Biface

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Biface
Biface en silex  - Venerque - Muséum de Toulouse
Biface en silex - Venerque - Muséum de Toulouse
Zone géographique Afrique, Europe, Proche-Orient, sous-continent indien
Période Paléolithique inférieur et moyen
Faciès culturel Acheuléen, Moustérien
Chronologie 1,6 million d'années - 40 000 ans BP
Matière première silex, quartzite, quartz, roches volcaniques (de l’obsidienne à la phonolite)
Méthode de fabrication façonnage progressif d’un bloc
Fonction Non déterminée
Biface Extension.png
Répartition approximative de la culture du biface pendant le Pléistocène moyen (Acheuléen)

Préhistoire - Archéologie - Tableau synoptique
Biface acheuléen en silex de Saint-Acheul

Un biface est un outil de pierre taillée caractéristique des périodes anciennes de la Préhistoire. Il fait son apparition au Paléolithique inférieur en Afrique de l'Est et se diffuse en Europe et en Asie durant cette période. Il est particulièrement caractéristique de l'Acheuléen mais est encore présent au Paléolithique moyen, en particulier au cours du Moustérien récent.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les plus anciens bifaces ont été découverts en Afrique de l’Est, notamment dans le site d'Olduvai en Tanzanie (1,6 million d’années)[1] et à Kokiselei 4 sur les rives du lac Turkana au Kenya (1,76 million d'années)[2].

Les bifaces ont tendance à se raréfier progressivement au Paléolithique moyen alors que se développent les méthodes de débitage (dont le débitage Levallois) mais ils redeviennent fréquents au Moustérien récent, dans le Moustérien de Tradition Acheuléenne en particulier.

Le mot « biface » a été proposé en 1920 par A. Vayson de Pradenne pour remplacer l'expression « coup-de-poing », introduite précédemment par G. de Mortillet[3],[4]. Celle-ci est désormais désuète.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le biface est réalisé par façonnage progressif d’un bloc (ou d’un gros éclat) de matière première, en détachant des éclats sur ses deux faces. Il présente généralement une certaine symétrie bilatérale et éventuellement une symétrie bifaciale qui ont pu être interprétées comme les premières manifestations de préoccupations esthétiques[5],[6].

Les matières premières utilisées pour la réalisation de bifaces sont très diversifiées : silex mais aussi quartzite, quartz, roches volcaniques (de l’obsidienne à la phonolite).

Rares sont les bifaces ayant fait l’objet d’études tracéologiques, si bien que la fonction précise de ces outils reste mal connue. De plus, l'emmanchement était réalisé en matières organiques et s'est décomposé, privant les chercheurs d'indications quant à la destination des pièces taillées. La tracéologie indique toutefois que la plupart des bifaces du Moustérien récent étaient destinés aux activités de boucherie[7],[8]

Le façonnage de pièces bifaciales se manifeste aussi par la production d’objets très élaborés tels que les pointes foliacées du Middle Stone Age sud africain de Blombos ou les feuilles de laurier et les pointes à cran du Solutréen. Si ces outils sont produits selon des méthodes analogues à celles des bifaces, ils sont toutefois nettement plus fins et font appel à d'autres techniques telles que la retouche par pression.

Classification[modifier | modifier le code]

Plusieurs classifications des bifaces ont été proposées, selon la forme ou le degré de finition[9],[10].

François Bordes a formalisé une typologie préexistante basée sur la forme de l'outil et distingue les types suivants :

  • ficrons ;
  • bifaces lancéolés ;
  • bifaces micoquiens ;
  • bifaces amygdaloïdes ;
  • bifaces cordiformes et sub-cordiformes ;
  • bifaces triangulaires et sub-triangulaires ;
  • limandes ;
  • bifaces ovalaires ;
  • bifaces discoïdes.

La forme des lames a pu être dictée tant par des considérations culturelles que techniques. Ainsi, de nombreuses pièces parmi les plus anciennes ont été façonnées à partir de galets arrondis récoltés sur les plages ou dans le lit des rivières. Il était alors nécessaire de détacher un premier éclat bien plus gros que les suivants afin d'obtenir un premier angle d'attaque, ce qui avait pour effet de créer une asymétrie. Corriger cette asymétrie aboutissait alors à la création d'un objet ovale – une lame ronde aurait nécessité un plus grand nombre de retouches.

Usage[modifier | modifier le code]

L'usage des bifaces n'est pas connu avec précision et ne fait l'objet que de suppositions. Les premières hypothèses en ont fait des lames de haches ou d'herminettes ou encore des projectiles mais, devant la grande diversité des tailles et des formes, la communauté scientifique penche maintenant pour un outil multi-usages. De plus, un même outil a pu être affecté à des tâches différentes au cours de sa vie, telle que creuser, couper, hacher, percer, frapper, etc., et avoir subi retouches ou transformations.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Leakey, M.D. (1971) - Olduvai Gorge - vol. 3 : Excavations in Beds I and II, 1960-1963, Cambridge, Cambridge University Press, 306 p.
  2. Lepre, C.J., Roche, H., Kent, D.V., Harmand, S., Quinn, R.L., Brugal, J.-Ph., Texier, P.-J., Lenoble, A. et Feibel, C. (2011) - « An earlier origin for the Acheulian », Nature, vol. 477, n° 7362, pp. 82-85.
  3. Vayson, A. (1920) - « La plus ancienne industrie de Saint-Acheul », L'Anthropologie, t. XXX, pp. 441-496.
  4. Brézillon, M. (1968) - La dénomination des objets de pierre taillée, Paris, CNRS Ed., IVème supplément à "Gallia Préhistoire", 427 p.
  5. Lorblanchet, M. (1999) - La naissance de l'Art. Genèse de l'art préhistorique, Paris, Éd. Errance, 304 p.
  6. Le Tensorer, J.-M. et Muhesen, S. (1997) - Les premiers hommes du désert syrien - fouilles syrio-suisses à Nadaouiyeh Aïn Askar, Paris, Éditions du Muséum d'Histoire Naturelle, 56 p.
  7. Claud, É. (2008) - Le statut fonctionnel des bifaces au Paléolithique moyen récent dans le Sud-Ouest de la France. Étude tracéologique intégrée des outillages des sites de La Graulet, La Conne de Bergerac, Combe Brune 2, Fonseigner et Chez-Pinaud / Jonzac, Université de Bordeaux 1, Thèse de Doctorat, 546 p.
  8. Claud, É., Brenet, M., Maury, S. et Mourre, V. (2009) - « Étude expérimentale des macrotraces d'utilisation sur les tranchants des bifaces - Caractérisation et potentiel diagnostique », Les Nouvelles de l'archéologie, n° 118, pp. 55-60.
  9. Bordes, F. (1961) - Typologie du Paléolithique ancien et moyen, Bordeaux, Delmas, Publications de l'Institut de Préhistoire de l'Université de Bordeaux, Mémoire n° 1, 111 p.
  10. Kleindienst, M.R. (1962) - « Components of the East African acheulian assemblage : an analytic approach », in: Actes du IVème Congrès Panafricain de Préhistoire et de l'Étude du Quaternaire, Mortelmans, G., (Éd.), Musée royal de l'Afrique centrale - Tervuren (Belgique), n° 40, pp. 81-105.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Tixier et H. de Saint-Blanquat : Le Biface, silex taillé - Voyage en Préhistoire, Casterman, 1992, (ISBN 2-203-17214-2)

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