Maria Chapdelaine

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Maria Chapdelaine
Image illustrative de l'article Maria Chapdelaine
Couverture de l'édition de 1916.

Auteur Louis Hémon
Genre Roman du terroir
Lieu de parution France
Date de parution 1913
Chronologie
La Belle que voilà Suivant
Lorenzo Surprenant, dessin de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, 1916.

Maria Chapdelaine est un roman rédigé en 1913 par l'écrivain français Louis Hémon, alors résident au Québec. Il y raconte la vie d'une famille qui tente de s'établir en milieu rural.

Bien qu'écrit au Québec, la première publication de Maria Chapdelaine se fera en France, en 1913, dans le feuilleton quotidien Le Temps. Dans les années 1930, le roman est utilisé comme outil de propagande pour inciter les colons canadiens-français à demeurer au pays et favoriser la colonisation en Abitibi.

Résumé de l'histoire[modifier | modifier le code]

Maria a dix-huit ans et vit sur une terre de colonisation au Lac Saint-Jean. Trois hommes la courtisent, trois destins s'offrent à Maria : François Paradis, Lorenzo Surprenant et Eutrope Gagnon. Le premier est un bucheron épris de liberté, le second est citadin aux États-Unis et le troisième est, comme le père de Maria, un colon. La mort de la mère de Maria, les qualités qu'on lui trouve, oriente Maria vers un rôle semblable[1].

On raconte que Maria a réellement existé et aurait eu comme fils Philippe Chapdelaine[réf. nécessaire].

Personnages[modifier | modifier le code]

La famille Chapdelaine[modifier | modifier le code]

Maria Chapdelaine: personnage principale du roman, c'est la deuxième enfant des Chapdelaine.

Samuel Chapdelaine: père de Maria, c'est un colon infatiguable et féru de labeur. Il ne peut se décider à s'installer définitivement à un endroit.

Laura Chapdelaine: mère de Maria. Contrairement à son mari, elle désire s'installer définitivement sur une terre. Elle est emportée par la maladie durant l'hiver, peu de temps après François Paradis.

Esdras Chapdelaine: aîné des enfants Chapdelaine. Il travaille aux chantiers durant l'hiver et revient au printemps pour aider les hommes pour les travaux de la terre.

Da'bé Chapdelaine: troisième enfant des Chapdelaine, il travaille également aux chantiers avec son frère aîné pour ensuite revenir au printemps.

Tit'Bé Chapdelaine: quatrième enfant de la famille, âgé de 14 ans, il a déjà le caractère et les moeurs d'un homme.

Télésphore Chapdelaine: cinquième enfant de la famille Chapdelaine.

Alama-Rose Chapdelaine: benjamine et sixième enfant de la famille.

Edwidge Légaré: homme engagé de la famille Chapdelaine. C'est un homme influencé par le travail de la terre, qui met tout son coeur à l'ouvrage malgré ses conditions de travail exécrables.

Les prétendants de Maria[modifier | modifier le code]

François Paradis: coureurs des bois intrépide, François est le prétendant que Maria aurait voulu choisir. Il représente toutefois l'idéal inatteignable et il mourra durant l'hiver en tentant de traverser la forêt malgré maints avertissements de ses semblables.

Lorenzo Surprenant: « deuxième choix » de Maria, il représente le changement, l'inconnu. Il vit aux États-Unis et il décrie la vie sur la terre des colons canadiens-français. Il préconise la vie, l'idéal, le rêve américains.

Eutropre Gagnon: C'est finalement à Eutrope que Maria, résignée, donnera sa main. Eutrope est un colon qui adore le travail de la terre, contrairement à Lorenzo. Il représente la résignation et la continuité.

Roman de la terre ?[modifier | modifier le code]

Le roman le plus célèbre, encore à ce jour, du Canada français, a été victime de son succès.

Insistant sur ce côté « roman de la terre » porteur de valeurs que l'histoire a pu lui attribuer bien après sa parution, il a été considéré parfois comme un modèle si parfait du genre que l'on a pu y voir un pastiche inégalé de la littérature « terroiriste » du Québec.

Louis Hémon, de fait, se borne apparemment à donner un récit très simple d'une histoire d'amour presque silencieuse, sur fond de la vie d'une famille du Saguenay–Lac-Saint-JeanPéribonka, sur le bord de la rivière Péribonka). L'hiver, les valeurs traditionnelles (terre, famille et religion) et les motifs caractéristiques d'une certaine littérature québécoise traditionnelle ont même pu faire parler de pastiche à son propos. Le fait que le romancier reproduise le français québécois de façon très nuancée et fournisse un inventaire foisonnant de québécismes et d'emplois locaux a pu sembler s'inscrire dans cette perspective. Mais c'est ignorer ce qui fait, au-delà de l'aspect banal, minimaliste, volontairement réduit à l'aspect terrien, de ce texte, sa grandeur et son souffle poétique.

Quand bien même il y aurait là pastiche de la littérature régionaliste québécoise, le pastiche dépasserait si largement ses modèles qu'il aurait pris valeur universelle, et c'est cette ouverture et cette ampleur qui donnent à ce roman ce statut si particulier et, à vrai dire, unique.

Il est très difficile de l'analyser sans tenir compte de ce statut problématique.

Consécration et mythification posthumes[modifier | modifier le code]

Comme la mort l'emporte au moment où il quitte le Québec, et avant même de publier en volume son roman, paru en feuilleton à Paris, en 1913, Louis Hémon ignore le grand intérêt que suscite son roman. Les lecteurs canadiens y voient un « classique » avant la lettre, le chef-d'œuvre du Canada français. Il s'inscrit dans la droite ligne des autres écrits de Louis Hémon, presque tous publiés après sa mort.

Les dimensions satirique et critique de cette œuvre ne sont pas à négliger : l'ouverture du roman sur un Ite missa est (« La messe est dite ») et l'insistance sur les mœurs religieuses et la misère des colons ne manque pas d'audace pour un vagabond tel que Louis Hémon, connu pour son indépendance et sa fréquentation de milieux libertaires. Les arrière-fonds de son œuvre restent à explorer.

S'il a pu séduire, dans les années 1920, un écrivain « réactionnaire » et nationaliste comme le maurrassien Henri Massis le roman de Louis Hémon, comme le reste de son œuvre, est exercice de liberté, une liberté qu'il aura, au total, payée d'une consécration et d'une mythification posthumes pesantes.

François Paradis ou l'allégorie d'un peuple « né pour un petit pain »[modifier | modifier le code]

Le pessimisme sur lequel s'achève le roman (résignation de Maria à épouser un colon), les descriptions vives de l'agonie de la mère Chapdelaine, etc., font apparaître un univers barbare sans salut hors du bois et de la terre, un univers obscur, froid et clos, bref un univers d'« éternel retour du même » où tout principe d'espérance ou d'avenir est réduit à néant.

Voilà le sens de l'allégorie de François Paradis, le prétendant de Maria, qui meurt pétrifié dans une tempête de neige. C'est une vision assez juste d'une province immobiliste et traditionaliste, vers 1900. Le roman est à comparer à La Promise du Lac, écrite par un autre compatriote de Hémon, Philippe Porée-Kurrer, soixante-dix ans plus tard. Monsieur Porée-Kurrer a également rédigé une suite, Maria, en 1999.

Selon certains analystes littéraires, l'allégorie va encore plus loin. Le nom que Louis Hémon a choisi pour les trois prétendants de Maria n'est pas le fruit du hasard. Ainsi, François Paradis représente la liberté du peuple québécois (« François », ancienne forme de « Français », et « Paradis », ce à quoi tous aspiraient à l'époque). Coureur des bois et épris de grands espaces, il représente l'idéal du Canadien-français.

De son côté, Lorenzo Surprenant offre à Maria de quitter la misère du Lac-Saint-Jean pour le suivre aux États-Unis. Il représente donc l'attrait de certains Canadiens-français pour l'étranger, surtout qu'à l'époque, les « États » représentaient le Klondyke pour eux. D'où le prénom à consonance étrangère (Lorenzo) et le nom de famille évocateur (Surprenant).

Finalement, l'auteur a choisi un nom tout ce qu'il y a de plus « terroir » pour le cultivateur traditionaliste attaché à la terre. Eutrope Gagnon représente tout ce qu'il y a de plus commun dans la société de l'époque. Le fait que Maria l'épousera représente la résignation du peuple canadien-français de l'époque.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Le roman connaîtra trois adaptations cinématographiques, deux françaises et une québécoise :

Le roman sera aussi transformé en BD, pièces de théâtre, roman illustré, radio-roman, série télévisée. Des auteurs publieront même des suites au roman.

Il existe également une chanson d'Henri Kubnick, interprétée par Line Renaud, « Les Noces de Maria Chapdelaine ».

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Références[modifier | modifier le code]