Marie de France (poétesse)

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Marie de France

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Naissance vers 1160
Décès vers 1210
Genres Poésie

Œuvres principales

traduction des Fables d'Ésope
L'Espurgatoire Seint Patriz

Marie de France, fl. 1160-1210[1], est une poétesse qui vécut en France et surtout en Angleterre[2]. Ses fables adaptées d'Ésope furent lues et imitées du XIIe au XVIIIe siècle. Le romantisme au XIXe siècle redécouvrit ses lais, contes en vers rédigés en ancien français dans la scripta anglo-normande. Marie de France appartient à la génération des auteurs qui illustrèrent l'amour courtois en littérature, entre autres par l'adaptation des légendes orales bretonnes ou matière de Bretagne. Elle est la première femme à avoir écrit des poèmes en français.

Vie[modifier | modifier le code]

Elle est la première femme écrivain d'expression française connue, Héloïse, qui est de la génération de sa mère, n'ayant écrit qu'en latin. On ne sait rien d'elle, si ce n'est ce qu'elle écrit elle-même dans l'épilogue de ses Fables :

« Marie ai num, si sui de France »

« Marie ai nom et suis de France » (trad. F. Morvan).

La France, à cette époque, désignait l'Île-de-France. Liée à la cour d'Henri II Plantagenêt et surtout d'Aliénor d'Aquitaine, il est probable qu'elle a vécu un temps, peut être très long, en Angleterre, sachant que les vassaux et alliés bretons, normands ou flamands se déplaçaient régulièrement tantôt d'un côté de la Manche tantôt de l'autre, confiant leurs cours à leurs femmes, qui ont pris ainsi un rôle grandissant. Ses douze lais sont dédiés à un roi, sans doute Henri II.

Des médiévistes[Lesquels ?] ont supposé qu'elle avait été abbesse du monastère de Reading ou de Barking mais sans fonder réellement ces affirmations.

Plusieurs médiévistes ont suggéré qu'elle pourrait être cette fille de Galéran IV, comte de Meulan, qui épousa Hugues Talbot, vers 1170, et qui alla vivre avec lui sur ses terres anglaises[3],[4],[5] Mais cette hypothèse est hautement improbable.

Elle occupe un rang distingué parmi les poètes anglo-normands, femme fort supérieure à son siècle par ses lumières et par sa culture. Marie prévient qu’elle a hésité longtemps à s’adonner à ce genre de littérature (la poésie) ; auparavant, elle avait entrepris de traduire du latin plusieurs sujets tirés de l’histoire ancienne. Mais s’étant aperçue que ce genre de travail avait été adopté par la plus grande partie des écrivains de son temps, elle abandonna ce projet pour se consacrer entièrement à la recherche des lais bretons.

Elle écrivit ensuite des fables qui font d'elle la première fabuliste française.

Écriture[modifier | modifier le code]

Poétesse, elle adapte en français, ou plus précisément en dialecte anglo-normand[6], et en vers des légendes bretonnes, auxquelles elle donne le nom de Lais. Les Lais (1160-1175) se composent de douze courts récits en octosyllabes à rimes plates, de dimensions variables (118 vers pour le Lai du Chèvrefeuille et 1184 vers pour Eliaduc). Ils sont aux romans bretons ce que seront plus tard les nouvelles par rapport aux romans. Marie dit avoir écrit et « assemblé » ses textes à partir de « lais bretons ». Un seul de ces contes, le Lai de Lanval, est à proprement parler arthurien. L'amour, le plus souvent en marge de la société (neuf des douze lais racontent des amours adultères), est le sujet principal du recueil : le plus court mais peut-être le plus beau de ces textes, le Lai du chèvrefeuille, se rapporte ainsi à l'histoire de Tristan et Iseut. Plusieurs lais font intervenir le merveilleux, mais tous ont néanmoins le monde réel pour toile de fond, avec une conclusion plutôt pessimiste où la douleur et l'épreuve succèdent à la joie et au bonheur initial.

Conteuse de talent, Marie de France ajoute une tonalité courtoise et poétique à la magie de la matière de Bretagne. Une discrète émotion se dégage de récits où l'auteur privilégie la pitié et la compassion pour ses personnages. Son style présente une remarquable économie de moyens, et se reconnait facilement à la sobriété dans la composition du récit, à un art très sûr de la mise en scène et à l'efficacité d'une langue simple et limpide.

Outre les Lais, Marie de France est l'auteur de l'Ysopet, première adaptation en français des fables d'Ésope, composé entre 1167 et 1189, et de L'Espurgatoire de saint Patrice, roman qui propose une évocation détaillée des souffrances du Purgatoire, et s'inscrit dans la tradition du voyage dans l'Au-delà.

D'après June Hall McCash, elle aurait rédigé La Vie Seinte Audree[7].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Article connexe : Lais de Marie de France.
  • Un recueil de douze lais qui peuvent être classés en deux catégories : lais féeriques (Lanval, Yonec...) et lais réalistes (Eliduc, Le Laostic…).
    • Lai de Yonec
    • Lai de Frêne
    • Lai du Chaitivel (Le Malheureux)
    • Lai de Lanval
    • Lai de Milun
    • Lai des deux Amants
    • Lai d’Eliduc
    • Lai du Bisclavret
    • Lai de Guigemar
    • Lai d’Equitan
    • Lai du Chèvrefeuille
    • Le loup-garou
    • Lai du Laostic ou Lai de l’eostic (du breton eostig = « rossignol »)
  • Fables (Ysopet)
  • L’Espurgatoire de saint Patrice

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Matilda Bruckner (en), « Marie de France », in Medieval France: An Encyclopedia, Routledge, 1995, p. 589
  2. Marie de France est probablement originaire d’Ile-de-France ou de Normandie. Léopold Constans et Chabaille affirme qu’elle est née à Compiègne et l’assimile à Marie de Compiègne. De plus, tout porte à croire qu’elle fut liée à la cour d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine. La plus plausible identification est proposée par Sir John Fox, qui la voit comme la fille naturelle de Godefroy d’Anjou (père d’Henri II), elle serait alors la demi-sœur illégitime d'Henri II. Marie de France serait devenue abbesse d’un monastère, de Shaftesbury (ou peut-être celui de Reading) en 1181 ou quelques années auparavant.
  3. Batany Jean, « Le "mari aux deux femmes" les deux Bretagne et l'Irlande », Celtitudes médiévales, Ed. Philippe Walter, univ. Grenoble 3; IRIS 29(2005), p. 73-88.
  4. Grillo P.R., « Was Marie de France the dauther of Waleran II, count of Meulan? », Medium Aevuum, vol. 53, no 2 (1988), p. 269-75.
  5. Yolande de Pontfarcy, « Si Marie de France était Marie de Meulan », Cahiers de Civilisation Médiévale (e- siècle), vol. 38 (1995), p. 353-61.
  6. Histoire de la littérature de la France - Des origines à 1600, collectif, Messidor/Éditions sociales 1971
  7. McCash, June Hall, La Vie seinte Audree: A Fourth Text by Marie de France? dans Speculum 77 (2002), 744-77.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Baum, Richard, Recherches sur les œuvres attribuées à Marie de France, Heidelberg, Winter (Annales Universitatis Saraviensis, Philosophische Facultät, 9), 1968, 241 p.
  • Blain, Virgina, et al., « Marie de France », The Feminist Companion to Literature in English (Yale UP, 1990, 714).
  • H. Brät, Marie de France et l'obscurité des anciens dans Neuphilologische Mitteilungen 79 (1978), 180-84.
  • K. Brightenback, Remarks on the 'Prologue' to Marie de France's Lais dans Romance Philology 30 (1976), 168-77.
  • Burgess, Glyn S. The Lais of Marie de France: Text and Context, Athens (USA), University of Georgia Press, c1987.
  • Burgess, Glyn S. Marie de France, Research Bibliographies and Checklists: New Series, vol. 8, Supplément 3, Woodbridge, Suffolk, Tamesis, 2007.
  • Burgess, Glyn S. and Keith Busby, translators, The Lais of Marie de France, London, Penguin, 1986.
  • Curley, Michael, editor and translator Saint Patrick's Purgatory: A Poem by Marie de France, Binghamton, New York, Medieval and Renaissance Texts & Studies, 1993.
  • Gallagher, Edward J., translator, The Lays of Marie de France, with Introduction and Commentary, Indianapolis and Cambridge, Massachusetts, Hackett Publishing, 2010.
  • Delcos, J. C., Encore sur le prologue des Lais de Marie de France, dans Le Moyen Âge 90 (1984), 223-32.
  • Elizabeth A. Francis «Marie de France et son temps», in Romania, n°72, 1951.
  • Hoepffner, Ernest The Breton Lais in: Ages, Roger S. Loomis (ed.), Arthurian Literature in the Middle Ages, Clarendon Press, Oxford University, 1959 (ISBN 0198115881).
  • A. Micha (trad.), Lais de Marie de France, Paris, Flammarion, collection Bilingue Littérature, 1999.
  • McCash, June Hall, La Vie seinte Audree: A Fourth Text by Marie de France? dans Speculum 77 (2002), 744-77.
  • Morvan, Françoise, traduction, présentation et notes des Lais de Marie de France, Babel-Actes sud, 2008.
  • Morvan, Françoise, traduction, présentation et notes des Fables de Marie de France, Babel-Actes sud, 2010.
  • Rossi, Carla, 2009, « Marie de France et les érudits de Cantorbéry », Paris, Éditions Classiques Garnier.
  • Rychner, Jean, 1983, Les Lais de Marie de France, Paris, Honoré Champion.
  • Watt, Diane, 'Medieval Women's Writing', Polity, 2008.
  • J. Ferrante « The French Courtly Poet: Marie de France », in Medieval Women Writers, ed. K.M Wilson, Athènes, 1984. pp. 64-89.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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