Conscience collective

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La notion de conscience collective se rapporte aux croyances et comportements partagés dans une collectivité et fonctionnant comme une force séparée et généralement dominante par rapport à la conscience individuelle. Selon cette théorie, une société, une nation, un groupe constituerait une entité se comportant comme un individu global.

Création du concept[modifier | modifier le code]

L’expression a été d’abord utilisée par le sociologue Émile Durkheim (1858-1917) dans plusieurs de ses ouvrages[1]. La notion a été reprise par d’autres sociologues et psychologues par la suite, comme Maurice Halbwachs en 1939[2].

Dans La Psychologie des Foules (1895)[3], Gustave Le Bon définit la foule par ces termes : « Une réunion d'individus quelconques, quels que soient leur nationalité, leur profession ou leur sexe, quels que soient aussi les hasards qui les rassemblent ». Le Bon dit alors que lorsque ces individus se rassemblent, il « se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets. La collectivité devient alors ce que, faute d'une expression meilleure, j'appellerai une foule organisée, ou, si l'on préfère, une foule psychologique. Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l'unité mentale des foules. »

Critiques[modifier | modifier le code]

L'expression d'une « âme de la foule » a d'abord été critiquée par Freud, qui, dans « L'analyse du moi et la psychologie des foules » (Massenpsychologie und Ich-Analysis [4]), a affirmé que l'inconscient était individuel, et que la formation des foules pouvait s'expliquer par la psychanalyse, sans distinguer celle-ci d'une psychologie collective.

Le théoricien du droit Hans Kelsen a réitéré cette critique, en englobant la notion hégélienne de Volkgeist (Esprit du peuple) et en ciblant particulièrement Durkheim, en affirmant qu'il s'agissait d'une hypostase de relations inter-individuelles:

« C’est comme si, outre l’âme singulière, on voulait prendre en compte une âme collective remplissant l’intervalle entre les individus, englobant tous les individus (…) pensée dans ses ultimes conséquences – du fait qu’une âme sans corps est empiriquement impossible –, cette représentation conduit nécessairement à imaginer à son tour un corps collectif tout aussi différent des corps individuels, dans lesquels on place l’âme collective. C’est par ce biais que la sociologie psychologique est amenée à l’hypostase qui caractérise la théorie de la société dite organique, une hypostase qui confine au mythologique.  »

— Hans Kelsen, « La notion d'Etat et la psychologie des foules »[5], 1922

Autres significations de l’expression[modifier | modifier le code]

L’expression est également utilisée dans les groupes de travail pour désigner la conscience que le membre du groupe a de sa relation aux autres membres d’une « équipe projet »[6].

La conscience collective est un terme qui est parfois appliqué au comportement animal auquel on prête des instincts collectifs hérités plutôt qu’un libre arbitre individuel.

La conscience collective, dans certaines théories spirituelles, désigne la somme des vertus et des vices d’une population formant un tout homogène, une sorte de moyenne qui détermine le « niveau de conscience spirituelle » de l’ensemble[7].

Dans d’autres la « conscience collective » se rapporte à l'existence supposée d'une conscience unique dont tous les êtres seraient l'expression. Dans le jeu vidéo StarCraft, les Zergs sont une race dont la somme des individus forme l'Essaim. Le cerveau de cette entité est le Maître-Esprit, qui centralise cette conscience collective et qui est le véritable esprit Zerg.

Certains phénomènes de foule plus ordinaires comme la naissance et la circulation des mèmes (ou « idées toutes faites ») tels qu’ils ont été identifiés par l'école mémétique de Richard Dawkins, se rapprochent de cette notion.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. De la division du travail social (1893), Les règles de la méthode sociologique (1895), Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912), Le suicide (1897)
  2. Maurice Halbwachs(« Conscience individuelle et esprit collectif » article paru dans l’ American Journal of Sociology, 44, 1939, pp. 812 à 822. téléchargeable http://www.classiques.uqac.ca/.../Halbwachs_maurice/classes_morphologie/partie_2/texte_2_3/conscience_individuelle.pdf
  3. Gustave Le Bon, La Psychologie des foules (1895). Téléchargeable sur http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/psychologie_des_foules_Alcan/foules_alcan.html
  4. Édité dans Freud, Essais de psychanalyse, Payot, 1975.
  5. Hans Kelsen, « La notion d'Etat et la psychologie des foules », publié dans Imago, Revue de psychanalyse appliquée aux sciences humaines, éditée par Sigmund Freud, 1922, vol. VIII.2, et republié dans la revue Hermès, 1988, numéro Masses et politique.
  6. http://www.aim2004.int-evry.fr/pdf/Aim04_Daassi_Favier_Coat.pdf
  7. "La force fondamentale qui gouverne la qualité de la vie sociale est la conscience collective de la société. La conscience collective d'un groupe représente la totalité de la conscience de ce groupe. Chaque niveau de la société a sa propre conscience collective; ainsi on peut parler de la conscience de la famille, de la communauté, de la ville, de l'état ou de la province, de la nation et du monde" (Maharishi Mahesh Yogi, Science de l’être et l’art de vivre, 1977, pp. 123-124).