Prusse

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Le Royaume de Prusse à l'époque du IIème Reich.

La Prusse (en allemand : Preußen) est à l'origine un territoire d'Europe orientale germanisé sous le contrôle des Chevaliers Teutoniques, mais situé hors du Saint-Empire romain germanique ; devenue au XVIe siècle possession d'une branche des Hohenzollern, puis unie à l'Électorat de Brandebourg au XVIIe, la Prusse constitue de 1701 à 1871 un élément essentiel du royaume de Prusse, incorporé à l'Empire d'Allemagne de 1871 (le IIe Reich). Dans ce cadre, la Prusse originelle correspond à la province de Prusse orientale, notamment après la Première Guerre mondiale, lorsqu'elle est isolée du reste de l'Allemagne.

C'est la possession de la Prusse qui permet aux électeurs de Brandebourg d'obtenir le titre royal au XVIIIe siècle, d'abord comme « rois en Prusse » (c'est-à-dire en dehors de l'Empire, à Königsberg) puis comme « rois de Prusse » (y compris à Berlin).

Le mot « Prusse » a souvent été associé à l'idée de militarisme ; ainsi, Mirabeau disait que « La Prusse n'est pas un État qui possède une armée, c'est une armée ayant conquis la nation. » [1] ; c'est pour cette raison qu'après la Seconde Guerre mondiale, ce nom cesse d'être utilisé en Allemagne.

Histoire[modifier | modifier le code]

Au cours de l'histoire, le nom de « Prusse » a été attribué à différentes entités politiques et administratives, parfois concurrentes entre elles.

La Prusse avant les chevaliers teutoniques[modifier | modifier le code]

La Prusse est à l'origine un territoire aux confins de l'actuelle Pologne et de la Russie, ce nom étant une déformation du nom du peuple balte autochtone, les Borusses, les "presque Russes".

La Galindie et la Sudovie faisaient partie des douze provinces originelles de la Prusse. Les Sudoviens (ou Yotvingiens) habitaient les vastes forêts au sud-ouest de la rivière Niémen. Ptolémée fait mention de ce peuple dans ses manuscrits.

Au Xe siècle, l'armée de Vladimir Ier, prince de Kiev, force un bon nombre de Sudoviens à se soumettre à la Rous' de Kiev. Les environs des villes actuelles de Białystok et de Suwalki (Pologne) et de Grodno (Biélorussie) sont envahis et conquis partiellement par les Slaves. Durant les siècles suivant, ceux qui réussirent à survivre entourés des Russes, des Polonais et des Lituaniens perdent progressivement leurs terres face au Grand duché de Lituanie.

L'État monastique des chevaliers teutoniques (1224 - 1525)[modifier | modifier le code]

Enluminure vers 1300

La colonisation de la région par les Allemands est due aux Chevaliers Teutoniques qui la disputent aux Polonais ; son territoire est dès lors peuplé, dans le cadre du mouvement Drang nach Osten (Marche vers l'Est) à l'origine de la Colonisation germanique de l'Europe orientale (Ostsiedlung), majoritairement d'Allemands et d'autochtones (baltes ou slaves) bilingues.

Cette population bilingue a subsisté jusqu'à la Seconde Guerre mondiale : en 1939, il y a encore des Kursenieki parlant le curonien ou le lituanien, des Lietuvininkai parlant lituanien et des Cachoubes parlant cachoube ou polonais[2].

La Prusse royale (1466 – 1772)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prusse royale.

Par le traité de Thorn (1466), l'Ordre Teutonique cède la partie est de la Poméranie orientale au Royaume de Pologne qui devient alors la Prusse royale.

Cette région située au sud de Dantzig restera polonaise jusqu'au premier partage de la Pologne ; elle est alors annexée par le royaume de Prusse qui s'est constitué entre temps autour de la famille des Hohenzollern.

L'installation dans la région des Hohenzollern[modifier | modifier le code]

Les Hohenzollern ont leur origine en Souabe où ils sont de petits burgraves.

En 1415, l’électeur de Brandebourg, l'empereur Sigismond Ier, de la Maison de Luxembourg, étant endetté vis-à-vis de cette famille, cède à Frédéric de Hohenzollern l’électorat et la marche de Brandebourg. Frédéric Ier, nommé gouverneur de la marche du Brandebourg, est investi comme électeur lors du concile de Constance.

Le duché de Prusse (1525 – 1701)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Duché de Prusse.

En 1525, le grand maître de l'Ordre Teutonique est un Hohenzollern, Albert de Brandebourg-Ansbach. Il profite du mouvement de la Réforme, adopte le luthéranisme et transforme la Prusse orientale, possession de l'Ordre, en duché héréditaire ; il se reconnaît vassal du royaume de Pologne lors du traité de Cracovie du 8 avril 1525.

Cet État devait rester aux Hohenzollern jusqu’en 1918.

L'union du Brandebourg et du duché de Prusse (1618 – 1701)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Brandebourg-Prusse.

En 1618, Jean Sigismond de Hohenzollern, électeur de Brandebourg, descendant direct de Frédéric Ier de Brandebourg, hérite du duché de Prusse à la mort de son beau-père Albert Frédéric de Prusse, décédé sans héritier mâle survivant.

Il s'agit d'une union personnelle entre la marche de Brandebourg, qui relève du Saint-Empire, et le duché de Prusse, qui relève de l'Etat polonais ; mais c'est bien l'origine de la création du Royaume de Prusse.

Le royaume de Prusse (1701-1918)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume de Prusse.
La Prusse et l'Europe centrale en 1838
Frédéric le Grand (1712-1786)

En 1688, Frédéric III devient prince-électeur de Brandebourg et son ambition est de se faire couronner roi de Prusse. Il obtient satisfaction en 1701, sous le nom de Frédéric Ier avec le titre de « roi "en" Prusse » (personne ne peut être couronné roi à l'intérieur du Saint-Empire romain germanique). Mais les Hohenzollern balaient bien vite cette nuance et se font appeler « rois de Prusse ». À partir de cette époque, le terme de « Prusse » désigne des territoires qui ne font pas partie de la Prusse originelle.

Sous le règne de Frédéric II de 1740 à 1774, le royaume devient une grande puissance politique et militaire, accroissant considérablement son territoire par l'acquisition notamment de la Silésie (1742) et de la Prusse royale (qui devient ensuite la province de Prusse-Occidentale) en 1772.

À la fin du XVIIIe siècle, le territoire prussien s'agrandit encore vers l'est lors des 2e et 3e partages de Pologne en 1793 et 1795. La province créée autour de Posen/Poznan (1793), puis de Varsovie (1795) reçoit le nom de Prusse-Méridionale.

Durant les guerres napoléoniennes, le royaume de Prusse est l'un des adversaires de l’Empire français. Vaincue à Iéna et Auerstaedt en 1806, presque anéantie, la Prusse perd la Prusse-Méridionale (qui devient le duché de Varsovie). Cependant, après avoir activement participé aux combats de 1813 à 1815 (soulèvement allemand de 1813, campagne de France en 1814, bataille de Waterloo en 1815), elle bénéficie du Congrès de Vienne, acquérant pratiquement toute la Rhénanie et la Westphalie, formant ainsi une Rhénanie prussienne (ou Prusse rhénane). L'adjonction de ces territoires permet à la Prusse de renforcer considérablement son poids économique, la Prusse rhénane étant la première région minière d'Allemagne.

Ce royaume prend vite l'ascendant sur les États du nord de la Confédération germanique avec lesquels il constitue une Zollverein (Union douanière) en 1834.

La guerre des Duchés contre le Danemark, permet au roi Guillaume Ier, sous l'impulsion de son Premier ministre Otto von Bismarck, de s'emparer du duché de Schleswig en 1864. Puis, après la bataille de Sadowa et l'éviction de l'empire d'Autriche en 1866, la Prusse prend la tête de la confédération de l'Allemagne du Nord et obtient le duché de Holstein.

La guerre contre la France permet au Royaume et à ses alliés allemands de parfaire l'Unité allemande en fondant en 1871 l'Empire allemand (2e Reich, le 1er — le Saint-Empire romain germanique — ayant été dissous en 1806 par François II sous la pression de Napoléon, lorsque l'empereur du Saint-Empire renonça à la couronne d'Allemagne pour n'être plus qu'empereur d'Autriche), dans lequel le royaume de Prusse tient une part prédominante, puisque son souverain Guillaume Ier en devient l'empereur.

On désigne alors par Prusse deux provinces du royaume : celle de Prusse-Occidentale et celle de Prusse-Orientale, qui pendant un temps ne forme qu'une seule Province de Prusse.

La défaite allemande en 1918 à la fin de la Première Guerre mondiale et l'explosion révolutionnaire dans les grands centres urbains balaient l’Empire et la dynastie des Hohenzollern : Guillaume II, petit-fils et successeur de Guillaume Ier abdique en novembre 1918.

L'État libre de Prusse (1918-1947)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : État libre de Prusse.

Dans ce contexte de crise politique et économique, l’Allemagne se constitue en une république (la République de Weimar) dont la Prusse n'est plus qu'un simple Land : l'État libre de Prusse (Freistaat Preußen). Malgré les amputations territoriales que l'Allemagne subit au traité de Versailles et qui touchent essentiellement le territoire de l'ancien Royaume de Prusse, celle-ci reste le plus grand des dix-sept Länder allemands de l'époque.

Son Landtag demeure longtemps socialiste, ce qui retarde l'arrivée des nazis au pouvoir, mais aux élections de 1932 la Prusse tombe directement sous l'influence du national-socialisme. Avec l'avènement d'Adolf Hitler, en 1933, elle perd ses institutions autonomes et s'intègre au Troisième Reich.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Alliés décident la disparition symbolique de ce qu'elles considèrent comme le berceau du militarisme allemand : le 25 février 1947, leurs représentants proclament la dissolution de l'État prussien et expulsent les Allemands qui se trouvent encore au delà de l'Oder, pour laisser s'installer des Polonais (Silésie, Posnanie...) ou des Soviétiques (région de Kaliningrad, ex Königsberg).

C'est pourquoi le terme de « Prusse » n'est plus porté par aucun des seize Länder qui composent aujourd'hui l'Allemagne, réunifiée depuis 1990.

Drapeaux de la Prusse[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Honoré-Gabriel Riquetti de Mirabeau, De la monarchie prussienne sous Frédéric le Grand, vol. 1, Londres,‎ 1788
  2. La plus grande part de ces population a été transférée en Allemagne après 1945. Mariusz Kowalski dans la revue Przeglad Zachodni, numéro spécial, 2012, pp. 119-136 estime que du fait de ce transfert, 4% des Allemands d'aujourd'hui portent des noms slaves, cf. [1]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]