Blé tendre

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Le blé tendre (Triticum aestivum L. subsp. aestivum), également appelé froment, est l'espèce de blé actuellement la plus cultivée[1], notamment en France, tant en termes de surface que de tonnage[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le philosophe péripatéticien Théophraste expliquait dans son ouvrage Histoire des plantes[3] que le froment des contrées de la mer Noire avait la réputation de mieux supporter le transport, et de se conserver plus longtemps que tout autre.

Synonymes[4][modifier | modifier le code]

  • Froment,
  • Blé ordinaire,
  • Blé barbu de printemps,
  • Blé pour farine panifiable

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

Il est davantage cultivé dans les hautes latitudes (par exemple en France, au Canada, en Ukraine), mais on le trouve aussi dans certains pays du Sud avec des variétés plus résistantes à la sécheresse (par exemple au Maroc (où d'abord cultivé dans les années 1930-1940 pour l'exportation vers l'Europe en guerre, il est ensuite entré dans les habitudes alimentaires et dans l'alimentation animale ; il représentait dans les années 2000 près de 70 % de la consommation marocaine de blé (contre 25 % pour le blé dur).

À titre d'exemple, en France, en 2010, la production de blé tendre a été d'environ 36,7 millions de tonnes et début 2013, les stocks de report français en blé tendre étaient attendus en hausse en fin de campagne à 2,293 millions de tonnes (Mt), contre 1,961 (Mt) estimées le mois précédent[5].

Description[modifier | modifier le code]

Une sous-variété de ce type de blé est l'épeautre

La première hybridation remonterait à 500 000 ans. Le croisement de deux céréales, Triticum monococcum et Aegilops speltoides, a donné un hybride Triticum turgidum, le premier blé. Les génomes des deux céréales se sont retrouvés fonctionnels dans le noyau de l'hybride, lequel s'est avéré fertile.

Il y a environ 10 000 ans, l'hybride se serait croisé avec une céréale Aegilops tauschii pour donner le blé tendre Triticum aestivum qui possède ainsi trois génomes différents dans son noyau[4].

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Usages[modifier | modifier le code]

Il est très employé pour l'alimentation du bétail, et parfois par les chasseurs pour l'agrainage du gibier. Aussi équilibré en acides aminés que le maïs, il est très appétant et nourrissant pour de nombreuses espèces. Il arrive parfois que dans certains pays, en période de sécheresse, du blé subventionné destiné à l'alimentation humaine soit détourné vers l'alimentation du bétail, quand ce dernier manque de nourriture[6]. Les bovins peuvent toutefois mal le digérer, sans doute en raison de sa charge en gluten[travail inédit ?], qui transforme le contenu du rumen en une pâte épaisse.

Il est aussi utilisé, et c'était autrefois son premier usage[Où ?], pour produire la farine panifiable utilisée pour la fabrication du pain, de pâtisseries et autres aliments.

Il sert aussi à la fabrication des bières blanches.

Article détaillé : Blé

Cultures[modifier | modifier le code]

Depuis longtemps cultivé sur des sols labourés pour le contrôle des adventices et de certaines espèces indésirables (escargots, limaces), puis cultivé avec une quantité croissante d'engrais et de pesticides, il fait localement l'objet d'une technique culturale simplifiée (semis direct...) pour mieux protéger ou restaurer les sols qui sont dégradés par les labours répétés (érosion, déstructuration, perte de carbone et de matière organique, lessivage des nutriments, apparition d'une semelle de labour, etc.).

Diversité (génétique, intravariétale, etc.)[modifier | modifier le code]

Pour répondre aux besoins d'une agriculture dite durable, et afin de retrouver des agrosystèmes plus résilient face aux changements globaux, la diversité génétique des espèces agricoles devient un enjeu majeur[7].

Selon la littérature scientifique, le blé a subi une première perte majeure et historique de diversité génétique lors de sa domestication[8] (réduction de 69 % de la diversité entre les formes sauvages tétraploïdes (Triticum dicoccoides) et l’espèce blé tendre hexaploïde (Triticum aestivum) qui en est issue[9],[10], puis l'agrodiversité (dont génétique) du blé tendre (et de la plupart des autres plantes cultivées) s'est probablement encore très artificialisée et appauvrie au XXe siècle avec l'apparition des semenciers / sélectionneurs, le développement de la rationalisation des cultures et de leur intensification, tout subissant un important travail de sélection variétale, en France par l'Institut national de la recherche agronomique (INRA)[7]. Mais l'importance de ces évolutions est mal connue[7] ; Il en existait encore au début du XXe siècle des variétés locales (dites variétés de pays) cultivées sur certains terroirs et issus de semences paysannes mais elles semblent en France avoir disparu vers le milieu du XXe siècle[11], au profit de variétés développées puis vendues par les semenciers[12].

Cependant depuis quelques années, des paysans resélectionnent des blés anciens, récoltés sur toute la planète. Ces sélections permettent de retrouver un pain nourrissant, avec moins de gluten et forcément plus d'amidon[13].

Une méta-analyse faite sur la base d'analyses moléculaires par Van de Wouw et al.[14] sur les variations de la diversité génétique chez huit espèces de plantes cultivées dans le monde (dont le blé tendre) a montré que la perte de diversité par remplacement des variétés anciennes par des cultivars modernes (reproduits industriellement) qui caractérise le XXe siècle a été encore plus marquée à deux périodes :

  1. les débuts de la « révolution verte » née dans l'hémisphère nord, d'une agriculture industrielle, dopée par une forte croissance démographique et les besoins de reconstruction des après-guerres) et la disponibilité de moyens industriels de production de nitrates et de phosphore (usines d'explosifs reconverties) et de pesticides (qui ont bénéficié au début du XXe siècle de la recherche sur les armes chimiques).
  2. l'exportation vers les pays du sud de cette révolution verte, comme nouveau modèle agronomique et économique, avec des succès et des échecs.

Dans de nombreux pays, cette révolution passe d'une part par une forte intensification agricole dans les années 1960 (avec forte augmentation de la productivité, mais appel massif aux remembrements, aux engrais et pesticides de synthèse et à l'irrigation et à la mécanisation qui ont dégradé les sols et déstructuré le tissus humain et social rural en favorisant l'exode rural et en supprimant des centaines de millions d'emplois agricoles) et d'autre part par la diffusion de quelques variétés sélectionnées à hauts rendements (mais souvent uniquement dans ces conditions intensives)[15],[16].

Pour respecter les engagements internationaux des États, dans le cadre notamment de la Convention sur la biodiversité (CDB, RIO, Juin 1992) et les engagements nationaux (Stratégie nationale pour la biodiversité ou SNB), et pour mieux connaître et suivre l'agrobiodiversité des espèces cultivées, la FRB a synthétisé (publication mi-2012) les indicateurs de suivi de la diversité génétique disponibles pour les plantes cultivées[7]. Dans ce cadre, c'est le blé tendre qui a été choisi comme Plante modèle car mieux connu (via notamment les archives de l'INRA et les archives départementales pour le XXe siècle) et largement cultivé en France depuis le début du XXe siècle ; La FRB propose un tableau de bord contenant à la fois des données génétiques et des données de répartition des variétés de blé sur le territoire français (pour le XXe siècle)[7]. Ce tableau confirme une forte homogénéisation de la diversité génétique cultivée, mais aussi dans la « répartition des variétés entre et au sein des territoires marqués par leur histoire agricole ». Cette homogénéisation est probablement un facteur supplémentaire de vulnérabilité du blé « vis-à-vis des changements de l'environnement en cours et à venir (pathogènes, sécheresse, pratiques agricoles, etc.) »[7].

Autres blés tendres[modifier | modifier le code]

Blé Oulianovska[modifier | modifier le code]

Le blé Oulianovska (triticum aestivum) est un blé roux barbu originaire de la région d'Oulianovsk en Russie qui a été importé en France au XIXe siècle.
C'est un blé qui convient à toutes les terres moyennes à médiocres a condition qu'elles soient saines, pourvues de calcaire et de climat plutôt sec.
Les variétés Blé de Noé ou Red Fife du Canada proviennent de variété sélectionnées de semences paysannes importées d'Ukraine dès le XVIIIe siècle.

Blé du Lot[modifier | modifier le code]

Le blé du Lot, est un blé de pays, appelé ainsi car sa culture est attachée à une région, une contrée ou un pays.
Le blé du Lot, est un blé blanc, non barbu et cultivé en Aquitaine.


Blé Rousselin[modifier | modifier le code]

Le blé Rousselin (triticum sativum) est un blé rouge sans barbe qui ressemble au blé rouge de Bordeaux.
Cette variété qui aime les sols un peu chauds et calcaires est cultivée dans le centre et le midi de la France.

Symbolisme[modifier | modifier le code]

Les noces de froment symbolisent les trois ans de mariage dans la tradition culturelle française.

Blason de la ville d'Oberentzen : D'azur à un épi de froment d'or posé en pal tigé et feuillé de même.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source : Statistiques FAO, consulté 28-03-2011
  2. AGPB, [www.agpb.fr/fr/chiffre/recolte_france.asp Chiffres de récolte pour la France], consulté le 10-11-2010
  3. Livre VII
  4. a et b revue Science & Vie septembre 2012 p. 106
  5. AgraPresse (2013), Marché des céréales ; Les exportations françaises de blé tendre et de maïs se tassent, publié 2013-01-14, consulté 2013-02-22
  6. Presse-dz (Le portail de la presse algérienne, Détournement du blé tendre subventionné fraudeurs, gare à vous ! , consulté 2012-02-22
  7. a, b, c, d, e et f Goffaux R, Goldringer I, Bonneuil C, Montalent P & Bonnin I (2011), Quels indicateurs pour suivre la diversité génétique des plantes cultivées ? Le cas du blé tendre cultivé en France depuis un siècle. Rapport FRB, Série Expertise et synthèse, 2011, 44 pages.
  8. van de Wouw, M., Kik, C., van Hintum, T., van Treuren, R., et Visser, B. (2009), Genetic erosion in crops : concept, research, results and challenges. Plant Genetic Resources: Characterization and Utilization 8: 1-15.
  9. Reif, J.C., Zhang, P., Dreisigacker, S., Warburton, M.L., van Ginkel, M., Hoisington, D., Bohn, M., et Melchinger, A.E. (2005), Wheat genetic diversity trends during domestication and breeding. Theor Appl Genet 110: 859-864.
  10. Haudry, A., Cenci, A., Ravel, C., Bataillon, T., Brunel, D., Poncet, C., Hochu, I., Poirier, S., Santoni, S., Glémin, S., et David, J. (2007), Grinding-up wheat: a massive loss of nucleotide diversity since domestication. Mol. Biol. Evol. 24: 1506-1517.
  11. Marchenay, P. (1987), À la recherche des variétés locales de plantes cultivées. Guide méthodologique, Porquerolles, PAGE-PACA ; Paris, Bureau des ressources génétiques, 211 p., avec la collaboration de M.F. Lagarde.
  12. Bonneuil, C. et Thomas, F. (2009), Gènes, pouvoirs et profits. Recherche publique et régimes de production des savoirs de Mendel aux OGM, Paris, Ed. Quae-FPH.
  13. « Les semences paysannes, premier maillon de la chaîne alimentaire », sur http://semencespaysannes.org
  14. van de Wouw, M., van Hintum, T., Kik, C., van Treuren, R., et Visser, B. (2010), Genetic diversity trends in twentieth century crop cultivars : a meta-analysis. Theor Appl Genet 120. 1241-1252.
  15. Mazoyer, M. et Roudart, L. (1997), Histoire des agricultures du monde – Du néolithique à la crise contemporaine. Éditions du Seuil, 1997, 545 p.
  16. Goldringer, I. 2010. Histoire des blés : de la domestication à la sélection moderne. Livret des Résumées des XII(es) Journées Scientifiques des chercheurs du réseau AUF – BIOVEG « Biotechnologies, amélioration des plantes et sécurité alimentaire ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Goffaux R, Goldringer I, Bonneuil C, Montalent P & Bonnin I (2011), Quels indicateurs pour suivre la diversité génétique des plantes cultivées ? Le cas du blé tendre cultivé en France depuis un siècle. Rapport FRB, Série Expertise et synthèse, 2011, 44 pages
  • Hamon, C. (2007), Mise en place d’un indicateur de diversité cultivée à l’échelle territoriale : Cas de l’évolution de la diversité du blé tendre au cours du XXème siècle. Mémoire de fin d’études pour l’obtention du diplôme d’agronomie approfondie, Spécialité génie de l’environnement, Option systèmes de production développement rural. Agrocampus Rennes, INH Angers
  • Balfourier, F., Ravel, C., Bochard, A-M., Exbrayat-Vinson, F., Boutet, G., Sourdille, P., Dufour, P. et Charmet, G., (2006), Développement, utilisation et comparaison de différents types de marqueurs pour étudier la diversité parmi une collection de blé tendre. Les Actes du BRG, 6, 129-144.

Liens externes[modifier | modifier le code]