Varech

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Varech
Nom commun ou
nom vernaculaire ambigu :
Les expressions « varech » et « goémon » désignent en français plusieurs taxons distincts. Page d'aide sur l'homonymie
Seaweed.jpg
Taxons concernés

Le varech (du normand warec, werec signifiant épave, d'origine anglo-scandinave. Anglo-normand wrec du vieux norrois *wrek ou vagrek de même sens), également appelé goémon épave (du breton gouemon : Phaeophyceae ; ou du gallois gwymon) en Bretagne et en Normandie, est constitué par un mélange indéterminé d'algues brunes, rouges ou vertes, laissées par le retrait des marées, et que l'on récolte le long des côtes maritimes, notamment en Bretagne, essentiellement à l'usage d'engrais.

En Europe, et surtout en Bretagne-sud, la production naturelle de varech tend à diminuer ; de manière « préoccupante » pour les espèces de l'ordre des Fucales selon l'Ifremer et le réseau ReBent qui en assure le suivi (par photographie aérienne, imagerie satellite et relevés de terrain) en France avec le CEVA.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le varech, du normand warec, werec signifiant épave, est d'origine anglo-scandinave. Jusqu'au Moyen Âge, le varech ne désigne pas seulement l'algue, comme aujourd'hui, mais tout ce que rejette la mer sur la côte comme les poissons, les baleines, les épaves de toutes sortes[1].

Les espèces qui composent le varech[modifier | modifier le code]

Varech sur le sable
Goémon en train de sécher devant l'île Ségal en Plouarzel (Finistère)

Le varech se compose essentiellement d'algues de la famille des Phaeophyceae, ou algues brunes, telles :

Il est constitué en grande partie de fucus vésiculeux, une algue brune, dont on extrayait de la « soude », destinée à la fabrication du verre, au XVIIIe siècle en la faisant sécher puis brûler. C'était notamment le cas dans la fabrique de bouteilles de Pierre Mitchell à Bordeaux. Ce débouché s'est tari à partir de 1790 avec l'invention par Nicolas Leblanc d'un procédé de production du carbonate de sodium à partir du sel marin. Il ne faut pas confondre cette soude (kali ou alcali) avec le produit (également nommé "soude" par les goémoniers) de la cuisson des laminaires utilisé du premier tiers du XIXe siècle au début du XXe siècle pour produire de l'iode. Ce débouché s'est rapidement trouvé en concurrence avec l'iode extrait des nitrates du Chili.

On trouve des fours à goémon sur la plus grande partie des côtes du Finistère. De nombreux sont encore visibles comme à Porz Poulhan en Plozévet,à Penhors en Pouldreuzic, à Saint-Guénolé en Penmarc'h, à Lesconil en Plobannalec, à Plovan, etc. le long de la côte sud, ou encore à Cléder, à Meneham en Kerlouan, dans la presqu'île Saint-Laurent en Porspoder, etc. le long du littoral nord.

La récolte en France[modifier | modifier le code]

Pêche de Varech vers 1900, dans le nord de la France
Tas de goémon sec devant alimenter un four à soude à Meneham (hameau de la commune de Kerlouan, Finistère, France)
Four à varech, pour produire la soude de goémonier riche en iode (Kerlouan, Finistère)

En France, l'activité de récolte est effectuée par les agriculteurs des communes littorales, et ne doit pas être confondue avec la récolte par coupe ou arrachage effectuée par les goémoniers, inscrits maritimes disposant d'une licence spécifique, pour alimenter l'industrie des algues.

Sous l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Les règles variaient selon les endroits. Par exemple, l'usement de Léon est ainsi décrit (l'orthographe de l'époque a été respectée) :

« Les Armoriquains de Léon et de Dôlas (Daoulas), desquels les villages et tenues aboutissent sur la mer, sont en possession chacun en droit de ses terres, de jouir et de disposer du gouëmon qui se couppe des rochers et autres gouëmons que la mer rejette à bord. Bien entendu touttefois que tout le gouëmon flottant et qui n'est pas encore à sec appartient au premier qui le ramasse, soit par batteaux ou se hazardant de le devancer au Rivage[2]. »

Selon l'ordonnance de 1681, le ramassage du goémon est réservé aux habitants des communes littorales, mais cette règle était contournée, comme l'explique Antoine Favé : « Un étranger [à la paroisse], louant un lopin de terre à six livres l'an, devenant par là même riverain [de la mer] à Landunvez, y venant, pour la coupe, avec force chevaux et domestiques, et commettant l'injustice envers les habitants »[3].

Une déclaration du Roi datée du 30 octobre 1772 limite l'autorisation de coupe du goémon aux trois premiers mois de l'année et renouvelle l'interdit de la vente du goémon aux forains [étrangers à la paroisse], ce qui suscita maintes protestations de la part des habitants des communes littorales.

Branellec, recteur de la paroisse de Landunvez (évêché de Léon), dans une lettre du 2 janvier 1775 adressée à l'évêque de Léon Jean-François de la Marche en réponse à son enquête sur la mendicité, écrit (l'orthographe de l'époque a été respectée) :

« Plusieurs particuliers des paroisses voisines manœuvres quelque pièce de terre dans la nôtre, et sous cette raison viennent à la couppe et emmènent le plus de personnes qu'ils peuvent pour les aider. Par là il arrive qu'un étranger qui n'a que 6 livres, 12 livres ou 24 livres de ferme en Landunvez, aura autant ou plus qu'un habitant une ferme de 300 livres ou 400 livres. Il est clair qu'il y a en cela une injustice parce que les terres de la côte sont beaucoup plus chères à cause du droit prohibitif que les cultivateurs y ont sur la couppe de goëmon. »

Le même curé Branellec écrit aussi, toujours à propos de la récolte du goémon :

« C'est à travers des groupes de rochers que l'on tire le goémon de notre côte, et on va presque au galop, ou pour gagner sur la marée, ou pour augmenter sa récolte. (...) La déclaration du 30 octobre 1772[4] qui en fixe la couppe au mois de janvier, février ou mars, rend ce grand don de la Providence presque inutile à nos Armoriquains et en voici les raisons : 1° parceque on ne peut en ce temps sécher le goémon qui se perd en deux ou trois jours si on ne le sèche. 2° parceque c'est le temps ou les Armoriquains disposent leurs terres à être ensemencées. (...) Ils ne peuvent donc être alors à la grève. 3° parceque le mois de mars qui est le seul où l'on puisse sécher est aussi le mois ou les juments poulinent. Or il n'y a dans toutes les Armoriques presque que des juments. Il faudrait donc atteler des juments qui ont nouvellement pouliné ou sur le point de le faire au risque de perdre et les mères et les fruits par un charroi aussi difficile que précipité. (...) Un autre inconvénient est que pendant ces trois mois la saison est si dure que les plus robustes ne peuvent qu'à peine en supporter la rigueur et par conséquent les médiocres ne la supporteraient qu'en s'exposant à des inconvénients aussi tristes qu'ils seroient communs par la nécessité qu'il y auroit pour eux de les encourir ou de manquer de goëmon et en conséquence de pain même, parce que le goëmon seul en donne aux trois-quarts des Armoriquains[5] »

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La coupe commençait sérieusement après les tempêtes d'avril. Elle ne demandait pas de matériel spécialisé ; le goémon était remonté sur le rivage et puis étalé pour qu'il sèche. La récolte du varech est ainsi décrite en 1864 sur les côtes du nord du Finistère :

« La coupe du varech a lieu à des époques fixes. Au jour convenu, on voit des populations entières accourir sur la grève, avec tous les moyens de transport qu'elles ont pu se procurer : chevaux, bœufs, vaches, chiens, tous les animaux sont employés, tous les instruments sont mis en réquisition ; on trouve au rendez-vous les femmes, les enfants, les vieillards ; personne ne reste au logis ce jour-là ; on dirait la récolte d'une manne céleste ! Les réunions ainsi formées, s'élèvent dans certaines baies à vingt mille personnes et plus. Chacun s'occupe de recueillir la plus grande quantité de varech possible pour en former un monceau sur le rivage ; mais il arrive nécessairement que, dans ce pillage régulier, les plus riches fermiers, qui disposent de nombreux attelages et de beaucoup de bras, sont toujours les mieux partagés. Pour obvier à cet inconvénient, les prêtres catholiques du Moyen Âge avaient établi une pratique aussi ingénieuse que touchante : c'était de n'admettre, le premier jour, à la récolte du varech, que les habitants peu aisés de la paroisse ; ceux-ci empruntaient à leurs voisins des charrettes et des chevaux, et parvenaient ainsi à faire une bonne récolte. Dans le Finistère, où les mœurs antiques se sont en partie conservées, cet usage se retrouve encore ; le premier jour de la coupe du goémon s'y appelle le "jour du pauvre" ; le prêtre vient à la grève dès le matin, et si un riche se présente pour récolter : « Laissez les pauvres gens ramasser leur pain » dit le recteur, et le riche se retire. »

« Le varech ne se recueille pas toujours sur le rivage ; il arrive souvent que les rochers auxquels il s'attache sont éloignés de la côte. Dans ce cas, les paysans ne peuvent disposer d'un nombre suffisant de bateaux pour transporter leur récolte sur la terre ferme ; ils lient les monceaux de varech avec des branches d'arbre et des cordes, et en forment d'immenses radeaux (dénommés dromes[6]) sur lesquels ils se placent avec leur famille ; une barrique est généralement attachée à l'extrémité de cette masse mouvante ; un homme s'y tient et, de cet endroit, dirige le mieux possible cet étrange navire. La mer offre alors un spectacle singulièrement bizarre ; on voit d loin ces mille montagnes flottantes dériver avec la marée vers le rivage, comme des baleines endormies. Lorsqu'elles approchent, on aperçoit sur leur sommet des têtes de femmes et d'enfants ; on entend des chants, des cris de plaisir, de gais noëls lancés au ciel ; mais parfois, au milieu de ce tumulte joyeux, un de ces monstrueux navires, écrasé par son pois, s'affaisse subitement; se rapproche du niveau de la houle ; des clameurs d'épouvante s'élèvent... la noire montagne fond dans la mer et disparaît à tous les yeux. Il est parfois impossible de lui porter secours ! « Il y a une famille de noyée » dit-on à bord des autres radeaux. Les fronts se découvrent pieusement, et le convoi poursuit sa route[7]. »

Remontée du goémon à l'aide d'un davier (schéma explicatif)

Valentine Vattier d'Ambroysie en 1869 décrit ainsi cette activité aux environs de la Pointe Saint-Mathieu, dans un site de falaises escarpées :

« Le cueilleur de goémon doit s'avancer jusqu'à l'extrême limite du rivage, recevoir le choc de la lame, escalader, pieds nus, les pointes déchirées, courir le risque d'être précipité depuis des hauteurs prodigieuses... Ce n'est rien encore. Dans les lieux les plus escarpés et où l'on ne saurait parvenir, les obstacles sont tournés. Les roches surplombant l'abîme ont été percées. À ces ouvertures ainsi obtenues, on fixe des poulies soutenant des cordes terminées par des crochets. Avec l'aide de ces appareils, il est possible de ramener une grande abondance de goémon qui, dans ces réserves naturelles, est toujours amoncelé en quantités immenses. Mais, le plus souvent, ce sont des cueilleurs courageux qui, osant se confier à la solidité des cordages, descendent, ainsi suspendus, au fond des gouffres, forment de lourds paquets, et les rapportent attachés à leur ceinture !!!... C'est, à peu de chose près, imiter les chasseurs norvégiens dénicheurs d'oiseaux marins. C'est encore risquer sa vie pour un bien maigre salaire. Il ne faut cependant pas oublier que, depuis l'établissement des usines de produits chimiques, une certaine aisance s'est répandue dans le pays. Les habitants, accoutumés depuis l'enfance à une vie excessivement pénible,regardent comme un surcroît de fortune ce métier qui occupe tant de bras trop faibles pour la pêche[8]. »

Georges Clairin : Les brûleuses de varech à la Pointe du Raz (1882)

Une autre description, datant de 1852, concerne Clohars-Carnoët :

« À Clohars (...) on voit des landes immenses dont les habitants riverains et propriétaires jouissent en commun. (...) Il y a quelques prairies, comme celles qui bordent la Laïta, de Quimperlé à Clohars-Carnoët, où les animaux sont menés à la pâture, depuis la fauchaison jusqu'au mois de mars ; mais la vaine pâture sur les prés doit être considérée comme un fait exceptionnel ; en général, les prés sont clos et profités exclusivement par le propriétaire. (...) On voit sur les hautes falaises, ou les champs bordiers à pic, des travaux en maçonnerie ou en pierres sèches, soit pour déposer les goémons, soit pour faciliter leur transport sur les terres. Ces travaux sont souvent de véritables usurpations, et donnent à la longue un droit réel sur les fonds d'autrui ; car la possession publique et continue d'un travail de main d'homme est constitutive, lapsus temporis, d'une servitude active au profit de l'auteur de la construction. Le cultivateur qui ne possède pas un champ bordier recherche avec soin un lieu convenable pour déposer ses goémons, et surtout pour se procurer le goémon flottant, si difficile en certains lieux à hisser au haut des falaises escarpées où les flots l'entasse ordinairement. On nomme "croc à goémon" l'appareil consistant en un poteau solidement fixé sur la cime de la falaise, auquel on adapte une corde à poulie, servant à monter et à descendre le panier ou mannequin, dans lequel on met le goémon retiré des flots. C'est ainsi qu'on parvient à retenir un engrais qui autrement serait emporté sur des plages éloignées par la marée descendante. Le tout est de saisir les moments favorables ; car partout où la plage est étroite, le goémon flotte, mais n'échoue point. (...) Mais les pêcheurs de goémon ont à lutter contre une grande difficulté d'une autre espèce, le défaut de chemins et passages pour les charrettes. C'est ce qui décourage souvent le cultivateur, qui craint de perdre en procès le fruit des peines et soins qu'il prend pour avoir cet engrais estimé[9]. »

Les habitants de l'Île de Batz et ceux de l'île Callot récoltaient aussi le goémon comme l'illustre ce témoignage du milieu du XIXe siècle :

« Les habitants de l'Île de Batz et de la presqu'île de Callot récoltent le goémon qu'ils font sécher et l'emploient pour les besoins domestiques en guise de bois de chauffage. Les cendres qui en proviennent, et qu'ils conservent avec le plus grand soin, sont livrées au commerce agricole, mais elles ne sont jamais pures. Elles se trouvent mélangées à de la cendre provenant de la combustion de bouses de vache, que les habitants des côtes font sécher au soleil et qu'ils emploient ensuite comme combustible. Les cendres de goémon les moins mélangées, et par conséquent celles qui sont le plus estimées et recherchées, sont celles qui proviennent de l'Île de Batz. Celles de la presqu'île de Callot sont moins pures ; elles sont mélangées à une grande quantité de terre noirâtre que produit la presqu'île et qui en diminue et la valeur et la propriété. Les cendres de goémon ou de varech se vendent sur les marchés de Morlaix et de Penzé, vers la fin de mai et le commencement de juin, aux cultivateurs des cantons de Sizun et de Saint-Thégonnec qui en font un grand usage pour leurs blés noirs[10]. »

Ils s'en servaient aussi pour la nourriture des animaux : « À l'Île de Batz, à Plouescat et au Passage en Plougastel, il résulte que les chevaux, les vaches et même les porcs se montrent friands d'une espèce de goémon appelé en breton Bezin trouc'h ("goémon de coupe")[11]. (…) [Une autre espèce], Bezin telesk, (…) sert aux Iliens pour la fabrication d'une tisane qu'ils regardent comme souveraine contre les affections de poitrine »[12].

Des descriptions de la récolte du goémon dans différentes îles de l'archipel de Molène comme l'Île de Molène, Béniguet, Balanec, Quéménès sont disponibles en consultant ces pages de cette encyclopédie.

Ramassage du goémon dans la décennie 1940 par des maraîchers sur la plage des Sables-d'Olonne

Cette coupe de goémon, dénommée le berce, était parfois une véritable fête, comme l'illustre ce témoignage en rivière de Lézardrieux :

Alfred Guillou : La ramasseuse de goémon (1899, musée des Jacobins, Morlaix)

« Quelle fièvre dans cette foule de coupeurs de varech ! Un rocher plus riche que les autres est en quelque sorte pris d'assaut avant que la mer ne l'ait abandonné. Peu importe le sexe, l'âge, tous participent à cette immense razzia. Il n'est pas jusqu'au dernier marmot qui, tout fier de sa petite faucille, ne croie puissamment concourir à ce grand travail en tranchant ses une ou deux touffes de goémon. Pendant que les uns coupent, d'autres rassemblent en tas la récolte et la transportent au moyen de civières, soit à leurs embarcations, soit à des charrettes dont le robuste attelage se compose de 4 à 5 chevaux. Rien de splendide comme un de ces lourds véhicules ployant sous le poids d'une montagne toute ruisselante de plantes marines, d'algues balayant la grève de leurs larges feuilles semblables à de transparentes écharpes aux couleurs de bronze florentin. Impatient de ramener à la ferme son trésor humide, exhalant encore les senteurs de la mer, l'attelage lui-même s'anime, surexcité par le bourdonnement, par les cris de la fourmilière humaine qui l'entoure, et secoue joyeusement ses colliers garnis de grelots tapageurs, ses harnais garnis de houppes multicolores. L'heure avance, la marée monte. On se dépêche, on se presse : le flot n'attend pas. Gare aux traînards ! Le courant arrive, foudroyant, rapide : malheur aux pauvres gens qui, n'ayant ni bateaux, ni voitures, on trop vite ou mal assemblé avec de faibles amarrages, en une meule flottante, le produit de leur labeur ; en un instant, sa dispersion est complète. Adieu la prospérité future de leur petit coin de terre. Heureux encore ceux qui, dans cette circonstance, hélas assez fréquente sur nos grèves, ne payent pas de leurs jours leur imprudence[13]. »

Il ne fallait pas non plus se laisser surprendre par la marée ou par la tempête sur un îlot comme cela arriva le 14 février 1838 à environ 200 personnes sur l'îlot de Molène en Trébeurden, qui furent secourus par le recteur de la paroisse[14].

Le brûlage du goémon afin d'obtenir la soude[modifier | modifier le code]

Les brûleurs de goémon en 1898 (à Ouessant)

Une fois sec, il était brûlé à haute température, jeté par petites poignées pendant plusieurs journées. Une sorte de lave minérale se déposait alors au fond de la fosse. Des hommes armés du pifon remuaient la couche de goémon pour mieux la faire brûler. Avec la chaleur, l’iode contenu dans les algues s’évaporait. Ils laissaient refroidir et à l’aide du pifon, ils dégageaient les « pains de la mer ».

Ces pains de soude, plus exactement du carbonate de sodium, étaient emportés vers des usines et utilisés dans le processus de fabrication du verre. Plus tard le carbonate de sodium sera produit par une chimie de synthèse, le brûlage des algues sera alors utilisé pour produire de iode très utilisée en pharmacie (teinture d'iode, etc)

Ces pains ont aussi été utilisés pour l'artisanat de la photographie après que Daguerre ait découvert la sensibilité de l'iodure d'argent à la lumière.

Valentine Vattier d'Ambroysie a décrit comme suit le brûlage du goémon en 1869 près de la Pointe Saint-Mathieu :

« Pour rendre le goémon propre aux transformations chimiques, il faut le brûler, opération accomplie sur des rochers isolés ou sur des emplacements du rivage impropres à autre chose. La combustion produit une fumée blanche, tellement abondante et opaque,qu'elle peut parfois, en masquant l'horizon, gêner l'étude des points de repère de la côte. Toute chargée d'exhalaisons marines, cette fumée est très désagréable et nuisible, par sa trop grande activité, à la végétation. S'il était possible de la condenser et de la distiller, on en retirerait certainement des produits excellents. »

« Le brûlage s'opère en général dans des auges en pierres plates, de sept à huit mètres de longueur, sur quatre de largeur et trois de profondeur. On creuse un peu la terre au-dessous des dalles irrégulières formant le fond, afin qu'un courant d'air puisse s'établir. L'incinération dure plusieurs heures. Lorsqu'elle touche à sa fin, on brasse la matière avec des barres de fer. Ce mode primitif gaspille beaucoup de matières ; car, pour obtenir un tonneau[15] de soude, il ne faut pas moins de douze tonneaux de goémon vert qui, une fois séchés, se trouvent réduits à six tonneaux. »

« L'agriculture employant de plus en plus les engrais de mer, les fabriques [usines] ont dû élever le prix payé par chaque batelée. En même temps, il a fallu chercher des moyens moins onéreux d'obtenir des cendres[16]. »

Deux industriels, Pellieux et Mazé-Launay[17], installent vers 1870 deux usines à soude, l'une à Béniguet, l'autre à Trielen, deux îles de l'archipel de Molène. Ces deux industriels ont inventé un nouveau modèle de four qui traite 60 kg de goémon toutes les deux heures, les convertissant totalement en 3 kg de soude. Mais ce brûlage du goémon est très polluant en raison de l'abondance des fumées émises. Leur demande en 1872 de création d'une nouvelle usine à l'Île de Batz suscite des polémiques passionnées au sein du Conseil général du Finistère, Théophile de Pompéry, conseiller général et grand défenseur de l'agriculture reprochant à ce projet l'utilisation de quantités importantes de varech indispensable comme engrais naturel pour l'agriculture et surtout les pollutions induites par les abondantes fumées émises. Le conseil municipal de Roscoff s'y oppose pour les mêmes raisons[18].

L'utilisation actuelle du goémon[modifier | modifier le code]

Les algues récoltées aujourd'hui sont destinées principalement à l'industrie chimique pour en extraire des alginates.

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Dans la littérature[modifier | modifier le code]

  • Dans le cycle conscience de Franck Herbert, le varrech, aussi appelé lectrovarech, est une "algue sentiente"[19]. C'est elle qui régule les flux chaotiques de l'océan de la planète Pandore. Dans le troisième volet du cycle, L'Effet Lazare, l’absence du varech laisse libre l'océan de la planète de recouvrir toutes les terres.

Tableaux[modifier | modifier le code]

Le ramassage et le brûlage du goémon sont des scènes qui ont inspiré de nombreux peintres. parmi eux :

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Fêtes[modifier | modifier le code]

Des "Fêtes du goémon" sont organisées dans plusieurs localités littorales, par exemple à Plouguerneau, à Plougastel-Daoulas, à Esquibien[23], etc. dans le Finistère.

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Itinéraire de Normandie N°22 page 32
  2. Antoine Favé, Les faucheurs de la mer en Léon (récolte du goémon aux XVIIème et XVIIIème siècles), "Bulletin de la Société archéologique du Finistère", 1906, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076777/f156.image
  3. Antoine Favé, Les faucheurs de la mer en Léon (récolte du goémon aux XVIIème et XVIIIème siècles), "Bulletin de la Société archéologique du Finistère", 1906, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076777/f168.image
  4. De nombreuses autres plaintes s'expriment à propos de la déclaration royale du 30 octobre 1772, par exemple celles des curés de Ploudalmézeau, de Guissény, de Plouescat, de Brouennou, du minihy de Léon, etc.., voir la même source
  5. Antoine Favé, Les faucheurs de la mer en Léon (récolte du goémon aux XVIIème et XVIIIème siècles), "Bulletin de la Société archéologique du Finistère", 1906, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076777/f169.image
  6. http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/asp/inventaire/pleubian/Geoviewer/Data/HTML/IM22005992.html
  7. La récolte du varech, "La Gazette du village", 1864, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1205354/f213.image.r=Ouessant.langFR
  8. Valentine Vattier d'Ambroisye, Le littoral de la France, tome 2, 1890-1892, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1019834/f322.image.r=Mol%C3%A8ne.langFR
  9. J. M. P. A. Limon, Usages et règlements locaux en vigueur dans le département du Finistère, 1852, imprimerie de Lion, Quimper, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5688569v/f101.image.r=Clohars-Fouesnant.langFR
  10. Jean-Marie Éléouet, "Statistique agricole générale de l'arrondissement de Morlaix", 1849, Brest, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1257176/f105.image.r=Taul%C3%A9.langFR
  11. Le goémon qu'on ramasse sur le rivage était appelé en breton Bezin toun
  12. Mauriès, Recherches historiques et littéraires sur l'usage de certaines algues, "Bulletin de la Société académique de Brest", 1874, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2075488/f61.image.r=Molene.langFR
  13. Mauriès, Recherches historiques et littéraires sur l'usage de certaines algues, "Bulletin de la Société académique de Brest", 1874, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2075488/f52.image.r=Molene.langFR
  14. Mauriès, Recherches historiques et littéraires sur l'usage de certaines algues, "Bulletin de la Société académique de Brest", 1874, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2075488/f51.image.r=Molene.langFR
  15. Un tonneau marin est équivalent à 1 000 kilogrammes
  16. Valentine Vattier d'Ambroysie, Le littoral de la France, tome 2, 1890-1892, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1019834/f322.image.r=Mol%C3%A8ne.langFR
  17. Ils possèdent aussi une usine installée à Tourlaville (Manche)
  18. Théophile de Pompéry, Incinération du goémon, "Rapports et délibérations du Conseil général du Finistère", août 1872, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55646502/f472.image.r=Mol%C3%A8ne.langFR
  19. L'Incident Jésus, Livre de Poche 27049, page 358
  20. http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0372/m074386_3e02516_p.jpg
  21. [1]
  22. a et b Journal Le Télégramme de Brest et de l'Ouest du 12 août 2013
  23. http://www.audierne.info/pagesphp/capsizun/villes/esquibien/loisirsesquibien/la_fete_du_goemon.php

Liens externes[modifier | modifier le code]