Pâté chinois

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Une assiette de pâté chinois servi avec des betteraves marinées et un biscuit à l'érable.

Le pâté chinois est un mets lié à l'histoire du Canada et plus particulièrement du Québec.

Bœuf haché, maïs, pomme de terre en purée, superposés dans cet ordre, sont les trois principaux ingrédients du pâté chinois. Le plat est cuit au four.

Origine[modifier | modifier le code]

Plusieurs théories sur l'origine du pâté chinois circulent.

Selon certains[1], le pâté chinois aurait vu le jour à la fin du XIXe siècle, lors de la construction de la voie de chemin de fer pancanadienne par le Canadien Pacifique. À l'époque, les ouvriers, surtout d'origine asiatique, y étaient nourris, dit-on, uniquement de bœuf haché, de pommes de terre et de maïs, denrées facilement disponibles et peu coûteuses à cette époque. Ils venaient de créer ainsi, par la force des choses, un assemblage désormais unique nommé en leur honneur. Les travailleurs canadiens-français des chemins de fer adoptèrent ce nouveau plat.

Selon une autre explication[2], ce mets serait originaire de la ville de South China, non loin d'Augusta, dans l'état américain du Maine, où de nombreux Canadiens français avaient émigré, faute de travail au Québec, durant les années de la révolution industrielle (fin du XIXe siècle). Dès lors, la « China pie », spécialité locale, serait devenue ici, après traduction, le « pâté chinois ».

Ces théories sont rejetées par Jean-Pierre Lemasson, auteur du livre Le mystère insondable du pâté chinois paru en octobre 2009 aux éditions Amérik Média. Selon ses recherches, les travailleurs chinois se nourrissaient simplement de riz et de soja pendant la construction du chemin de fer. De plus, il constate que le pâté chinois avait fait son apparition sur les tables des familles québécoises seulement dans les années 1930, ce qui rend difficile l'hypothèse qu'il soit apparu pendant la révolution industrielle au Maine. Toujours selon l'auteur, l'origine du pâté chinois demeure un mystère.

Selon Jean-Marie Francoeur, qui conteste l'origine chinoise, le pâté chinois a pour origine le pâté d'échine de porc avec blé d'Inde et navet en remplacement de la patate[3],[4]. Ce mets serait apparu dès le début de la colonie avec Cavelier de La Salle ; le blé d'Inde et l'échine de porc étaient courants, la pomme de terre n'étant pas disponible, le navet prenait la place[3]. Le nom passa d'échine à Chine, puis à pâté chinois et la composition se modernisa avec l'apparition de la pomme de terre et des autres types de viande[3].

Dans la culture populaire québécoise[modifier | modifier le code]

Dans la comédie de situation satirique québécoise La Petite Vie, le personnage de Thérèse tient absolument à cuisiner adéquatement un pâté chinois, acte difficile et ardu pour elle. Môman, sa mère, exaspérée, répète inlassablement : « steak, blé d'Inde, patates » afin que sa fille se rappelle l'ordre des ingrédients dans la recette. Thérèse arrive tout de même à rater la recette, que ce soit en utilisant une tranche de bœuf au lieu du bœuf haché, en ne pilant pas les pommes de terre, en ne sortant pas le maïs de sa boîte, ou autre variante farfelue. Depuis, l'expression « steak, blé d'Inde, patates » est utilisée couramment au Québec pour désigner le pâté chinois ou pour signifier la lenteur intellectuelle d'une personne.

Le pâté chinois a été consacré « mets national du Québec » par le quotidien montréalais Le Devoir en décembre 2007, suite à une consultation de son lectorat et d'un panel de personnalités québécoises[5] ,[6].

Parenté et variantes[modifier | modifier le code]

Le maïs peut être frais, surgelé ou en conserve, en grains ou en crème: l'important est qu'il y soit. La viande peut être achetée hachée au supermarché ou provenir des restes d'un rôti que l'on passe soi-même au hachoir.

Les variantes de ce plat sont innombrables et certaines sont considérées comme hérétiques par les puristes, par exemple si l'on remplace les pommes de terre par du riz ou le bœuf par une autre viande (notamment la viande de cheval hachée, normalement moins chère et moins grasse que le boeuf), voire un tout autre ingrédient (lentilles, tofu, etc.) pour en faire un plat végétarien. Des chefs réputés n'hésitent cependant pas à en proposer des versions audacieuses, voire gastronomiques. Le pâté chinois le plus populaire reste la recette steak-blé d'inde-patates.

On sert le pâté chinois de mille manières, mais les accompagnements les plus fréquents sont les marinades ou le ketchup.

Le pâté chinois s'apparente au hachis parmentier français, au shepherd's pie écossais et autre cottage pie britannique auxquels on aurait ajouté une couche de maïs entre la viande hachée et la purée de pommes de terre.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Pâté chinois est un film de 1997 (voir Philippe Falardeau et Sophie Leblond).

Il s'agit d'un moyen-métrage satirique sur l'immigration asiatique au Canada.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. entre autres, Jean Soulard, dans son livre 400 ans de gastronomie à Québec
  2. Selon l'historien Claude Poirier
  3. a, b et c Francoeur, Jean-Marie, La genèse de la cuisine québécoise, Fides, 2011, (ISBN 9782762130294)
  4. Chevrier, Louise, Genèse de la cuisine québécoise: de Rabelais au pâté chinois, Société d'histoire de la Seigneurie de Chambly, 23 décembre 2011, consulté en ligne le 26 mars 2012.
  5. Fabien Deglise, « Le plat national des Québécois », Le Devoir,‎ 15 décembre 2007 (ISSN 0319-0722, lire en ligne)
  6. Fabien Deglise, « Le noble pâté », Le Devoir,‎ 15 décembre 2007 (ISSN 0319-0722, lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Lemasson, Le mystère insondable du pâté chinois, Verdun, Amérik média,‎ 2009, 139 p. (ISBN 978-2-923543-13-0)
  • Les mémoires de l'acteur québécois André Montmorency, La revanche du pâté chinois, Léméac, Montréal, 1997.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]