François de Montmorency-Laval

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François
Image illustrative de l'article François de Montmorency-Laval
Biographie
Naissance
Montigny-sur-Avre Royal Standard of the King of France.svg France
Ordination sacerdotale
Décès
Québec Royal Standard of the King of France.svg Nouvelle-France
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale en l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris
Dernier titre ou fonction Évêque de Québec
Évêque de Québec
16741685
Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier Suivant
Évêque in partibus de Pétrée
16581674
Autres fonctions
Fonction religieuse
Vicaire apostolique de la Nouvelle-France (1658-1674)
Fonction laïque
Gouverneur-général de la Nouvelle-France en 1663 et 1682

Signature

Ornements extérieurs Evêques.svg
Blason Précigné.svg

Saint François de Montmorency-Laval, ou Monseigneur de Laval, né le à Montigny-sur-Avre (France) et mort le à Québec (Nouvelle-France), est le premier évêque de Québec et le fondateur du Séminaire de Québec. Au temps de François de Montmorency-Laval, tout le territoire de l'actuelle province de Québec faisait partie d'un ensemble beaucoup plus vaste, la province du Canada (Nouvelle-France) et constituait une des régions administratives de la Nouvelle-France. Il sera par deux fois gouverneur-général de la Nouvelle-France à titre provisoire en 1663 et en 1682.

Il a été déclaré saint par le pape François le 3 avril 2014, lequel a utilisé le rare processus de canonisation équipollente[1].

Un grand baron de France[modifier | modifier le code]

Né le à Montigny-sur-Avre, François de Montmorency-Laval est le fils de Hugues de Montmorency-Laval, seigneur de Montigny[2], et de Michelle de Péricard. Il est un membre de la haute noblesse française . Apparentés au roi et ayant leurs entrées à la cour, les Montmorency sont dits "premiers barons du Royaume"[3]. Son père est un descendant du baron de Montmorency. François a six frères et sœurs.

Appartenant à la branche cadette de la Deuxième maison de Montmorency-Laval,les Laval-Montigny, le prélat lui-même n'utilise pas le nom de Montmorency ; il signe dans les registres ou ailleurs « François de Laval ».

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

François de Laval est baptisé le , en l'église Saint-Martin de Montigny-sur-Avre[4], du nom de « l'apôtre des Indes » François-Xavier, canonisé l'année précédente, en 1622, par le pape Grégoire XV. L'historien canadien Auguste-Honoré Gosselin note que le choix de ce prénom « était de bon augure pour celui qui devait être l'apôtre du Canada et faire revivre sur ce vaste théâtre de l'Amérique du Nord les vertus des premiers pasteurs de l'Église[5] ». Monseigneur de Laval gardera toute sa vie une grande dévotion pour son glorieux patron et voudra même que ce dernier soit honoré au Canada comme le second saint patron du pays. Il a aussi une grande dévotion pour saint François d'Assise.

Adolescent, François de Laval fréquente le collège des Jésuites de La Flèche, nouvellement créé sous l'impulsion de Henri IV. Il est ordonné prêtre le .

Le vicariat apostolique[modifier | modifier le code]

Le , il est nommé vicaire apostolique de la Nouvelle-France et sacré évêque in partibus de Pétrée en l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris, et arrive à Québec le .

Dans la ligne du Concile de Trente qui est clôturé la même année, il met sur pied le Grand Séminaire de Québec et fonde la communauté des prêtres du Séminaire de Québec le .

Il ouvre en 1668 une résidence pour les futurs prêtres, le Petit Séminaire de Québec, qui deviendra en 1765, après la Conquête anglaise, un collège ouvert à tous.

En 1674, le diocèse de Québec est créé et il en devient le premier évêque bien avant que l'Angleterre obtienne le Canada au traité de Paris de 1763. Son diocèse incluait tout les territoires français et les régions non explorés par les européens en Amérique du Nord, à l'exception des colonies britanniques de Nouvelle-Angleterre et des colonies espagnoles de Floride, du Mexique et de Californie. Il couvre donc plus de la moitié du continent, de la Baie d'Hudson jusqu'aux bayous de la Louisiane.

L'épiscopat[modifier | modifier le code]

En 1664, il devient abbé commendataire de l'abbaye de Méobecq (abbatiale de Méobecq), dans le Berry, en France, et à ce titre, prieur de celui d'Esves-le-Moutier. Il utilise les revenus de l'abbaye pour son vicariat apostolique avant d'être obligé de la supprimer en 1673 par lettre patente conforméme,t aux décrets du Concile de Trente qui exige la présence physique des abbés dans leurs abbayes.

Pasteur infatigable, il fait quatre voyages en France dans des conditions difficiles. Il parcourt aussi en canot, à pied, en raquettes son vaste diocèse qui s'étend des rives du fleuve Saint-Laurent et de l'Acadie jusqu'au Mississippi aux États-Unis, pour visiter les gens chez eux. Il porte une attention particulière aux gens des "Premières Nations" dont il défend la dignité en combattant les commerçants qui font le trafic d'alcool (eau-de-vie) pour les exploiter par la suite. Il va même jusqu'à menacer d'excommunication les trafiquants d'eau-de-vie[6].

Il est aussi gouverneur de la Nouvelle-France (à titre provisoire) à deux occasions : du 23 juillet au 15 août 1663 et du 9 mai 1682 au 9 octobre 1682.

En 1685, François de Laval démissionne de son poste d’évêque de Québec. Il rentre mais très vite demande au roi l'autorisation de revenir dans son diocèse souhaitant y mourir au milieu de ses ouailles.

Après plusieurs refus, le roi Louis XIV accorde au vieux prélat la permission de terminer ses jours en Nouvelle-France. Monseigneur de Laval se retire alors au Séminaire de Québec et se met au service du nouvel évêque, Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier qui lui succède en 1688.

Il meurt à Québec vingt ans plus tard, le . Sa dépouille est inhumée dans la cathédrale. Il est déclaré bienheureux par le pape Jean-Paul II le .

Pérégrinations post-mortem[modifier | modifier le code]

Gisant de François de Laval

En 1878, son corps est exhumé et transporté de la cathédrale à la crypte de la Chapelle du Séminaire de Québec.

En 1950, nouvelle translation de la crypte à la Chapelle extérieure du Séminaire où le corps est placé sous un gisant de marbre blanc.

En 1993, la désacralisation de la chapelle amène le transfert du corps à la cathédrale. Le corps est placée dans une chapelle funéraire sous un gisant de bronze qui surplombe une reproduction en granit d'une carte ancienne de la Nouvelle-France.

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Son nom a été donné à la ville de Laval, au Québec, à l'Université Laval et à l'Hôpital Laval à Québec. Son nom fut également donné au Collège Montmorency,un CÉGEP québécois situé à Laval.

Le boulevard Monseigneur-De-Laval, artère commerciale qui traverse la ville de Baie-St-Paul, a été nommé en son honneur.

Physionomie spirituelle[modifier | modifier le code]

Statue de François de Laval à Québec

Il est difficile de tracer les contours de l'expérience spirituelle personnelle de François de Laval parce que les documents sont limités. Il n'a pas écrit son autobiographie comme Marie de l'Incarnation, par exemple. Quelques lettres cependant sont plus révélatrices par exemple les cinq qui nous restent de sa correspondance avec un ami, Henry-Marie Boudon (né à La Fère dans l'Aisne), archidiacre d'Évreux[7].

On peut mettre au cœur de la spiritualité de François de Laval un détachement prononcé qui allait bien avec son tempérament et qu'il avait pratiqué auprès de M. de Bernières dans ses années à Caen. Ce détachement est « un grand système de désappropriation » comme écrit son premier biographe, Bertrand de La Tour, qui se ramène à la maxime spirituelle suivante : « Nous n'avons pas de meilleur ami que Jésus-Christ. Suivons tous ces conseils, surtout ceux de l'humiliation et de la désappropriation du cœur. »

Pour François de Laval, on le voit, la désappropriation est un idéal évangélique. Il conserve à cette désappropriation son sens moral de renoncement. La désappropriation inclut les valeurs de détachement, de pauvreté, d'humilité puisqu'elle reste toujours une certaine privation, mais l'essentiel de la désappropriation pour François réside d'abord dans le partage et la mise en commun des biens. Ainsi, la désappropriation devient partage matériel puis dans un même mouvement partage fraternel. Il voulait, écrit Bertrand de La Tour « que tout le clergé ne fît qu'une grande famille  » et c'est dans ce but qu'il demandait qu'on ne se départisse jamais « de la désappropriation qui laisse tout en commun entre les mains du supérieur ».

Cet idéal évangélique implique un jugement de valeur sur la relativité du créé. Dans cette perspective, pour François de Laval, Dieu est le "Tout" et le créé le "Rien" un peu à la manière de Saint-Jean de la Croix. Ainsi au sortir d' une maladie qui avait failli l'emporter en 1689, il écrivait :"C'est en cet état qu'on reconnaît la vérité qu'il n'y a que Dieu seul et que tout le reste n'est rien qu'un pur néant".

La désappropriation se refermerait sur elle-même dans un ascétisme étroit si elle n'arrivait aussi à favoriser le partage fraternel comme on l'a vu et en fin de compte si elle n'ouvrait de plus en plus à l'action de Dieu. À mesure que François de Laval avance en âge, les fruits d'une ouverture amoureuse à la volonté de Dieu à travers les événements se manifestent dans une constance, une patience et un abandon qui grandissent.

On retrouve de façon remarquable dans sa vie ce que le Concile Vatican II proposera aux prêtres : "À la lumière de leur foi nourrie par la lecture de la Bible, ils peuvent rechercher avec attention les signes de Dieu et les appels de sa Grâce à travers la diversité des événements de l'existence" (Décret sur le ministère et la vie des prêtres, no 18). C'est cette expérience de Foi confiante que François de Laval a vécu tout au long de sa vie, cet abandon à la divine Providence est l'aboutissement de la désappropriation et elle est au cœur son expérience spirituelle.

L'expérience d'abandon à la Providence de François de Laval comporte d'abord un effort pour lire dans les événements les signes de la présence de Dieu. "Il y a longtemps que Dieu me fait la grâce de regarder tout ce qui m'arrive en cette comme un effet de sa Providence" écrit-il en 1687. À son ami Henri-Marie Boudon, en 1677, il disait déjà : "Tout ce que la main de Dieu fait nous sert admirablement, quoique nous n'en voyions pas sitôt les effets". Dans les principaux événements de sa vie François de Laval recherche promptement leur signification spirituelle soit pour son œuvre pastorale, soit dans son itinéraire spirituel personnel.

Cette "expérience de Providence", si l'on peut dire, ne serait pas complète si elle ne suscitait une réponse. Cette réponse est l'abandon : "Il est bien juste...que nous ne vivions que de la vie du pur abandon en tout ce qui regarde au-dedans comme au-dehors" dira-t-il après le refus du Roi de le laisser partir pour le Canada en 1687. Puis deux ans plus tard, il dira à l'automne 1689 à un correspondant (M. Milon) : "La Providence de Dieu, qui vous inspire de prendre avec tant de bonté part à notre peine et à nos intérêts, nous oblige plus particulièrement de nous abandonner entièrement à son adorable conduite et d'y mettre toute notre confiance" et il continuera "...la main de Notre-Seigneur est infiniment plus puissante pour édifier. Nous n'avons qu'à lui être fidèles et le laisser faire".

"Lui être fidèles et le laisser faire" voilà certainement une phrase où François de Laval nous livre son "intérieur" et qui peut résumer pour nous l'essentiel de son cheminement spirituel.

La physionomie spirituelle du bienheureux François de Laval nous révèle que la sainteté chrétienne "s'exprime différemment en chacun de ceux qui, dans la conduite de leur vie, parviennent en édifiant le prochain, à la perfection de la charité" (Constitution dogmatique sur l'Église, no 38). Son exemple, celui d'un pasteur totalement consacré à sa tâche, s'ajoute à celui de nombreux chrétiens qui, dans leur vie de tous les jours, apprennent au fil des ans à accueillir en esprit et en vérité l'amour du Père.

En effet, le bienheureux François de Laval s'est tenu à l'écart des sentiers extraordinaires qui conduisent à Dieu, il présente plutôt l'image d'une bonne santé humaine et spirituelle enracinée dans des valeurs solides auxquelles toutes les énergies sont consacrées dans la vie de tous les jours. Il est, tout noble qu'il fût, de cette race de paysans rudes, au cœur généreux, travailleurs et remplis de foi que furent les pionniers et les pionnières de la Nouvelle-France.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Mathieu II de Montmorency, seigneur de Montmorency X Emma de Laval (1200-1264)
│
├─>Guy VII de Laval X Philippa de Vitré 
│  │
│  ├─>Guy VIII de Laval X Jeanne de Brienne, fille de Louis d'Acre et petite-fille de Jean de Brienne   
│  │  │                                                 
│  │  ├─>André de Laval (XIVe siècle) X Eustachie de Bauçay
│  │  │  │ 
│  │  │  ├─>Guy Ier de Laval-Loué X Jeanne de Pommerieux       
│  │  │  │  │       
│  │  │  │  ├─>Thibault Ier de Laval-Loué X Jeanne de Maillé    
│  │  │  │  │  │    
│  │  │  │  │  ├─>Guy II de Laval-Loué X Charlotte de Sainte Maure de Baneon Nesle     
│  │  │  │  │  │  │    
│  │  │  │  │  │  ├─>René de Laval-La Faigne X Antoinette de Havard   
│  │  │  │  │  │  │  │    
│  │  │  │  │  │  │  ├─>René II de Laval-La Faigne X Marie de Boussu 
│  │  │  │  │  │  │  │  │    
│  │  │  │  │  │  │  │  ├─>Hugues de Laval-Tartigny X Marie de Mézières
│  │  │  │  │  │  │  │  │  │    
│  │  │  │  │  │  │  │  │  ├─>Jean de Laval-Tartigny X Claude de Prunele
│  │  │  │  │  │  │  │  │  │  │    
│  │  │  │  │  │  │  │  │  │  ├─>Hugues de Laval-Montigny X Michelle de Péricard. 
│  │  │  │  │  │  │  │  │  │  │  │    
│  │  │  │  │  │  │  │  │  │  │  ├─>François de Montmorency-Laval

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Québec a ses deux premiers saints
  2. Diocèse de Chartres. Les seigneurs de Montigny portaient : de Montmorency, avec l'écu de Laval au milieu de la croix.
  3. Dictionnaire biographique du Canada : LAVAL, FRANÇOIS DE
  4. Son acte de baptême n'a pas été retrouvé. On trouve tout de même mention de François de Laval dans les registres paroissiaux de l'église Saint-Martin de Montigny-sur-Avre dans un acte de baptême du  : parrain de son neveu nommé également François de Laval, il est qualifié dans l'acte de baptême de « premier évêque de Québec ville capitale de tous les pays de la Nouvelle-France ». Archives départementales d'Eure-et-Loir, paroisse Saint-Martin de Montigny-sur-Avre, registre de 1675 à 1699, page 7/195 en ligne.
  5. Auguste-Honoré Gosselin, Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, Québec, 1890, p.15.
  6. Olivier Chaline Le règne de Louis XIV, Éditions Flammarion, 2005.
  7. Hermann Giguère, dans L'expérience de Dieu avec François de Laval, Les Éditions Fides, 2000, cite ces lettres ainsi que plusieurs autres tirées de la présentation de la cause de béatification de François de Laval qui a été publiée par la Congrégation des rites sous le titre Quebecen. Beatificationis et Canonizationis Ven. Servi Dei Francisci de Montmorency-Laval episcopi Quebecensis (+1708) Altera nova positio super virtutibus ex officio critice disposita (Sacra Rituum Congregatio, Sectio historica, 93), Polyglottis Vaticanis, 1956, 1028p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Vachon, « LAVAL, FRANÇOIS DE », dans Dictionnaire biographique du Canada en ligne, 2000
  • Hermann Giguère, L'expérience de Dieu avec François de Laval, Les Éditions Fides, 2000, 140 p.

(aperçu)

  • Denise Pepin, François de Laval: premier évêque en Amérique du Nord, Éditions du Long-Sault, 99 p.
  • André Vachon, François de Laval, Fides, 1980, 64 p.
  • Gilbert Lévesque, François de Laval, seigneur de la Côté, Leméac, 1979, 93 p.
  • André Vachon, François de Laval, chanoine et archidiacre d'Evreux, 1972, 238 p.
  • Émile Bégin, François de Laval, Presses universitaires, Laval, 1959, 222 p.
  • Auguste-Honoré Gosselin, Le Vénérable François de Montmorency Laval, premier évêque de Québec, Québec, Dussault, 1906 (en ligne)
  • Adrien Leblond de Brumath, Bishop Laval, Toronto, Morang & co. ltd., 1906, 292 p. (en ligne)
  • Henri Têtu, Monseigneur de Laval, premier évêque de Québec, Québec : P.G. Delisle, 1887, 121 p. en ligne
  • Edmond Charles Hippolyte Langevin, Notice biographique sur François de Laval de Montmorency: 1er évêque de Québec, suivie de quarente-une lettres et de notes historiques sur le chapitre de la cathédrale, Lovell, 1874, 322 p. (en ligne)
  • Louis-Edouard Bois, Joseph Serré de La Colombière, Esquisse de la vie et des travaux apostoliques de sa grandeur Mgr Fr. Xavier de Laval-Montmorency, premier évêque de Québec, A. Còte & cie., 1845, 145 p. (en ligne)
  • Auguste-Honoré Gosselin, Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708, Impr. de L.-J. Demers & frère, 1830, vol. 1 et 2
  • Louis Bertrand de La Tour, Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec, Cologne, Jean Frédéric Motiens, 1761, 215 p.

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