines dynasties royales pour lesquelles l'apport de sang neuf a un effet indubitablement positif, le QI des enfants métis est, en moyenne, intermédiaire à celui des deux parents, sans que l'on puisse déterminer si cela est dû à une transmission culturelle ou à une transmission génétique[20]. Selon Jacques Ruffié l'hybridation en assurant aux hommes une réserve inépuisable de variétés de types génétiques produit un plus grand nombre d'individus « préadaptés » à de multiples situations d'environnement, donc susceptibles d'assurer à l'humanité de meilleures chances de survie[21].

Les causes du métissage[modifier | modifier le code]

Le métissage au sens moderne du mot est favorisé par la proximité géographique, sociale, culturelle et/ou religieuse d'individus d'origines différentes. Par conséquent, en amont du métissage, il convient de relever le rôle des transports, de l'émancipation de la femme, du multiculturalisme et de la diminution de l'importance des religions communautaires (en revanche, le catholicisme, de même qu'il interdisait les mariages consanguins au Moyen Âge, a encouragé le métissage entre Indiens évangélisés et Européens, au Canada et en Amérique du Sud lors de leurs colonisations).

Cependant, une condition déterminante du métissage est le déséquilibre démographique entre les hommes et les femmes. Dès le Ve siècle avant notre ère, Hérodote rapporte dans l'Enquête différentes anecdotes relatives aux origines des peuples mixtes. Ainsi, au retour d'une longue expédition guerrière tous les mâles d'une tribu scythe, auraient retrouvé leurs épouses remariées avec leurs esclaves, d'origine étrangère. Le plus souvent cependant, c'est un déséquilibre en sens inverse qui a été à l'origine du métissage. En Amérique du Sud, au XVIe siècle, la pénurie évidente de femmes d'origine européenne a amené les conquistadores et les colons à s'unir avec des femmes amérindiennes. Ce n'est qu'à partir du XVIIe siècle, après que le continent sud américain ait été largement gagné à la culture et au mode de vie européen que des familles complètes d'européens vinrent s'installer en Amérique du Sud pour y former l'essentiel du fonds européen des populations d'Amérique du sud. Un phénomène analogue se serait produit au Québec et en Louisiane avec les trappeurs franco-indiens précédant l'installation des familles originaires du Poitou et de Normandie.

Les grandes métropoles contemporaines accueillent une plus forte proportion d'hommes d'origine étrangère, expatriés ou immigrés, ce qui n'augmente en rien les chances d'unions transnationales et d'unions interraciales si une intégration sociologique et culturelle préalable des immigrés n'a lieu.

Thandie Newton actrice anglaise fille d'un père anglais et d'une mère zambienne.

Perception du métis dans la société[modifier | modifier le code]

Dans les sociétés occidentales, les métis sont souvent assimilés uniquement à une minorité du fait que leur partie blanche n'est pas reconnue. Cette perception bipolaire de la société est indirectement raciste car elle fait passer pour supérieure la majorité blanche.[réf. nécessaire]

Aux États-Unis par exemple, Barack Obama est souvent considéré à tort comme étant Noir alors qu'il est le fils d'une américaine blanche du Kansas. Il faut noter cependant une différence de perception entre la France et les États-Unis à ce sujet, puisque la notion de métissage et de métis fut reconnue en France, à travers notamment la littérature. L'influence d'un écrivain comme Alexandre Dumas n'y est pas étrangère. Tandis qu'aux États-Unis de 1924 jusqu'en 1964, « la règle de la goutte » décrétait (que chaque personne ayant une simple « goutte de sang noir » devait systématiquement être considéré comme Noire. Ce concept était basé sur la théorie de l'infériorité des Noirs, très répandue à l'époque. C'est sur cette base que Walter Plecker voulait ainsi empêcher des unions mixtes afin de garder la communauté blanche "pure".[réf. nécessaire]

Sur la condition du métis dans la société, le journaliste Bertrand Dicale, métis d'une Auvergnate et d'un Guadeloupéen, a écrit le livre Maudit Métis.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes


Références
  1. Serge Gruzinski, La Pensée métisse
  2. (en) Adams et al., « The Genetic Legacy of Religious Diversity and Intolerance: Paternal Lineages of Christians, Jews, and Muslims in the Iberian Peninsula », The American Journal of Human Genetics, vol. 83,‎ 2008, p. 725 (DOI 10.1016/j.ajhg.2008.11.007, lire en ligne)
  3. Capelli, C; Onofri, V; Brisighelli, F; Boschi, I; Scarnicci, F; Masullo, M; Ferri, G; Tofanelli, S et al. (Jun 2009). "Moors and Saracens in Europe: estimating the medieval North African male legacy in southern Europe". European Journal of Human Genetics 17 (6): 848–52. doi:10.1038/ejhg.2008.258. ISSN 1018-4813. PMC 2947089. PMID 19156170
  4. Cf. article « ZOREIL » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26 du lexique figurant dans Michel Beniamino, Le français de La Réunion, EDICEF, coll. « Actualités linguistiques francophones » Vanves, 1996 (ISBN 2-84-129240-1) [[« http://www.bibliotheque.refer.org/livre10/ » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26 lire en ligne]].
  5. a et b Aboriginal Peoples in Canada in 2006: Inuit, Métis and First Nations, 2006 Census, p. 30-47. statcan.ca. Consulté le 24.7.2014.
  6. Document de référence : le formulaire d'affiliation des peuples autochtones (FAAA). Sur Canada.ca. Consulté le 24.7.2014.»
  7. George F.G. Stanley, « Louis Riel », sur l'Encyclopédie Canadienne. Consulté le 24.7.2014.
  8. « Les Gaulois figurent seulement parmi d'autres dans la multitude de couches de peuplement fort divers (Ligures, Ibères, Latins, Francs et Alamans, Nordiques, Sarrasins…) qui aboutissent à la population du pays à un moment donné », Jean-Louis Brunaux, Nos ancêtres les Gaulois, éd. Seuil, 2008, p. 261
  9. Préface de Georges Vacher de Lapouge dans Le déclin de la Grande Race (1916), Madison Grant, éd. L'Homme Libre, 2002, p. 23
  10. Jules Michelet, Histoire de France, éd. Hachette, 1835, t. 1, p. 129-133
  11. Charles Seignobos, Histoire sincère de la nation française (1937), éd. Presses universitaires de France, 1946, p. 19
  12. Victor de Laprade, Questions d'art et de morale, éd. Didier et cie, 1861, p. 350
  13. a, b et c Ralph Schor, Français et immigrés en temps de crise (1930-1980), L'Harmattan,‎ 2004, 240 p. (ISBN 2747567982, lire en ligne), p. 97
  14. Claude Liauzu, Histoire des migrations en Méditerranée occidentale, Complexe,‎ 1996, 274 p. (ISBN 2870276087, lire en ligne), p. 91
  15. « Le véritable apport à la population française n'est donc pas celui des Gaulois, des Basques, des Francs, ou des Wisigoths, maintenant largement disséminé dans toute la population mais celui de ces nouveaux acteurs » ; Hervé Le Bras, Enquête sur le peuplement de la France, in revue L'histoire, décembre 2007, no 326, p. 51
  16. Les immigrés, les descendants d'immigrés et leurs enfants, Pascale Breuil-Genier, Catherine Borrel, Bertrand Lhommeau, Insee 2011
  17. Les enfants et petits-enfants de personnes issues des Dom-Tom et descendants de rapatriés d'Algérie (Pieds-Noirs et Harkis) ne sont pas pris en compte puisque par définition français de naissance.
  18. La Légion Étrangère
  19. Luigi Luca Cavalli-Sforza, Qui sommes nous?, Flammarion, 1997, p. 327
  20. M.A. Mingroni, The secular rise in IQ: Giving heterosis a closer look, Intelligence 32, 2004, p. 65–83
  21. cité dans l'article « Métissage » (2004), Encyclopædia Universalis, Pierre Bessaignet, éd. Universalis, 2004, p. DVD

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thule, Rivista italiana di Studi Americanistici no 6-17 Regards croisés sur l’objet ethnographique : autour des arts premiers et des métissages (sous la direction de Giulia Bogliolo Bruna), 2006.
  • Jean Luc Angrand, Céleste ou le temps des Signares, Édition Anne Pépin, 2006.

Liens externes[modifier | modifier le code]