Bataille de Jumonville Glen

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Bataille de Jumonville Glen
Informations générales
Date 28 mai 1754
Lieu Près d'Uniontown, Pennsylvanie
Issue Victoire britannique
Belligérants
Drapeau du Royaume de France Royaume de France Drapeau du Royaume de Grande-Bretagne Royaume de Grande-Bretagne
Commandants
Joseph Coulon de Villiers George Washington
Forces en présence
31 soldats 40 soldats
Pertes
10 morts
21 capturés
1 mort
2 blessés
Guerre de la Conquête
Guerre de Sept Ans
Batailles
Europe

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Amérique du Nord
Guerre de la Conquête (1754-1763)

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Afrique de l'Ouest

Saint-Louis (1758) · Gorée (1758) · Gambie

Coordonnées 39° 48′ 50.9″ N 79° 35′ 13.58″ O / 39.814139, -79.587105639° 48′ 50.9″ Nord 79° 35′ 13.58″ Ouest / 39.814139, -79.5871056  

Géolocalisation sur la carte : États-Unis

(Voir situation sur carte : États-Unis)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Jumonville Glen.

Géolocalisation sur la carte : Pennsylvanie

(Voir situation sur carte : Pennsylvanie)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Jumonville Glen.

Carte situant Jumonville Glen, en Pennsylvanie (États-Unis).

La bataille de Jumonville Glen, connue aussi sous le nom de l’affaire Jumonville, eut lieu le 28 mai 1754 dans l'actuel État de Pennsylvanie aux États-Unis. Théâtre d'une affaire en abyme, elle a pour cause la lutte entre Français et Anglais pour le contrôle de la Vallée de l'Ohio, et se solda par une victoire anglaise. Si elle trouva un prolongement immédiat dans la bataille de Fort Necessity, ce fut aussi le premier affrontement de la guerre de Sept Ans, appelée French and Indian War aux États-Unis pour sa partie américaine et guerre de la Conquête au Canada, qui allait plus tard s'étendre en Europe.

Le commandant français est Joseph Coulon de Villiers, sieur de Jumonville, son adversaire est George Washington, futur premier président des États-Unis, alors jeune officier dans la milice de Virginie, troupe d'auxiliaires coloniaux britanniques.

Prolégomènes[modifier | modifier le code]

Depuis l'expédition de La Galissonière dans les territoires de l'Ohio en juin 1749, les Canadiens cherchent à installer durablement leur présence, avec pour objectifs de construire une série de forts et s'assurer du contrôle des Amérindiens y habitant. Prenant les Anglais de court, la concurrence pour cette région riche en promesses commença.

En 1753, George Washington, jeune planteur enrôlé, accomplit une mission d'émissaire pour le compte du Gouverneur de Virginie Robert Dinwiddie auprès de Jacques Legardeur de Saint-Pierre, commandant des forces françaises en Ohio, à Fort Le Bœuf (maintenant Waterford en Pennsylvanie). Invité à diner par son hôte, il lui fut opposé une fin de non recevoir quant à la teneur de son message : l'exigence du retrait français des territoires de l'Ohio.

En février 1754, les Virginiens élèvent un fortin, le fort Prince George, aux confins des rivières Ohio, Allegheny et Monongahela. En avril, les Canadiens les en délogent et bâtissent à la place Fort Duquesne[1]. Washington, promu lieutenant-colonel du nouveau régiment de Virginie, se trouve dans le Sud de la Pennsylvanie quand il apprend la chute de Fort Prince George. Le 25 mai, il assume le commandement après la chute de cheval mortelle du commandant du régiment Joshua Fry.

Son parcours montre un George Washington actif et ambitieux, désireux de se mettre en avant malgré son jeune âge, il a 22 ans. Sa bonne connaissance de la région le feront choisir comme aide-de-camp du général Braddock lors de l'expédition Braddock contre Fort Duquesne en 1755.

L'affrontement[modifier | modifier le code]

Le 27 mai 1754, Washington apprend qu'un détachement canadiens d'une trentaine d'hommes campe dans une petite gorge non loin de Great Meadows. Au matin du 28, il s'y rend avec 40 hommes et des auxiliaires amérindiens. Aucune sentinelle n'est postée autour du campement. Le mot « bataille » est un peu emphatique pour décrire l'engagement : une fusillade de 15 minutes. Neuf soldats canadiens sont tués et vingt-et-un sont capturés, y compris le commandant du détachement, Joseph Coulon de Jumonville, qui est blessé. Un homme réussit à s'échapper et rejoint Fort Duquesne pour donner l'alerte. Les Anglais comptent un mort et deux blessés[2].

Jumonville fut abattu pendant qu'il signifiait sa mise en demeure officielle. Neuf autres Canadiens furent tués : Desroussel et Caron de Québec, Charles Bois, de Pointe-Claire, Jérôme de La Prairie, L'Enfant de Montréal, Paris de Mille-Isles, Languedoc et Martin de Boucherville, et LaBatterie de Trois-Rivières. Washington et ses hommes se retirèrent, abandonnant les cadavres de leurs victimes[2].

Les Britanniques avancèrent que Jumonville fut tué par le chef amérindien Tanaghrisson, surnommé « Half King », de la tribu Sénéca, hostile aux Français - qu'il accusait d'avoir tué et mangé son père - et présent aux côtés de Washington qui ne tenait plus sa troupe. Ils considèrent ce geste comme un calcul prémédité pour déclencher la guerre. Half King aurait dit en français « Vous n'êtes pas mort encore mon père !? » avant de tuer Jumonville d'un coup de hache.

D'autres récits mentionnent que Jumonville n'a pas été capturé, mais était l'un des premiers tués par Washington et sa milice. Adam Stephen, un officier militaire, qui accompagna Washington lors de l'évènement, rapporte que Jumonville fut tué le premier. Aucune référence n'a été faite au sujet de la capture de Jumonville, ou à l'interrogatoire par le colonel Washington[3]. Washington écrira dans son journal que Half King aurait tué l'officier avec sa hache[4]. Il n'est pas démontré que Jumonville fut tué par un coup de tomahawk.

L'affaire Jumonville[modifier | modifier le code]

Le site de Jumonville Glen, en Pennsylvanie (États-Unis).

Venu avec un statut d'émissaire, Coulon de Jumonville avait pour mission de reconnaître si le territoire réclamé par la France avait été envahi, et délivrer le cas échéant aux Anglais une sommation de retrait des terres du roi Louis XV[5]. Son petit détachement était en fait une ambassade, accomplissant une démarche identique à celle de George Washington un an plus tôt à Fort Le Bœuf. D'où le manque de précautions comme l'absence de sentinelles.

Les Canadiens affirmèrent qu'il fut exécuté alors qu'il protestait d'avoir été pris en embuscade. Washington se justifiera par la suite en disant l'avoir pris pour un espion plutôt qu'un émissaire.

Dans une lettre à son frère, George Washington écrit à propos de Jumonville Glen :

« I fortunately escaped without any wound, for the right wing, where I stood, was exposed to and received all the enemy's fire, and it was the part where the man was killed, and the rest wounded. » (« Je m'en sortit par chance sans aucune blessure, car l'aile droite, où je me tenais, était exposée et reçut tout le feu ennemi ; et c'est là où fut tué [notre] homme, et ceux qui furent blessés »). Il conclut par une phrase restée célèbre : « I heard the bullets whistle, and, believe me there is something charming in the sound. » (« J'ai entendu siffler les balles, et croyez moi ce son a quelque chose de captivant »).

Le gouvernement anglais à Londres proclamera que c'est cette lettre de Washington qui « mis le monde en feu », et qui enclenchera le début de la guerre de Sept Ans.

Suites[modifier | modifier le code]

Claude-Pierre Pécaudy de Contrecœur, commandant du Fort Duquesne, envoie un détachement de 500 hommes pour capturer Washington et en confie le commandement au propre frère de Jumonville, Louis Coulon de Villiers. Les poursuivants, qui trouvent les cadavres des victimes abandonnés aux loups, parviennent à leurs fins plus d'un mois plus tard, à Fort Necessity, lors de la bataille de Great Meadows, le 3 juillet 1754. George Washington évite le jugement pour meurtre, et donc l'exécution, en échange de sa reddition et d'aveux signés complets où il s'accuse être l'assassin de l'officier français. Il est remis en liberté.

Il nia plus tard les faits, arguant ne pas comprendre le français, langue dans laquelle est rédigé le texte, par ailleurs portant sur plusieurs sujets. Il affirma que la traduction qu'on lui donna pour qualifier l'acte était « death of » (« mort de ») ou « killing » (« tuerie ») mais pas « assassination » (« assassinat »). Une copie du document figure au musée de Fort Necessity National Battlefield, en Pennsylvanie.

L'affaire fit du bruit jusqu'en Europe, où la guerre s'emballa en même temps que l'arrivée de la nouvelle. Le meurtre de Joseph de Jumonville fit scandale en France. Voltaire, pourtant anglophile, s'indigna : « Je ne suis plus Anglais depuis que les Anglais sont pirates sur mer et assassinent nos officiers en Nouvelle-France ». En Angleterre, le politicien et écrivain Horace Walpole dépeint laconiquement l'affaire : « The volley fired by a young Virginian in the backwoods of America set the world on fire. » (« Ce coup de feu tiré par un jeune Virginien dans les forêts d'Amérique a mis le Monde en feu »).

La réputation de George Washington en sera ternie, momentanément.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ils en seront chassés en 1758 par les anglais qui bâtiront Fort Pitt, qui deviendra plus tard la ville de Pittsburgh en Pennsylvanie.
  2. a et b Nos racines, l'histoire vivante des Québécois, Éditions Commémorative, Livre-Loisir Ltée. p458
  3. Stephen, Adam. "The Ohio Expedition of 1754"
  4. Toner, J.M., "The Journal of Colonel Washington" p.37
  5. Même si les relations étaient très tendues, aucune belligérance n'avaient encore été déclarée.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Montcalm and Wolfe, The Riveting Story of the Heroes of the French and Indian War, Francis Parkman, 1884.
  • (fr) Les dernières années de la Louisiane française, Marc de Villiers Du Terrage, Paris, 1905.
  • (fr) Notes sur la famille Coulon de Villiers, BRH, XII, Amédée Gosselin, 1906.
  • (fr) Papiers Contrecœur et autres documents concernant le conflit anglo-français sur l'Ohio de 1745 à 1756, Fernand Grenier éd., Presses de l'Université Laval, Québec, 1952.
  • (fr) L'Affaire Jumonville, Marcel Trudel, PUL, Québec, 1953.
  • (en) New France, G.F.G Stanley, 1968.
  • (en) Empire of Fortune: Crowns, Colonies, and Tribes in the Seven Years War in America. Francis Jennings, Norton, 1988.
  • (en) Crucible of War: The Seven Years' War and the Fate of Empire in British North America, 1754-1766, Fred Anderson, 2000.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Comparaison des visions anglo-américaine et franco-canadienne de l'affaire :