Jean Talon

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Jean Talon
Jean Talon, intendant de la justice, police et finances en Canada, Acadie, Terre-Neuve, et autres pays de la France septentrionale
Jean Talon, intendant de la justice, police et finances en Canada, Acadie, Terre-Neuve, et autres pays de la France septentrionale
Fonctions
Intendant de la Nouvelle-France
1665 – 1668
Monarque Louis XIV de France
Prédécesseur Louis Robert
Successeur Claude de Bouteroue d'Aubigny
Intendant de la Nouvelle-France
1670 – 1672
Monarque Louis XIV de France
Prédécesseur Claude de Bouteroue d'Aubigny
Successeur Jacques Duchesneau de la Doussinière et d'Ambault
Biographie
Date de naissance 8 janvier 1626
Lieu de naissance Châlons actuelle Châlons-en-Champagne, France
Date de décès 23 novembre 1694
Lieu de décès Paris, France
Religion Catholicisme
Intendants de la Nouvelle-France

Jean Talon, né le 8 janvier 1626 à Châlons (actuelle Châlons-en-Champagne, paroisse Notre-Dame-en-Vaux) (France) et mort le 23 novembre 1694 à Paris (paroisse Saint-Sulpice) (France), est connu principalement comme étant le premier intendant de Nouvelle-France[note 1]. À son arrivée en Nouvelle-France, on lui concéda quelques titres locaux, ceux de baron des Îlets et de comte d'Orsainville.

En France[modifier | modifier le code]

Généalogie et jeunesse[modifier | modifier le code]

La collégiale Notre-Dame-en-Vaux où a été baptisé et a été inhumé Jean Talon
Statue de Jean Talon à Chalons-en-Champagne.

Jean Talon naît à Châlons-en-Champagne en 1626[1] et il est baptisé en la collégiale Notre-Dame-en-Vaux[2]. Son père, Philippe Talon, et sa mère, Anne de Burry, eurent 12 enfants dont trois tinrent des fonctions administratives. Parmi ceux-ci, le frère de Jean, Claude, sera intendant d'Oudenarde[3]. Selon Jean-Claude Dubé, ce dernier aurait probablement accédé aux fonctions d'intendant « par l'intervention de son célèbre cousin, Omer Talon, pour qui le cardinal [Jules Mazarin] avait beaucoup d'estime[4] ». Un autre frère, François, est avocat au Parlement et secrétaire du parlementaire Mathieu Molé[3]. Il sera le seul membre masculin de la famille à se marier et avoir des enfants[5]. Anne, la seule fille parmi les enfants, se marie avec Jean Laguide dont elle eut trois enfants[6].

Jusqu'en 1645, à la même époque que François de Montmorency-Laval, il étudie auprès des Jésuites au collège de Clermont à Paris[7],[4]. Par la suite, son parcours jusqu'en 1652 est confus. Dubé conclue, à la lumière de quelques indices, « qu'il est employé [...] par le secrétairiat d'État de la guerre, dont Michel le Tellier est pourvu[5] ».

Carrière militaire en France[modifier | modifier le code]

Il est nommé intendant de l'armée de Turenne et commissaire des guerres en Flandre en 1653, devient commissaire du Quesnoy en 1654 puis du Hainaut l'année suivante[8]. En 1655, il obtient le grade d'intendant du Hainaut[9]. Il participe à la fortification de la ville de Quesnoy pour laquelle il recevra beaucoup de reconnaissance[10]. Il y occupe la fonction d'intendant pendant dix ans, jusqu'à ce qu'il soit nommé intendant de la Nouvelle-France. Pour lui témoigner sa reconnaissance, le roi Louis XIV lui lègue une terre dans la région du Hainaut[11].

En Nouvelle-France[modifier | modifier le code]

Document de recensement de la population du Québec par Jean Talon. Manuscrit.

Jean Talon reçoit du roi la charge d'Intendant pour le Canada, l'Acadie et Terre-Neuve le 23 mars 1665[12]. Il devient ainsi le deuxième intendant après Louis Robert, mais le premier à se rendre en Nouvelle-France[12], où il débarque à Québec le 12 septembre 1665[13]. Il arrive dans un contexte de réforme des institutions : la Compagnie des Cent-Associés vient d'être dissoute par Louis XIV en 1663, et remplacée en 1664 par la Compagnie des Indes occidentales[14]. Le dernier gouverneur en fonction, Augustin de Saffray de Mézy, vient quant à lui d'être rappelé en France suite aux conflits qui l'opposaient à l'évêque de la Nouvelle-France François de Montmorency-Laval[15],[16]; il est remplacé par Daniel Rémy de Courcelles le jour même de l'entrée en poste de Talon[14]. Le Conseil souverain, quant à lui, vient d'être dissous par Alexandre de Prouville de Tracy, envoyé par le roi Louis XIV régler les problèmes qui l'affligeaient, après une ultime réunion le 6 juillet enregistrant les lettres patentes de la Compagnie des Indes occidentales, de Courcelles et de Talon[17]. À la dissolution de la Compagnie des Cent-Associés, on recense en Nouvelle-France 69 seigneuries tenues par 62 individus et sept institutions religieuses (les Jésuites, Sulpiciens et Ursulines, les Hospitalières de Québec et Hospitalières de Montréal, la Fabrique de la paroisse de Québec et la Seigneurie de Sillery)[18].

En 1666, Talon réalise le premier recensement qui indique une population de 3 173 habitants d'origine européenne[19].

Réformateur[modifier | modifier le code]

Le Conseil souverain est restauré en 1666[20]. La première séance, le 6 décembre, voit Talon à la troisième place en importance en son sein, après le gouverneur Courcelles et Monseigneur de Laval, ce dernier étant "Conseiller perpétuel"[20]. La justice seigneuriale est quant à elle restauré en 1668. Jean-Baptiste Colbert confie à Talon le mandat de surveiller les ecclésiastes ; dans ce cadre, il se heurte à l'Église, notamment lors de l'affaire des Dames de la Sainte-Famille, en 1667, et de l'expropriation d'une partie de la seigneurie de Notre-Dame-des-Anges. Il met en place un Livre terrier dès 1667, ce qui lui permit de distribuer soixante fiefs non concédés et de créer de nouveaux établissements à proximité de Québec. Il recommande de scinder les seigneuries de trop grande taille.

Conflit avec les Jésuites[modifier | modifier le code]

La seigneurie de Notre-Dame des Anges, concédée aux Jésuites en 1626, s’étendait au nord de Québec à partir de la rive nord de la rivière Saint-Charles sur une profondeur de 20 km environ. Le recensement de 1666 dénote 112 habitants sur ce territoire, ce qui pour l'époque est appréciable. Les Jésuites avaient donc rempli adéquatement leurs obligations de défrichement et d'établissement de colons. Cependant, les terres concédées jusque-là se retrouvaient principalement dans la partie sud de la seigneurie, près de la rivière, laissant une grande superficie sans établissements. Dès son arrivée en 1665, Talon veut mettre en œuvre les instructions de Colbert concernant le peuplement de la colonie. Parmi les actions posées dans ce but, il jette son dévolu sur les terres du nord de la seigneurie. Il exproprie à toutes fins pratiques les Jésuites afin de fonder trois bourgs appelés Bourg Royal, Bourg la Reine et Bourg Talon, qui formèrent plus tard la paroisse de Charlesbourg[21].

Économie[modifier | modifier le code]

Il a essayé de diversifier l'économie de la colonie en encourageant l'agriculture, la pêche, l'exploitation forestière et l'industrie ainsi que le traditionnel commerce des fourrures. Il a introduit ce commerce dans le circuit d'un échange avec la France, les Antilles dans ce qui fut le Commerce triangulaire. Visionnaire, il encouragea l'autosuffisance de la colonie. Jean Talon pouvait se vanter, à la fin de son intendance, de pouvoir s'habiller de la tête aux pieds avec des produits manufacturés au pays. Il fut le premier à encourager la culture du houblon et de l'orge et créa ainsi la première brasserie commerciale de la Nouvelle-France, même si son entreprise ne fut pas un succès.

Découvreur[modifier | modifier le code]

Il agrandit en outre les limites de la Nouvelle-France en chargeant des explorateurs d'étudier de nouveaux territoires. C'est ainsi que le coureur des bois Louis Jolliet et le père Jacques Marquette sont envoyés en exploration le long de la vallée du Mississippi. En revenant de leur expédition, ils s'arrêtent sur le site de la ville actuelle de Chicago (point de passage entre les Grands Lacs du Canada et le bassin du Mississippi) et y créent un poste permanent de traite de fourrure.

Il a approuvé le projet de Robert Cavelier de La Salle de monter des expéditions vers l'Ouest pour chercher un passage vers la Chine. Talon a travaillé aussi en étroite collaboration avec le gouverneur de Prouville de Tracy pour obtenir la capitulation des Iroquois en 1667, mettant ainsi fin à la menace qui a pesé sur la colonie pendant plus de 20 ans. Bien que Talon n'ait pas rejoint les troupes sur le terrain, à la demande de Tracy, il a eu une très grande part dans le succès des armées françaises, par l'intermédiaire de ses constants et méticuleux soins de mettre à la disposition de l'armée tout ce qui était nécessaire pour la guerre, malgré la pauvreté de la colonie, le manque de ressources, de routes et les distances.

Peuplement[modifier | modifier le code]

Le régiment de Carignan-Salières était venu défendre la Colonie contre les Iroquois avec 1200 soldats. Avec le retour de la paix, le régiment fut dissous et l’on proposa aux soldats de rester au Canada. Environs 400 d'entre eux sont restés en Nouvelle-France.

Il a recommandé de faire venir les filles du Roi pour accélérer le peuplement de la colonie et rééquilibrer le ratio entre les hommes et les femmes. Son plan de peuplement, avec les filles du Roi, permit de tripler la population en seulement quinze ans. Il est l'auteur du Mémoire sur l'état présent du Canada (1667).

Fief personnel et anoblissement[modifier | modifier le code]

Talon était aussi désireux de se constituer un fief personnel. En 1667 et 1668 il achète trois terres situées à l'emplacement du parc Victoria actuel. En 1670 il achète le domaine de l'Espinay, qui va de la rivière Saint-Charles jusqu'au-delà des terrains actuels d'ExpoCité. Dans une lettre à Colbert datée du 10 novembre 1670, il laisse transparaître son désir d'être récompensé par un titre de noblesse[21]. Effectivement, Talon reçoit de Colbert une lettre datée du 11 février 1671 lui annonçant que ses terres constituaient désormais une baronnie et qu'il détenait le titre de baron des Islets. En 1675, soit trois ans après le retour de Talon en France, son domaine est promu au rang de comté. Son propriétaire est donc désormais titré comte d'Orsainville. Après la mort de Jean Talon, son neveu et héritier Jean-François Talon vend le domaine à Mgr de Saint-Vallier, qui en fait aussitôt don à l'Hôpital général.

Retour en France[modifier | modifier le code]

L'état de santé de Talon se dégrade depuis son retour en Nouvelle-France en 1670 et il demande son rappel vers la métropole en 1672, avec l'appui de la reine Marie-Thérèse[22]. Il quitte définitivement Québec pour la France en novembre de la même année[22]. Talon se vit nommer comte d'Orsainville en 1675[23] après avoir été fait capitaine et gouverneur du château de Mariemont en 1670 puis baron des Islets en 1671. En février 1694, quelque temps avant sa mort, Louis XIV le nomme gouverneur et prévôt de Binche[5].

Il est mort le 23 novembre 1694 à Paris (paroisse Saint-Sulpice) et est inhumé le 3 octobre 1695 à Châlons-en-Champagne, lieu de sa naissance[24], en la collégiale Notre-Dame-en-Vaux, lieu de son baptême. Il lègue sa fortune et ses biens à ses neveux et nièces, car bien qu'ayant préconisé le mariage pour peupler la Nouvelle-France, il est lui-même resté célibataire jusqu'à sa mort.

Postérité[modifier | modifier le code]

Jean Talon, statue de la façade de l'hôtel du Parlement, Québec.

Le nom Jean Talon est porté par de nombreux toponymes au Québec, dont 47 sont recensés en 2012 par la Commission de toponymie du Québec[25].

Exemples de lieux et édifices portant le nom de Jean Talon :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Louis Robert, qui avait été nommé intendant avant Talon, n'est jamais allé en Nouvelle-France.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les amis de Jean Talon
  2. Registre paroissial de la paroisse Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne, Archives départementales de la Marne.
  3. a et b Dubé 1984, p. 37
  4. a et b Dubé 1984, p. 39
  5. a, b et c Dubé 1984, p. 40
  6. Dubé 1984, p. 41
  7. Chapais 1904, p. 1
  8. André Vachon, « TALON, JEAN », Dictionnaire biographique du Canada, Université de Toronto, Université Laval,‎ 2000
  9. Chapais 1904, p. 16
  10. Chapais 1904, p. 17
  11. Chapais 1904, p. 20
  12. a et b Lacoursière 1995, p. 123
  13. Blais et al. 2008, p. 30
  14. a et b Lacoursière 1995, p. 122
  15. Lanctôt 1929, p. 51-52
  16. Trudel 1973, p. 279-280
  17. Blais et al. 2008, p. 52
  18. Trudel 1973, p. 249-250
  19. Marcel Trudel, La Population du Canada en 1666, Sillery, Septentrion,‎ 1995, 379 p. (ISBN 2894480229), p. 9
  20. a et b Blais et al. 2008, p. 53
  21. a et b Malouin 1973, p. 24-27
  22. a et b Lacoursière 1995, p. 132
  23. « Avenue Jean-Talon », sur http://www.toponymie.gouv.qc.ca, Commission de toponymie du Québec,‎ 28 juin 2011 (consulté le 18 février 2012).
  24. Jean-Paul Barbier, Des Châlonnais célèbres, illustres et mémorables, 2000. Il subsiste dans l'église Notre-Dame-en-Vaux un fragment de sa pierre tombale.
  25. « 1850 résultats pour « Jean-Talon » », Commission de toponymie du Québec,‎ 28 juin 2011 (dernière mise à jour) (consulté le 18 février 2012).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Vachon, « Biographie de Jean Talon », sur Dictionnaire Biographique du Canada,‎ 2000 (consulté le 18 février 2012)
  • Réjeanne Bissonnette, Jean Talon et la Nouvelle-France, Société canadienne du livre,‎ 1985, 83 p.
  • Roland Lamontagne, Succès d’intendance de Talon, Montréal, Leméac,‎ 1964, 78 p.
  • Roland Lamontagne, Jean Talon et la colonisation de la Nouvelle-France, Université de Montréal,‎ 1953, 416 p.
  • Thomas Chapais, Jean Talon: intendant de la Nouvelle-France (1665-1672), Impr. de S.-A. Demers,‎ 1904, 540 p. (lire en ligne)
  • Gustave Lanctôt, L'Administration de la Nouvelle-France : l'administration générale, Paris, Librairie ancienne Honoré Champion,‎ 1929, 1e éd., 169 p.
  • Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec - Des origines à 1791, Sillery, Éditions du Septentrion,‎ 1995, 480 p., « Un organisateur de génie: Talon », p. 119-132
  • Louis Dubé, Les Intendants de la Nouvelle-France, Louiseville, Fides,‎ 1984, 327 p. (ISBN 2-7621-1244-3)
  • Reine Malouin, Charlesbourg 1660-1949, Québec (Canada), Éditions La Liberté,‎ 1973, 223 p.
  • (en) Marcel Trudel (trad. Patricia Claxton), The Beginnings of New France 1524-1663, Toronto, McClelland and Stewart Limited, coll. « The Canadian Century Series »,‎ 1973, 323 p. (ISBN 0-7710-8610-5)
  • Christian Blais, Gilles Gallichan, Frédéric Lemieux et Jocelyn Saint-Pierre, Québec : Quatre siècles d'une capitale, Les publications du Québec,‎ 2008, 692 p. (ISBN 978-2-551-19804-7)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]