Le Devoir

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Le Devoir
Image illustrative de l'article Le Devoir

Pays Drapeau du Canada Canada
Langue Français
Périodicité Quotidien
Format Grand format
Genre Généraliste
Prix au numéro 1,09 $ (en semaine)
2,61 $ (samedi)
Diffusion 28 458 ex. (2008[1])
Fondateur Henri Bourassa
Date de fondation 10 janvier 1910
Éditeur Bernard Descôteaux
Ville d’édition Montréal, Québec

Propriétaire Le Devoir inc.
Rédacteur en chef Josée Boileau
ISSN 0319-0722
Site web www.ledevoir.com

Le Devoir est un quotidien d'information publié à Montréal, au Québec (Canada). Il a été fondé le 10 janvier 1910 par Henri Bourassa. Sa devise est « Fais ce que dois ». En 2013, le journal possède 446 000 lecteurs selon le PMB[2],[3],[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Henri Bourassa a quitté le Parti libéral du Canada en 1899 après s'être opposé à la décision du premier ministre Wilfrid Laurier de participer à la Seconde Guerre des Boers aux côtés de la Grande-Bretagne. Il fonde Le Devoir comme atout pour le nationalisme québécois, en réaction contre les lois et les mesures prises en Amérique du Nord contre le français.

Le 10 janvier 1908, Bourassa et quelques amis fondent une compagnie, La Publicité, vouée à la promotion de la pensée nationaliste[5]. Leur projet mettra deux ans à se concrétiser. Nombreux sont ceux qui demandent un quotidien indépendant, catholique et nationaliste, mais à l'exception de Guillaume-Narcisse Ducharme, de la compagnie d'assurance La Sauvegarde, qui contribue la somme de 10 000 dollars, les souscripteurs ne se bousculent pas. Bourassa réunit finalement les 100 000 dollars nécessaires en août 1909[6].

Le premier édifice où se sont trouvés les locaux du Devoir de 1910 à 1914, au 71A de la rue Saint-Jacques

Il installe son journal au 71A, rue Saint-Jacques, à côté de son concurrent Le Canada. Les conditions de travail sont difficiles et les salaires minimes, mais les collaborateurs de Bourassa, à l'image d'Omer Héroux, lui sont fidèles[7].

Dans son premier éditorial, le 10 janvier 1910, Henri Bourassa n'y va pas par quatre chemins pour énoncer les buts du journal : « Le DEVOIR défendra les honnêtes gens et dénoncera les coquins[8]. »

Suit un exposé de la situation politique du moment, où il appuie l'opposition conservatrice à l'Assemblée législative à Québec et reproche aux deux partis à Ottawa de favoriser l'expansion de l'impérialisme britannique, de sacrifier les droits des minorités francophones dans les nouvelles provinces de l'Ouest et de favoriser un climat où règnent « l'opportunisme, les intrigues de partis ou, pis encore, la cupidité des intérêts individuels »[8].

Il annonce ensuite son credo :

« Pour assurer le triomphe des idées sur les appétits, du bien public sur l'esprit de parti, il n'y a qu'un moyen : réveiller dans le peuple, et surtout dans les classes dirigeantes, le sentiment du devoir public sous toutes ses formes : devoir religieux, devoir national, devoir civique. De là le titre de ce journal qui a étonné quelques personnes et fait sourire quelques confrères.
La notion du devoir public est tellement affaiblie que le nom même sonne étrangement à beaucoup d'oreilles honnêtes. »

— Henri Bourassa, Le Devoir, 10 janvier 1910[8].

Le mordant de Bourassa attire quelques grands journalistes de son époque : la première page du premier numéro est signée des gens qui feront leur marque : Omer Héroux, Armand Lavergne, Olivar Asselin et Jules Fournier qui — dans ce premier numéro —, signe le texte « Mon encrier » :

« C'est un bel encrier tout flambant neuf, rempli jusqu'au bord de bonne encre fraîche et claire. Oh ! le merveilleux liquide ! Comme il fera d'agréables éclaboussures sur de certains visages ! »

— Jules Fournier, Le Devoir, 10 janvier 1910[9].

Henri Bourassa : le combat anti-impérialiste et religieux[modifier | modifier le code]

Henri Bourassa

Dès ses débuts, Le Devoir défend les causes de son fondateur. Le journal prend fait et cause contre le projet du gouvernement de Wilfrid Laurier de créer une marine canadienne, qui est vue comme une capitulation qui ne vise qu'à satisfaire les intérêts impériaux britanniques dans le cadre de la course aux armements à laquelle se livrent les puissances européennes. Les rédacteurs du journal sont cependant divisés sur le ton à adopter. La fougue d'Olivar Asselin et de Jules Fournier rebute les annonceurs potentiels et Bourassa tente de calmer ses rédacteurs à la plume agressive. Il échouera et les deux journalistes quitteront Le Devoir après quelques mois[10].

Quelques années après son ouverture, les ventes du Devoir sont souvent tributaires des états d'âme de son fondateur et des controverses qu'il suscite. Au début 1913, le journal a accumulé une dette de 40 000 $ et se réorganise. Une nouvelle compagnie, L'Imprimerie populaire limitée est constituée le 6 février 1913[11].

Bourassa lance plusieurs appels à soutenir Le Devoir à la veille de la Première Guerre mondiale. Des lecteurs répondent à l'appel et forment une société autonome de sympathisants, les Amis du Devoir. L'année 1914 se termine avec un léger profit et le banquet du 5e anniversaire, au cours duquel le fondateur du journal lance un appel passionné, permet de lever un capital supplémentaire de 150 000 $[12].

En 1917, Bourassa dénonce la loi sur la conscription que le gouvernement fédéral s'apprête à imposer. À Ottawa, on envisage d'interdire la publication du Devoir, au moins temporairement, le temps d'adopter la législation. Mgr Bruchési, archevêque de Montréal, intercède en faveur du journal, et Le Devoir poursuit sa campagne d'opposition. La conscription sera néanmoins adoptée le 24 juillet et déclenche des violences réprouvées par le fondateur du journal[13]. Le Devoir renoue avec Laurier, qui malgré tout sera battu par Borden lors de l'élection générale du 17 décembre[14].

L'édifice du 443 de la rue Saint-Vincent, où se trouveront les bureaux du Devoir de 1914 à 1924. (Sur cette photo, l'édifice était encore occupé par l'hôtel Richelieu, jusqu'en 1902).

À la fin de la guerre, Bourassa prend du temps à se remettre du décès de son épouse Joséphine (née Papineau)[15], le 26 janvier 1919, et celui de Laurier, survenu quelques jours plus tard. Il se tourne vers un « catholicisme intégral », pour reprendre l'expression de Pierre-Philippe Gingras, qui a écrit un ouvrage sur les 75 premières années du quotidien. Henri Bourassa se retire graduellement de la gestion courante — il quittera définitivement la direction du Devoir en 1932 — pour laisser plus de place à ses fidèles lieutenants Louis Dupire, Omer Héroux et Georges Pelletier. En juin 1924, les bureaux déménagent de la rue Saint-Vincent vers une ancienne manufacture de chaussures située au 434, rue Notre-Dame Est, un édifice qu'il occupera pendant près d'un demi-siècle[16].

En décembre 1928, Bourassa veut s'assurer de conserver au directeur du journal toute l'indépendance nécessaire face aux groupes politiques et aux intérêts commerciaux. Il organise une structure afin de permettre au directeur de conserver la majorité des actions, soit 2 501 sur 5 000. Ces actions de L'Imprimerie populaire limitée sont remises à une fiducie administrée par Bourassa et ses deux principaux collaborateurs ; Omer Héroux et Georges Pelletier, avec interdiction de les vendre. Cette fondation donne en pratique un pouvoir total du directeur sur les orientations de l'entreprise, à condition qu'il respecte l'essence des objectifs fixés par le fondateur. Le directeur siège également parmi les trois membres du conseil d'une seconde fondation, qui détient un autre bloc de 951 actions. Le vote de cette fondation est nécessaire afin de poser certains gestes légaux[17].

Georges Pelletier : conservatisme et conscription[modifier | modifier le code]

Trois ans plus tard, les administrateurs confient à Pelletier la tâche de demander le départ d'Henri Bourassa, qui nuit à la réputation du journal dans les milieux catholiques par ses déclarations controversées sur les relations entre les communautés religieuses québécoises et les capitalistes[18].

Bourassa cède sa place de mauvaise grâce le 3 août 1932[19], et avec Omer Héroux comme rédacteur en chef, Georges Pelletier devient le deuxième directeur du Devoir. Sous sa direction, Pelletier instaure une « paisible continuité » ; le ton est toutefois moins virulent qu'au temps de Bourassa. Les campagnes d'abonnement fonctionnent mieux[20].

Le journal prend des positions indépendantes, mais conservatrices, soutenant à un mois d'intervalle l'élection de Mackenzie King au fédéral tout en prenant ses distances du gouvernement Taschereau, qui règne sans interruption sur la scène québécoise depuis 38 ans, lors de l'élection de novembre 1935 au Québec[20]. Le journal couvre abondamment les travaux du comité des comptes publics et informe ses lecteurs, plus nombreux, des différents scandales qui ternissent les derniers mois du régime libéral. Lors de l'élection suivante — déclenchée peu après la démission du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau, par son successeur, Adélard Godbout —, Pelletier donne son appui à l'Union nationale de Maurice Duplessis. Le Devoir appuiera l'avocat trifluvien à trois reprises entre 1935 et 1939[21].

C'est également à cette époque que le chanoine Lionel Groulx se joint à l'équipe du journal. L'historien y publiera une quantité impressionnante de textes sous plusieurs noms de plume[22]. Cette période controversée de l'histoire du Devoir sera évoquée par Jean-François Nadeau dans un cahier spécial, publié par le quotidien à l'occasion de son 90e anniversaire : « Plusieurs études ont été consacrées depuis à cette période trouble de l'histoire du journal, certaines plus enclines à voir ce qu'elles comptent y trouver qu'autre chose, mais toutes observant les traits antidémocratiques, antiparlementaires et anticommunistes qui se dégagent alors de la lecture du quotidien du soir montréalais. »[23]

Maxime Raymond, André Laurendeau et Henri Bourassa, lors d'une assemblée du Bloc populaire canadien, tenue au stade de Lorimier de Montréal, le 3 août 1944.

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et le retour au pouvoir des libéraux viennent changer la donne pour le quotidien, qui perd ses contrats de publicité avec le gouvernement provincial ; le gouvernement Godbout préférant encourager des journaux concurrents comme Le Canada et Le Soleil[24]. Comme en 1917, le journal critique l'idée d'établir une conscription au Canada afin de renforcer les forces armées britanniques[14].

Le Devoir prend rapidement fait et cause pour la cause de la Ligue pour la défense du Canada, un groupe nationaliste formé en février 1942 et regroupant, entre autres, Gérard Filion, de l'Union catholique des cultivateurs, André Laurendeau, de la Ligue d'action nationale, Athanase Fréchette, de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et Jean Drapeau, des mouvements de jeunesse catholiques. Georges Pelletier se joint volontiers à eux et Le Devoir prête sa voix volontiers aux initiatives et actions des opposants à la conscription[24].

L'opposition à la conscription fait rapidement l'objet d'un large consensus au Québec, mais les résultats du plébiscite du 27 avril 1942 laissent apparaître un profond clivage entre anglophones et francophones. Le journal ne lâche pas prise et continue la lutte, donnant son appui au Bloc populaire, un mouvement politique issu de la bataille de la conscription[25].

Gérard Filion : la guerre au duplessisme[modifier | modifier le code]

Après la mort de Pelletier en janvier 1947, l'arrivée de Gérard Filion à titre de directeur du Devoir, le 10 avril 1947, marque un tournant dans l'histoire du journal. Âgé de seulement 38 ans et impliqué dans les luttes tant sociales que nationalistes — il était le secrétaire général de l'union des cultivateurs catholiques et directeur de l'hebdomadaire La Terre de chez nous —, Filion représente l'arrivée d'une nouvelle génération au quotidien de la rue Notre-Dame[26]. « Je n'ai pas recherché la fonction de directeur du Devoir. Je n'ai pas intrigué pour l'obtenir. J'ai même hésité longtemps avant d'accepter, car je ne gagne rien au change »[27], annonce-t-il, deux jours après l'annonce de sa nomination.

L'arrivée du nouveau patron s'accompagne d'un grand ménage dans la maison. En 1947, Le Devoir perd 5 000 $ par mois, sur un chiffre d'affaires de 30 000 $, l'âge moyen des employés s'élève à 60 ans et la moitié des 15 000 lecteurs sont des « amis sincères » de l'œuvre d'Henri Bourassa. Dans un marché où 7 quotidiens se disputent l'attention des lecteurs, la tâche est immense et la survie du journal est encore une fois menacée[28].

Même s'il endosse encore l'Union nationale qui sollicite un second mandat à l'été 1948, cet appui de Filion au parti de Maurice Duplessis est marqué du sceau d'une certaine tiédeur, notant que « son administration [Duplessis] ressemble en beaucoup de points à celle de Taschereau : conservatisme exagéré, liaison étroite avec la rue Saint-Jacques », écrit-il à la veille de l'élection[29].

À cette époque, Le Devoir commence à s'intéresser de plus près aux problèmes sociaux. Après avoir combattu la « loi du cadenas », qui donnait de larges pouvoirs au gouvernement dans ses efforts de lutte anti-communiste, et donné l'appui du journal aux grévistes du textile à Lachute, le journal réclame que le gouvernement s'occupe des nombreux cas d'amiantose enregistrés à East Broughton, site de la mine de la Quebec Asbestos Company.

Pendant ce temps, le 14 février 1949, la grève de l'amiante éclate à la mine Johns-Manville d'Asbestos. Le directeur du Devoir dénonce la politique du gouvernement, qui transforme le Québec en « forteresse [...] du capitalisme cupide ». La position de Filion trouve un écho dans une partie du clergé, où on lit toujours le journal assidûment, à commencer par l'archevêque de Montréal. Mgr Joseph Charbonneau prend lui-même position en faveur des ouvriers et organise des collectes de fonds pour venir en aide aux grévistes et à leurs familles. Conscient de l'importance que prend l'affaire, le directeur du journal dépêche Gérard Pelletier comme envoyé spécial dans les Appalaches. Ses dépêches décrivent le climat d'extrême violence de ce conflit de travail et le lectorat augmente[30].

De retour à Montréal après son séjour à Asbestos, Pelletier se voit confier un nouveau mandat par son patron. Me Pacifique Plante, un ancien greffier de la Cour municipale et enquêteur de la police, aurait des révélations fracassantes à faire sur la criminalité qui règne sur le quartier du Red Light de Montréal. Prêts usuraires, jeux illégaux et prostitution seraient endémiques dans les cabarets montréalais[31]. Suivra une série de 62 articles qui décrivent l'infiltration de la pègre dans le milieu des cabarets et l'inaction de la police. Les articles donnent des noms, des adresses et des dates[32]. Les révélations publiées par Le Devoir choquent l'opinion publique, et en mars 1950, un Comité de moralité publique est formé pour réclamer une enquête. Le comité, présidé par J.-Z.-Léon Patenaude, s'adjoint l'aide d'un jeune avocat, Me Jean Drapeau, qui deviendra maire de Montréal quatre ans plus tard[31].

Dans les années 1950, des journalistes comme André Laurendeau mettent sévèrement en doute la capacité de gouverner du premier ministre Maurice Duplessis. Une série d'articles de textes fracassants publiés en 1958 dévoilent les dessous d'un scandale financier impliquant des membres du gouvernement de l'Union nationale, et provoqueront ce qu'on a appelé le scandale du gaz naturel.

Sur le plan idéologique, on note une rupture nette avec le courant socialement conservateur des années 1930 et consommée après la guerre, à l’époque de Gérard Filion et d’André Laurendeau. Le journal évolue alors vers une pensée sociale nettement plus progressiste. L’avocat du journal et membre de son conseil d’administration Jacques Perrault se présente même à la direction du CCF (ancêtre du NPD) en 1957. L’expression d’un nouveau nationalisme, teinté de social-démocratie et influencé par les penseurs de décolonisation que sont Jacques Berque et Frantz Fanon, voit le jour dans les années 1960, notamment sous la plume de Jean-Marc Léger[réf. nécessaire].

Claude Ryan : le « pape de la rue Saint-Sacrement »[modifier | modifier le code]

Claude Ryan prend le flambeau en 1964. Travailleur infatigable et conseiller informel des dirigeants politiques, Ryan dirige le journal en solitaire, contrairement à ses prédécesseurs qui s'entourent d'une équipe de proches collaborateurs.

Lors de la crise d'octobre 1970, il conseille au premier ministre Robert Bourassa de considérer avec prudence la ligne dure promue par certains conseillers et par le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau. Il signera une déclaration controversée avec des personnalités politiques afin de faire valoir ce point de vue.

Lors de la crise d'Octobre, Le Devoir est un des rares journaux à faire preuve de modération envers les révolutionnaires. Le directeur du temps, Claude Ryan — pourtant peu suspect d’accointances avec l'idéologie révolutionnaire du Front de libération du Québec —, estime que les mesures employées par le gouvernement fédéral pour lutter contre les felquistes dépassent la raison. Plusieurs journalistes du Devoir ont été mis sous enquête par la Gendarmerie royale du Canada. La police fédérale canadienne a d'ailleurs été accusée à cette occasion de violer la liberté de presse.

L'édifice du Devoir de 1972 à 1992, au 211 de la rue Saint-Sacrement

Les efforts du journal pour lutter contre la corruption ont toujours été reconnus. Le 1er mai 1973, le chroniqueur judiciaire du journal, Jean-Pierre Charbonneau, est la victime d'un attentat perpétré en pleine salle de rédaction. Antonio « Tony » Mucci, un membre de la mafia montréalaise tire trois balles dans la direction du journaliste qui est atteint une fois, à l'avant-bras. La main gauche de Charbonneau en est paralysée, mais après plusieurs mois de physiothérapie, il en retrouve l'usage. Pour se protéger, il obtient un permis de port d'arme et, pendant les trois années suivantes, le journaliste se déplace avec un revolver de calibre 38.

Lors de l'élection générale de 1976, il en fait sourciller plusieurs lorsqu'il donne l'appui du journal au Parti québécois de René Lévesque. En éditorial, il conclut que le parti souverainiste est celui « le plus apte à procurer au Québec le leadership dont il a besoin », tandis qu'un troisième mandat libéral enliserait « davantage le Québec dans la stagnation politique et dans des jeux mesquins d'équilibrisme qui sont aux antipodes de la vraie vie politique »[33].

Il part en 1978 pour poursuivre une carrière en politique. Il se joindra au Parti libéral du Québec peu après.

Années 1980 : le temps des remises en question[modifier | modifier le code]

Avec les années 1980, qui s'ouvrent par la défaite de l'option souverainiste au référendum de 1980, une récession majeure et un accord politique sur la constitution canadienne faite sans l'accord et en l'absence du Québec, le Québec des années 1980 traverse une période de remises en question. Le Devoir, sans directeur pendant presque trois ans, à compter du départ de M. Ryan n'échappe pas au phénomène.

Depuis 1990 : nouvelle assurance, nouveau départ[modifier | modifier le code]

Lise Bissonnette devient la première femme directrice du Devoir, le 1er juillet 1990, quelques jours après le constat de l'échec de l'Accord du Lac Meech, de l'accession de Jean Chrétien au poste de chef de l'Opposition à Ottawa, la création d'un nouveau groupe parlementaire fédéral, dirigé par Lucien Bouchard qui se déclare en faveur de la souveraineté du Québec et la fameuse déclaration de Robert Bourassa rappelant le droit du Québec à l'autodétermination. Sans parler des problèmes financiers qui s'accumulent sur le journal.

Sous la gouverne de Lise Bissonnette, pendant les années 1990, le journal a pris des positions plus souverainistes. Après une crise financière, le journal est relancé sous une nouvelle maquette dont les principaux traits sont conservés en 2009.

Depuis 1993, Le Devoir est publié par Le Devoir inc., une nouvelle structure qui a permis d'accueillir des nouveaux actionnaires — parmi lesquels on retrouve le Fonds de solidarité FTQ, le Mouvement Desjardins, des lecteurs et des employés — tout en garantissant l'indépendance du journal prescrite par Henri Bourassa. L'Imprimerie populaire limitée, la société fondée en 1913 et placée sous le contrôle du directeur de la publication, est toujours l'actionnaire majoritaire du journal[34].

Le Devoir ne se finance pas autant par la publicité que les autres journaux montréalais. Cependant, il fait plusieurs campagnes de financement. Sa direction et ses artisans aiment à rappeler qu'il est le « seul journal indépendant » de langue française au Québec[35], dans la mesure où il n'appartient à aucun des grands conglomérats qui dominent ce marché.

Sous la direction de Bernard Descôteaux, en poste depuis 1999, la situation financière du journal s'est consolidée. Les revenus de l'entreprise se sont chiffrés à 16,5 millions CAD en 2006 et le bénéfice avant intérêts et amortissement à 512 000 CAD. En 2008, le journal a enregistré une perte de 71 497 CAD sur un chiffre d'affaires de 16,9 millions CAD, comparativement à un bénéfice de 318 000 CAD l'année précédente. Cette légère perte s'explique notamment en raison de la hausse des coûts du papier, des dépenses accrues provoquées par la tenue de deux campagnes électorales en 2008[1].

Le Devoir a créé son site web en juin 1997. Celui-ci reproduit le contenu intégral du journal avec des archives remontant à 1992. On y dénombre 1,2 million de « visiteurs uniques » par mois, dont 100 000 visiteurs réguliers.

Malgré un tirage toujours modeste de 28 458 exemplaires les jours de semaine et de 44 361 exemplaires le samedi[1], Le Devoir est une publication respectée parmi les journaux à vocation politique et culturelle. Il est souvent considéré comme le journal de référence par excellence au Québec.[réf. nécessaire] Le tirage et le lectorat du Devoir ont constamment progressé pendant les années 2000, contrairement à la plupart des autres quotidiens québécois et canadiens.

L'ex-rédacteur en chef du journal, Jean-Robert Sansfaçon, résume ainsi la bonne santé du journal à l'approche du centenaire de sa fondation : « À une époque où il est de bon ton de proclamer la mort prochaine de la presse écrite, les résultats du Devoir montrent que les journaux qui savent distinguer l’essentiel du superflu en offrant de l’information et des analyses de qualité à leurs lecteurs trouvent toujours leur place dans le nouvel univers médiatique, sur papier et à l’écran[1]. »

Artisans du Devoir[modifier | modifier le code]

Actuels[modifier | modifier le code]

  • Bernard Descôteaux, directeur et éditorialiste;
  • Josée Boileau, rédactrice en chef et éditorialiste;
  • Marie-Andrée Chouinard, directrice de l'information;
  • Jean-François Nadeau, grand reporter, chroniqueur et projets spéciaux,
  • Louise-Maude Rioux-Soucy, directrice adjointe à l'information culturelle;
  • Paul Cauchon, directeur adjoint site internet;
  • Marie Vastel, correspondante à Ottawa;
  • Hélène Buzzeti, correspondante à Ottawa;
  • Antoine Robitaille, éditorialiste et blogueur;
  • Robert Dutrisac, correspondant à Québec;
  • Marco Bélair-Cirino, correspondant à Québec;
  • Fabien Deglise, chroniqueur et blogueur, observateur des mutations sociales et culturelles;
  • Christian Rioux, correspondant à Paris;
  • Michel David, chroniqueur politique;
  • Jean Dion, chroniqueur sportif;
  • Danielle Laurin, chroniqueuse de littérature québécoise;
  • Louis Hamelin, chroniqueur littéraire;
  • Odile Tremblay, chroniqueuse de cinéma;
  • Éric Desrosiers, chroniqueur économique;
  • Gérard Bérubé, chroniqueur économique;
  • François Brousseau, chroniqueur d'information internationale (lundi seulement);
  • Manon Cornellier, chroniqueuse politique;
  • Louis Cornellier, chroniqueur d'essais;
  • David Desjardins, chroniqueur (samedi seulement);
  • Garnotte, caricaturiste ;
  • Pauline Gravel, science ;
  • Serge Truffaut, jazz et blues et éditoraliste international;
  • Marco Fortier, chef de division politique ;
  • Alexandre Shields, journaliste environnemental;
  • Guillaume Bourgault-Côté, journaliste politique et critique jazz ;
  • Stéphane Baillargeon, chroniqueur médias ;
  • Jeanne Corriveau, journaliste municipale;
  • Brian Myles, journaliste à l'information municipale ;
  • Guy Taillefer, éditorialiste à l'internationale;
  • Claude Lévesque, journaliste à l'internationale ;
  • Jean-Benoit Nadeau chroniqueur,
  • André Lavoie ;
  • Gary Lawrence, collaborateur voyage.
  • Lio Kiefer, chronique voyage.

Anciens[modifier | modifier le code]

  • Denise Bombardier : columniste
  • Marco Bélair-Cirino, correspondant à Québec;
  • Roland-Yves Carignan, directeur de l'information;
  • Jeanne Corriveau, journaliste à la santé;
  • Gil Courtemanche : columniste
  • Louis-Gilles Francœur : chroniqueur environnemental
  • Chantal Hébert, chroniqueuse politique
  • Louise-Maude Rioux-Soucy, directrice adjointe à l'information culturelle;

Directeurs[modifier | modifier le code]

Piratage[modifier | modifier le code]

Le 15 août 2011, un pirate informatique vandalise le site internet, écrivant un faux article sur la mort du premier ministre du Québec, Jean Charest[36]. Jean Charest prend avec humour la fausse annonce de son décès et remercie le Devoir d'avoir démenti l'information rapidement[37].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Jean-Robert Sansfaçon, « Hausse des ventes du Devoir », Le Devoir, vol. C, no 96,‎ 2 mai 2009, A10 (ISSN 0319-0722, lire en ligne).
  2. Bernard Descôteaux, « De bonnes nouvelles pour Le Devoir », Le Devoir,‎ 4 mai 2013 (lire en ligne).
  3. Bernard Descôteaux, « Le Devoir va bien », Le Devoir,‎ 24 mai 2007 (lire en ligne).
  4. Jean-Robert Sansfaçon, « 301 000 lecteurs pour Le Devoir », Le Devoir,‎ 13 mai 2006 (lire en ligne).
  5. Pierre-Philippe Gingras, Le Devoir, Montréal, Libre-Expression,‎ 1985, 295 p. (ISBN 2-89111-204-0), p. 27.
  6. Pierre-Philippe Gingras. op. cit., p. 28-29.
  7. Pierre-Philippe Gingras. op. cit., p. 32-33.
  8. a, b et c [PDF] Henri Bourassa, « Avant le combat », Le Devoir, vol. 1, no 1,‎ 10 janvier 1910, p. 1 (lire en ligne).
  9. Jules Fournier, « Mon encrier », Le Devoir, vol. 1, no 1,‎ 10 janvier 1910, p. 1 (lire en ligne).
  10. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 41.
  11. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 59.
  12. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 74-75.
  13. Henri Bourassa, « Stériles violences », Le Devoir,‎ 11 août 1917 (lire en ligne).
  14. a et b Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 77-78.
  15. Clairandrée Cauchy, « Anne Bourassa, 1906-2003 - La gardienne de la pensée d'Henri Bourassa s'éteint à 97 ans », Le Devoir,‎ 12 juin 2003 (lire en ligne).
  16. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 88.
  17. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 97-100.
  18. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 101-103.
  19. Gilles Paré, « Le Devoir et ses directeurs », Le Devoir,‎ 25 janvier 2003 (lire en ligne).
  20. a et b Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 111-113.
  21. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 115, 119.
  22. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 116.
  23. Jean-François Nadeau, « Les années folles... », Le Devoir,‎ 29 janvier 2000 (lire en ligne).
  24. a et b Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 119.
  25. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 121.
  26. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 131.
  27. Gérard Filion, « Positions », Le Devoir,‎ 12 avril 1947 (lire en ligne).
  28. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 137.
  29. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 139.
  30. Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 138-142.
  31. a et b Pierre-Philippe Gingras, op. cit., p. 142-151.
  32. Pax Plante, « Lutte contre la pègre : la farce recommence », Le Devoir,‎ 29 novembre 1949 (lire en ligne).
  33. Marie-Andrée Chouinard, « Claude Ryan 1925-2004 - Homme de devoir », Le Devoir,‎ 10 février 2004 (lire en ligne).
  34. Gilles Paré, « Le Devoir et ses directeurs », Le Devoir,‎ 25 janvier 2003 (lire en ligne).
  35. L'Acadie nouvelle de Caraquet, au Nouveau-Brunswick est le seul autre quotidien francophone indépendant au Canada.
  36. Le Devoir, « Le site du Devoir piraté », sur Le Devoir,‎ 16 août 2011 (consulté le 17 août 2011)
  37. Isabelle Porter, La Presse canadienne, « Le Devoir ciblé par des pirates informatiques: Jean Charest réagit », sur Le Devoir,‎ 16 août 2011 (consulté le 17 août 2011) : « Le premier ministre Charest a pris avec humour la fausse nouvelle de son décès. Il en a profité pour remercier la direction du journal d’avoir réagi rapidement pour la démentir. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Anctil, Le Devoir, les Juifs et l'immigration : de Bourassa à Laurendeau, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture,‎ 1988, 172 p. (ISBN 2892241138)
  • Henri Bourassa, Le "Devoir" : ses origines, sa naissance, son esprit : discours prononcé par M. Henri Bourassa, directeur du "Devoir" le 3 février 1930, Montréal,‎ 1930, 33 p.
  • Henri Bourassa, Le "Devoir", son origine, son passé, son avenir : discours de M. Henri Bourassa au Monument nationale 14 janvier 1915, Montréal, Imprimerie du Devoir,‎ 1915, 53 p.
  • Robert Comeau et Luc Desrochers, Le Devoir : un journal indépendant, 1910-1995, Sainte-Foy, Presses de l'Université du Québec,‎ 1996, 368 p. (ISBN 2-7605-0884-6)
  • Guy Lachapelle, Claude Ryan et la violence du pouvoir : le Devoir et la Crise d'octobre 1970, ou, le combat de journalistes démocrates, Québec, Presses de l'Université Laval,‎ 2005, 192 p. (ISBN 2-7637-8213-2)
  • Robert Lahaise, Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, LaSalle, Hurtubise HMH,‎ 1994, 504 p. (ISBN 2-89428-027-0)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]