Histoire de la Bretagne
La Bretagne est une péninsule à l'extrême Ouest de la France. Pythéas (vers -330) la nomme Kyrtoma, et nomme Prettanike ou Brettaniai l'ensemble des terres qu'il visite au-delà de la Manche. Elle est alors peuplée par des peuples gaulois, donc celtes. Mais ce sont d'autres Celtes, venus de Grande-Bretagne, qui lui donnent son nom actuel : les Bretons.
Avant le VIIIe siècle, le territoire des Bretons sur le continent ne s'étend que sur la partie occidentale de la Bretagne actuelle. Rennes et Nantes sont ainsi des comtés francs, faisant partie du territoire de la Neustrie, et qui seront réunis par la suite dans la marche de Bretagne, afin de prévenir le royaume franc des incursions bretonnes.
Le Royaume de Bretagne est une entité éphémère de l'histoire de la Bretagne qui naît en 851 avec les revendications d'Erispoë, puis de Salomon, avant de sombrer dans une période de troubles due à la querelle de succession qui opposent les assassins de ce dernier, Gurwant et Pascweten. Le frère de Pascweten, Alain Ier, dit le Grand, sera le dernier à porter le titre de roi. L'expulsion des Vikings à la fin des années 930 ouvre la période du duché de Bretagne jusqu'à son union à la France en 1532.
Une fois unie à la France, la nouvelle province française garde une grande autonomie et ses privilèges jusqu'à la révolution française de 1789. Elle est démembrée en 1790 et donne naissance à cinq départements, avant d'être partiellement reconstituée sous forme de région administrative en 1955 autour de quatre départements.
Préhistoire [modifier]
Au Paléolithique, jusqu'en 7000 av. J.-C., la population clairsemée chasse le mammouth, l'ours, le tigre et le cerf. On a trouvé des traces d’utilisation très ancienne du feu sur le site de Menez Dregan (Finistère). Au Paléolithique supérieur, l'homme de Néandertal cède la place à l'Homo sapiens, venu du Proche-Orient.
Dû à la rigueur persistante du climat après le dernier maximum glaciaire, les sites paléolithiques sont rares en Bretagne. Un des seuls sites connus à ce jour est celui de Roc'h Toul sur un promontoire de grès près de Guiclan (Finistère). La grotte contient environ 200 artéfacts et est datée du Magdalénien tardif par de Mortillet. La présence de pointes à dos courbe relie ce site à l'Azilien épipaléolithique. D'autres sites aziliens incluent Parc-an-Plenen et Enez Guennoc.
Durant le Mésolithique, 7000 av. J.-C.-5000 av. J.-C., l'« homme de Téviec » habite la côte sud et vit de coquillages et de pêche.
Au Néolithique, 5000 av. J.-C.-3000 av. J.-C., les premiers agriculteurs introduisent une nouvelle religion, des usages funéraires nouveaux. C'est la civilisation des mégalithes, elle couvre la Bretagne de monuments pendant 2 000 ans.
Vers 3000 av. J.-C., le tumulus de Saint-Michel est construit à Carnac. Vers 2000 av. J.-C., le tumulus de Kermene est construit à Guidel (statue de déesse-Mère).
Le sol souvent acide de la Bretagne nuit à la conservation des ossements. Les Bretons, les Irlandais, les Gallois, les Cornouaillais, les Écossais et les Anglais ont développé un ADN-Y spécifique, l’haplogroupe R1b-L21[1].
Antiquité [modifier]
À l'époque celtique, on ne parle pas encore de Bretagne. Le territoire de l'actuelle Bretagne fait partie de l'Armorique, vaste fédération de peuples celtes réunis sous l'appellation de Confédération armoricaine s'étendant de Pornic, près de Nantes, à Dieppe, au nord du pays de Caux. On y retrouve les départements actuels de la Loire-Atlantique, du Morbihan, d'Ille-et-Vilaine, du Finistère et des Côtes-d'Armor, plus la quasi-totalité de la Normandie actuelle avec son littoral, depuis le mont Saint-Michel, le Cotentin jusqu'au pays de Caux (départements de la Manche, de l'Orne, du Calvados, de l'Eure et de la Seine-Maritime) plus l'Anjou avec la Sarthe, la Mayenne et leurs territoires limitrophes. Il n’y a donc pas de correspondance entre l'Armorique et la Bretagne, malgré la confusion fréquente.
Jules César s'exprime ainsi :
— César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, VII, 75
L'Armorique était peuplée de plusieurs peuples celtes dont les Vénètes qui ont impressionné César :
« Par leur marine considérable, leur supériorité nautique bien reconnue et leurs relations commerciales avec l'Île de Bretagne, les Vénètes étaient devenus un peuple très puissant, dont l'autorité s'étendait au loin sur tout le littoral de la Gaule et de la Bretagne insulaire. Ils possédaient un petit nombre de ports situés sur cette mer ouverte et orageuse à de grandes distances les uns des autres et rendaient tributaires presque tous les navigateurs obligés de passer dans leurs eaux. »
— César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, III, 8
Les Vénètes, habitants de cette puissante et influente cité maritime de commerçants et de marins, avaient une forte organisation et étaient dotés d'un Sénat. Ils avaient notamment une flotte importante pour commercer avec les îles Britanniques et l'Italie dont elle diffusait le vin et l'huile (que les Romains convoyaient en Armorique depuis Bordeaux), en Armorique et en Bretagne insulaire à partir de Vannes et de l'actuelle région malouine, notamment à Hengistbury Head non loin de Bournemouth dans le Dorset actuel), et à qui elle vendait entre autres productions les salaisons et les charcuteries armoricaines déjà bien connues et appréciées à Rome, ainsi que l'étain, le plomb et le cuivre de la grande île. Les Vénètes-Veneti- résidaient dans le Morbihan actuel et donnèrent leur nom à la ville de Vannes ; ils portent curieusement le même nom (Vénètes) que le peuple qui fonda deux autres puissantes cités commerçantes et maritimes : Venise et Gdańsk.
« Les Pictons étaient hostiles aux Vénètes comme on peut le déduire de leur liaison avec le proconsul Jules César dès sa première campagne (César, Guerre des Gaules, VIII, 26) et des navires construits ou fournis aux Romains par eux, par les Santons et d'autres peuples gaulois pour leur faciliter la ruine des Vénètes. »
— César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, III, 11
En 56 av. J.-C., les navires de Jules César, fournis par d'autres peuples gaulois, détruisent la flotte vénète au cours de la bataille du Morbihan. Le parlement est mis à mort et « le reste » vendu comme esclaves. De même, le territoire des Ambilâtres (sud de l'actuelle Loire-Atlantique) fut donnée aux Pictons afin de les remercier de leur collaboration.
Toutes les cités armoricaines (à l'époque romaine, la cité est la circonscription administrative correspondant au territoire d'un peuple) ont le statut de cités pérégrines (c’est-à-dire « étrangères ») de type stipendiaire (c'est-à-dire « soumise au paiement d'un impôt-tribut »).
En 380, les Romains donnèrent le nom de Tractus Armoricanus et Nervicanus à un grand commandement militaire s'étendant de la Gironde au Pas-de-Calais, et embrassant un groupe considérables de peuples, dont beaucoup avaient été jadis membres de la Confédération armoricaine.
Haut Moyen Âge [modifier]
En 406, il semblerait que les Armoricains, peut-être aidés par les Bretons de Grande Bretagne prennent leur indépendance vis-à-vis de l'Empire romain d'Occident[réf. nécessaire].
Les migrations des Britto-romains [modifier]
Elles ont lieu vers l'Armorique. À l'appel des Romains[2], des contingents bretons (fœderati) viennent de l'île de Bretagne, actuelle Grande-Bretagne et s'installent d'abord sur la frange littorale de l'Armorique où ils rejoignent des contingents peu nombreux de lètes francs arrivés dès les IIIe siècle et IVe siècle[3] afin de la défendre contre les incursions de pirates venant du Nord de l'Europe qui sévissent en Manche, puis s'enfoncent dans les terres pour mater les révoltes des bagaudes.
Vers 384, Magnus Maximus semble installer des troupes britto-romaines en Armorique. Cependant ces faits sont impossibles à prouver, étant basé sur des légendes.
Lorsque les dernières légions romaines quittent l'île de Bretagne en 411, ils confient la défense de l'île aux Britto-romains. Rapidement, les raids des Pictes depuis la Calédonie (actuelle Écosse, au-delà du mur d'Antonin) et surtout des Irlandais (depuis l'Hibernie) se multiplient contre le Pays de Galles, en même temps que s'installent à l'est de l'île des peuplades germaniques, et notamment les Angles et les Saxons qui repoussent les Bretons à l'ouest. Il semblerait même que ce soient les raids et la colonisation des Irlandais qui auraient été un facteur décisif dans le départ de certaines vagues migratoires bretonnes vers le continent.
Alors, des communautés entières de Bretons (cité-clan) émigrent en Armorique depuis les régions de l'ouest de la Bretagne insulaire (surtout depuis le Devon et la Cornouailles) sous la conduite de leur chefs religieux et laïcs. Ces émigrants apportent avec eux leur culture, leur organisation et probablement leur langue, bien qu'il soit difficile de dire si le breton de l'époque était similaire ou non à la langue des Gaulois armoricains. Il est également difficile de quantifier la population armoricaine au moment des émigrations. Certains auteurs, bien que les projections soient hasardeuses, estiment que les Bretons représentaient au maximum la moitié de la population de la pointe de Bretagne[4].
Pendant cette période de migration, l'histoire de la Bretagne recouvre à la fois la Grande-Bretagne, d'où proviennent les migrants et la plus grande des deux péninsules de l'Armorique (l'autre péninsule armoricaine étant le Cotentin) qu'on finira par appeler Petite Bretagne, puis simplement Bretagne.
L'éventualité d'une émigration bretonne en provenance des Îles Britanniques ailleurs qu'en Bretagne a été discutée, notamment pour savoir si elle avait concerné le territoire normand de l'Armorique, notamment le Cotentin et le département du Calvados. Camille Julian écrit que les liens du territoire qui devint plus tard la Normandie avec l’île de Bretagne ont toujours été des plus étroits[5]. Cependant, l'un des principaux défenseurs de cette théorie est Léon Fleuriot qui se fonde essentiellement sur des arguments toponymiques[6]. Or les toponymistes n'ont pas mis en évidence la présence de toponymes bretons à l'est du Couesnon[7]. En outre, l'absence de documents d'époque et de trouvailles archéologiques vont plutôt dans le sens des recherches toponymiques récentes. Certes, la présence marquée de saints bretons et de l'exemption de Saint-Samson sur le sol normand peut suggérer une immigration[8], mais elle n'indique rien sur sa nature et son ampleur.
Le morcellement et la grande étendue des possessions et dépendances du diocèse de Dol, qui est le seul diocèse breton dans ce cas - ce qui prouve son ancienneté et son importance - s'explique par la dispersion des premières colonies bretonnes des premiers temps de l'émigration des Ve et VIe siècle[9] dont elle avait la charge et pour lesquelles elle devait être un grand centre spirituel, sur les côtes de la Bretagne actuelles.
Les chefs bretons traversent la Domnonée insulaire avant de passer la Manche. Il faut avoir à l’esprit que la mer a été en général un facteur d’unité : elle unissait plus qu’elle ne divisait. Dans les traditions relatives à la colonisation de la Bretagne par les Bretons nous retrouvons des royaumes doubles de ce genre[10]. De nombreux lieux seront nommés du nom des chefs de ces clans (plou-, tre-, lan-…). Les sept saints fondateurs de la Bretagne, saint Pol Aurélien (évêque de Léon), saint Corentin (évêque de Cornouaille), saint Patern (évêque de Vannes), saint Samson (évêque de Dol), saint Brieuc (évêque de Saint-Brieuc), saint Malo, évêque d'Aleth, évêché transféré à Saint-Malo) et Saint-Tugdual, appelé aussi Tudy, Tutuarn et Pabu (évêque de Tréguier), sont probablement la version christianisée de ces chefs de clan investis de pouvoirs religieux.
La plus grande des deux péninsules de l'Armorique devient alors la Bretagne mineure, ou Petite Bretagne, puis n'est plus appelée que Bretagne[11].
Il semble que vers l'an 600 l'émigration soit achevée.
Les Bretons et les Francs [modifier]
À la fin de l'Empire romain d'occident en 476, les Wisigoths et les Francs occupent la France mais il reste, au nord, le royaume de Syagrius. On ne sait pas si l'ouest de l'Armorique (Bretagne) faisait partie de ce royaume. En 486, ce roi est vaincu à la bataille de Soisson. Selon Procope de Césarée, les Francs vont alors s'attaquer à l'est de l'Armorique. Mais alors qu'ils pillent et qu'ils se battent contre les « Arborykhes », ils se rendent compte qu'ils ne pourront les vaincre et s'allient donc avec eux. Ces derniers deviennent vraisemblablement alliés avec les Francs car ils ne payent pas de tribut. Il semblerait, toujours selon Procope que leur alliance fut facilitée car ils étaient tous les deux chrétiens.
L'évolution de la situation en Grande-Bretagne [modifier]
Après le départ des Romains, les Britto-romains mènent une lutte militaire contre les Saxons sous la direction de « seigneurs de guerre » issus de l'aristocratie romanisée. Le seul dont l'histoire garde le nom est Ambrosius Aurelianus[12] (le « Riothamus » de Grégoire de Tours ?) qui combattit également sur le continent contre les Francs et les Wisigoths notamment. Il était allié au magister militum Ægidius (le père de Syagrius).
Ces évènements donneront naissance aux mythes de Cadwaladr et Emrys chez les Gallois et à la saga d'Arthur chez les Bretons.
Au sud, peu à peu les Angles, les Saxons, les Jutes, les Frisons et les Francs s'établissent en nombre.
En 493 au Mont-Badon (Bannesdowne, de nos jours, près de Bath), une grande armée bretonne infligea une sévère défaite aux Saxons dont les Bretons firent un grand massacre. Cette victoire bretonne stoppa net l'avance des Anglo-Saxons et fut suivie d'une période de paix.
À partir de la bataille de Deorham (577), l'équilibre est rompu et leurs royaumes s'étendent peu à peu vers l'ouest, isolant les Bretons du sud-ouest de ceux du nord (Strathclyde…), puis les Gallois des Cornouaillais.
Au nord, la fusion du royaume des Pictes, du royaume irlandais de Dal Riada et des peuples brittoniques du nord donna naissance à l'Écosse.
Au sud, les royaumes anglo-saxons commencèrent à s'unir, l'union étant parachevée durant l'occupation danoise puis normande.
Des principautés au duché : Bretons et Francs [modifier]
Les Bretons et les Mérovingiens [modifier]
Avant le VIIIe siècle, le territoire des Bretons sur le continent ne s'étend que sur la partie occidentale de la Bretagne actuelle. Rennes et Nantes sont ainsi des comtés francs, faisant partie du territoire de la Neustrie, et qui seront réunis par la suite dans la marche de Bretagne, afin de prévenir le royaume franc des incursions bretonnes.
- 497 : après une longue guerre, Clovis conclut un traité avec les cités armoricaines (dont certaines majoritairement peuplées de Bretons) : celles-ci reconnaissent la suprématie des Francs, combattront sous ses ordres, mais ne paieront pas de tribut[réf. nécessaire]. De plus, la colonisation bretonne, qui se faisait sur toute la Bretagne et la Normandie actuelles, est limitée aux cités osisme, coriosolite et vénète[13]
- 559-560 : expéditions de Clotaire contre Conomor, qui soutient son fils Chramme révolté contre son autorité. Victoire[Qui ?] en 560 aux Monts d'Arrée[14]
- 578 : Vannes prise par les Bretons. Des expéditions franques sont conduites en 579, 585 et 590 pour la reprendre, sans succès[15].
La constitution du royaume de Bretagne [modifier]
- VIIIe ou IXe siècle : premier texte contenant du vieux breton et parvenu jusqu’à nous. Connu sous le nom de manuscrit de Leyde (parce qu'il est conservé dans la ville de Leyde aux Pays-Bas), il s'agit d’un traité de botanique.
- 753 : raid de Pépin le Bref et reprise de Vannes par les Francs.
- à partir de 778, constitution par Charlemagne d'une marche de Bretagne, glacis défensif contre les Bretons, et comprenant les comtés de Rennes, de Nantes et de Vannes.
- 786 : raid de Charlemagne, mené par le sénéchal Audulf.
- 798-799 : première conquête de la Bretagne par le comte Gui au nom de Charlemagne.
- 801 et 811 : soulèvements. Nouveaux raids de Charlemagne.
- 818, 824 et 837 : soulèvements et expéditions de Louis le Pieux
- 831 : Louis le Pieux confie au chef Nominoë le ducatus du peuple breton et le comté de Vannes, détaché de la marche de Bretagne.
- 840 : mort de Louis le Pieux, ses fils se déchirent sur la question de la succession. Le missaticum breton, confié par Louis au Breton Nominoë, se retrouve parmi les enjeux.
- 841 : Nominoë prête serment au roi de Francie occidentale Charles le Chauve.
- 843 : bataille de Messac : victoire de Renaud, comte d'Herbauge et préfet de la Marche de Bretagne contre le chef viking Hasting, Lambert II de Nantes et Nominoë ou son fils Erispoë. Peu de temps après Renaud est battu et tué par le chef viking Hasting à Blain le 24 mai 843 soit le « IX Kalendas junii » selon la Chronique d'Aquitaine.
- 845 : bataille de Ballon. Victoire de Nominoë sur Charles le Chauve ; un traité est conclu en 846. Nominoë est alors reconnu comme le souverain de la Bretagne. Reprise des hostilités en 849 : avec la déposition des évêques et leur remplacement par des Bretons, Nominoë cherche à rendre son clergé indépendant de l'église franque. Raids en profondeur dans la Francie occidentale (Maine, Anjou, Poitou), prise des cités de Rennes et Nantes.
- 851 : mort de Nominoë en campagne près de Vendôme. Erispoë, son fils, lui succède, et écrase l'armée franque à la bataille de Jengland. Au traité d'Angers, Charles le Chauve reconnait Erispoë comme roi de Bretagne, avec les comtés de Rennes et de Nantes ainsi que le pays de Retz.
- 857 : le roi de Bretagne Erispoë est assassiné par son cousin, Salomon. Celui-ci avait reçu un tiers de la Bretagne donnée par Charles le Chauve. Il est couronné roi à son tour.
- 863 : En échange de la paix et pour combattre les Vikings, Charles le Chauve concède à Salomon le territoire d'Entre deux rivières, identifiée à la partie du comté d'Anjou située entre la Mayenne et la Sarthe.
- 867 : Traité de Compiègne. Concession de la péninsule du Cotentin et de l'Avranchin à Salomon. Extension maximale de la Bretagne.
- 868 : à Pîtres, Charles le Chauve reconnaît le titre royal à Salomon et à sa descendance.
- 874 : le roi Salomon est assassiné à son tour. S'ensuit une guerre civile où finissent par périr les deux prétendants, Gurvant et Pascweten, laissant la Bretagne de nouveau déchirée entre Judicaël et Alain.
- 888 : à la mort de Judicaël aux mains des Normands, Alain est couronné roi de Bretagne sous le nom d'Alain Ier dit « le Grand », et écrase les Normands.
- 907 : mort d'Alain Ier « le Grand ».
La destruction du royaume de Bretagne suite aux raids et à la présence des Vikings [modifier]
Après 907, les querelles des grands seigneurs affaiblissent la Bretagne. Au détriment des deux fils (Rudalt et Derien) et deux gendres d'Alain le Grand, Gourmaëlon, comte de Cornouaille, se fait reconnaître roi. Les conflits entre seigneurs provoquent insécurité et anarchie. Les raids vikings reprennent, menés par les chefs Ohtor, Hroald et surtout Ragenhold. De petits groupes s'installent en différents lieux d'implantation (notamment dans la région de Nantes).
En 909, à la suite de la mort d'Alain le Grand, Foulque Ier d'Anjou reçoit le comté de Nantes. Il est chargé de lutter contre les Scandinaves et les Bretons. Néanmoins Nantes est prise par les Hommes du Nord en 914 et devient le cœur de l'implantation scandinave en Bretagne.
La Bretagne face aux Normands [modifier]
En 919, les Vikings s'emparent de la Bretagne et établissent leur capitale à Nantes.
À partir de 919 la plupart des communautés religieuses fuient en Angleterre ou en France, bientôt imitées par la noblesse et les notables. De cet exode date la vénération des reliques de saints emportés par les moines dans les lieux de leur exil : celles de saint Corentin à l'abbaye de Marmoutier de Tours, de saint Gwenaël à Courcouronnes, de saint Samson à Saint-Symphorien d'Orléans, de saint Salomon à Pithiviers, saint Guénolé à Montreuil, saint Maudez à Saint-Mandé, et de saint Magloire à Paris.
Débarqué d'Angleterre vers 931, Alain Barbe-Torte, fils de Mathuédoï, comte de Poher et petit-fils du roi Alain le Grand rejoint les Bretons révoltés de Cornouailles. Ensemble, ils tuent un chef viking nommé Félécan mais doivent battre en retraite quand les Normands de la Seine, menés par Guillaume Longue Épée, viennent prêter main forte aux Vikings de la Loire. Alain repart en Angleterre mais reste en contact avec sa patrie grâce à la médiation de l'abbé Jean de Landevennec. Lorsqu'en 936, il débarque à nouveau en Bretagne, les Vikings sont affaiblis d'autant plus que Guillaume Longue Épée, ne compte plus leur venir en aide[16]. Alain libère la Bretagne en les chassant de Nantes en 937, puis en gagnant la Bataille de Trans le 1er août 939, date qui devint la fête nationale[17].
La Bretagne après les Vikings [modifier]
Une dispute ne tarde pas à naître entre la dynastie fondée par Alain Barbetorte, duc de Bretagne et comte de Cornouaille, et celle de Juhel Berenger, comte de Rennes. Par alliances les Thibaldiens, comtes de Chartres et de Blois, contrôlent le comté de Rennes, les comtes d'Anjou le comté de Nantes. En 930, le comte d'Anjou, Foulque Ier est reconnu comte de Nantes, Hugues le Grand le qualifiant comme tel dans une de ses chartes. Foulque Ier passe la plus grande partie de sa vie à combattre les raids vikings. Le comté de Nantes est alors étroitement lié à la dynastie angevine des Plantagenêts jusqu'au début du XIIIe siècle.
En 987, le comte de Rennes Conan Ier le Tort, bat les Nantais et prend le contrôle de la Bretagne. Cette victoire de Conan sera de courte durée.
Mais il aura le temps de s'intituler, dans une charte notice pour le Mont Saint Michel, Britannorum princeps. Raoul Glaber, moine franc contemporain (né en 985), indique qu'il s'est fait couronner à la manière des rois, sans doute par une source tierce. Cette même année, Hugues Capet se fait élire roi de France par les pairs de ce pays. Le chef de Bretagne ne fait pas partie de ces électeurs malgré son importance. Cela peut signifier que la Bretagne n'était pas considérée comme partie du royaume de France à cette époque. Une certaine suzeraineté pouvait cependant être possible mais en tant que domaine externe au royaume de France. Le nouveau comte d'Anjou, Foulques Nerra s'inquiétant de son ascension politique se proclame le défenseur des intérêts de la maison de Nantes et il lui livre combat. Conan Ier est tué dans la défaite, lors de la seconde Bataille de Conquereuil en 992.
En 1008, à la mort de Bérenger, fils de Conan Ier, la régence est exercée, jusqu'à sa mort en 1034, par Havoise de Normandie, fille de Richard Ier de Normandie pour son fils Alain III de Bretagne. En 1027, Alain III porte toujours le titre de rex mais est le plus souvent qualifié de princeps Britanniae, comes totius Britanniae. Un acte est établi in presentia domni nostri Alani totius Britanniae princeps (en 1088, la Bretagne est qualifié de royaume[18].). En 1033, à la suite d'un refus et d'une guerre, Alain prête allégeance à son oncle. À la mort de celui-ci en 1035, il s'émancipe par deux actes fondateurs. Primo, affirmant son droit régalien, il fait son frère puiné, Eudon comte. Il fonde ainsi la maison de Penthièvre, tutrice des nouveaux évêchés de Trégor et de Saint Brieuc. Secundo, il fait du jeune Guillaume, fils illégitime de Robert Ier de Normandie et héritier contesté par les barons normands, son pupille. Il soutient ainsi un parti militaire normand qui donnera trente ans plus tard, lors de la conquête normande de l'Angleterre sur les Anglo-Saxons, des fiefs conséquents aux seigneurs bretons.
Moyen Âge médian [modifier]
La participation à la conquête de l’Angleterre [modifier]
En 1064, Guillaume le Bâtard soutient la rébellion de Riwallon de Dol contre Conan II de Bretagne. Aussi, quand le 6 janvier 1066, Harold Godwinson, le vainqueur du roi de Gwynedd et unificateur du Pays de Galles, Gruffydd ap Llywelyn, est couronné roi d'Angleterre, Guillaume le Conquérant n'a aucun mal à attirer les vassaux de Bretagne dans son projet de conquête de la Grande-Bretagne. Il réunit une armée de 7 000 à 8 000 hommes dont environ 3 000 Normands pour 1 000 Bretons[réf. nécessaire]. Ceux-ci, essentiellement des cadets aux droits amenuisés, apportent leurs navires et reçoivent armes et chevaux. Le reste de l'armée était composée de Flamands et de mercenaires venant des duchés voisin de la Normandie. Parmi les chevaliers bretons, se trouvaient Josselin vicomte de Rohan, les fils puînés d'Eudon de Penthièvre, Alain le Roux et Brient, le vicomte de Léon, Robert Baron de Vitré, Raoul fils de Main, baron de Fougères, le fils du sire de Dinan, le sire de Chateaugiron, Raoul Ier de Gaël (Gaël-Montfort), Judicaël de Lohéac, le vicomte du Halgouët, etc.
Guillaume le Conquérant attribue en récompense de leur aide de nombreuses terres et fiefs anglais à ces Bretons. Notamment le comté de Richmond, qui fut donné à Brient fils d'Eudon de Penthièvre qui le transmit ensuite à son frère Alain le Roux : Alain Ier le Roux, commandant de l'arrière-garde durant la bataille de Hastings fut créé comte de Richmond entre Noël 1069 et 1071, par Guillaume le Conquérant et fut comte de Richmond de 1070 à 1089.
Le comté de Richmond (Angleterre) occupant la pointe nord-ouest de la vaste province qui fut connue plus tard sous le nom de duché d’York était une grande seigneurie de quinze lieues de long sur dix de large et fut souvent attribué aux ducs de Bretagne, jusqu'au mariage de Jeanne de Bretagne, comtesse de Richmond, avec Raoul Basset de Drayton en 1399.
Un autre baron de Bretagne, Raoul Ier de Gaël reçut tout un royaume : un des États de l’heptarchie anglo-saxonne, l'Est-Anglie, comprenant deux des meilleurs comtés de l'Angleterre actuelle, Suffolk et Norfolk, avec les villes d’Ipswich, Newmarket, Norwich et tout le littoral baigné par la mer du nord, de l’embouchure de la Stoure au golfe de Boston. Guéthénoc de Porhoët (de Rohan) recevra des terres dans le Bedfordshire, le Buckinghamshire et le Gloucestershire dont la ville de Caerwent. Bien d’autres Bretons y firent de belles fortunes.
En 1076, Guillaume le Conquérant fait le siège de Dol. Le roi de France, Philippe Ier, vient au secours du duc de Bretagne et l'oblige à lever le siège[19].
En 1156, le comté de Nantes est détaché, lors d’une période de divisions internes de la Bretagne, et annexé à l’Anjou. En effet, alors que Conan IV est proclamé duc de Bretagne, les Nantais chassent son oncle Hoël comte de Nantes et choisissent pour comte le frère cadet d'Henri II, Geoffroy Plantagenêt, déjà comte du Maine et d'Anjou depuis 1156. Le comté de Nantes sort du duché. À la mort de Geoffroy, en 1158, Conan croit pouvoir reprendre le Comté de Nantes, mais doit le restituer à Henri II Plantagenêt qui le conservera en sa main pendant plus de 30 ans (1156-1189)[20].
Henri II Plantagenêt détache de la Bretagne le comté de Nantes pendant un tiers de siècle (1156-1183)[20], puis prend le duché sous sa coupe, les comtes bretons s’avérant incapables de lutter contre les naufrageurs qui nuisaient au commerce entre les autres domaines de l’empire Plantagenêt. Son fils Geoffroy II de Bretagne, fiancé à l'héritière du duché, se révolte contre son père, tout comme son fils Arthur (1186-1203), réfugié à la cour de Philippe Auguste, contre Jean sans Terre.
En 1185, Geoffroy II de Bretagne signe l'Assise au comte Geoffroi, qui interdit le démembrement des fiefs, ce qui renforce le régime féodal breton.
La Bretagne capétienne [modifier]
En 1209, Philippe-Auguste (Philippe II de France) fit établir une convention pour régler le mariage de la jeune duchesse Alix de Thouars (9 ans) avec le petit Henri (5 ans), fils d'Alain, comte de Penthièvre. Les barons bretons rendent hommage à l'enfant Henri de Penthièvre.
Mais en 1213, dans le but de renforcer son pouvoir en Bretagne, le roi de France Philippe Auguste impose le prince capétien Pierre Mauclerc comme baillistre, c’est-à-dire administrateur du duché et tuteur de son fils, le duc Jean Ier de Bretagne. Ce fut Pierre Mauclerc qui introduisit les hermines dans le blason de la Bretagne. Il épouse la cause de son fief et défend son indépendance face au roi de France.
Dès la fin du XIIIe siècle et bien avant la réunion du Duché de Bretagne au domaine royal du Royaume de France, l'administration ducale abandonna le latin au profit du français, sans passer par le breton. Jusqu'au XIIIe siècle, les actes administratifs et juridiques sont rédigés en latin, puis le français concurrence le latin dans les actes de la chancellerie[21]'[22].
Guerre de succession de Bretagne [modifier]
De 1341-1364, la guerre de Succession de Bretagne ou guerre des Deux Jeanne, voit s’affronter le demi-frère du dernier duc, Jean de Montfort, père du futur duc Jean IV, (bientôt soutenu par le roi d'Angleterre) et sa nièce, la comtesse Jeanne de Penthièvre mariée au neveu du roi de France, Charles de Blois.
À l'issue de la guerre, une forme tempérée de la loi salique est introduite en Bretagne.
- 1352 : les États de Bretagne, qui constitueront le Parlement de Bretagne, sont mis en place.
- 29 septembre 1364 : Bataille d'Auray : victoire de Jean IV et de la maison de Montfort qui était le parti breton opposé au candidat (Charles de Blois) du roi de France. La Paix est conclue par le premier traité de Guérande le 12 avril 1365 qui entraîne l'abdication de la duchesse Jeanne et l'hommage de Jean IV au roi de France pour le duché pairie de Bretagne (le 13 décembre 1366).
- 1373 : Abandonné par sa noblesse qui fait appel au suzerain royal (Charles V), Jean IV repart en exil en Angleterre. Le roi de France Charles V nomme son frère le duc d'Anjou (époux d'une fille de Jeanne de Penthièvre et Charles de Blois) lieutenant-général en Bretagne.
- 1378 : Le roi de France tente d'annexer la Bretagne au domaine royal, ce qui provoque le rappel par les Bretons de Jean IV[23].
Malgré une dernière requête de la rivale de Jean IV, Jeanne de Penthièvre, le Parlement de Bretagne prononce l'annexion pour félonie le 18 décembre 1378; celle-ci ne pourra néanmoins pas être appliquée[24]. Le second traité de Guérande (15 janvier 1381) règle la neutralité bretonne dans le conflit anglo-français.
Moyen Âge final [modifier]
- Durant cette période, les Ducs bretons sont de fait indépendants comme le prouvent leurs relations avec le Vatican par exemple. En 1418, le pape Martin V qui appelle Jean V à protéger le clergé breton puisqu'il tient son pouvoir de la largesse divine comme tout roi et prince (sicut omnis rex et princeps)[25]. En 1452 le pape autorise le Duc a choisir lui-même les candidats aptes à occuper les cinq principaux sièges épiscopaux de la péninsule.
- Les Ducs de Bretagne ne prêtent pas l'hommage lige au roi de France car « le duché ne le doit pas »[26].
- 12 février-4 juillet 1420 : Attentat de Champtoceaux, le duc Jean V est enlevé par le comte de Penthièvre, fils de Jeanne de Penthièvre. Jeanne de France, duchesse de Bretagne, assiège les places rebelles et fait libérer son mari qui confisque le biens des Penthièvre.
- 1464 : Parution du Catholicon breton, dictionnaire breton-latin-français de Jehan Lagadeuc qui est le premier dictionnaire trilingue du monde, le premier dictionnaire breton et le premier dictionnaire français de cette envergure.
- 1465 : François II participe à la ligue du Bien public, alliance avec les États bourguignons, le duc Charles de Normandie, le duc d'Alençon et le comte d'Armagnac contre le roi de France Louis XI, sans succès (traité de Caen).
- 1485-1488 : Guerre folle ; le duc de Bretagne participe à une rébellion contre le pouvoir royal, pendant la régence d’Anne de Beaujeu
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- En 1487, l'armée française achève la soumission du royaume et pénètre en Bretagne. Les places de Chateaubriant, Vitré, Ancenis et Clisson s’ouvrent à elle. L'armée française atteint Vannes : elle est forte de 12 000 hommes. Ploërmel, qui résiste, est prise et mise à sac. L’armée royale échoue au siège de Nantes : la garnison et la population, aidées par des volontaires cornouaillais conduits par le marchand Michel Marion, rennais et guérandais, appuyés par des mercenaires anglais, allemands et hollandais, brisent le blocus. L’armée française doit évacuer la Cornouaille où les paysans se soulèvent. Le baron de Rieux rallie le camp du duc et Vannes est libérée en mars 1488[27]
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- La guerre reprend, et le 28 juillet 1488, a lieu la bataille de Saint-Aubin du Cormier. L’armée française, forte de ses mercenaires suisses et d'une artillerie actionnée par des spécialistes italiens et suisses, prend villes et châteaux. Après la prise de Fougères, la bataille de Saint-Aubin du Cormier oppose l'armée du duc de Bretagne, de 11 500 hommes, à l’armée française de 15 000 hommes. La victoire royale est décisive.
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- Août 1488 : François II doit accepter le traité du Verger, signé le 19 août 1488. Le duc s’engage à éloigner du duché les princes et tous les étrangers qui s’étaient mêlés de la guerre contre le roi de France ; il ne mariera pas ses filles sans l'avis et l'agrément du roi de France ; Saint Malo, Fougères, Dinan et Saint-Aubin sont remis en garantie au roi dont les droits sur la succession ducale sont réservés pour le cas où le duc décèderait sans enfant mâle.
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- septembre 1488 : le duc François II meurt d’une chute de cheval. En dépit de trente ans de politique d’indépendance, le règne de François II aboutit à un échec. L'armée bretonne était affaiblie par le double jeu de plusieurs de ses chefs, notamment aux frontières. La bourgeoisie bien qu’active, l'administration, bien que correctement organisée, ne pouvaient dégager suffisamment de moyens pour contrer une France plus forte[28].
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- L'historien américain Eugen Weber pointe en ces termes les conséquences de l'annexion de facto de l'État breton : « Après l’union forcée avec la France, les villes bretonnes furent envahies par des Français qui écrasèrent ou même remplacèrent les commerçants locaux, francisèrent les gens qu’ils employaient ou touchaient d’une autre façon. Les ports du roi comme Lorient ou Brest, étaient des villes de garnison en territoire étranger et le terme de colonie était fréquemment employé pour les décrire[29] ».
- 1490 : Anne se marie par procuration avec Maximilien d'Autriche, ce qui provoque une nouvelle guerre avec le roi de France. Charles VIII fait reconnaître la nullité de ce mariage conformément au traité de 1488, et épouse Anne en 1491 à la demande de celle-ci qui refusait d'être unie à d'autres que le roi.
La province française [modifier]
L'intégration de la Bretagne au royaume de France [modifier]
- 1498 : Louis XII rompt son propre mariage avec Jeanne de France pour épouser la duchesse et reine douairière Anne, veuve de Charles VIII.
- 1514 : Claude de France, fille d'Anne et de Louis XII, hérite de la Bretagne et épouse François Ier, malgré l'opposition de sa mère, et après la mort de cette dernière. Elle lègue le duché à son époux.
- 1524 : À la mort de Claude, François son fils hérite du duché. Il est couronné à Rennes le 6 août 1532 et reconnu duc sous le nom de François III. Le roi François Ier, son père, conservant l'usufruit du duché.
- 21 septembre 1532 : union de la Bretagne et de la France requise par les États de Bretagne, l'édit d'union étant précédé et suivi d'autres documents :
- le premier document publié est la Lettre de Vannes en août,
- il est suivi de la signature de l'Édit d'Union entre la Bretagne et la France,
- pour rassurer le parlement, le roi François Ier confirme les privilèges de la Bretagne par l'Édit du Plessis-Macé en septembre.
- 1536 : François III meurt, bien avant son père. Son frère Henri lui succède comme dauphin du royaume de France et comme duc de Bretagne, mais ne sera pas couronné.
- 1547 : Le dauphin-duc Henri monte sur le trône de France sous le nom d'Henri II. Toute allusion à un duc de Bretagne disparaît, mais les privilèges fiscaux et règlementaires subsistent, défendus par les États de Bretagne contre les empiètements royaux.
Âge d'or des XVIe et XVIIe siècles [modifier]
Altération du pouvoir local au profit de la royauté [modifier]
Suite à son union avec la France en 1532, la Bretagne cesse d'avoir des relations politiques directes avec des pays étrangers ; l'économie bretonne devient tributaire des choix royaux. La province dispose cependant de certaines libertés prévues par l'Édit d'Union, et de certaines administrations propres. Les États de Bretagne, états généraux possédant certaines attributions politiques et administratives, ont alors à leur tête un gouverneur choisi par le pouvoir royal, et sont composés de représentants des trois ordres globalement dominés par la noblesse[30]. Ils se basent juridiquement sur la coutume de Bretagne qui leurs garantit trois libertés fondamentales : l'absence de levée d'impôt sans accord préalable de la part des États, les Bretons ne sont justiciables que devant les tribunaux bretons et selon la coutume, et les charges ecclésiastiques ne peuvent échoir qu'à des Bretons. À cette première institution s'ajoute le Parlement de Bretagne, cour de justice crée en 1554 et siégeant à partir de 1561 à Rennes. Il est constitué de seize Bretons et de seize non-Bretons auxquels s'ajoute un président non Breton. Le Parlement et les États s'opposent régulièrement au pouvoir royal, et ce dernier est souvent amené à jouer sur la rivalité entre ces deux institutions pour affirmer son autorité[31].
Les premières oppositions entre le pouvoir royal et la Bretagne sont dans un premier temps masquées par des tensions religieuses, prenant pour fond les guerres de religion qui voient l'opposition des Catholiques et des Huguenots[31]. La Réforme a alors peu de prise dans la province en raison de son éloignement et se concentre principalement en Haute-Bretagne dans les principaux centres urbains, concernant presque exclusivement la noblesse. L'opposition au pouvoir royal de Henri III commence lorsque celui-ci veut imposer la levée de 40 000 hommes aux villes closes en 1574, puis à créer des offices qui grèvent le budget provincial les années suivantes[32]. L'assassinat du duc de Guise, chef de la Ligue catholique, par Henri III en 1588 cristallise cette résistance. Le duc de Mercœur, beau-frère du roi et gouverneur de Bretagne profite de la situation pour tenter de se tailler un pouvoir propre en Bretagne[n 1] et tirant profit de l'opposition locale au pouvoir royal. L'assassinat d'Henri III en 1589 déclenche le début d'une guerre de succession, l'héritier désigné, le duc de Navarre étant protestant. En Bretagne, chaque camp fait appel à des alliés étrangers, espagnols pour les Catholiques qui s'installent à Brest, ou anglais pour les Protestants qui s'installent à Paimpol. La région est divisée. Les brigands et les jacqueries font des ravages et le duc de Mercœur ne parvient pas à assoir son pouvoir sur la Bretagne. La conversion d'Henri IV au catholicisme, puis la signature de l'Édit de Nantes en 1598 permet de rassoir le pouvoir royal sur la province[33].
Le premier quart du XVIIe siècle est marqué par les intrigues du gouverneur suivant, le duc de Vendôme, qui complote contre la régente Marie de Médicis puis contre son beau-frère le roi Louis XIII. Le duc de Vendôme ne parvient cependant pas à obtenir le soutien des notables locaux ou de la population. À la demande des États, il est démis de sa charge et son remplacement est demandé[34]. Richelieu en profite pour se faire nommer à cette fonction, ce qui lui permet les années suivante de saper le pouvoir provincial, d'obtenir la création de diverses charges et d'augmenter à plusieurs reprises les dons gratuits[35]. Ce processus de centralisation va encore s'accentuer sous la régence d'Anne d'Autriche[36].
Prospérité économique [modifier]
Dans le domaine maritime, la Bretagne connait une évolution de ses activités. Le roulage est florissant jusqu'au milieu du XVIe siècle avant de connaitre un déclin. En effet, pendant la guerre de la Ligue, la plupart des ports bretons à l'exception de Brest prend parti pour les Catholiques ; leurs convois deviennent la cible des corsaires anglais ou rochelais[37]. Cette activité reprend modérément une fois la paix revenue en 1598, mais doit faire face à de nouvelles limitations. Sur le plan technique, les ports bretons, nombreux mais de tailles modestes, sont handicapé par la hausse du tonnage des navires. Politiquement, la fin de l'indépendance empêche les bretons d'envoyer des ambassadeurs à l'étranger pour défendre leurs intérêts, et la politique française tournée vers la guerre est un frein au commerce[38]. Enfin humainement, les bretons se limitent aux métiers de marins peu rémunérateurs sans pour autant devenir des marchands, limitant l'entrée de richesses dans la région. Dans le même temps le cabotage, qui prend le pas sur le roulage, va connaitre un pic d'activité vers 1670 avant de subir à son tour le déclin[39].
La physionomie du littoral se modifie également : alors qu'au milieu du XVIe siècle on compte environ 130 ports répartis sur l'ensemble du littoral, le XVIIe siècle connait une contraction des activités sur des ports de taille moyenne comme Audierne ou Pénerf et surtout vers les trois grands ports de l'époque que sont Morlaix (et ses avants-port de Saint-Pol-de-Léon et de Roscoff), Nantes[40] et Saint-Malo[41].
L'ingérence encore limitée de l'autorité royale, qui permet aux Bretons de gérer au mieux de leurs intérêts leur propre économie, et le commerce maritime florissant permettent à la balance commerciale bretonne d'être largement positive pendant ces deux siècles. Les exportations concernent des produits comme les céréales (notamment le Trégor et la côte sud allant de l'embouchure de la Vilaine à celle de la Laïta) vers la péninsule Ibérique[42] et surtout les toiles de lin et de chanvre dont la valeur à l'exportation va jusqu'à atteindre 9 à 10 millions de livres dans les années 1690 dans le Trégor, le Léon ou le pays de Saint-Malo[43]). Enfin, la position de la Bretagne à mi-chemin entre le nord et le sud de l'Europe lui permet de facilement redéployer ses activités en fonction de la conjoncture, profitant au XVIe siècle de la prospérité espagnole, puis au siècle suivant de celles de la Hollande et de l'Angleterre[44].
Cette prospérité économique draine une quantité importante de matériaux précieux en Bretagne. Ainsi entre 1581 et 1590 l'hôtel de la Monnaie de Rennes est le premier de France, loin devant celui de Paris. Entre 1551 à 1610 les hôtels de Rennes et de Nantes frappent à eux deux 35 % de l'argent français ; cette proportion tombe cependant à 16 % pour la période 1610-1680, une partie de la production étant centralisée à Paris. Cet enrichissement permet le développement des arts et un accroissement significatif de la construction de châteaux seigneuriaux et de grandes demeures de marchands[44]. L'enrichissement des juloded permet par ailleurs la construction de nombreuses églises richement décorées et d'enclos paroissiaux, particulièrement en basse-Bretagne[45]. Cette prospérité est aussi à l'origine de l'introduction de styles artistiques étrangers dans la région. Les artistes de la marine royale travaillant à l'arsenal de Brest et formés au classicisme sont ainsi amené à travailler pour des paroisses du Léon et de Cornouaille[46].
Essor démographique fort et évolutions sociétales [modifier]
Dans le domaine de l'agriculture, peu d'évolutions techniques sont notables à cette époque. En dehors de la ceinture dorée qui bénéficie d'engrais marins comme le maërl, le goémon ou le varech, les terres siliceuses favorisent l'élevage par rapport aux cultures. De plus, des techniques largement rependues comme l'étrépage ou l'écobuage tendent à appauvrir les sols[47]. Le froment est cultivé en majorité dans le long des côtes nord et sud, alors que le seigle, plus adapté aux sols pauvres, est cultivé dans l'intérieur. L'arrivée de la culture du sarrasin au début du XVIe siècle va changer la donne, celui-ci s'adaptant très bien aux sols pauvres de l'intérieur tout en présentant des rendements très importants pour l'époque. Cela permet de réserver les sols riches à des céréales plus nobles destinées aux exportations. L'élevage, principalement bovin, est aussi particulièrement développé comparé au reste du royaume, ce qui permet une économie rurale plus diversifiée et permettant de compenser les mauvaises récoltes qui dans d'autres régions causent des crises démographiques[48].
Sur le plan démographique, le Bretagne se singularise du reste de la France. Alors qu'au XVIe siècle une forte hausse puis un ralentissement démographique sont enregistrés partout ailleurs, la population bretonne connait une nouvelle dynamique de hausse après la fin de ce siècle, pour atteindre un maximum vers 1670-1680[49]. La région connait alors une densité de population du même ordre que les régions européennes les plus développées comme l'Italie du nord ou les Pays-Bas[50]. Cette croissance touche cependant différemment les zones rurales et urbaines : dans ces dernières la hausse est plus forte, surtout dans les zones côtières. Entre la fin du XVe siècle et la fin du XVIe siècle, Nantes passe ainsi de 14 000 à 25 000 habitants et Saint-Malo de 4 000-5 000 à 10 000-11 000 habitants. D'autres villes comme Vannes, Quimper, Morlaix ou Saint-Brieuc connaissent elles-aussi une progression démographique sans pour autant atteindre le seuil des 10 000 habitants. Les campagnes doivent, elles, compter avec un exode rural du à l'attractivité des villes, mais aussi avec des crises comme la guerre de la Ligue à la fin du XVIe siècle qui y réduit fortement le nombre de baptêmes[49]. Vers la fin du XVIIe siècle, la population de la province atteint les 2 millions d'habitants, contre 1,3 à 1,5 millions à la fin du XVe siècle, soit 10 % de la population du royaume. À la même époque Nantes compte 40 000 habitants, Saint-Malo 25 000, et Rennes entre 15 et 20 000 habitants. La fin du roulage pénalise de petits ports comme Le Croisic, Le Conquet, ou Roscoff[51], alors que d'autres ports bénéficient d'importants développement guidés par des investissement extérieurs : Brest sous l'action de Colbert, qui décide d'en faire un port militaire de premier ordre, passe de 2 000 habitants en 1661[52] à 15 000 habitants au début du XVIIIe siècle[51] ; Lorient créée ex-nihilo en 1666 par la Compagnie française pour le commerce des Indes orientales compte 6 000 habitants en 1702[53]. L'évolution de la population rurale est plus irrégulière et les dynamiques varient d'un pays à l'autre[51].
La religion catholique connait un regain de vitalité à l'époque, et influence grandement certaines formes artistiques. La province compte environ un prêtre pour cent-cinquante habitants[54], mais le haut clergé est caractérisé par son absentéisme. Les missions lancées à la suite du concile de Trente permettent de nombreuses conversions et sont à l'origine de l'usage des taolennoù pour enseigner la religion à des Bretons encore grandement illettrés[55]. Un important répertoire de cantiques se constitue à partir du début du XVIIe siècle en empruntant des airs et des paroles de gwerzioù[56]. Une forme de syncrétisme est aussi perceptible à l'époque avec l'utilisation de la figure de l'ankou par des missionnaires et son entrée dans la décoration des églises, mais aussi avec la christianisation de monuments païens comme le Menhir de Saint-Uzec[57].
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Taolenn utilisé par Michel Le Nobletz au XVIIe siècle.
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Menhir de Saint-Uzec christianisé.
Sur la plan culturel, il existe une littérature en langue française, sous l'influence grandissante d'éléments extérieurs à la province[59], et traitant de sujets profanes ou religieux. La production en langue bretonne existe également mais se fait à l'oral ; les contes et chansons populaires sont connus grâce aux collecteurs d'airs du XIXe siècle, mais la datation pose encore des questions[60]. Au niveau architectural, les styles gothique et Renaissance cohabitent[61]. C'est d'abord dans la création de vitraux que le style Renaissance commence à percer avant de s'imposer plus tard aux sculptures puis à l'architecture[62]. Les résidences seigneuriales et celles de riches marchands marquent ces évolutions : les décors d'inspiration antique s'imposent à partir du XVIIe siècle ; les cours et enceintes sont détruites au profit de terrasses et de jardins à la française. Les maisons à pans de bois sont progressivement remplacées par des maisons et hôtels en pierres comme à Saint-Malo, Locronan, Roscoff, ou Rochefort-en-Terre[63].
Difficultés de la fin du XVIIe à la Révolution [modifier]
Affirmation puis érosion de l'absolutisme royal en Bretagne [modifier]
À partir du règne de Louis XIV, la politique bretonne est marquée par une intervention croissante de l'État allant de pair avec la mise en place d'un absolutisme qui tend à placer toutes les provinces françaises sous l'autorité du gouvernement, mais aussi par les évolutions stratégiques nationales[64]. Le tandem Louis XIV-Colbert va chercher à réduire le poids politique des États afin d'obtenir le financement des guerres menées par la royauté. Malgré l'aide du frère de Colbert, Charles Colbert de Croissy, commissaire du roi aux États de Bretagne, cette politique entraine une résistance des trois ordres : les nobles craignent qu'elle ne nuise à leurs privilèges, les catégories populaires qu'elle ne nuise aux avantages fiscaux de la province, et la bourgeoisie se sent menacée sur ces deux points. L'opposition reste cependant divisée[36].
Cette résistance va connaitre un pic avec la révolte des Bonnets rouges en 1675. Alors que la Guerre de Hollande débutée en 1672 s'avère plus longue et coûteuse que prévue, des mesures fiscales touchant nobles et paysans sont prises pour faire rentrer de l'argent dans les caisses royales. Les États de Bretagne, où domine la noblesse, tentent en 1674 de racheter avec des dons gratuits les édits royaux à l'origine de ces taxes, mais ceux-ci sont rétablis dès l'année suivante sans qu'ils ne soient consultés. Des troubles éclatent alors un peu partout en Bretagne, menés par certains parlementaires mais aussi par des bretons plus modestes. Le duc de Chaulnes, gouverneur de la province, ne parvient par à faire revenir le calme et les troupes royales doivent intervenir[65]. Politiquement la répression se fait à différents niveaux : le parlement de Bretagne quitte Rennes pour Vannes où il est exilé de 1675 à 1690 ; le gouverneur est secondé puis remplacé par une intendance qui est mise en place en 1689 ; et en guise de représailles, les clochers sont abattus dans les villages ou le soulèvement a été le plus fort[66]. Les États de Bretagne ne sont par la suite plus capable de s'opposer à la mise en place de nouveaux impôts : la capitation est instaurée en 1694, le dixième instauré en 1710 est remplacé par le vingtième en 1749 et 1756. La répartition de ces impôts reste cependant fixée par les États, qui en font retomber la plupart sur le monde paysan.
Au niveau économique la région doit aussi subir les conséquences de la politique royale : le protectionnisme mis en place par Colbert entraine la mise en place qu'une politique similaire en Angleterre, ce qui coupe les débouchés bretons pour plusieurs produits comme les toiles[67]. Le trafic des grands ports et le cabotage sont aussi touchés lors des guerre contre l'Angleterre, cette dernière ayant la maitrise des mers[68]. Ce mécontentement contre la fiscalité est à l'origine de la conspiration de Pontcallec entre 1718 et 1720, soutenue par la petite noblesse mais pas par la population[47].
La mort de Louis XIV en 1715 entraine le début d'une ère de reconquête de pouvoir du côté breton[69]. Ne pouvant s'opposer efficacement à la mise en place d'impôts nouveaux, les États parviennent cependant à les conditionner à l'obtention de droits nouveaux, ce qui procure à la Bretagne des avantages administratifs et financiers inédits dans le royaume. Cette politique de marchandage [70] devient particulièrement intense à partir de 1750, et culmine avec « l'affaire de Bretagne »[71] qui voit s'opposer de 1760 à 1774 un Parlement mené par La Chalotais et le duc d'Aiguillon, commandant en chef de Bretagne. Ce dernier doit finalement se retirer en 1768, au profit du Parlement[72]. Localement les États connaissent cependant une division grandissante entre la noblesse et le Tiers état, marquée surtout après 1776 et qui préfigure la journée des bricoles de 1789[73].
Contractions et reconversions économiques [modifier]
Dans le domaine maritime, la Bretagne conserve sa place au niveau français. La flotte bretonne représente en tonnage 25 % de celle du royaume et 35 % en termes de construction navale sur la période 1762-1785. Au niveau commercial, Lorient nouvellement créé se hisse dans un trio de tête composé par ailleurs de Nantes et de Saint-Malo, alors que les petits ports restent aussi nombreux. Morlaix tombe en décadence après plusieurs échecs d'expéditions commerciale vers Terre-Neuve ou l'Amérique du sud. Globalement un phénomène de concentration est perceptible, rendu nécessaire par la hausse des capitaux nécessaires pour se lancer dans des opérations commerciales de plus grandes ampleurs[74]. Nantes, favorisé par son éloignement en cas de guerre et par un arrière-pays favorisant ses débouchés, se hisse à la seconde place française derrière Bordeaux. Le port est aussi le premier port négrier de France, les navires nantais ayant transporté entre 310 000 et 350 000 esclaves sur un total d'environ 400 000 pour l'ensemble des ports bretons[75]. La pêche connait aussi des évolutions notables : la pêche à la morue connait le même phénomène de concentration des capitaux que le commerce, privilégiant Saint-Malo ainsi que la baie de Saint-Brieuc ; la pêche à la sardine se développe principalement sur la côte sud, du Conquet au Croisic et particulièrement à Douarnenez, Concarneau et Belle-Île-en-Mer[76].
Dans le domaine industriel la Bretagne reste tournée essentiellement vers la production de toiles, tout en connaissant un certain développement de son industrie minière. Son industrie textile doit cependant composer avec les guerres et la perte consécutive de son débouché anglais. L'industrie drapière concentrée autour de Josselin, Ploërmel et Malestroit triple en valeur entre 1733 et 1778 en écoulant sa production grossière auprès des paysans locaux[76]. Les régions productrice de toiles de lin grossières comme Morlaix et Landerneau, dont les clients étaient anglais, tentent d'écouler leurs productions en Espagne, mais sans parvenir au XVIIIe siècle à atteindre la moitié de la production atteinte au XVIIe siècle. À l'opposé, des toiles de meilleurs qualités produite dans l'arrière pays de Saint-Brieuc parviennent à s'écouler d'avantage, principalement en Amérique du sud grâce à la mise en exploitation dans ces région de mines d'or et d'argent. Cependant cette région ne voit pas l'apparition de riches marchands comme les juloded du Léon du siècle précédent[77], et subit les effets de la guerre d'indépendance des États-Unis à partir de 1775. Les toiles de chanvre, concentrées dans une région allant de Saint-Malo à Vitré, trouvent un nouveau débouché en Afrique et dans les Antilles et leurs valeurs doublent entre 1751 et 1775. Nantes connait aussi le développement de cotonnades et de toiles peintes, autorisées en France à partir de 1759. La région produit au moment de la révolution 120 000 pièces par an, contre 180 000 pour Paris[78]. Dans le domaine minier, les mines de plomb argentifère de Pontpéan et de Poullaouen assurent un sixième des besoins en plomb du pays et représentent 0,4 % de la production mondiale d'argent. La région ne bénéficie cependant pas de ces exploitations, car les capitaux étant principalement détenus par des Parisiens, les bénéfices ne restent pas en Bretagne. Les cadres comme les techniciens étrangers sont en outre à l'origine de réactions xénophobes dans la population[79].
L'agriculture connait des progrès en France, mais la Bretagne reste à l’écart de ces évolutions[79]. La noblesse bretonne n'a en effet pas cherché à introduire de nouvelles méthodes couteuses, préférant augmenter leurs revenus par la hausse de leurs droits seigneuriaux, et l’apport d'engrais marin à l'intérieur des terre est contrarié par le médiocre réseau de transport de l'époque. Les céréales conservent une place importante sans pour autant connaitre de gains de productivité. La population de la province continuant de progresser, il en résulte une hausse des prix, plus importante au XVIIIe siècle en Bretagne que dans le reste de la France du nord. Les cultures maraichères connaissent, elles, une progression dans la ceinture dorée ainsi que qu'autour de Nantes et de Rennes[80]. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle le pommier à cidre se popularise de plus en plus vers l'ouest de la Bretagne, et le cidre tend à remplacer presque complètement les vins parmi les boissons paysannes. Parallèlement, la vigne se replie autour de la région de Nantes. L'élevage des chevaux se développe de façon importante, surtout dans le Léon, de même que celui des moutons de pré salé dans la baie du mont Saint-Michel[81].
Une société en évolution et des centres urbains en mutation [modifier]
La population évolue plus faiblement au XVIIIe siècle, connaissant une hausse de 10 % entre 1680-1690 et 1789 contre 30 % pour la population française dans le même temps. En Bretagne, la population passe ainsi de 2 millions à 2,2 millions d'habitants sur cette période, et après avoir connu un pic à 2,3 millions d'habitants en 1770. La région connait deux crises démographiques pendant cette période, en 1693-1694 et en 1741-1743, mais aussi à partir de 1760 à cause d'un solde naturel négatif[82]. La baisse du niveau de vie des couches populaires les rend plus exposées aux mauvaises récoltes et aux épidémies qui se développent sur cette période. La variole, le typhus, la typhoïde ou la dysenterie touchent aussi ponctuellement la région, parfois introduites par les équipages de navires revenant de l'étranger[n 2]. Le faible essor démographique est absorbé par les villes. À l'exception de Saint-Malo qui passe de 25 000 habitants à 15 000 entre 1690 et 1750, les autres villes voient leur population augmenter : Nantes compte entre 80 000 et 90 000 habitants en 1789, Rennes entre 240 000 et 45 000, Brest environ 40 000 et Lorient entre 20 000 et 25 000 habitants[83].
Le monde urbain se métamorphose sous l'action combinée des guerres maritimes que se livrent la France et l'Angleterre de 1688 à 1815, et des fortunes du commerce[84]. La région connait une quarantaine d'incursions anglaises sur ses côtes entre 1683 et 1783. À partir de la fin du XVIIe siècle les ouvrages défensifs se multiplient autour des principaux ports. Les abords de Brest, visés en 1694 par un débarquement à Camaret, et de Saint-Malo sont fortifiés en premier ; le sud de la Bretagne suit au XVIIIe siècle suite au siège de Lorient en 1746[85]. Le quai de la Fosse à Nantes voit s'installer les hôtels particuliers des riches négociants, Rennes est reconstruite après avoir été ravagée par un incendie en 1720, Brest concentre la moitié de l'activité de construction navale militaire française et Lorient continue son essor. Le mouvement préromantique est perceptible par la constructions de folies dans les campagnes environnant les principales villes. Le brassage de population y est assez important, des familles non-bretonnes, notamment venant d'Irlande, de Normandie, ou de Bayonne, venant s'implanter pour le haut commerce. Ces brassages sont moins importants dans les villes plus petites comme Saint-Malo ou Morlaix[86]. Le monde rural reste pour sa part dominé par les pouvoirs seigneuriaux. L'exploitation des paysans par la noblesse s'accentue, ainsi les usurpations comme les impôts augmentent[87].
L'enseignement secondaire, réservé à une minorité majoritairement issue de la moyenne bourgeoisie, est dominé d'une part, par les jésuites qui depuis le siècle précédant et jusqu'en 1763 gèrent trois collèges à Quimper, Vannes et Rennes, et d'autre part, par les oratoriens qui gèrent celui de Nantes[88]. L'université de Nantes est amputée en 1735 de sa faculté de droit qui est transférée à Rennes afin d'être plus proche du Parlement de Bretagne[89]. Un total d'environ 20 000 personnes ont à l'époque accès aux livres et aux nouveautés des Lumières, soit 1 % de la population de la région[90]. Rennes et Brest sont les deux principaux foyers intellectuels de l'époque, les échanges ayant lieu dans des chambres de lecture ou des loges maçonniques. La publication d'ouvrages en plus en plus engagés oblige à partir de 1743 à accentuer le contrôle des libraires et des imprimeurs ; entre 1778 et 1780, 177 000 imprimés (200 titres) sont saisis[91]. En juillet 1784 le premier hebdomadaire breton, « L'Affiche de Rennes », commence à être publiée[92]. Sur le plan linguistique, la zone bretonnante tend à se contracter à l'ouest d'une ligne allant de Saint-Nazaire à Saint-Brieuc et passant par Josselin et Loudéac. Elle regroupe environ 42 % de la population provinciale, soit environ un million de locuteurs. En dehors des deux foyers de francisation que sont Brest et Lorient, cette zone est homogène. A l'Est, les villes de haute-Bretagne comptent des foyers bretonnants, constitué d'émigrés de Basse-Bretagne[93].
La structure sociale reste divisée en trois ordres. La noblesse compte 25 000 personnes, soit près d'1 % de la population bretonne, et se concentre à 56 % sur 20 % du littoral. La vieille noblesse d'origine médiévale est la plus importante ; seules 303 familles sont anoblies au XVIIIe siècle. Cette classe a une influence importante sur l'économie ; sa richesse s'accroit lors de ce siècle[94]. Le clergé recrute essentiellement dans la moyenne et petite bourgeoisie, ainsi que dans la partie aisée de la paysannerie ; la noblesse ne fournit que 10 % de son effectif[95]. Le tiers état compte pour 98 % de la population bretonne. Issue de celle-ci, une bourgeoisie de plus en plus nombreuse et instruite s'oppose à la noblesse dans un processus qui va aller en grandissant jusqu'à la Révolution française[96].
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Le château de Soy, folie dans la région de Lorient.
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Le quai de la Fosse à Nantes, avec ses maisons de négociants.
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La Tour Vauban construite à Camaret pour protéger la rade de Brest.
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Immeuble de la Place du parlement de Bretagne, construit à Rennes après l'incendie de 1720.
De la révolution à l'Empire [modifier]
Les débuts de la Révolution [modifier]
Le roi Louis XVI prend l'initiative le 5 juillet 1788 de convoquer les États généraux pour le 1er mai de l'année suivante[97]. En Bretagne, leur préparation est marquée par une opposition forte entre la noblesse et le tiers état, ce dernier exigeant une hausse du nombre de ses représentants et une répartition plus égale des impôts[98]. Les États de Bretagne s'ouvrent à Rennes le 29 décembre 1788 dans le couvent des cordeliers[99]. Les 26 et 27 janvier 1789, la journée des bricoles éclate dans la ville, la noblesse poussant le bas peuple de la ville contre la bourgeoisie, avec trois morts à la clef. Devant l'impossibilité de trouver un accord entre le Tiers et la noblesse pour la désignation des députés, Louis XVI impose des règles spécifiques à la Bretagne. La noblesse décide alors de n'envoyer aucun représentant à Versailles en signe de protestation[100].
Les députés bretons du Tiers commencent à se réunir dès leur arrivée à Versailles, à la fin avril 1789, en un « club breton », afin de coordonner leurs actions et leur correspondance avec leur province. Le Chapelier s'y affirme comme leader ; le club s'ouvre peu à peu à des députés d'autres régions[101]. Le club et les députés bretons jouent un rôle central lors de la nuit du 4 août qui a pour conséquence d'abolir les privilèges et par là même les droits particuliers de la Bretagne. Peu de ses députés s'y opposent, ces privilèges provinciaux garantis par l'édit d'union de 1532 profitant avant tout à la noblesse[102], mais cette suppression fait moins l'unanimité parmi les électeurs de ces députés en Bretagne[103].
Sur place, la région reste en majorité épargnée par la Grande Peur, à l'exception de ses marches à l'est[104]. Le Parlement et les États de Bretagne sont dissous respectivement les 3 et 5 novembre 1789[105]. La province laisse place à partir de 1790 à cinq départements qui recoupent les divisions existantes de la province : Côtes-du-Nord, Finistère, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure et Morbihan. L'idée d'un sixième département formé autour de Saint-Malo est un temps envisagée, mais est finalement délaissée[106]. La bourgeoisie parvient à occuper dès 1789 la majeure partie des nouveaux postes et fonctions, mais pour leur part, les paysans n'ont pas réussi à obtenir la fin du domaine congéable, et les conditions économiques s'aggravent en cette période de troubles[107]. C'est de nouveau la bourgeoisie qui parvient à récupérer la plupart des biens de l’Église et des nobles émigrés à partir de 1791[108]. La confiscation de la Révolution par la bourgeoisie provoque l'opposition des autres classes sociales : les nobles s'organisent, le clergé bascule dans l'opposition, et la paysannerie se démarque de plus en plus de la bourgeoisie[109]. La Constitution civile du clergé votée en juillet 1790 fait basculer la situation sur place comme dans le reste de l'Ouest français[110].
Mouvements d'opposition à la Révolution [modifier]
Des débuts désorganisés [modifier]
La Constitution civile du clergé trouve une forte opposition en Bretagne, où entre 75 et 90 % des prêtes refusent de prêter serment. Ils sont soutenus par les paysans, notamment dans le Léon, dans le Vannetais et en Haute-Bretagne, régions qui commencent à s'agiter à la fin de 1790 ou au début de 1791[111]. Le ressentiment se tourne vers les villes, là où sont prises les décisions. Un premier affrontement le 13 février 1791 a lieu à Vannes entre paysans et révolutionnaires, ce qui cause une dizaine de morts parmi les paysans. La situation est cependant différente dans les autres villes, où la présence de l'armée et l'achat de blé par les bourgeois permet de maintenir le calme[111]. L'instauration du service militaire par tirage au sort à l'été 1792 cause de nombreux heurts dans les campagnes, comme à Fouesnant en juillet, et des troupes paysannes de plusieurs milliers d'hommes attaquent Lannion ou encore Pontrieux en septembre[112].
L'aristocratie est aussi à l'origine de plusieurs mouvements de réaction contre la révolution lors des premières années. Quoique privés de leurs droits féodaux qui leurs aliénaient les paysans, ils retrouvent une certaine influence sur ceux-ci. Suite à la fuite de Louis XVI en juin 1791, certains tentent un soulèvement à Malestroit et à Machecoul, mais sont facilement battus par la garde nationale. Mieux préparée, l’insurrection préparée par l'Association bretonne et dirigée par La Rouërie, découverte dès juin 1792, ne parvient pas non plus à se concrétiser. Elle joue cependant un rôle dans le début de la Chouannerie à partir de 1793[113].
Vers une opposition plus massive [modifier]
Le premier mouvement d'opposition est d'inspiration républicaine. Vers la fin de la Législative, en 1792, commence à apparaitre une opposition des députés bretons envers les sans-culottes parisiens. En aout 1792, les côtes-du-nord expédient une circulaire aux autres départements bretons pour qu'ils demandent qu'une ville autre que Paris soit choisie comme siège de la Convention ; l'administration de la Loire-inférieure écrit à la même époque « Si des parisiens oublient qu'ils sont français et nos frères, nous n'oublierons jamais que nous sommes bretons et les ennemis nés des tyrans ». Globalement les députés de la région votent avec les Girondins ; l'opposition aux Montagnards s'accentue après la condamnation à mort de Louis XVI le 15 janvier 1793[114]. Après la victoire des montagnards le 2 juin, ceci débouche sur une insurrection fédéraliste. Du 19 au 25 juin, des députés des communes des cinq départements se réunissent à Rennes et votent la levée de quelques troupes. Celles-ci, venant majoritairement d'Ille-et-Vilaine, du Morbihan, et surtout du Finistère (les Côtes-du-Nord et la Loire-Inférieure préférant conserver leurs troupes pour combattre les chouans), rejoignent à Caen les fédéralistes normands. Cependant la défaite de ces troupes lors de la bataille de Brécourt le 13 juillet 1793 met fin à cette insurrection[115].
Une autre insurrection touche les campagnes de la région au printemps 1793. En effet, la décision de la Convention, le 24 février, d'imposer la levée de 300 000 hommes par tirage au sort à l'échelle du pays est mal acceptée en Bretagne, d'autant plus que les fonctionnaires proches du pouvoir révolutionnaire en sont exemptés afin de ne pas perturber le fonctionnement de l'administration. La première révolte éclate le 10 mars 1793 à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu avant de se propager presque à toute la Haute-Bretagne[116] et à une partie du Léon. Des renforts républicains arrivent dans la région à partir du 25 mars ; dès le mois d'avril la situation tourne à leur avantage[117]. À partir de l'automne de la même année, l'arrivée dans la région de chouans venant de Vendée relance l'agitation, notamment avec le passage de la virée de Galerne dans l'est de la Haute-Bretagne[117]. La répression de celle-ci se fait dans le cadre de la Terreur : par exemple à Nantes, Carrier fait fusiller ou noyer des milliers de personnes[118]. La nature de cette répression, tournée notamment contre la religion, précipite à partir du début de 1794 les paysans dirigés par des chefs locaux issus de la paysannerie comme Pierre Guillemot ou Georges Cadoudal dans une forme de guérilla qui touche à des degrés divers les campagnes[119], [120]. La chute de Robespierre en juillet 1794 permet aux Thermidoriens de négocier une paix avec les insurgés, ce qui aboutit au traité de La Mabilais le 20 avril 1795 qui garantit l’amnistie aux insurgés et instaure la liberté de culte[121].
L'aristocratie est aussi à l'origine de soulèvements dans la région : le comte de Puisaye parvient à structurer les restes de la chouannerie de 1793 et se rend à Londres en septembre 1794 pour obtenir des soutiens à l'organisation d'un débarquement anglais en Bretagne pour y créer un nouveau front. Bien qu'il obtienne assez vite le soutien du premier ministre britannique William Pitt, le contingent britannique n'arrive en Bretagne que le 25 juin 1795. A peine débarquée à Quiberon, la force expéditionnaire est battue par les Républicains du général Hoche[122].
La mise en place du Directoire, notamment en raison de l'annulation en 1797 d'une élection ayant fourni de nombreux députés royalistes, relance une période d'agitation dans la région. Elle reste cependant limitée et la situation s'enlise jusqu'en 1799[123]. L'arrivée au pouvoir de Napoléon Bonaparte, suite au coup d'État du 18 brumaire entraine une politique plus conciliante dans ses premières années de règne (liberté religieuse, suspension des levées d'homme) et permet de ramener le calme[124].
Conséquences socio-politiques de la Révolution et de l'Empire [modifier]
Le bilan économique de la période est lourd pour la région. La plupart des grands ports sont durement touchés : l'abolition du monopole de la Compagnie des Indes réduit les activités de Lorient[125], l'abolition de l'esclavage pendant la période révolutionnaire ainsi que les difficultés de commercer avec les Antilles touche Nantes[126], alors que Saint-Malo se relance dans la guerre de course qui, en dépit des succès de Surcouf, n'apporte qu'une succès mitigé. Brest de son coté est soumise au blocus anglais, et voit ses activités de construction navale et d'armement transférées vers Anvers[127]. À l'intérieur des terre l'industrie de la toile est elle-aussi lourdement touchée, coupée de ses clients à cause des guerres contre l'Angleterre[128], mais les forges enregistrent pour la même raison de nombreuses commandes et se développent pendant cette période[129].
Politiquement la région perd toute autonomie à l'époque. Les cinq départements créés n'ont plus de liens entre eux, bien que la cour d'appel de Rennes créée en 1800 reprenne le découpage de l'ancienne province. Les préfets mis en place à la tête de chaque département ont plus de pouvoir que les intendants de l'Ancien Régime, et sont étroitement contrôlés par les ministères de l'Intérieur et de la Police. La plupart des cadres de l'administration comme les préfets, les évêques, les enseignants de lycées ou de facultés sont choisis en dehors de la région. Localement, les fonctionnaires et conseillers municipaux des villes de plus de 5 000 habitants sont choisis directement par l'empereur[130].
Culturellement, la langue bretonne est exclue de l'enseignement des trois lycées nouvellement créés à Rennes, à Nantes et à Pontivy en 1802-1803, de même que des facultés qui rouvrent à Rennes en 1808. Des coutumes locales comme la soule, ou la représentation de mystères sont aussi ponctuellement combattues[130].
La région est par ailleurs dotée de nouvelles infrastructures à l'époque. La construction du Le canal de Nantes à Brest débute pour libérer les ports de Brest et de Lorient du blocus côtier[131]. Une ligne de télégraphe, la seconde en France, est aussi déployée entre Paris et Brest entre 1795 et 1799[132]. De la même façon un réseau de routes stratégiques est créé autour de Pontivy, qui, située au centre de la péninsule, est aménagée et développée pour permettre un meilleur contrôle de la région ; elle prend d'ailleurs le nom de « Napoléonville » pendant l'Empire. A l'Est, Clisson est reconstruite sur un plan à l'italienne après avoir été ravagée par la chouannerie[131].
Époque contemporaine [modifier]
Un XIXe marqué par de fortes disparités [modifier]
Des secteurs économiques en crises et d'autres porteurs d'innovations [modifier]
Au XIXe siècle, l'économie bretonne doit faire face à l’effondrement de certaines de ses activités traditionnelles. Les forges, sollicitées pour les besoins de la Marine pendant le Premier Empire, par la construction des voies ferrées au milieu du siècle et enfin par la mécanisation de l'agriculture, font cependant face à un déclin à partir de 1860, en raison de l’archaïsme de leurs méthodes et de la concurrence d'autres régions françaises plus rapidement et plus fortement industrialisées. Seul des forges situées près de la mer, et donc de débouchés particuliers, comme Basse-Indre et Hennebont, parviennent à se maintenir en se modernisant[133]. À la suite des forges, la plupart des mines ferment au cours du siècle, voire au début du XXe siècle, comme celles de fer, de plomb argentifère ou de charbon. De la même manière, la production de toiles continue son déclin, marqué par une absence de modernisation et une concurrence grandissante avec les filatures mécaniques du Nord. En 1914, il ne subsistent des usines de textiles que dans les bassins de Nantes et de Rennes[134]. Dans le domaine commercial, la plupart des ports secondaires tentent de se reconvertir dans le cabotage, notamment en construisant des bassins à flot (par exemple, Le Légué en 1878 ou Paimpol en 1884), mais ne peuvent faire face à la concurrence du rail[135]. Enfin, la pêche à la morue, active dans une partie du littoral nord allant de Cancale à Paimpol, baisse progressivement en raison de la difficulté du métier, de la hausse des coûts des armements et de la baisse du prix de reviens. Au début du XXe siècle, l'activité se maintient difficilement dans la région de Saint-Malo, et disparait de celle de Saint-Brieuc[136].
Le XIXe siècle est aussi une période de modernisation des moyens de communication. Le canal du Blavet est achevée en 1826, celui de Nantes à Brest en 1842, et celui d'Ille-et-Rance en 1843. La décennie suivante, le chemin de fer arrive dans la région : Nantes est reliée au reste de la France en 1851, Rennes en 1857, Lorient et Guingamp en 1862, Quimper et Pontivy en 1864, et Brest en 1865. Le réseau routier double lui sa longueur au XIXe siècle, notamment grâce aux politiques d'aménagement du territoire de la Monarchie de Juillet : création d'un réseau de routes stratégiques dans les zones touchées par les guerres vendéennes, (sud-est de l'Ille-et-Vilaine et en Loire-Inférieure)[137], et amélioration des routes royales, notamment entre Rennes et Brest[138]. Cependant ces connexions se font en priorité pour desservir les arsenaux (Brest, Lorient, Indret) et pour connecter la région à Paris dans une optique de centralisation. Les connexions nord-sud ne sont pas améliorées et restent difficiles[135]. Ces évolutions permettent de faire évoluer positivement certains secteurs économiques comme l'agriculture ou la pêche, voir d'être à l'origine de la création de ceux-ci comme dans le cas du tourisme[135].
D'autres secteurs émergent à l'époque grâce à des évolutions technologiques. La découverte de l'appertisation permet le long de la côte sud le développement d'une industrie de la conserve centrée sur la sardine. Son apogée se situe autour de 1880, la Bretagne concentrant alors 132 des 160 usines de sardines françaises. Ces usines sont souvent contrôlées par des capitaux nantais, et des groupes comme Cassegrain (en 1861) ou Saupiquet (en 1877) y sont créés[139]. Une nouvelle génération de fonderies modernes produisant du fer blanc se développe pour fournir ces conserveries. Les forges d'Hennebont qui comptent 250 ouvriers lors de leurs création en 1858, en comptent 3000 en 1914[140]. La modernisation de la construction navale est elle aussi source de croissance : Saint-Nazaire avec l'aide de l'écossais John Scott ouvre en 1861 un chantier de construction de navire en fer. En 1881, suivent dans la voie de la construction en fer les Ateliers et Chantiers de la Loire et les Chantiers de l'Atlantique créés avec des capitaux nantais. La marine militaire suit cette évolution : les arsenaux de Brest et de Lorient passent eux aussi à la construction en fer[141]. De ce dernier arsenal sort en 1861, la frégate cuirassée La Couronne, suivie en 1876 et 1879 des cuirassés intégraux La Dévastation et Le Redoutable[142]. En 1913, 50 % des navires de la marine nationale sortent des chantiers bretons[143]. Enfin, le chemin de fer permet dans la dernière partie du XIXe siècle de développer un tourisme le long des côtes, d'abord à destination des habitants aisés des villes de la région, mais aussi à destination des Parisiens et des étrangers. Des villes comme Paramé ou Dinard voient des villas se construire pour accueillir cette dernière clientèle[144].
Des secteurs plus traditionnels ont aussi un développement marquant à l'époque. Fougères voit se développer une industrie de la chaussure, d'abord à base de sabots en tirant profit des forêts environnantes, puis à partir des années 1860 à base de cuir[145]. Pour sa part, Nantes voit le développement d'une industrie du sucre, avec la création par Cossé-Duval d'une raffinerie de sucre candi en 1836, ou l'ouverture des biscuiteries LU en 1846. Cependant la petite industrie domine le paysage régional, et en 1896 on dénombre 325 000 établissements industriels dans les cinq départements bretons[146].
Une agriculture en mutation [modifier]
La modernisation de l'agriculture bretonne au XIXe siècle est faite par plusieurs biais. La diffusion de méthodes modernes passe par la formation des exploitants actuels et futurs. Un Jules Rieffel joue dans ce cadre un rôle clef en étant à l'initiative en 1830 de la création d'une école d'agriculture à Nozay qui devient une école régional d'agriculture en 1848 et qui est transférée à Rennes à 1895, mais aussi par la création de revues destinées à diffuser des idées nouvelles[147]. La mécanisation elle ne commence à prendre de l'ampleur qu'à partir de 1870, même si l'introduction de nouveaux outils est antérieure. En 1823 le nantais Pierre Athénas adapte un versoir hélicoïdal à une charrue. à la fin des années 1830, la charrue crée par Mathieu de Dombasle commence à être popularisée dans la région[148]. En 1882 le Finistère arrive à la 4e place française pour son nombre de batteuses, les Côtes-du-Nord, à la 8e, et l'Ille-et-Vilaine à la 11e[149]. L'apport d'engrais phosphatés se développe aussi à partir de 1850, et surtout après 1880, aidé par la modernisation des modes de transport[150].
La lande continue d'occuper un place importante dans l'agriculture bretonne du XIXe siècle, notamment grâce à sa libre disponibilité pour les paysans les plus pauvres pour qui ce système est indispensable pour survivre. L'étrépage continue d'y être pratiqué : les paysans enlèvent à la houe la pellicule supérieure du sol, et cette dernière est utilisée comme litière puis comme fumier. Les zones décapées servent ensuite de pâtures. S'en suit un cycle de jachères[141]. Le tiges des ajoncs peuvent elles servir de bois de chauffe[151]. En 1834 la région compte près de 27 % de sa surface couverte de lande, soit 900 000 hectares, mais cette proportion monte à 40 % dans les départements du Finistère et du Morbihan[152]. Le défrichage touche tout d'abord la haute-Bretagne, avant de s'étendre à la basse-Bretagne, surtout après 1880. Les surface tombent ainsi à 785 000 hectares en 1862, puis à 422 000 hectares en 1913[153].
Les cultures de diversifient. Dans le domaine des céréales, le blé passe sur la période du quart à la moitié des surfaces, alors que le seigle et le sarrasin perdent la moitié de leurs surfaces, et que l'orge et l'avoine progressent pour accuper le tiers de la surface céréalière. La pomme de terre double sa surface, et les raves, encore inconnues au début du siècle, occupent 1/7 des surfaces en 1913[153]. Les équilibres se modifient aussi dans l'élevage, au détriment de l'élevage ovin. Le cheptel bovin augmente d'un tiers en un siècle, et le poids des bête double aidé par l'amélioration de l’alimentation, et le nombre de porcs double aidé par l’essor de la pomme de terre[154].
Les exportations se développent à l'époque. Sur la côte nord, notamment autour de Roscoff, commence en 1828 les exportations légumières à destination de l'Angleterre. Ces Johnnies sont jusqu'à 200 en 1860[155]. Plus généralement l'arrivée du chemin de fer permet l'exportation plus rapide des productions vers l'extérieur, notamment vers Paris, entraine une huasse des prix de vente, favorables aux paysans mais défavorisant les ouvriers des petites villes[156].
Pression démographique et émigration [modifier]
La démographie bretonne connait une hausse régulière d'environs un millions d'habitant entre 1815 et 1914, ce qui permet à la région de rester autour de 8 % du total de la population française. Celle-ci est le fait d'un taux taux des naissance restant élevé[157], et d'un recul lent du taux de mortalité. Il en résulte une population jeune, les moins de 20 ans représentant au cours de la période environs 40 % de la population, alors que l'espérance de vie des bretonnes dépense dans tous les départements les 41 ans à partir de la période 1891-1900. La densité de population de la région reste supérieure à la moyenne française, se situant à 92 hab/ Km2 en 1911 contre 75 pour le reste du pays, avec des pics dans les îles (1 600 hab/ Km2 à l'Île de Sein à la même date)[158].
La population reste majoritairement rurale, les urbains ne représentant que 26 % en 1911, contre une moyenne de française de 54 %, et contre une valeur de 20 % en 1876. Ce sont avant tout les bourgs ruraux qui connaissent une croissance forte, plus que les grands villes[159]. Certaines petites villes de la côte sud se développent rapidement grâce à l’essor des conserveries : Le Guilvinec passe en quelques années de 500 à 3 000 habitants, Concarneau de 2 500 à 5 000, et Douarnenez de 1 800 à 7 500[140]. Dans la plupart de ces cité, les modes de vie restent très proches de ceux des campagnes environnantes, et le breton comme le gallo s'y maintiennent facilement jusqu'à la Première Guerre mondiale[160]. Quelques grandes villes s'imposent à l'époque. Nantes passe de 74 000 habitants en 1801 à presque 200 000 à la veille de la guerre, et est la seule ville bretonne à compter une industrie différencier et de capitaux propres, ainsi que du premier tramway français. Rennes passe de 25 000 habitants en 1801 à 80 000 en 1911 et s'affirme comme une ville administrative et universitaire. Brest et Lorient sont toutes les deux dépendantes des activités de la Marine, la première comptant 85 000 habitants en 1911 (pour une agglomération de 115 000), et la seconde 45 000 habitants à la même date (pour une agglomération de 55 000)[160]. Saint-Nazaire portée par la construction navale passe de 4 200 habitants en 1846 à 19 000 habitants en 1865[141].
Après 1850, un mouvement d'émigration va se mettre en place, en raison de plusieurs causes[157]. En interne, le départ des paysans de l'intérieur de la région pour les zones côtières est notable[161], causé par la fermeture des forges, mines, et fabriques de toiles qui constituent des compléments financiers indispensables à ceux-ci[134], et par une mise en valeure des terre trop lente pour absorber la hausse des populations de ces régions[161]. L'émigration sortante touche elle environs 500 000 personnes entre 1871 et 1911[162], et elle est facilité par l'arrivée du chemin de fer dans la région à partir de 1852[135]. Les émigrés vont pour moitié en région parisienne, ou les femmes travaillent surtout comme domestiques, et les hommes comme terrassiers. Les marins bretons s'implantent eux dans les grands ports français : Les marins d'État à Toulon ou Cherbourg, , ceux du commerce au Havre, et les pêcheurs à Boulogne ou à La Rochelle. Des quartiers bretons s'y créer, comme celui de Saint-François au Havre, ou celui de Saint-Sauveur à La Rochelle[162]. À de rares exceptions près, ils sont peu nombreux à émigrer à l'étranger ou dans les colonies[163].
La population reste marquée par de nombreux problèmes de santé, et plusieurs crises de subsistance se déclarent pendant le siècle[164]. En 1910, les Bretons restent les plus nombreux en France à être exempté de service militaire en raison de rachitisme, d'idiotisme, ou de tuberculose. Les épidémies reculent globalement pendant le siècle, mais des maladies endémiques comme la typhoïde, la dysenterie, la variole et surtout la tuberculose continuent de toucher la région[163]. Elles s'expliquent par une médiocrité de l'alimentation, celle-ci restant déséquilibrée et peu fournie en viande fraiche, mais aussi par une absence d'hygiène généralisée dans les campagnes[165]. L'éducation connait une baisse importante après la période révolutionnaire. En 1832, 952 communes bretonnes sur 1 475 ne comptent aucune école[166]. Les progrès restent lents, et en 1878, le Finistère se classe au 87e rang des 89 département français concernant le taux de 6-13 ans scolarisés, le Morbihan à la 85e, les Côtes-du-Nord à la 82e, la Loire-inférieure à la 77e et l'Ille-et-Vilaine à la 67e[167]. L'alcoolisme comme le nombre de suicides connaissent une progression dans la seconde moitié du siècle[168].
Politique, syndicats, Église : évolution des relations de pouvoir [modifier]
Une terre conservatrice [modifier]
Pendant la Restauration et la Monarchie de Juillet, le mode de suffrage reste censitaire. La Bretagne compte moins d'élus que le reste de la France : 1 électeur pour 423 habitants en 1820, contre 1 pour 300 en moyenne, et ce taux n'augmente que de 20 % jusqu'à la fin de la Restauration en 1830. Les élus, majoritairement nobles ou grands propriétaires terriens[169], sont pour la plupart Ultras. Lors de la révolution de juillet en 1830, seule Nantes connait des troubles[170]. Le corps électoral double entre 1830 et 1848, suite aux abaissement progressifs des seuils d'éligibilité, mais la région reste en deçà de la moyenne française, avec 1 électeur pour 220 habitants en Bretagne en 1848 contre 1 pour 150 habitants en moyenne dans le reste du pays. Dans le même temps se constituent une association d'opposition républicaine, l'« association républicaine de l'Ouest », portée par Guépin à Nantes ou Morhéry à Loudéac[171].
La révolution française de 1848 qui instaure en 1848 la Deuxième République est accueillie globalement de façon favorable[172]. Les élections d'avril 1848 fournissent en Bretagne des élus majoritairement issus des professions libérales (37 sur un total de 70 députés), de droite (48), et soutenues par le clergé, alors que ceux issus de la vie économique sont minoritaire (16)[173]. Lors des élections présidentielles la même année, la Bretagne vote en majorité pour Louis-Napoléon Bonaparte, mais Cavaignac obtient un meilleurs score que dans le reste de la France (53 % pour Bonaparte en Bretagne[174] contre 74,2 % au niveau français, 43,06 % pour Cavaignac en Bretagne contre 19,4 % au niveau français). Les députés bretons, majoritairement légitimistes, s'opposent au coup d'État du 2 décembre 1851 (44 sur 59)[175], mais lors du plébiscite des 20 et 21 décembre 1851 comme lors des élections législatives du 19 février 1852 les bretons votent en majorité pour le parti impérial, malgré des taux de participation bas, autour de 67 %. Le clergé de son coté soutient aussi localement le nouvel empereur, suite à son appuis à l'expédition de Rome de 1849 pour soutenir le pape, et à la loi Falloux de 1850 relative à la liberté d'enseignement[176].
La marche des idées républicaines [modifier]
Le Second Empire connait un soutient limité, mais celui-ci se dégrade à partir du début des années 1860. Le soutient de Napoléon III à l'unité italienne lui aliène le clergé et ses soutient[177], et dans les dernières années de cette décennie la bourgeoisie bretonne bascule dans l'opposition républicaine[178]. Le plébiscite de 1870 voit cependant une large victoire du « oui » avec 90,6 % des votant (contre 81,3 % au niveau national), mais le « non » fait de bons score dans les grandes villes comme Brest (majoritaire), Nantes (40,1 %), ou Lorient (27 %)[179]. La chute de l'Empire amène l'épisode du Camp de Conlie[180].
La Troisième République a des difficultés à s'affirmer dans la région, en raison des différences économiques existantes entre la Bretagne et le reste de la France (grandes propriétés nobiliaires contre petites propriétés privées), et en raison de son opposition à l'Église alors que celle-ci est forte dans la région[181]. La monté du républicanisme dans les années 1870 se fait par les villes, grandes et moyennes, au détriments des éléments les plus radicaux[182]. Pour la première fois lors des élections législatives de 1881 les républicains deviennent majoritaires sur les conservateurs[183]. L'encyclique Inter Sollicitudines de 1892 du pape Léon XIII, demandant aux catholiques français d'accepter la République, provoque l'effondrement des candidats monarchistes aux législatives de 1893[184]. Les questions religieuses ressurgissent cependant à partir du début du siècle, sous fond d'affaire Dreyfus dont la révision du procès se tient à Rennes en 1899[185], avec la politique anticléricale d'Émile Combes de 1902 à 1905 qui vise par ailleurs l'usage du breton[186]. Ces actions contre ce qui est perçu comme deux piliers de l'identité bretonne, la religion et la langue[187], est à l'origine du développement des partis politiques du premier Emsav comme l'Union régionaliste bretonne en 1898, et en 1911 de la Fédération régionaliste de Bretagne et du Parti nationaliste breton suite à une scission de cette dernière ; ces derniers n'ont cependant qu'une audience très limitée[188]. C'est par ailleurs sur la période 1902-1914 que la gauche progresse le plus en Bretagne, et que s'affirme les radicaux[189].
Débuts du mouvement ouvrier [modifier]
La loi Ollivier de 1864 accordant le droit de grève n'a une influence que limitée sur l'éclosion d'un mouvement ouvrier en Bretagne. Il faut attendre 1869 pour que la première chambre syndicale soit crée à Nantes ; le développement se fait d'abord autour de cette ville, avant que Rennes ne suive en 1877 avec la création de sa première chambre syndicale[190]. La loi Waldeck-Rousseau de 1884 autorisant les syndicats permet elle un développement, et 27 syndicats se créer entre 1880 et 1887, surtout dans la région de Nantes, Rennes, Saint-Nazaire, et Fougère[191]. La progression s'accélère à partir de la dernière décennie du siècle, avec un mouvement passant de 55 syndicats pour 5 774 syndiqués en 1892 à 300 syndicats pour 36 330 syndiqués en 1908[192]. Le mouvement breton développe ses contacts avec le reste du mouvement français suite au congrès de Nantes de la FNS de 1894. Un réseau de bourses du travail se met en place : la première à Saint-Nazaire en 1892, puis à Nantes et Rennes en 1893[193], puis Fougères en 1900, Lorient en 1903, Brest et Saint-Brieuc en 1904, Quimper en 1905, Vannes en 1907, et Saint-Malo en 1909[194].
Le socialisme apparait en Bretagne d'abord à Brest avec la création de la section brestoise de l'Internationale en 1869 par Constant Le Doré[191]. À Rennes, le premier groupe socialiste est organisé en 1876, et il est suivit par la création d'un groupe nantais en 1880. Dès 1878 est élu un conseillé municipal de ce groupe à Rennes, suivit en 1884 par d'autres à Brest et à Lambézellec[195]. Le mouvement se structure au niveau régional avec la création de la fédération socialiste de Bretagne en 1900[196] mais son adhésion à la SFIO le fait se séparer en cinq sections départementales, ce parti n'acceptant que les fédérations départementales. Brest fourni à la Bretagne son premier maire socialiste en 1904, Aubert, puis son premier député en 1910, Goude[197].
Une série de grands conflits touchent la région entre 1892 à 1914, avec un total de 1 297 grèves rassemblant 246 804 grévistes, et totalisant plus de 3 millions de jours chômés. Les principaux mouvements de l'époque touche la région nantaise en 1893[198], Trignac en 1894[199], les marins-pêcheurs de la côte sud en 1896-1897, le Finistère en 1905, les forges d'Hennebont en 1906[200], Fougères en 1906-1907 puis de nouveau en 1914, les dockers de Nantes en 1907[201].
Une culture entre romantisme français, redécouverte du patrimoine, et développement endogène [modifier]
Dans le domaine artistique, avec le développement du courant romantique au début du XIXe siècle en France, la Bretagne est redécouverte par de nombreux artistes, et apparait idéalisée. Après la mort de Chateaubriand en 1848, son tombeau à Saint-Malo devient un lieu de pèlerinage pour ses amateurs ainsi que pour d'autres artistes[202]. Cet attrait pour la Bretagne est renforcé par la publication du Barzaz Breiz en 1838, et du succès de ses rééditions lors de la décennie suivante[203]. Une vision stéréotypée de la région, portée par l'image des paysans endimanchés aux pardons ou par les côtes granitiques sauvages, se popularisent en dehors de Bretagne à partir des années 1850. Eugène Boudin présente à Paris en 1859 Le Pardon à Sainte-Anne-la-Palud et rencontre un certain succès, ce qui amène à sa suite des peintres dans la région, à la recherche de ces paysages et de ces sujets[204]. Pont-Aven accueille ceux-ci en nombre à partir de 1865, et voit passer Gauguin en 1888[205]. Le tourisme naissant participe aussi à ce processus de folklorisation. Le premier guide touriste traitant de la région est publié en 1845. La Faïence de Quimper sort sa première assiette à sujet « breton » en 1878[206].
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Le Pardon à Sainte-Anne-la-Palud d'Eugène Boudin de 1859
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Faïence de Quimper à sujet « breton », produite à partir de 1878.
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Le tourisme et les chemins de fer aident à véhiculer les stéréotypes de l'époque.
Dans le domaine académique les études sur la région se développent. L'Académie Celtique active à Paris de 1804 à 1813 joue un rôle précurseur[207]. Le chanoine Mahé lance en 1826 à Vannes la société polymathique dans le but de sauvegarder les alignements de Carnac, et à la suite de la création de l'Association bretonne en 1843, plusieurs sociétés départementales d'archéologie se créer les années suivantes[208]. Arthur de La Borderie s'impose comme principal organisateur de la recherche sur ces questions en Bretagne à parir de la moitié du siècle, et publie de 1899 à 1906 une Histoire de Bretagne en six volume[209]. L'université de Rennes agit pour ouvrir une chaire de celtique[210], et les cinq départements bretons sont alors sollicités pour fournir une partie du financement nécessaire à l'ouverture de celle-ci ; le Finistère est en 1892 le premier département à fournir un financement, à hauteur de 300 francs sur les 3000 nécessaires[210], et celle-ci est finalement ouverte en 1903[211].
Dans le domaine de la création artistique locale, plusieurs mouvements sont à l’œuvre. Jean-François Le Gonidec est à l'origine d'une grammaire et d'un dictionnaire de breton, ainsi que d'une proposition d'unification de la langue écrite[212]. Les chants et récits oraux de cette langue commencent à être publiés à 1000-1500 exemplaires dans la première moitié du XIXe siècle sous la forme de feuillets de 6 à 8 pages[213], et des nobles comme de La Calande commencent à partir de la Restauration à s'intéresser à cette culture populaire[214]. En langue française, des auteurs de la région comme Chateaubriand, Ernest Renan, ou Jules Verne jouissent d'une grande popularité[215]. C'est aussi à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que le costume breton, et notamment les coiffes bretonnes commencent à se diversifier. Dédiées aux fêtes et aux parades, elles s'imposent dans la moyenne et haute paysannerie[216].
Première Guerre mondiale [modifier]
La reconversion à l'économie de guerre touche la Bretagne. Les campagnes sont touchées de différentes façons. Le départ des hommes comme des chevaux au front, loin de Bretagne, désorganise le travail des champs, et celui-ci doit être fait par les femmes et les enfants[217]. La surface cultivée ne diminue que peu durant la période, mais les rendements connaissent cependant une baisse. La hausse des prix de vente des produits agricoles permet dans le même temps un enrichissement des producteurs : le beurre passe de 2,20 francs avant-guerre à 12 francs fin 1918, et la douzaine d'œufs de 0,80 francs à 5,50 francs sur la même période[218]. L'industrie connait elle aussi une reconfiguration. Les domaines prioritaires pour l'effort de guerre sont favorisés par l'État : l'industrie textile nécessaire pour l'habillement des poilus, la métallurgie pour la fabrication d'obus, ainsi que les conserveries. D'autres sont touchées à différents niveaux et tournent au ralenti : les chantiers de constructions navales fautes d'approvisionnement en fer et en charbon, ou encore le secteur du bâtiment[219]. Avec le renchérissement des prix en villes, le mouvement syndical se restructure et une première grève éclate aux chantiers de la Loire le 20 octobre 1916, avant que celles-ci ne se développent au printemps et à l'été 1917[220].
La population bretonne est plus touchée proportionnellement que d'autres régions françaises. Sa population jeune (40 % ont moins de 20 ans en 1914) et moins industrialisée (donc moins suceptible d'être rappelés dans des usines comme « affectés spéciaux ») fourni de nombreux fantassins[221]. Le chiffres de 240 000 morts est après-guerre largement cité par différents bords politiques, avant d'être repris comme symbole par le mouvement breton[222]. Les études plus récentes d'historiens tendent elles pour une chiffre compris entre 140 et 150 000 morts, soit autour de 22 % des bretons mobilisés, contre une moyenne française oscillant entre 16 et 17 %[221]. Les monuments aux morts de la région se singularisent de ceux du reste de la France, les statues mettant d'avantage l'accent sur la désolation et le recueillement, et en faisant d'avantage figurer des paysans en costume de travail ou des femmes en habits de deuil, plutôt que sur le caractère héroïque des poilus[223]. Par ailleurs ceux-ci sont pour la plupart construit dans un espace religieux comme une église ou un cimetière. Dans le même temps, les cérémonies commémoratives du 11 novembre contribuent à rapprocher la Bretagne de la France, en instituant une commémoration commune alors le 14 juillet ne s'était jamais imposé parmi les paysans de basse-Bretagne[224].
La région est éloigné du front, ce qui fait d'elle un lieu propice à l'accueil des réfugiés comme des prisonniers. Des camps d'internement sont ouverts à Guérande, Pontmain, ou à l'Île Longue. Des civils alliés sont aussi accueillis, notamment venant de Belgique ou de Serbie. Au total, la Loire-Inférieure accueille 60 000 réfugiés pendant la guerre, les Côtes-du-Nord et le Morbihan 30 000, l'Ille-et-Vilaine 25 000, et le Finistère 22 800[225]. Les ports de Brest et de Saint-Nazaire voient passer de nombreuses troupes alliées ainsi que leurs matériels : un peu moins de 800 000 soldats américains passent par ce premier port pendant le conflit, et les infrastructures des ports de la Loire sont développées par le génie américain pour permettre le débarquement en masse d'équipements[226].
D'une guerre à l'autre [modifier]
Des résultats électoraux en décalage [modifier]
Politiquement, la région est à contre courant du reste de la France. Lors de la victoire du Bloc national aux législatives de 1919, la Bretagne donne 54 % des voix et 60 % des sièges à la gauche. Le premier maire communiste français est élu aux municipales à Douarnenez. Lors de la victoire du Cartel des gauches aux législatives de 1924, la région donne 45 % des voix et 60 % des sièges à la droites, en raison de la question de la laïcité et de l'enseignement scolaire qui renforce l'opposition catholique encore forte en Bretagne[227]. À la même époque, la scission résultant du Congrès de Tours est favorable à la SFIO, alors que les effectifs du PCF chutent à partir de 1923[228]. De nouveau lors des législative de 1932 la Bretagne se singularise ; alors que le cartel des gauches s'impose de nouveau au niveau national, au niveau local les démocrates chrétiens et les centristes non-anticléricaux remportent 17 sièges, la droite 10, les socialistes 4, et les radicaux 13[229]. Lors des législative de 1936 qui porte le Front populaire au pouvoir, la progression des socialistes se fait au détriment des radicaux, et la gauche sort affaiblie et minoritaire par ce scrutin de 1936[230]. Des expressions politiques plus locales sont aussi notable pendant l'entre-deux-guerres. Le mouvement démocrate chrétien porté par le parti démocrate populaire compte de nombreuses sections dans la région, et bénéficie du soutient du journal Ouest-Éclair jusqu'en 1933[231]. Le Mouvement breton connait lui aussi une expression politique avec l'existence du parti autonomiste breton actif de 1927 à 1931 avant de connaitre une scission entre la ligue fédéraliste de Bretagne, plutôt ancré à gauche, et le parti national breton, nationaliste ; ils ne regroupent cependant que quelques centaines de personnes et ont une faible audience électorale[232].
Au niveau syndical, la CGT, plus modérée que la CGT-U issue d'une scission, progresse jusqu'en 1928, mais la syndicalisation touche à l'époque principalement les arsenaux, la fonction publique, et quelques grandes entreprises[233]. La situation évolue avec une série des grèves concernant les ouvrières travaillant dans les conserveries de la cote Atlantique, notamment à Douarnenez en 1925-1926 où elle concerne 1 600 personnes[234] et où elle est soutenue par le nouveau maire communiste de la ville, ce qui permet au parti communiste de s'implanter durablement dans les ports de pêche de la région. Le syndicalisme chrétien connait aussi une implantation importante après la création de la CFTC en 1919, notamment à Rennes, Fougères, Brest, et Nantes[235]. Le nombre de syndiqués augmente jusqu'à la crise de 1929, puis fléchit avant de connaitre une nouvelle dynamique de croissance après la fusion de la CGT et de la CGT-U en 1936. La même année, la Bretagne compte environs 100 000 syndiqués[236]. La signature des accords de Matignon en 1936 amène un certain nombre de grèves dans la région, mais seul un tiers des usines sont occupées lors de celles-ci, contre les deux tiers au niveau national[237]. Globalement les actions syndicales restent contrôlés et modérée pendant l'entre-deux-guerres, appuyées par une majorité réformiste parmi les salariés bretons[238].
L'Église catholique parvient à conserver une place importante, notamment via de grands évènements : la Fédération nationale catholique parvient ainsi à réunir 200 000 manifestants dans la région, dont 70 000 à Nantes, en réaction à la politique du Cartel des gauches en 1925[227], et entre 100 et 150 000 personnes sont présentes lors de l'inauguration du mémorial de Sainte-Anne-d'Auray en 1932[239]. L'encadrement de la population continue, notamment dans la monde rural avec la création de la jeunesse agricole catholique en 1929[240]. Sa place dans l'enseignement reste fort : les écoles privées catholiques scolarisent 57 % des enfants dans le primaire grâce à une prééminence dans la scolarisation des filles[241], mais le développement de l'enseignement secondaire, plus couteux, lui fait perdre en présence. Elles ne scolarisent plus que 53 % des effectifs à la fin des années 1930 contre 62 % en 1910[242].
Mutations économiques et crise de 1929 [modifier]
Dans l'agriculture, la première décennie est plutôt favorable aux cultivateurs. La mise en place du Crédit agricole mutuel permet aux exploitants d'acquérir leurs terres, et les prix de vente sont rémunérateurs jusqu'à la fin des années 1920[240]. Cependant la crise de 1929 change la donne. Le cours des produits agricole baisse à partir de cette date, et à partir de 1931 l'Angleterre arrête d'importer des pommes de terre en raison de la crise du doryphore, coupant ainsi la Bretagne-nord de ses débouchés. Les agriculteurs se tournent alors vers d'autres productions comme le lin, accentuant alors la surproduction dans ces secteurs[243]. L'État met en place une politique de rachat et de destruction des excédents, mais les faibles indemnités font baisser le pouvoir d'achats des agriculteurs, et le nombre de saisies augmente, surtout dans le Léon et le Trégor occidental et intérieur[244]. Des mouvements sociaux d'oppositions à celle-ci se développent, notamment les chemise vertes de Dorgères[245], mais le début de reprise économique de l'automne 1934 ralenti celui-ci, les prix de vente repartant à la hausse[246].
La hausse de la production de primeurs et de légumes verts a une effets positifs sur les conserveries de la région, par ailleurs favorisé par la mise en service du port de pêche de Keroman à Lorient au début des années 1920, et qui se hisse dès la fin des années 1930 au 2e rang des ports de pêche français[247]. Globalement la situation ne bénéficie qu'à la côte sud, le déclin de la côte nord continuant à l'époque[248]. L'essor du rail permet aussi à la vente de produit frais dans les grandes villes françaises de se développer[249].
L'industrie connait un développement propre à la région. L'éloignement de l'Allemagne permet aussi à la région de développer des activités industrielles comme l'aéronautique et le raffinage pétrolier. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, les deux-tiers des bateaux de guerre ainsi que la majorité des paquebots français sont construits dans un espace situé entre Brest et Nantes[250]. La question énergétique commence à apparaitre. Le barrage de Guerlédan commence à être construit en 1921, et un projet de centrale marémotrice sur l'Aber-Wrac'h est formulé[251]. Dans le même temps les houillères du Nord via leurs députés parviennent à imposer l'utilisation de charbon de leurs région, plus cher et de moins bonne qualité que le charbon venant du Pays de Galles qui est alors utilisé en Bretagne, pénalisant ainsi plusieurs industries[252]. La crise de 1929 touche de nombreuses industries nantaises, et dans le reste de la région les activités liées à la pêche, la métallurgie, et le trafic portuaire sont les secteurs les plus touchés[253].
Dans le tertiaire, le tourisme connait un début de massification sur la côte. La Baule et Dinard comptent respectivement 50 et 86 hôtels en 1926, et accueillent à la même date un total de 70 000 visiteurs, et une villégiature de luxe se développe dans certains secteurs côtiers[254]. La crise de 1929 a raison d'une partie de ce tourisme de luxe, et plusieurs casinos ferment après cette date[255]. Les congés payés amènent à l'été 1937 un nouveau souffle à cette activité avec l'arrivée une demi-millions d'estivants français et 100 000 étrangers dans la région, dopant la fréquentation des quelques 150 stations balnéaires de la région, et de ses 12 casinos[247].
Société traditionnelle en recul et réponse culturelle de l'Emsav [modifier]
La population continue de baisser. La région perd 200 000 personnes entre 1911 et 1921, et 38 000 de plus lors de la décennie suivante. L'émigration en est la principale explication, les campagnes perdant 300 000 habitants lorsque les villes n'en récupèrent que 87 000. Ce mouvement est particulièrement sensible dans les Côtes-du-Nord et le Morbihan qui perdent en vingt ans respectivement 66 000 et 41 000 habitants. Les 20-39 sont les plus touchés par ce phénomènes, et ne compte plus que pour 29 % de la population en Bretagne, soit trois point de moins que la moyenne française. Des problèmes sanitaires touchent aussi la région. L'alcoolisme progressent dans des campagnes touchées par le manque de perspectives, favorisé par une législation favorisant l'obtention de licence aux veuves de guerre[256]. Le nombre de suicide suit la même courbe en raison des difficultés économiques et du célibat rural. La tuberculose est à l'origine de la mort d'un citadin sur cinq, et de 40 % des décès des 15-44 ans[257]. Certaines groupes assurent cependant du lien social, les associations d'anciens combattants rassemblent en 1928 50 000 adhérents, et 125 000 en 1933[258].
Le breton atteint sont maximum historique de locuteurs, autour de 1,2 million, de même que le Gallo[257], mais se heurte à une politique répressive dans les écoles ou l'utilisation du symbole est encouragé par l'administration scolaire. Un ministre de l'éducation de l'époque, Anatole de Monzie, pouvant déclarer en 1925 : « Pour l'unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître. ». L'image de la région est dévalorisé dans les média, notamment via le personnage de Bécassine[259]. Une forme de standardisation vestimentaire est aussi perceptible dans les campagnes, et la pratique du chant comme des musiques traditionnelles décroît. Globalement ces évolutions sont acceptées par une population qui voit dans ces changement la possibilité de promotion sociale[260].
La question culturelle bretonne ressurgit à partir de 1923 portée par l'apparition du second Emsav. Les cercles celtiques créés à Paris dans les années 1910 étendent leurs expansion en Bretagne dès l'après-guerre[261]. Des fêtes à dimensions culturelles comme le Bleun-Brug connaissent aussi un certain succès à l'époque. Le groupe des Seiz Breur inspiré par Jeanne Malivel et créé en 1923 entendu lui créer un artisanat breton contemporain, et s’essaie à l'architecture, à l'ébénisterie, à la peinture, la céramique[262]... La littérature de langue bretonne est elle favorisée par l'édition de la revue Gwalarn à partir de 1925[263]. La question de l'enseignement de la langue est portée par un groupe d'instituteurs laïcs proche de Yann Sohier et de l'association Ar Falz. La commune de Guerlesquin adopte en 1934 un vœu concernant l'enseignement du breton à l'école, rejoint la même année par 24 autres communes la même année, puis 207 en février 1936 et 305 en 1938, soit près de la moitié des municipalités de Basse-Bretagne. Le mouvement reste cependant sans suite[264].
Seconde Guerre mondiale [modifier]
Vie des populations pendant la guerre [modifier]
La région connait d'important flux de population au début du conflit. En plus du départ des mobilisés, suite à l'ordre donné le 1er septembre 1939, la Bretagne, désignée comme aire d'accueil par l'administration, enregistre à partir de début septembre 1939 l'arrivé de populations du nord et du nord-est de la France. Après la percée de Sedan en mai 1940, un nouveau flux de réfugiés fuyant l'avancée allemande gagne la région, et en juin près de 750 000 personnes supplémentaires vivent dans une région dont la population se situe autour de 2,5 millions d'habitants[265]. On compte par ailleurs de nombreux prisonniers bretons capturés pendant les opérations par l'armée allemande, et ceux-ci sont encore 137 000 dans les oflags et stalags en 1940[266].
De part l'occupation allemande, l'usage de laissez-passer se généralise pour avoir accès à la zone côtière sur une largeur de 15 à 20 km, un couvre-feu est aussi instauré de 23 à 5 heure du matin, et l'utilisation des voitures et motos sont soumises à autorisation. Le rationnement de nourriture pèse lourd sur l'économie, la Wehrmacht étant prioritaire, et est à l'origine de l’essor important du marché noir. Par ailleurs d'autres produits comme le caoutchouc ou le pétrole produit en dehors de la région sont en situation de pénurie[267].
Contrairement à la Première Guerre mondiale durant laquelle la Bretagne, loin du front, n'avait pas subie de bombardement, ce conflit amène des destructions. Les grands ports sont pris pour cible par la RAF dès les premiers mois de l'occupation. Dès 1941 les bases de sous-marins et les chantiers navals sont pris pour cible pour limiter les sorties de U-boote qui prennent pour cible les convois alliés lors de la bataille de l'Atlantique. Les cibles se diversifient dès 1942-43 et les infrastructures liés aux transports sont visées[267]. La population est souvent victime de ces opérations, et les service de propagande exploite la situation[268], mais l'opinion bretone se tourne très vite et très massivement contre l'occupant[269]. En 1943, les principaux ports de la région sont évacués[268], et en 1944 la pèche est interdite[267].
Comme dans le reste de l'Europe occupée, des phénomènes antagonistes de résistance et de collaboration se manifestent[270]. Ce dernier phénomène est plus limité en Bretagne que dans le reste de la France, et les principales organisations comme le Rassemblement national populaire, le Parti populaire français, et le Parti franciste ne totalisent qu'entre 600 et 833 membres par département, soit environs 0,15 % de la population. À côté de cette collaboration française se développe aussi une forme de collaboration issue de la branche politique du mouvement breton, et représentant environs 1/7 des effectifs de la collaboration en Bretagne[271]. Structurée autour du Parti national breton, une partie minoritaire va de plus combattre avec les SS dans le Bezen Perrot[272]. La résistance se développe dans un premier temps pour des opération de collecte d'information, notamment avec la confrérie Notre-Dame du colonel Rémy, avant de se lancer dans des opérations de sabotage à partir de 1941[273]. En 1942 commence une utilisation plus massive de la région par les services secrets anglais, et les premières livraisons d'armes commencent. Des maquis se développent surtout à l'ouest d'une ligne Saint-Brieuc-Vannes, principalement en centre-Bretagne[274].
Occupation et opérations militaires dans la région [modifier]
La région est elle capturée dès la fin juin 1940 : Rennes est capturée le 18 juin, Brest et Nantes le 19, et Lorient le 21[275]. De part sa situation, la région est stratégique pour l'occupant : préparation à un possible débarquement en Angleterre, bataille de l'Atlantique, puis cible potentiel d'un débarquement allié en France. C'est le 25e corps d'armée qui assure l'occupation, avec à sa tête Von Prager de juin 1940 à mai 1942 puis Fahrmbacher de cette date à la fin de l'occupation. La construction ou l'agrandissement d'infrastructures militaires commencent[276] : les bases de sous-marins de Brest, Saint-Nazaire, et Lorient commencent début 1941[277], celle du mur de l'Atlantique en 1942. L'Organisation Todt est en charge des travaux, et 82 000 personnes travaillent sur ces chantiers en Bretagne en juin 1943[276].
À partir du 4 juin 1944, la résistance est sollicitée pour désorganiser l'occupant en prévision du débarquement de Normandie[278], et le Maquis de Saint-Marcel se soulève à partir du 18 juin[279]. Les effectifs de la résistances passent de 1 500 personnes le 6 juin, à 9 000 fin juillet, à 30 000 au 8 août[280]. La présence bretonne dans les Forces françaises libres est elle particulièrement forte et rapide. Ils représentent en septembre 1940 plus de 70 % de ses effectifs, avant de se stabiliser autour de 40 % pendant le reste u conflit[281] ; ils s'organisent à Londres au sein du Sao Breiz[282].
La libération de la région commence à partir de la percée d'Avranches du 31 juillet 1944, avec la IIIe armée américaine commandée par le général Patton. Les allemands doivent se replier sur quelques ports bien défendus en attendant d'éventuels secours venant par la mer[283]. Saint-Malo est libéré le 17 aout 1944 après deux semaines de siège, et Brest l'est le 19 septembre 1944 après quatre semaines, soit quatre semaines après la libération de Paris. Dans les deux cas les bombardements ont réduits ces villes en ruines[268]. Autour de Lorient et de Saint-Nazaire se constituent des poches qui ne se rendent que les 7 et les 11 mai 1945[284].
L'après-guerre [modifier]
Les Trentes Glorieuses [modifier]
Modernisation économique [modifier]
Les camapgnes connaissent une phase de modernisation technique et structurelle suite à la popularisation des idées de la jeunesse agricole catholique, avec la mise en place de parcelles plus grandes et le développement de l'industrie agroalimentaire. L'électrification des campagne s'achève elle entre 1952 et 1960, alors qu'avant cette époque seul 40 % des foyers y avaient accès. Le tracteur se généralise dans les années 1960, et l'insémination artificielle s'étend en même temps que l'adoption de races laitières plus productives, comme la normande puis la frissonne[285]. L'élevage hors-sol apparait à partir de 1955 dans l'aviculture avant de toucher aussi l'élevage des porcs après 1965[286]. Les cultures céréalières et légumières fragilisées par une hausse des couts de production et par une baisse des tarifs connaissent elles une série de crise entre 1957 et 1967[287]. Le développement de grandes coopératives est aussi notable, motivé par la volonté d'éviter l'intervention de capitaux étrangers, mais aussi favorisés par des groupes locaux comme Bridel ou Doux. La croissance du secteur est alors favorisé par la hausse de la consommation française et européenne, mais aussi par la politique agricole commune qui à partir de 1962 garantit les prix et aide aux exportations[288]. La pêche connait un processus de modernisation comparable, le tonnage des prises doublant entre 1947 et 1958, alors que l'emploi tombe de 20 000 à 8 000 marins-pêcheurs à mesure que la flotte est renouvelée et modernisée[289].
Le Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons lancé par le journaliste Joseph Martray à partir de 1949 effectue un travail de diffusion et de légitimation des idées de modernisation économiques, et influence fortement la vie politique et économique jusqu'à la fin des années 1960. Porté politiquement par René Pléven, il rassemble une grande partie des élus bretons[290]. Un premier rapport ou « plan breton » est publié en 1953 et dégage l'équipement rural comme priorité. La commission parlementaire du CELIB qui rassemble tous les parlementaires bretons agit comme un groupe de pression efficace, alors que les gouvernements de la Quatrième République ne disposent que de majorités fragiles au parlement. Ils obtiennent en janvier 1955 un décret Mendès-France qui vise à un rééquilibrage territorial en évitant une concentration industrielle et démographique en région parisienne[291]. La région bénéficie du premier plan de développement régional, ce qui permet le lancement de grands chantiers publics comme celui de l'usine marémotrice de la Rance ou du site nucléaire de Brennilis. Les délocalisations industrielle vers la région s'intensifient, et de 1954 de à 1957, la Bretagne accueille 600 emplois et dix entreprises nouvelles par ans, le mouvement atteignant un maximum de 1961 à 1963 avec 4 000 emplois et 26 nouvelles entreprises par ans, avant de se stabiliser autour de 3 300 nouveaux emplois par ans jusqu'en 1968[292]. Les dernières avancées sont obtenues en 1968 avec le plan d'automatisation du téléphone, un plan routier breton, un port en eau profonde à Roscoff, et une raffinerie de pétrole à Brest[293].
Au niveau industriel, la reconstruction de la flotte de la marine marchande française favorise les chantiers de Nantes et de Saint-Nazaire de 1945 à 1952, mais très vite ce dernier site concentre la plupart des constructions, comme celle du France lancé en 1960[294]. De la même façon l'industrie du bâtiment est favorisée par la reconstruction, et le secteur compte encore en 1958 8 % de l'emploi de la région. À contrario, les conserveries de la côte sud comme les forges d'Hennebont connaissent une perte de leurs effectifs[295]. L'électronique commence à s'implanter dans la région en 1955 à Lannion. Le Centre national d'études des télécommunications y ouvre son premier bâtiment en 1961[296], et en juillet 1962 a lieu la première « mondovision » depuis le site de Pleumeur-Bodou. Ce secteur des télécommunications se développe ensuite à Rennes puis à Brest lors des 10 années suivantes[297].
Renouveau culturel et « première vague bretonne » [modifier]
Au niveau, le troisième Emsav met en place plusieurs structures culturelles dès l'après-guerre. La confédération Kendalc'h est créée dès 1950 et vise à maintenir la culture bretonne[298]. Dans le domaine musical, sous l'impulsion de Polig Monjarret et de la Bodadeg ar Sonerion est créés le premier bagad à Carhaix en 1947, sur le modèle des pipe-bands écossais ; ils sont une trentaine en 1954 et une centaine dans les années 1960[299]. Le phénomène du fest-noz voit le jour lui aussi après-guerre sous l'impulsion de Loeiz Roparz à partir des années 1950 en remettant au gout du jour le chant Kan ha diskan[300]. Dans le domaine de l'enseignement du breton, la loi Deixonne de 1951 autorise l'enseignement des langues régionales à l'école de façon optionnelle[298], et dès 1957 Loeiz Ropars enregistre avec les élèves du lycée de Quimper la première méthode audio-orale de breton[299]. La région compte environs un millions de bretonnants à l'époque, et en 1966 une pétition pour obtenir l'enseignement du breton à l'école obtient 160 000 signatures ; cependant les familles cessent de transmettre la langue à leurs enfants, celle-ci étant vu comme un handicap[301].
Le domaine de la chanson va servir d'élément moteur à partir des années 1960. Glenmor remplie plusieurs salles parisiennes comme La Mutualité à cette époque, et sort son premier 33 tours en 1969. Alan Stivell signe lui son premier contrat avec une maison de disque en 1967. Un de ses spectacle à l'Olympia est diffusé le 28 février 1972 sur Europe 1, ce qui marque le début de la « première vague bretonne » ; par la suite son album s'écoule à près de deux millions d'exemplaires en Europe, et fait même la une du Melody Maker eau Royaume-Uni[302]. D'autres chanteurs émergent à la suite de ce succès comme Gilles Servat ou Tri Yann. Par ailleurs, ce phénomène se propage à d'autres aspects culturels : les cours de breton connaissent un hausse à l'époque et les écoles Diwan sont crées en 1977, et la Charte culturelle bretonne est signée le 4 octobre 1977[303].
Le domaine littéraire est aussi favorisé par cette vague. Pierre-Jakez Hélias publie Le Cheval d'orgueil en 1975 et rencontre un grand succès à l'époque[304], tout comme le Comment peut-on être Breton ? que publie Morvan Lebesque en 1970. Cependant cette première commence à s'essouffler à partir de 1977[305].
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La forme du fest-noz voit le jour après-guerre sous l'impulsion de Loeiz Roparz.
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Les bagadoù sont lancés à partir de 1947 par Polig Monjarret.
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Alan Stivell marque le début de la « première vague bretonne » au début des années 1970.
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Le réseau des écoles Diwan est créé en 1977.
Renouveaux sociétaux et politiques [modifier]
Au début de la Quatrième République, la plupart des villes et départements sont gérées par des alliances de la Troisième force, ce qui permet au centre de gouverner avec la SFIO malgré l'opposition des communistes et des gaullistes[306]. Le retour des gaullistes à partir des législatives de 1958 marque un recul de la SFIO qui s'accentue d'avantage à celles de 1962. Le renouveau à gauche passe alors par la monté du PSU, plus décentralisé que la SFIO, qui enregistre sont premier succès dès 1962 avec l'élection d'Antoine Mazier à Saint-Brieuc. Cependant lors des Élection présidentielle de 1965, François Mitterrand n'obtient que 26, 5 % des suffrages au premier tour, soit six points de moins que la moyenne française, et autant que l'électorat de gauche en Bretagne lors des législatives de 1962, ce qui montre un tassement du mouvement[307]. Le glissement vers la gauche continue cependant de s'accentuer aux élections suivantes, à l'exception des législatives de 1968 qui enregistre un mouvement de réaction aux évènements de mai 68[308].
La question régionale s'invite aussi au niveau politique. Le mouvement pour l'organisation de la Bretagne créé en 1957 promeut des idées fédéralistes, puis l'Union démocratique bretonne créé à partir d'une scission de celui-ci en 1964 se place beaucoup plus à gauche ; ce dernier progresse surtout après 1968, ce qui oblige les autres partis de gauche à se positionner par rapport aux problèmes bretons[308]. Le Front de libération de la Bretagne manifeste lui son existence par un cycle d'attentats visant les représentations de l'État français entre 1966 et 1968, puis dans un second cycle de 1972 à 1985, visant notamment l'émetteur de Roc'h Trédudon en 1974 ou le château de Versailles en 1978. Le processus de régionalisation est par ailleurs soutenu par la population lors du référendum de 1969, contrairement au reste de la France. Cependant la loi n° 72-619 du 5 juillet 1972, « portant création et organisation des régions » instaure un Conseil régional de Bretagne, duquel est exclu le département de la Loire-Atlantique, certains notables cherchant ainsi à préserver leurs fiefs[308].
Des mouvements sociaux sont aussi notables à l'époque, notamment en dehors des bastions industriels. Des fermetures d'usines dans la métallurgie (à Guingamp en 1966), la chaussure (Fougères) ou l'industrie navale Nantes entrainnent de grandes manifestations de soutient[309]. Après 1968 un nouveau type de conflit se développe, d'avantage axé sur la question de la parité salariale, alors que les ouvriers bretons restent moins bien payés que des ouvriers d'autres région. C'est dans ce contexte qu'éclate la grève du Joint français à Saint-Brieuc en mars 1972 ; après huit semaines, la direction cède aux revendications. La CFDT progresse à l'époque sur la CGT, les secteurs d'activité délocalisés récemment dans la région étant moins contrôlé par l'appareil de cette dernière[310]. Le Gwenn ha Du commence à être popularisé à cette époque notamment via ces luttes sociales, en plus d'être présent dans des manifestations sportives et festives : il est visible dès mai 68 à la Sorbonne puis lors de la grève du Joint français en 1972 avant de s'imposer dans la plupart des manifestations[311].
Histoire récente [modifier]
Le 16 mars 1978, l'Amoco Cadiz fait naufrage à quelques centaines de mètres du rivage du petit port de Portsall en Ploudalmézeau. Il s'ensuit une marée noire qui pollue très gravement les côtes du nord et du nord-ouest de la Bretagne.
En février et mars 1980, la population de Plogoff, commune de la Pointe du Raz, s'oppose à l'implantation d'une centrale nucléaire sur sa commune, malgré l'envoi d'une force publique chargée de protéger le chantier. La protestation reçoit un large soutien médiatique en France et en Europe. Le projet de centrale est abandonné après les élections présidentielles de 1981.
Sources [modifier]
Notes [modifier]
- Sa femme est l'héritière des Penthièvre et il se présente donc comme l'héritier du pouvoir ducal.
- Par exemple, en 1757, un équipage arrivant à Brest avec 4000 malades du typhus transmet la maladie au reste de la Basse-Bretagne, et l'épidémie fait entre 20 000 et 25 000 morts. Le typhus, qui a touché la population de la même manière en 1733 et en 1741 est ainsi désigné à l'époque comme « le mal de Brest ».
Références [modifier]
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- Cependant, le cas de l'exemption de Saint-Samson et de l'abbaye de Pental vers l'estuaire de la Seine n'est sans doute pas à mettre en rapport avec une véritable « colonisation », mais avec un foyer de spiritualité celtique encouragé par le pouvoir franc, à une époque encore marquée par le paganisme, dont il cherchait à se débarrasser.
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- La Bretagne continentale est appelée Llydaw en gallois : la terre en longueur
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- Un seul passage rédigé en vieux breton a été relevé parmi les textes anciens, dans un acte du Cartulaire de Redon, les contractants fixent les clauses du contrat en latin mais détaillent les limites du bien-fonds en breton [1]
- Histoire de la langue bretonne,
- Cet épisode est retracé de manière allégorique par le chant « An Alarc'h » (le Cygne) dans le livre Barzaz Breiz.
- Du Guesclin Georges Minois Fayard
- . Toute l'histoire de Bretagne;Skol Vreizh
- Toute l'histoire de la Bretagne;Skol Vreizh
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- Luc Braeuer, La base de sous-marins de Lorient, Le Pouliguen, Liv'Édition, 2008, 64 p. (ISBN 978-2-9525651-20), p. 16
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- Monnier et Cassard 2012, p. 757
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- Denis et al. Geslin, p. 240
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Bibliographie [modifier]
Ouvrages généraux [modifier]
- Joël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons : Tome 1. Des âges obscurs au règne de Louis XIV, Le Seuil, 2008, 733 p. (ISBN 2757809954)

- Joël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons : Tome 2. Des Lumières au XXIe siècle, Le Seuil, 2008, 749 p. (ISBN 2757809962)

- Jean-Jacques Monnier (dir.) et Jean-Christophe Cassard (dir.), Toute l'Histoire de Bretagne : Des origines à nos jours, Morlaix, Skol Vreizh, 2012, 864 p. (ISBN 978-2-915623-79-6) [présentation en ligne]

- Alain Croix (dir.), Bretagne, images et histoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, octobre 1996, 226 p. (ISBN 2-909275-74-4)

- Collectif sous la direction de J.-Chr. Cassard, A. Croix, J.-R. Le Quéau et J.-Y. Veillard, Dictionnaire d’histoire de Bretagne, Skol Vreizh, Morlaix, 2008, (ISBN 978-2-915623-45-1)
Ouvrages centrés sur une période [modifier]
- Préhistoire et Antiquité
- Patrick Galliou, L'Armorique romaine, Brasparts, éd. Bibliophiles de Bretagne, 1984. Rééd. Crozon, Armeline.
- Louis Pape, La Bretagne romaine, Rennes, éditions Ouest-France, coll. « université », 1995, 309 p. (ISBN 2.7373.0531.4)
- Haut Moyen Âge
- André Chédeville et Hubert Guillotel, La Bretagne des saints et des rois : Ve-Xe siècle, Rennes, éditions Ouest-France, coll. « université », 1984, 423 p. (ISBN 2.85882.613.7)
- Myles Dillon, Nora Chadwick, Christian-J. Guyonvarc'h, Les Royaumes celtiques, P., Fayard, 1974. Rééd. Crozon, Armeline.
- Léon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne, P., Payot, 1980. (ISBN 2-228-12710-8)
- Christian Y.M. Kerboul, Les Royaumes brittoniques au très haut Moyen Âge, Sautron, Éditions du Pontig & Spezet, Coop Breizh, 1997. (ISBN 2-84346-030-1).
- Christiane M.J. Kerboul-Vilhon. Gildas Le Sage, Vie et œuvres, Éditions du Pontig, Sautron, 1997, (ISBN 2-9510310-2-5).
- (en) E.G.Bowen, Saints seaways and settlements, University of Wales Press, 1977.
- Jean-Christophe Cassard, Les Bretons de Nominoë, Édition Beltan, Brasparts, 1990. Rééd. P.U. Rennes. 2002. (ISBN 2-86847-776-3).
- Le duché de Bretagne
- André Chédeville et Noël-Yves Tonnerre, La Bretagne féodale : XIe-XIIIe siècle, Rennes, éditions Ouest-France, coll. « université », 1987, 440 p. (ISBN 2.7373.0014.2)
- Jones (Michael), La Bretagne ducale. Jean IV de Montfort (1364-1399) entre la France et l'Angleterre. Rennes, Presses univ. de Rennes, 1998, 268pp. ISBN 2-86847-297-4.
- Jean Kerhervé, L'État breton aux XIVe et XVe siècles, 2 vol., P., Maloine, 1987. ISBN 2-22401703-0. 2-224-01704-9
- Jean Kerhervé éd. 1491. La Bretagne terre d'Europe. Actes du colloque international de Brest (1991). Brest, Centre de recherche bretonne et celtique, 1992, 523pp.
- Leguay (Jean-Pierre) et Martin (Hervé), Fastes et malheurs de la Bretagne ducale 1213-1532, Rennes, Ed. Ouest-France, 1982, 446 pages. (ISBN 2-85882-309-X)
- Mauny (Michel de), Anne de Bretagne, Rennes, éd. Kanevedenn, 1976.
- La province française
- Mauny (Michel de), 1532. Le grand Traité franco-breton, P., Librairie française, 1971.
- Arthur de La Borderie, La Révolte du Papier timbré advenue en Bretagne en 1675, Saint-Brieuc, 1884.
- Mauny (michel de), 1532-1790 Les dessous de l'Union de la Bretagne à la France, P., éd. France-Empire, 1986.
- Dupuy (Ant.), Histoire de l'union de la Bretagne à la France, P., éd. Hachette, 1880, 2 vol. de 447pp et 501pp.
- Joël Cornette, Le marquis et le Régent. Une conspiration bretonne à l'aube des Lumières, Paris, Tallandier, 2008 (sur la conspiration de Pontcallec).
- Alain Croix, L'âge d'or de la Bretagne : 1532-1675, Rennes, éditions Ouest-France, coll. « université », 1996, 561 p. (ISBN 2.7373.0737.6)
- Depuis 1789
- Dupuy (Roger), La Bretagne sous la Révolution et l'Empire, 1789-1815, Rennes, éd. Ouest-France, 2004.
- Guiomar (J.-Y.) Le Bretonisme, Rennes, Soc. d'histoire & d'archéol. de Bretagne.
- Michel Denis (dir.), Jean-Jacques Monnier (coordinateur), Ronan Le Coadic, Patrick Gourlay et Claude Geslin, Histoire d'un siècle, Bretagne 1901-2000 : L'émancipation d'un monde, Morlaix, Skol Vreizh, juin 2010, 400 p. (ISBN 2915623627)

Ouvrages thématiques [modifier]
- Marcel Planiol, Histoire des Institutions de la Bretagne (Droit Public et Droit Privé), 3 vol., Éditions du cercle de Brocéliande, Rennes 1953-1955 ; ouvrage couronné par l'Institut, publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique.
- Vallerie (Erwan), Communes bretonnes et paroisses d'Armorique, Édition Beltan, Brasparts, 1986.
- J.De Mey, Les Monnaies de Bretagne, vol. de 158 p., Numismatic pocket, Bruxelles, 1970.
Annexes [modifier]
Articles connexes [modifier]
Liens externes [modifier]